LE SAMEDI Î4 AVRIL
Monsieur le Président du Conseil", Monsieur le Ministre ', Messieurs,
Notre grand moraliste La Bruyère, voulant railler la Curiosité, qui « n'est pas un
I. M. Héline, ministre de l'Agriculture et prés ideal du Conseil des Ministres, qui a bien voulu honorer de sa présence la séance de clôture du Congrès.
I. M. Alfred Rambaud, ministre de l'Instruction publique ei des Beaux-Arts.
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goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique, pour ce
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qu'on a et ce que les autres n'ont point », met en scène le curieux de médailles, Dîognète : a Pensez-vous, dît-il, qu'il cherche
1. Monnaie de bronze de Néron. NERO- CLAVD- CAESAR- AVG- GER- P- M' TR- P- IMP' P' P-
[Nero Claudius Caesar Augustus Germanicus, pontifex maximus, tribunicia poiestate, imperator, pater patriae). Téie de Néron avec la couronne radiée. tf. MAC. AVG. [Macellum Augusti) ; S. C. (Senalus conxuito). Le macellum, ou halle aux provisions de Rome, reslauré par Néron; sous le portique central, la statue de Neptune, et, de chaque c6té de l'escalier, un dauphin.
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à s'instruire par les médailles et qu'il les regarde comme des preuves parlantes de certains faits et des monuments fixes et indubitables de l'ancienne histoire? rien moins. Vous croyez peut-être que toute la peine qu'il se donne pour recouvrer une tête vient du plaisir qu'il se fait de ne voir pas une suite d'empereurs interrompue?
c'est encore moins : Diognète sait, d'une médaille, iefrust, le feloux ' et la fleur de coin ; il a une tablette dont toutes les places sont garnies, à l'exception d'une seule : ce vide lui blesse la vue, et c'est précisément, et à la lettre, pour le remplir, qu'il emploie son bien et sa vie. »
Cette mordante satire emprunte encore un surcroît d'ironie à la place qu'elle oc-
i.Frust et feloux, orthographe adoptée par La Bruyère pour/i-KS(eet jîou. Ce dernier mol parait venir du bas allemand /a», hollandais flauw. faible; c'était, origJQairËment, un lerme de peinture (voyez le Dictionnaire de Littré et celui de MM. Halïfeld, Darmesteter et Thomas, s. v» flou).
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cupe dans le chapitre de La Mode, où le curieux de monnaies anciennes a son rang marqué entre le fleuriste « qui a pris racine au milieu de ses tulipes », l'amateur de prunes ou de papillons, et Diphile, l'éleveur de serins '.
La Bruyère, Messieurs, tout en fustigeant, avec sa verve impitoyable, les frivoles antiquaires de son temps qui possé-
I . Dans ce passage fameux de ses Caractères, La Bruyère met aussi Qn scène Dëmocède, l'amaleur d'estampes, le bouquiniste qui fait voir n sa tanuerie qu'il appelle bibliothèque u, le linguiste qui a • la clef des sciences n et passe sa vie à traduire n les idiomes les plus inutiles », les passionnés pour les voyages, ■ qui vont pour voir et qui ne voient pas u, etc. Un collectionneur de noire temps, doublé d'un homme d'esprit, M. Edmond Bonnaffé, a relevé le gant, montré ce qu'avaient d'injuste et d'exagéré les critiques de La Bruyère et mis en relief, avec beaucoup de tinesse, le rdie utile de la curiosité bien entendue. Voy. Edm. Bonnafié, Causeries sur l'art et la curiosité {Paris, Quantln, 1878, in-8°).
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daient des médailliers pour être à la mode ', a donné, en deux mots, avec le bon sens qui caractérise le génie, la définition de ce que doivent être les monnaies anciennes pour tout esprit sérieux et éclairé : « des preuves parlantes de certains faits, des monuments fixes et indubitables de l'ancienne histoire ».
