‹ Les Collèges d'ArtisansChapitre 149 sur 198 · Moniteur de 1823, p. 184. — Moniteur de 1829, p. bor · texte numérisé non relu

Moniteur de 1823, p. 184. — Moniteur de 1829, p. bor

Cependant la paix presque ininterrompue dont on jouit sous ce régime permit à l'industrie de se développer, et l’on peut constater les étapes de ces progrès dans les expositions qui se succédaient tous les quatre ans depuis 1819. Ils étaient remarquables, surtout en ce qui regarde la réforme des instruments du travail : outils et force motrice. Les débuts de cette révolution économique exercèrent sur la classe ouvrière une influence considérable. :

C'était dans toute la force du terme une révolution, s’opérant par brusques soubresauts, toutes les fois qu’une machine nouvelle était appliquée à une nouvelle branche d'industrie. L’Angleterre traversait pour ce motif une crise qui effrayait les économistes du continent ; il se forma alors en France une école qui, se faisant l'interprète des plaintes des ouvriers, battit en brèche l'introduction des machines dans l’industrie *. l

Ce trouble n’eut pas chez nous des conséquences aussi graves qu’en Angleterre. Les prédictions sinistres se trouvèrent démenties par la hausse des salaires, et ce n’est pas à une cause purement économique qu’il faut attribuer les mouvements énergiques et répétés qui se multiplièrent surtout à partir de la Révolution de 1830.

Dés cette époque, les questions sociales prennentune gravité exceptionnelle et se dégagent du point de vue

1. Les théories de cette école ont servi et servent encore d’arguments aux théories socialistes. V. dans Benoît Malon, Manuel d'économie sociale, les chapitres sur Sismondi et sur les machines.

de la politique pure pour se rattacher plus directement à l’économie politique. Les formes anciennes d’assaclations sont rejetées ; les essais, timides jusque-là, sont repris hardiment; un grand nombre de publicistes soulèvent des questions nouvelles. Cette transformation n'apparaît oulle part avec autant d’évidence que dans les deux grèves des canuts de Lyon en 1831 et 1834. La première est une véritable coalition : les ouvriers se proposent seulement d'exiger par là l’accomplissement des engagements pris parleurs patrons. La seconde est plutôt une manifestation socialiste, étrangère aux intérêts immédiats des canuts. Les chefs d’atelier mutuellistes, prévenus du délit de coalition illégale, furent défendus par Jules Favre devant le tribunal correctionnel de Lyon, le 22 avril

Pendant le règne de Louis-Philippe, de nombreuses grèves se produisirent à la suite de coalitions'. Les plus célèbres sont celles des ouvriers charpentiers et en particulier celle de 1845, illustrée par les plaidoiries de Bethmont et de Berryer et dont le tribunal correctionnel de la Seine condamna les auteurs *.

L'expérience prouva dans cette même période combien il est difficile de poursuivre les coalitions des patrons, tandis que celles des ouvriers, quand on veut

1. Les ouvriers d'aujourd'hui (d’Audiganne) renferme une longue liste des grèves qui ont eu lieu de 1831 à 1849.

2. Gazette des tribunaux, 25 déc. 1832 ; 5 et 13 octobre 1833 ; 21,23.

24 et 26 août 1845. — Léon Faucher, La coalition des ouvriers charpentiers, (Journ. des Écenomistes, t. xIt, 1re série, p. 25.)

les réprimer, tombent presque infailliblement sous le coup de la loi pénale. Les concessions des mines du bassin de la Loire avaient été accordées à des prix qui en rendaient l'exploitation peu rémunératrice, et les différents propriétaires cherchèrent progressivement à se grouper afin de constituer un monopole qui leur permit d'augmenter leurs prix de vente et de diminuer le salaire des ouvriers. Cette coalition excita une grande émotion dans la contrée, mais on ne parvint pas à l'empêcher. En 1837, les soixante-cinq concessions originaires s'étaient réunies en trois grandes compagnies qui elles-mêmes se fusionnérent en 1845 en une Société des usines réunies. Elle afferma le canal de Gisors ainsi que le chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon et, maîtresse des transports comme des produits, elle fit hausser dans toute la contrée le prix de la houille'. Le directeur général voulut en même temps diminuer les salaires dans certains puits et une grève eut lieu à Terre-Noire. La coalition des ouvriers était une réponse à celle des patrons, mais si le but en était légitime, les moyens employés lui firent malheureusement un grand tort.

Lorsqu’arriva la Révolution de 1848, on pouvait dire avec de Tocqueville : « Il est vrai que les classes « ouvrières ne son! pas tourmentées par les passions « politiques proprement dites, au même degré où « elles ont été tourmentées jadis ; mais ne voyez-vous

« pas que leurs passions, de politiques, sont devenues

1. Journal des Économ., 1° sér. x111, 3373 XVI, 15. — Gaz. des Trib., re" et 3 mai 1844. :

« sociales? » Cette révolution affranchit en fait la classe ouvrière des prohibitions qui pesaient sur elle. De toutes parts on vit surgir des coalitions de boulangers, de paveurs, de cochers, d’imprimeurs en papiers peints, de mécaniciens, etc. Le gouvernement s’interposa entre les patrons et les ouvriers et crut avoir tout fait parce qu'il leur fit signer quelques tarifs. Mais la crise industrielle ne permettait pas en cette matière d'acquérir une situation stable et les travaux publics que l’on pouvait donner aux ouvriers étaient igsuffisants pour les occuper tous. La création des ateliers nationaux, plus encore par le vice propre au système que par les embarras politiques au milieu desquels il fut inauguré, échoua bientôt et ne fit que jeter un élément de perturbation dansl'exercice loyaldu droit de coalition. Ces ateliers étaient pour les ouvriers un refuge où ils attendaient patiemment l'issue des grèves, une sorte de caisse de chômage permanente et entretenue par l'État. Les chapeliers, par exemple, organisés depuis longtemps en corporation, possédaient en rentes un capital de 159 000 francs. Ils se mirent en grève, mais ne touchèrent pas à ce fonds : les ateliers nationaux leur suffirent'. C'était là une conséquence directe du droit au travail.

Les questions ouvrières s’imposaient donc à l’Assemblée Constituante et en première ligne la solution légale à donner aux coalitions. Ce fut pendant plus d’un an l’objet de nombreux rapports ou projets,

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