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CHAPITRE PREMIER

La gilde et son origine.

L’étude des associations est certainement un des aspects les plus intéressants et les plus caractéristiques du moyen âge. Avec la hiérarchie féodale, elles completent l’organisation sociale qui succéda, après plusieurs siècles d’hésitation et d’anarchie, à l’organisation savante, mais trop systématique, de Pempire romain. Plus vivaces que la féodalité, elles ont subsisté, avec des modifications nécessaires il est vrai, jusqu'à nos jours, et sans vouloir les suivre dans leurs évolutions séculaires, nous avons cherché à nous éclairer sur leur origine et leur rôle primordial. La tâche est parfois ardue, car les documents sont peu nombreux et répondent incomplètement aux ques: tions générales dont on cherche la solution. Aussi faut-il bien avouer son ignorance sur certains points et ne passe faire d’illusion sur le degré de probabilité qu’atteignent quelques conclusions. Au risque de paraître incomplet ou obscur, il faut se garder des systé-

mes trop lumineux et trop logiques qui, en histoire,

s’accommodent mal de toutes les incertitudes qui enveloppent l’origine des institutions.

Puisque nous parlons des associations, il faut, sinon toujours distinguer nettement, du moins signaler la multiplicité des circonstances, des influences, des besoins, qui se traduit en général et à la longue par une déviation de la ligne primitive qui leur était commune. Malgré les invasions qui couvrirent la partie occidentale de l’Europe, toute trace du passé ne fut pas anéantie; cependant l'élément nouveau importé par la race germanique prévalut dans la partié septentrionale, et c’est là que nous nous proposons de l’étudier dans sa principale manifestation : la gilde. Géographiquement, notre étude se limitera donc aux pays Scandinaves, à l'Allemagne, à l’Angleterre, aux Pays-Bas, à la Flandre et au nord de la France. Il nous a paru prééfrable d’embrasser toute cette étendue, malgré les limites restreintes de notre étude, plutôt que de nous arrêter à l’un de ces pays et de lui consacrer une étude plus détaillée : on n’est que trop porté, quand les documents sont peu abondants, à les analyser minutieusement. Or, à notre avis, pour distinguer ce qu’ils renferment d’essentiel et d’accessoire, pour arriver à se former une idée précise d'une institution, il vaut mieux considérer son développement partout où il se manifeste, dans un peuple si elle répond à un besoin national, dans toute une race si ses racines ont pénétré plus profondément dans l’humanité,

Cr ; ; L'histoire de la gilde germanique à un besoin tout

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particulier de cette comparaison. Dans certains pays comme le Danemark, elle s’est librement développée et, sans luttes, par son énergie propre, elle a servi de fondement à la prospérité commerciale et de base aux institutions municipales. Sur d’autres points, elle quitte cette forme pacifique et devient un instrument de révolution, grâce à la farce qu'elle possède comme association jurée. Ce sont là deux aspects à coup sûr bien différents et les exemples pourraient être multipliés. L'origine de différences aussi tranchées est bien simple : la gilde, s’est transformée, au gré des circonstances, des besoins de chaque époque et de chaque peuple, parce que c'était la forme naturelle sous laquelle se manifestait ce que nous appellerions aujourd’hui la volonté collective dars la race germanique. Dans toute association, dit Hartwig', la cause est la même : Île besoin de secours qui se fait sentir aux individus; mais il y a autant de moyens de le satisfaire que de degrés dans son intensité. Partant de ce point de vue, on peut diviser les associations en trois classes.: celles qui suppléent à l'insuffisance de l’État dans les devoirs au’il devrait remplir envers la société; celles qui ont pour but de résister à une oppression quelconque; et celles qui se proposent une fin indépendante de l’action de l'autorité. La gilde germanique a joué ces trois rôles.

A une époque où les éléments de la société, désa-

1. Hartwig. Untersuchungen über die ersten Anfänge des Gildewesens. Forschungen zur deutschen Geschichte, 1862, p. 155.

grécés et mélés à la suite des invasions, cherchaient

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à se recombiner, elle fut en dehors du système féodal pour beaucoup d’entre eux, la force de cohésion qui les maintint réunis et leur permit de se protéger eux-mêmes, à défaut d’une autorité assez puissante pour leur assurer la sécurité, Sous la forme de la gilde se créèrent les associations, soit de ces marchands qui donnérent au commerce du moyen âge son impulsion et l’étendirent au loin, soit de ces anciens bourgeois qui gardèrent la tradition de l’ancienne communauté germanique. Dans des pays comme l’Angleterre et le Danemark, elles furent incorporées au gouvernement général et lui servirent de base. Nous aurons aussi à parler de ces gildes luttant entre elles ou contre les seigneurs pour l'obtention de libertés plus grandes et devenues presque une organisalion militaire. Enfin, si elles appelaient dans leur sein des gens qui sentaient le besoin d’unir leurs efforts pour la poursuite d’un but temporel et prochain, d’autres fois elles réunissaient des âmes pieuses auxquelles l'isolement spirituel pesait et qui trouvaient daus ces confréries une excitation à faire le bien sur la terre, en même temps qu’une espérance pour l’autre vie.

On le voit, l'horizon embrassé estimmense, si vaste même que tous Les historiens n’ont pas admis que la gilde germanique, malgré la souplesse de ses formes, pût arriver à le remplir. Ils ont fait appel, comme à des instruments complémentaires, soit aux vestiges d'associations ou de collèges que l’époque romaine aurait légués à certaines villes et que l'initiative indi-

viduelle aurait de nouveau fécondés, soit aux associations pacifiques dont l’Église fut la promotrice et qui Jouèrent un rôle important vers le onzième et le douzième siècle, sous le nom de paix de Dieu. Ce n’est pas ici le moment de trancher ces contestations. A mesure que nous suivrons l’évolution de la gilde, nous serons amené à discuter les influences externes qui ont agi sur sa constitution; mais il faut d’abord connaître sa genèse et nous rendre compte desliens antiques et vigoureux qui l’attachaient à la race germanique.

L'étvmologie du mot gtlde n’est pas absolument certaine : les uns le font dériver du salique /aden (citare)', mais il paraît plus sûr de lui attribuer une origine saxonne. Le mot gé/donia* n’était guère usité aux vtr et 1x° siècles, et sa forme n’était pas encore fixée. Son acception primitive en allemand est celle de præstlatio, solutio, à cause des apports que chacun faisait dans les réunions qui ont donné naissance à la gilde. La transformation du caractère de ces réunions a eu pour conséquence la transformation même du sens de leur appellation, et le mot gilde eut dès lors pour équivalent celui de fraternitas, sodalitium*. On trouve encore bien des dérivés et des synonymes rappelant soit l’origine (convivium), soit la forme (conju-

ratio) de l’institution.

rt. Fortuyn. Specimen historico-politicum de sildarum historia etc. p. 9.

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