Ce n'est pas dans une assemblée d'élite comme la vôtre, Messieurs, dans cette réunion solennelle des savants de la Frarice entière, dans ce vaste amphithéâtre de la science, que la démonstration de cette vérité devrait être présentée, si je ne m'étais
I. Vers la fin du svci" siècle, c'est-à-dire au temps de La Bruyère, on comptait, à Paris seulemeni, jusqu'à cent trente-quatre « fameux curieux pari~ siens ». La mode de collectionner a l'exemple du Roi faisait fureur, ce qui explique les portraits satiriques de l'immortel auteur des Caractères. Voy. de Blegny, Livre commode des adresses de Paris, 1691 ; Edm. Bonnaffé, Causeries sur l'art et la curiosité, p. 108 ; le même, Dictionnaire des amateurs français au xvii* siècle (Paris, Quantin, 1884, in-8'].
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6 LES COLLECTrONS
simplement proposé pour but de me faire, en peu de mois, l'interprète de voire réponse au public, qui, d'ordinaire, visite, pour se distraire, nos musées de province, et qui voit, sans en bien comprendre l'utilité scientifique, les lépidoptères et les serins empaillés, parfois même des herbiers où la tulipe est en honneur, côtoyer une vitrine plus humble, où quelques médailles, les unes frustes, les autres à fleur de coin, ont marqué leur silhouette au milieu d'un champ de poussière protectrice. Il est tenté de considérer cette série numismatique comme un amas de petites curiosités, des spécimens d'un genre d'objets qu'il est bon d'avoir parce qu'il faut un peu de tout dans un musée bien compris ; des échantillons d'un rang à peine un peu plus relevé que les collections voisines d'ex libris, de timbres-poste, de boutons d'uniformes ou d'armes océaniennes.
Ce qui, d'ailleurs, explique cette opinion d'une partie du public, c'est qu'il se ren-
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contre encore aujourd'hui — avouons-le — parmi les amateurs de monnaies anciennes, pas mal de Diognètes, les uns, spéculateurs intéressés, les autres, ignorants autant que passionnés, à la merci des brocanteurs et des faussaires, — qui sont, en face de leur propre médaillier, comme l'amateur de livres qui ne lit jamais, ou comme un voyageur qui ne prendrait pas de notes au cours de ses pérégrinations. J'en connais qui, ne s'attachant qu'au petit côté de la numismatique, sont au comble de la joie lorsqu'ils ont rencontré une încorreciion dans une légende monétaire, ou bien une tête impériale tournée à droite au lieu d'être à gauche, pareils en cela au bibliophile transporté d'aise quand il a découvert, dans la bonne édition d'un vieux livre, les trois coquilles typographiques qui ne se trouvent pas dans la mauvaise '.
