‹ Les Collèges d'Artisans en Droit Romain Des Effets de l'Occupation Militaire dans la Guerre Continentale en Droit FrançaisChapitre 1 sur 87 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Etre naturellement faible, exposé par suite de cette faiblesse même et des conditions dans lesquelles il est appelé à vivre à une foule de dangers et de chances de destruction, instruit par l’instinct de la conservation, et le spectacle de la nature, l’homme a dû avoir de bonne heure la pensée de s'associer à ses semblables pour sauvegarder son existence ; plus tard, il a généralisé cette idée pour l'appliquer à toutes les manifestations de son activité.

Mais l’association corporative, qui est née d’une différence de situation de fortune et de capacité entre ouvriers et patrons, de la nécessité pour ces

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derniers de se grouper pour remédier à leur état d’infériorité vis-à-vis des premiers, de ce senti- - ment si naturel qui pousse des intérêts de même nature à s'associer, ne dut faire son apparition qu’assez tard dans l’histoire des peuples : ce n’est que sous la pression de besoins croissants, sous l'influence des progrès de la civilisation, lorsque l’homme se vit dans l'impossibilité de se suffire à lui-même, qu'est devenue nécessaire la création d’une classe à part, destinée à pourvoir aux besoins de tous, la classe ouvrière, et, presque aussitôt, son organisation en corporations.

Ce sont ces corporations, plus spécialement les collèges d'artisans, dont nous nous proposons d’étudier les origines et les destinées dans le monde romain ; cette étude intéressante nous montrera quel mal peut faire à l’industrie la tutelle de l’État, la réglementation à outrance, qui tuent l’initiative individuelle, la concurrence et suppriment la classe moyenne: or, ce sont là les principaux, les vrais agents de progrès pour l’industrie.

L'histoire des races primitives ne nous fournit aucun renseignement utile; on ne connaissait guère que l’association sous la forme commerciale (Hébreux et Phéniciens), ou sous la forme d’associations de bienfaisance (Esséniens).

Arrivons, sans plus tarder, à des données plus certaines sur un peuple auquel Rome a beaucoup emprunté : la Grèce.

Laissant de côté les récits fabuleux d’'Homère, qui semblent cependant représenter le travail

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manuel comme jouissant d’une certaine faveur, puisque les héros grecs eux-mêmes ne dédaignaient pas de s’y livrer, et la légende suivant laquelle Thésée passe pour avoir le premier rangé les artisans dans une catégorie spéciale, les Smoupyæ, COnstatons que Solon les plaça dans la dernière classe avec les mercenaires, mais leur concéda la faculté de s'élever au-dessus de leur condition, et d’arriver dans les classes supérieures par leur travail.

Thémistocle, pour attirer les artisans à Athènes, fit décider qu’ils y seraient exempts de tout impôt; et Périclès, pour honorer le travail, faisait enterrer ceux qui étaient morts à l’armée à côté des premiers citoyens: Ne rougissons pas de notre pauvreté, disait-1l. — Ge qu’il y a de déshonorant, c’est l'oisiveté, et non la pauvreté (Thucydide, liv. KE, chap. XL).

Mais la suprématie guerrière de Sparte, les idées pratiques, exclusives et méprisantes qui faisarent le fonds de sa constitution, eurent bientôt fait disparaître ces idées libérales et justes: à Sparte, on ne travaille pas, parce que le travail est indigne d’un homme libre. Cette fière cité réussit à faire pénétrer ses idées dans toute la Grèce, où l’on finit par proclamer que l’homme libre, le vrai citoyen, ne doit avoir d’autres soucis que la guerre ou la vie politique : lui seul à le loisir, la culture, Pinstruction nécessaires pour remplir une tâche aussi lourde : l'homme qui travaille, l'artisan, en serait incapable. Et le vrai citoyen, c’est celui qui a part

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à la puissance publique, celui qui à droit à pereysi rives ai apyse, comme dit Aristote (Polit., II, 1, $ 4).

On alla même plus loin: le travail manuel, diton, et, en général, toute occupation qui a pour but le lucre, abaisse l’intelligence, altère les sentiments et développe l’égoïsme. Xénophon a écrit sur €e sujet un passage fort curieux (Économ., IV, $ 2 et.3) : entre autres reproches adressés aux métiers manuels, il les accuse de produire une profonde et regrettable indifférence pour les affaires de l’État, une absolue impossibilité de s’en occuper: reproche grave dans la bouche d’un Grec. Il fait cependant une exception, comme on en faisait une à Rome, en faveur de lagriculture. |

Aristote déclare que jamais l’État modèle ne donnera la qualité de citoyen à un manouvrier, à un Bayavoos.

Certes, il y avait dans ces exagérations même un fond de vérité: il est très désirable, et même très nécessaire, qu'il y ait dans la société un partage des fonctions, et que les travaux matériels soient abandonnés à une classe spéciale d'hommes placés en dehors de la cité, afin de permettre à d’autres, aux citoyens, de s’occuper des choses plus élevées, comme les affaires de l’État. Mais c’était une grande erreur, au point de vue social et humanitaire, que de croire que cette classe spéciale devait être tenue dans un état de servitude, et on ne peut que trouver bien puérile la raison qu’en donnaient les Grecs : d’après eux, les autres peuples étaient d’une nature inférieure à la leur, et faits pour obéir, pour être

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