‹ Les Collèges d'Artisans en Droit Romain Des Effets de l'Occupation Militaire dans la Guerre Continentale en Droit FrançaisChapitre 4 sur 87 · SES PÈRE · texte numérisé non relu

SES PÈRE

des querelles et des débats continuels. Quand on veut, dit Plutarque, unir des corps solides, dont la nature s'oppose à une fusion, on les brise, on les réduit en petites parcelles qui s’incorporent facilement. Numa suivit cet exemple et distribua le peuple entier en plusieurs corps de métiers: Musiciens, orfèvres, charpentiers, teinturiers, cordonniers, tanneurs, forgerons, potiers de terre. Plutarque ajoute un % collège dans lequel 1l range tous les artisans qui ne faisaient pas partie des huit autres. (On se demande, vu la simplicité des mœurs primitives, à quel besoin pouvait répondre la création d’un corps dorfèvres : il est probable qu'ils ne travaillaient que pour orner les temples et les statues des dieux.) |

C’est aussi la division qu'indique Pline (Hist. nat., Liv. X VITE, ch. x1): ærarii, fiquli, lubicines, aurificines, fabri tignarit, tinctores, sutores et fullones ; il établit même une sorte de hiérarchie entre les collèges, donnant, par exemple, le 3e rang aux ærarh, le 7e au figuli.

Quoique cette division ne comprit pas tous les corps de métiers nécessaires à la vie, elle devait renfermer la presque totalité de ceux exercés à Rome à cette époque, car ils devaient être peu nombreux chez un peuple qui ne s’occupait guère que d'agriculture et d’art militaire. N'oublions pas non plus que, pendant longtemps, et surtout à l’origine, on faisait faire chez soi beaucoup de travaux par les esclaves et par les femmes: ainsi, au dire de Pline (loc. cit.), jusqu’en 580, il n’y eut pas de cor-

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porations de boulangers à Rome, et cependant c’est une des corporations qui acquirent dans la suite le plus d'importance : l’absence des ouvriers en fer s'explique aussi, par ce fait que le fer ne fut travaillé que très tard dans le Latium; primitivement, on ne connaissait que l’airain (Mommsen, Romische Geschichte, t. I, p. 260 ; tradon Alexandre).

Nous nous rangerons à l’opinion généralement adoptée qui attribue à Numa lorganisation, la réglementation des corps de métiers. Nous employons à dessin ces deux mots, et non celui de création: il nous semble très probable qu’il n’a fait que consacrer un état de choses préexistant, qu’autoriser, régulariser, en quelque sorte, ce que les traditions, les usages avaient créé. Ces traditions, nous les avons indiquées déjà: les Sabins (Heineccius, de Collegiis et corporibus opificum, $ 7); les Étrusques (Dirksen, cité par Mommsen, de Collegiis) ; les Crecs (Gaïus, loi 4, XLVIT, 22 ;—Mommsen, id., LH, S 3), connaissaient l’association sous des formes très variées, entre autres, la forme corporative: d’ailleurs, on peut le dire, il n’est pas étonnant que la loi n’ait pas reconnu, dès le début, les corporations : en général, elle ne crée pas, elle ne fait que consacrer ce qui existe : elle suit les mœurs, elle ne les dirige pas. |

D’autres considérations, encore, expliquent la naissance des corporations : les nécessités sociales, qui interdisent à l’homme de rester seul, sous peine de rester sans droits; enfin, le caractère religieux qu'ont présenté, à leur origine, toutes les institu-

tions à Rome (Fustel de Coulanges, Cité antique, introduction) : le lien religieux fut le premier qui unit les membres des associations ouvrières.

On a prétendu que Tulius Hostilius supprima les collèges industriels, et que Servius Tallius les rétablit : on s’appuie sur un texte de Florus (T, 6) : ab hoc populus romanus….. collegiis distributus. Comprendre ainsi ce texte, c’est méconnaître le vrai caractère de la réforme de Servius Tullius, qui n’a été qu'une réforme militaire. S'il s’est occupé des artisans, ce n’est pas pour opérer un classement d’après la profession de chacun, mais pour assurer le recrutement des ouvriers dont le concours est nécessaire à la guerre : il faut bien des ouvriers pour fabriquer des machines de guerre, il en faut pour les transporter: c’est le génie, le train des équipages. — Un texte de Tite-Live (I, 53), vient confirmer cette opinion: d’après lui, Servius Tullius adjoignit à la première classe deux centuries, celle des fabri tignarü, et celle des fabri ærarü, et il ajoute : Datum munus ut machinas in bello facerent

Nous en avons encore une preuve dans ce fait qu’il rangea dans la dernière classe, à côté des prolétaires et des capile censi, dans la classe de ceux que l’on juge indignes de porter les armes, tous les autres artisans. On voit que, dès cette époque, on maintenait l'artisan dans un état d’infériorité qui dénotait, chez les Romains, ce même mépris pour le travail manuel que nous constations en Grèce.

Tarquin le Superbe fut un destructeur: il sup-

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