I. Henry Cohen, s'inspirant de La Bruyère, fait spirituellement, dans une notice publiée par le Numismate, en ]S6i (p. ii3), la psychologie de ces
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Et puis, un esprit superficiel est naturellement porté à assimiler les monnaies
s savoir ni iatelligence, qui sont la plaie de la numismatique. Nous ne résislons pas au plaisir de citer ici quelques traits de ce caustique tableau des variétés inférieures de la gent numismate. Cohen énumère entre autres : a Le numismate symétrique : celui-ci possède au plus haut degré l'esprit d'ordre. 11 se gardera bien de mêler, dans sa collection, le grand bronze avec le moyen, parce que la différence frappe désagréablement la vue. Quant à mêler le grand bronze avec l'or ou l'argent, ce serait une profanation!... Ceux qui poussent l'esprit d'ordre jusqu'à ses dernières limites, adoptent dans leurs cartons une grandeur de trous déterminée d'avance; et s'ils font acquisition d'une médaille qui dépasse cette grandeur, leur premier soin est d'aller chez le tourneur pour en arrondir les bords et les diminuer sufiisammenl pour qu'ils puissent entrer dans leurs trous... Le numismate patriote : une médaille de Postume, de Tétricus, de Constantin trouvée dans son jardin, il ne l'échangerait pas contre les collections réunies du Cabinet des Médailles, du Musée britannique et du Musée de Vienne, si on les lui offrait. C'est dans son propre jardin où il a fait faire des fouilles, que ce bien-
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anciennes à celles qui circulent journellement dans nos mains, et îl ne saisit guère
heureux petit bronze s'est rencontré, preuve que Constantin, Tétricus ou Poslume y aura gagné quelque bataille dont personne n'avait fait mention jusqu'ici; donc, c'est un nouveau fait acquis à l'histoire et une gloire de plus pour la France! Et c'est à lui qu'on en doit la découverte! Mats si par hasard, sur ce petit bronze, le nom de Constantin est écrit CONSTANTONVS au lieu de GONSTAN- TINVS, alors le numismate patriote deviendra : Le numismate éditeur. A peine est-il convaincu qu'il y a positivement CONSTANTONVS sur sa médaille, qu'il fait le voyage de Paris, la présente au Cabinet de France pour s'assurer si elle est inédite. Si elle l'est, il va jusqu'à offrir à la Bibliothèque impériale, par pur patriotisme, ce bijou inappréciable dont il a refusé 3oo francs d'un amateur de son endroit, après toutefois qu'il l'aura publiée dans la Revue numismatique. ,, Le numismate coquet, qui tient essentiellement à la belle tenue de ses médailles, qui les nettoie, les brosse, les cire et les vernît... a Cohen aurait pu citer bien d'autres types choisis dans une partie, heureusement la moindre, de la clientèle du Cabinet des médailles, par exemple : le numismate brocanteur qui, en colLectionnant, se
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lO LES COLLECTIONS
de quelle utilité seraient ces dernières pour écrire l'histoire contemporaine.
donne des airs de Mécène, mais a bien l'arrièrepensée de faire une bonne affaire et vient habilement foire expertiser ses pièces ; le numismate généalogiste qui sait par quels cabinets sont passées toutes ses médailles avant d'arriver dans le sien et surtout le prix qu'elles ont été payées à chaque changement de mains; le numismate d'occasion qui apporte un vieux bronze romain dans lequel il croit reconnaître une monnaie de Romulus, de Pharamond ou te liard de Salomon; le numismate superstitieux qui recherche les deniers de Tibère parce que Jésus-Christ a été livré pour trente d'entre eux; le numismate déconfit, — c'est la classe la plus nombreuse, — qui, après s'être imaginé posséder les pièces les plus rares et les plus chères, finit par abandonner pour quelques francs son trésor aux marchands du quai; ajoutons, pour finir, le numismate obstiné, qui ne veut pas démordre d'une lecture invraisemblable, comme, par exemple, la lecture prétendue du nom d'une nouvelle reine du IV siècle avant notre ère, sur une petite médaille de la reine de Naples, Caroline, femme du roi Murât. (Voyez à ce sujet, Revue numiimatique, t. Vlir, 1843, p. ï37).
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Nous verrons tout à l'heure, Messieurs, que cette assimilation n'est pas entièrement conforme à la réalité; mais, si vous le voulez bien, aceeptons-la provisoirement et plaçons-nous, par rapport à notre numéraire circulant, dans la situation où nous nous trouvons, par exemple, vis-à-vis des monnaies que nous ont laissées les Romains et les Grecs.
Transportons-nous par la pensée dans un avenir lointain et supposons que, dans vingt ou trente siècles d'ici, des savants cherchent à reconstituer l'histoire de notre civilisation, alors que le tempus edax rerum aura englouti nos monuments de toute sorte et qu'il ne restera plus, de nos œuvres de l'art et de l'intelligence, que des ruines, des débris et des tombeaux : voici tout à coup un numismate de ce temps — il y en aura toujours — entre les mains duqltel
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tombe une pièce de S/rancs, au millésime de 1878. Que lui apprendra cette monnaie?
