ORIGINE
de;s collections ^^qm aines
E goût des collections ne date pas d'hkr.
Dans Tantiquité , chez les Grecs comme
%f! K^^ ^^^^ ^^^ Romains , ce goût n'était pas yif^^s.ov. moins vif qu'aujourd'hui. Seulement, il
a eu chez ces deux peuples un caractère différent, suivant leur génie et leur fortune.
En Grèce, Tart est un fruit du sol; que ce soit un produit indigène, une importation pélasgique, égyptienne ou phénicienne, ce n'est pas mon affaire : la plante a trouvé en Grèce le terrain et la culture qui lui convenaient le mieux.
Ces nobles jouissances de l'art, les Grecs les savouraient à loisir chez eux ; ils n'ont pas eu à les demander à l'étranger. Ainsi, point d'esprit 4^
conquête, point de ces brusques revirements de fortune qui ont fait passer les Romains, sans transition, d*un état voisin de la barbarie à toutes les élégances, mais aussi à toutes les corruptions de la civilisation la plus raffinée. La Grèce a donc pu longtemps maintenir plus vivaces ses grandes traditions : le respect des dieux, le dévouement à la patrie, Tabnégation de Findividu.
Quand les Grecs se mêlent de former des collections d*art, c'est toujours pour leurs temples et leurs monuments publics. A Athènes, le Lycée, rOdéon, l'Aréopage, le Parthénon, un grand nombre de temples sont de véritables musées; il en est de même dans la plupart des autres villes ^
Si j'en excepte quelques bibliothèques, comme celles d'Aristote et de Théophraste, je ne connais en<jrècè aucun exemple de ce que nous appelons un cabinet d'amateur; le citoyen s'efface devant la chose publique.
A Rome, c'est autre chose. Rome est la vraie patrie du collectionneur, c'est là que ce type s'épa-
I. Le Parthénon contenait une collection de pierres gravées; au gymnase de PAréopage, on voyait les bustes des philosophes célèbres. Delphes avait sa galerie de tableaux. Les temples de Junon à Olympie, de Minerve à Platée et à Syracuse, étaient de vrais musées. (Ampère, Hist, rom. à Rome, III, 609 et 6i4.) Le temple de Minerve à Linde, île de Rhodes, possédait une coupe en électrum, dédiée par Hélène et^ofirant le moulage exact de son sein. (Pline, XXXIIÏ, 23.)
DE l'ancienne ROME.
nouit à Taise, et que nous en retrouverons toutes les variétés. Étudions-le donc à son tour et voyons comment il s*y est développé.
Chose singulière 1 de prime abord rien ne ferait pressentir chez le Romain les goûts d'un curieux. Il avait en vérité bien autre chose à faire. Né pour conquérir le monde, esprit pratique et administratif plutôt qu'artiste*, il avait pour devise ces préceptes de Virgile :
«C ROMAIN, SOUVIENS-TOI DE COMMANDER AU MONDE I TES ARTS, LES VOICI : IMPOSER LA PAIX, PARDONNER AUX VAINCUS Ef DOMPTER LES SUPERBES. D
a Les Romains, observe M. Ampère, n'apportèrent jamais dans les arts ce génie naturel qui crée; pas plus dans les temps modernes que dans l'antiquité, on ne peut dire qu'il y ait une école romaine. Au moyen âge, Rome seule, en Italie, ne produit pas un grand artiste, comme elle ne produit pas de poètes et à peine de chroniqueurs. A la Renaissance, elle ne peut se glorifier que de Jules
Romain De même dans l'antiquité, Rome a peu
de grands artistes; presque aucun de ses grands écrivains n'est né dans son sein *. »
Mais si le Romain n'avait pas le génie créateur, il avait un sentiment très-vif du beau et