Fig. 3 ' Il est aisé de démontrer qu'armé de la critique la plus rigoureuse, il en tirera des éléments propres à enrichir le domaine de toutes les branches des sciences historiques et économiques.
I. Médaillon d'or de Constantin. IMP. CONS- TANTINVS P. F. AVG. Busie de Constantin, la tête radiée, ij. GLORrA AVGG. PTRE. {Gloria Augustoriim. — Percussa Treviris. ) Vue de la ville de Trêves avec la porta alba, aujourd'hui détruite, à laquelle donnait accÊs un pont sur la Moselle; on distingue tes arches du pont et les flots de la rivière; deuT captifs germains sont assis au pied des remparts que domine la statue de Constantin.
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L« légende République française lui indiquera U forme actuelle de notre gouvernement, et s*il a déjà rangé dans son médaillier un nombre raisonnable de monnaies de notre six* siècle, il constatera que notre régime politique a changé souvent; U pourra même préciser ta durée de chaque régime, l'époque de nos trop fréquentes révolutions.
Dans l'inscription du revers. Liberté, égalité, fraternité, il reconnaîtra la formule officielle de l'idéal social que nous poursuivons, et peut-être que les lambeaux de littérature que sa perspicacité saura confronter avec cette devise le porteront à présumer que nous avions bien encore quelque progrès à faire pour en atteindre la parfaite réalisation .
Le type de l'Hercule debout entre la Justice et l'Équité, ressouvenir de la mythologie romaine, lui donnera quelque idée des tendances philosophiques de notre temps, en lui démontrant que, à rencontre
des siècles antérieurs, nous préférons ces allégories païennes aux emblèmes du christianisme ou môme de notre histoire nationale.
Peut-élre s'étonnera-t-il que l'inscription Dieu protège la France ait été gravée sur la tranche, dans le voisinage de l'Hercule; il pourra toutefois, après un compliment mérité à la logique de notre entendement, en déduire le fondement essentiel de nos conceptions religieuses et morales.
En consultant son médailiier, il s'apercevra que la frappe de la pièce de 5 francs est suspendue chez nous depuis 1878', ce
I. De 1875 à 1879, des mesures Icgislalives ont u suspendu l'émission en argent. Les dernières nvier iSyS. Loi qui proiter ou de suspendre la : 5 francs en argent. — ispend la fabrication des ;eal, pour le compte des •■e 1878. Décret qui presdéclaration relalive à la
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qui lui servira d'argument pour disserter sur la question du monométallisme et du bimétallisme qui, sans doute, ne sera pas encore épuisée.
Cette date iSjS témoignera de la persistance de l'ère chrétienne, tandis que les premières monnaies émises aux mêmes types révéleront l'existence momentanée d'une ère nouvelle, et la durée de celle-ci dans les usages officiels sera rigoureusement indiquée à notre collectionneur par le seul examen de sa série numismatique.
fabrication de la monnaie d'argent pendant l'année 187g, signée le 5 novembre 1878 entre la France, la Belgique, la Grèce, l'Italie et la Suisse, « Article premier. Les gouvernements de Belgique, de France, de Grèce, d'Italie et de Suisse s'engagent pour l'année 1879 ^ "' P^^ fabriquer et à ne pas laisser ^briquer des pièces d'argent de cinq francs, a Cette convention, motivée par de graves considérations ëcono' miques telles que l'abaissement du prix de l'argent sur le marché, a été renouvelée pour les années suivantes et la pièce de 5 francs n'a plus été frappée jusqu'à présent.
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La même suite des monnaies du xix' siècle lui permettra de mîélix comprendre la valeur réelle et relative des choses à notre époque, d'interpréter avec plus d'assurance les comptes et les marchés dont le texte aura réussi à se conserver jusqu'à lui. Pour l'histoire de notre droit public, il constatera que la République française ne donne pas à ses Présidents le droit d'effigie qu'ont eu nos souverains. Quel jugement portera-t-il sur la finesse et l'acuité de notre esprit, s'il parvient à trouver la clef du rébus qui s'étale dans le champ de nos pièces d'or, sous l'image du coq gaulois ?
Je néglige à dessein, Messieurs, bien d'autres considérations, et je vous laisse le soin de compléter par vos propres réflexions toute la portée historique ou économique que nos monnaies actuelles, ce vulgaire instrument de nos échanges quotidiens, si pauvre comme invention, si banal dans ses types et si froid dans son. art, pourrait néanmoins acquérir, dans un lointain avenir
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DE IIONHAIES. ANCIENNES 17
et dans une situation scientifique comparable à celle qui nous a été faite vis-à-vis de l'antiquitéj par le temps et les révolutions des siècles '.
I. Je Me suis inspire, pour la donnée générale de cetie démonstration hypothétique, du charmant opuscule de M, Théodore Reinach, Lea monnaies juives (Paris, Leroui, 1887, in.18). D'autres auteurs avaient déjà fait ressortir, mais d'une façon moins cpncrète et moins saisissante pour le grand public, l'intérSi historique que pourront avoir nos monnaies actuelles, lorsque, suivant l'expression de Fr. Lenormant, ' notre siècle et ceux qui l'ont immédiatement précédé seront devenus à leur tour l'antiquité v. (Fr. Lenormant,. Monniiies et médailles, p. 3og.) Frappés de la pérennité des métaux, comme l'or, l'argent et le bronze, qui résistent presque complètement à l'oiydalion, et en même temps, du triste . sort qui est fatalement réservé à tout ce que nous confions au papier, ces auteurs n'ont cessé de . réclamer, pour nos monnaies et médailles, un caractère plus historique et plus artistique; leur argumentation repose principalement sur lacom-. paraison des monnaies de l'anliquitc, si fécondes comme renseignements historiques de toute tiature, avec nos médailles commémoratives et surtout nos
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Avant que j'aie esquissé à vol d'oiseau cette rapide comparaison, vous aviez déjà,
espèces monétaires froidement lignes dans des formules cenienaires. (Voyez, enire autres, dès le xvici» siècle : Ph. de Limiers (f à Utrecht en 1735), Dissertation sur Vusage et l'utilité des médailles par rapport à l'histoire, dans VAtlas historique de Gucudeville, 1. VII, pp. 19 à 12; Gérard Van Loon, Histoire métallique des Pays-Bas, t. I, préface.) J,-B. Cariier, en i85o, proteste, au marne point de vue, contre [es types monétaires de la République de 1848 (J.-B. Cariier, Lettres sur rhistoire monétaire de la France, p. 36?); M. A. de Barthélémy compare, à litre d'exemple, les données historiques que nous fournissent les monnaies du règne de Néron, avec celles, singulièrement inférieures, qu'on pourra jamais tirer, des pièces du règne de Louis* Philippe (A. de Barthélémy, La numismatique, de i85g à 1861, p. i6, extrait de la Correspondance littéraire, i86î); voye^ aussi les plaintes amères de Fr. Lenormant {loc. cit.) au sujet du numéraire de ce siècle, dans son ensemble. L'opinion publique s'est elle-même récemment intéressée à cette réforme, et l'année dernière des essais de pièces
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Messieurs, reconnu par votre propre expérience que les monnaies anciennes sont des
nouvelles ont été oâicietlemenl demandés à de grands artistes qui se sont efforcés de combiner leur conception artistique avec les nécessités pratiques de la circulation monétaire, nécessités qui ne s'imposaient pas â l'antiquité au m£me degré. D'après ce que j'ai pu savoir des résultats de ce concours, les artistes qui y ont pris part me paraissent avoir perdu de vue tin point important, sinon essentiel : c'est que les types monétaires doivent avoir un caractère natïoDal et patriotique. Le beau revers du Semeur ou plutdi de la Semeuse de M. O. Roty, n'est qu'un joli jeton : ce n'est pas une monnaie française (voyei-en la reproduction dans La revue de l'art ancien et moderne, n' du 10 juillet 1897, p. 335). Si l'on ne veut pas reprendre, pour principe de ces recherches et combinaisons nouvelles, reçu fleurdelisé qui constitue historiquement, non pas, comme on le croit généralement, les armes de la famille royale, mais les armes de la France {A. de Barthélémy, dans le Bulletin critique, 1896, pp. 667 et s.), n'esi-il donc pas possible, au moins, de trouver dans nos grandes traditions nationales un emblème qui rallie tous les suflrages et convienne à tous les partis politiques ou religieux?
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témoins oculaires et officiels, appelés sans relâche à déposer, dans la vaste enquête
Jeanne d'Arc, par exemple, ne pourrail-elle pas remplacer sur nos espices, le génie de la Loi ou l'Hercule romain? Quoi qu'il en soit, le caractère de la monnaie moderne, des nécessiids budgétaires, l'obligation de se garantir contre les entreprises des faussaires et d'autres considérations encore, s'opposeront toujours à ce que le type de nos monnaies soit souvent modifié et se transforme au gré des événements de chaque année comme dans l'antiquité. Il faut nous y résigner, mais c'est un malheur véritable, car je considère, pour ma part, que le maniement quotidien des belles monnaies a dû âtre un puissant facteur dans l'éducalion artistique du peuple grec dont l'ccil était ainsi habitué à ne contempler que des chefs d'ceuvre incessament renouvelés. Nos belles médailles artistiques des Ponscarmc, des Chaplain, des Roty et de leurs disciples, ne sauraient avoir la m£me influence populaire, car les exemplaires qui en sont tirés ne sont distribués qu'à un petit nombre de personnes. N'oublions pas que, dans l'antiquité, :
médaille c'était tout un, ou plutôt il n'ei de médailles commémoralivcs, tenait lieu et c'est dans ce caractère commémoratif qu'elle puise son principal intérêt.
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DE UONNAtES ANCIENNES 21
entreprise, à des points de vue divers, par l'ensemble des sciences historiques, sur le
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passé de l'humanité. Voilà la raison de la présence de ces témoins, de ces pièces à con-
I. Médaillon de bronze de Sévère Alexandre cl de Julie Marnée. IMP - SEV ■ ALEXAND • AVG ■ — IVLIA ■ MAMAEA ■ AVG ■ MAT ■ AVG. Bustes affrontés de l'empereur el de sa mère. if. PONTIF' MAX ■ TR ■ P ■ V ■ COS ■ II ■ P ■ P. Us Thermes de Sévère Aleiandre; la terrasse supérieure est décorée de quadriges et de statues et supportée par un portique sous lequel on voie également des ligures sculpturales; te bassin était sous tes arcades inférieures. Le deuxième consulat de l'empereur place rémission de celte pièce en l'an 2z6 de cotre ère.
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vidions dans nos musées; voilà pourquoi nous recherchons aujourd'hui la modeste drachme qui circulait de main en main sur l'agora, le moindre denier qu'on échangeait sur le forum ou dans les camps, — comme un document authentique, contemporain, le seul témoin, parfois, qui nous serve à préserver un événement historique de la profanation de l'oubli.
Nos monnaies modernes sont fixées pour une longue période d'années dans des types de convention qui ne changent guère; les mêmes emblèmes et les mêmes légendes se perpétuent aussi longtemps que dure un régime politique : on modifie seulement le millésime et les différents monétaires, tels que lettres ou symboles de graveurs et d'entrepreneurs ou marques d'émissions '.
I. Sur nos monnaies actuelles, en dehors des lypes et des légendes qui ne changent pas, on voit, dans le champ du revers, la lettre monétaire A, qui est ricdication de l'atelier de Paris, le seul qui existe acluellemenlpourla France; àgauche de celte
Tout autres étaient les usages de l'antiquité qui, presque partout, a fait de sa mon-
leiire, esl le symbole du directeur de la fabrication, et a droile, le symbole du graveur général.
1. Médaillon de bronze d' Antonio le Pieui. ANTO- NINVS ■ AVG ■ PIVS ■ P ■ F ■ TR ■ F ■ COS ■ IIII. Buste lauré d'Antonin le Pieux, à gauche, if. Temple de Bacchus, à Rome; au centre, un édJcule circulaire sous lequel on voit la statue du dieu; de chaque côté, une galerie en demi<ercle soutenue par une colonnade. D'un côté, un personnage fait au dieu une offrande de fruits ; de l'autre, un vjctimaire amène un bouc. Le quatrième consulat d'An- "an 145 de notre ère.
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naie non seulement un instrument pour les échanges, mais en même temps une miidailie commémorative destinée à fixer dans la mémoire des peuples le souvenir des événements heureus de leurs annales.
De là, dans les coins monétaires, des changements incessants, une prodigieuse variété de types qui s'accroît encore par la multiplicité des ateliers et par l'imperfection matérielle de l'outillage qui ne permettait pas de frapper un grand nombre de pièces avec les mêmes matrices '.
I. La frappe au marteau, avec des ce en bronze, en fer ou mime en acier, entraînait viie la destruction de ces coins qu'il fallait renouveler sans cfsse. A. l'occasion de ce remplacement, oh changeait le lype ou au moins les symboles accessoires, afin de faciliter le centrale des émissions. Le nombre des pièces produites par le même coin .
grandeur de la pièce, ou !a nature du coin lui-m£mc. Les expériences pratiques du duc de Luynes ont amené ce savant à conclure que les monnaies grecques étaient frappées avec des coins eu bronze
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Pour le monde grec seulement, nous connaissons présentement cinq à six cents rois ou dynastes, et près de quatorze cents villes qui ont frappé monnaie dans ces conditions d'inépuisable fécondité et de renouvellement continu, et les produits d'un grand nombre de ces ateliers s'échelonnent chronologiquement depuis le vu' siècle avant notre ère jusqu'au iii' siècle après Jésus-Christ.
Ne vous étonnez donc point que, depuis si longtemps qu'on collectionne passionnément les monnaies anciennes, les initiés vous disent qu'on en déterre toujours qui ont des types inconnus ou forment des variétés intéressantes, venant combler des
et qu'avec un mCme coin on ne pouvait guère fabriquer que soixanle bonnes épreuves (Duc de Luynes, dans la Revue numismatique, t. VIII, 1843, p. i5). Cependant l'examen de certaines trouvailles de monnaies siciliennes permet de croire que les Grecs arrivaient souvenc à doubler ce nombre. Les Romains, dans le Haut Empire, parvenaient à frapper plusieurs centaines de pièces d'or avec le m£me
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lacunes dans les médailliers, ou même ouvrant des séries toutes nouvelles. A maintes reprises, on a découvert des amas de monnaies grecques du même temps, de la même ville ou du même prince; leur , conservation est parfois telle qu'on peut conclure à un enfouissement tout voisin de la fabrication elle-même. Et, en dépit de cette circonstance, la difficulté de trouver des exemplaires sortis des mêmes coins est presque aussi grande que lorsqu'il s'agit de pièces usées et rassemblées de diverses provenances '. N'est-ce pas là, comme on l'a constaté pour les vases peints % un éloquent témoignage du merveilleux sentiment artistique du peuple grec qui, jamais, même dans l'industrie la plus vulgaire, ne copiait servilement un type préexistant, mais savait toujours, en s'en inspirant, faire preuve