Fortuyn, eod, Loc., p. 128..— Wilda eod. loc, p
fois des couvents indépendants et des communautés de Juifs’.
Ainsi, en Allemagne et surtout dans les vieilles villes épiscopales, comme Cologne, Magdebourg, Trèves, la possession du sol est le premier élément de la richesse. C’est autour de cette association natiotiale des bourgeois héritables (erbgesessene) que se grouperent les éléments étrangers’; c’est elle qui subslitua l’unité communale à une agolomération toute locale (räurnliches Band). Telle fut aussi la première base des associations qui se formèrent en Angleterre, en Danemark, et en Flandre. A cette possession de biens propres et aussi de biens communs étaient attachés des privilèges spéciaux, une condition juridique meilleure. La défense de ces avantages précieux aussi bien que la protection purement matérielle de la propriété devint un motif puissant d'union parmi tous ces peuples de race germanique.
En Angleterre, on peut citer à Cantorbéry l'ancienne gilde des barons (Gi/d of the Thanes), formée de propriétaires fonciers auxquels on adjoignait, en leur conférant ce titre, comme l’indiquent les Judicia civitatis Lundoniæ du temps d’Athelstau, les marchands qui avaient fait à leurs frais trois voyages au long cours. Dans les villes allemandes, les exemples ne manque-
raiént pas pour prouver que la force primitive de la
r. Otto Gierke, eod. loc., p. 250 à 256.
2. Les statuts que Fribourg reçut à sa fondation (1120) définissent ainsi le bourgeois : « Burgensis, qui proprium non obligatum sed « liberum valens marcham unam in civitate habuerit, »
bourgeoisie résida aussi dans la possession d'immeubles urbains (städtische Grundstücke) ; nous aurons à en citer un fameux : la Æicherzeche de Cologne. C’est dans les villes surtout que se formérent les fameux lignages dont nous parlerons plus loin, parmi les familles devenues assez riches pour vivre uniquement de leurs revenus. Dans l’histoire de la ville de Saint- Omer on trouve quelque chose d’analogue dans ces bourgeois héritables (oirt hereditari, legitimi homines in vélla sua hereditarti), dotés de privilèges spéciaux et liés entre eux par une espèce de confraternité. Une ville tranche sur les autres à ce point de vue : c’est Hambourg. Il est à remarquer qu’un semblable patriciat ne s’y est pas formé; la loi défendait aux nobles le séjour de la ville. On voulait empêcher le développement de laristocratie qui aurait eu pour corollaire, là comme ailleurs, l’'accaparement\ des charges municipales par quelques familles ‘.
A ces premières familles s’en adjoignirent d'autres, dont la richesse avait le commerce pour origine et qui continuérent à faire le négoce sur une grande échelle, assez semblables en cela à la classe des chevaliers romains.
En fortune et en considération, ces nouveaux bourgeois n'étaient guère inférieurs, s'ils n'étaient égaux, aux membres de l'ancienne association : daus certaines villes, ils formaient même à eux seuls l'aristocratie. Comment ces familles de marclands étaient-elles
. Giry. Histoire de La ville de Saint-Omer, ch. vrr, — Wilda, eod. loc., p. 233.
arrivées à une aussi grande position et quel lien existait evtre elles? | Dapsles pays du Nord, l'origine de tes associations paraît se trouver dans les unions que formaient les marchands pour aller trafiquer en pays étranger, Ces sortes de gildes voyageuses ont en beaucoup de cas précédé celles des marchands indigènes. La navigation n'était guère possible en hiver : aussi ne voyait.on souvent dans les ports ces étrangers que pendant l'été, A cette époque de l’année et jusqu'au début de l'hiver, ils formaient une association distincte de celles qui existaient dans leur pays d’origine. Cette gilde prit de ia consistance et eut un centre fixe, quand ses membres obtinrent des villes où ils trafiquaient des droits positifs et sérieusement reconnus : droit de former une association avec une administration propre, de terminer entre eux leurs contestations d’après les lois et les coutumes de leur propre pays, de posséder un lieu de réunion et des emplacements pour débarquer leurs marchandises, en un mot droit d’avoir un élablissement fixe et indépendant sur cette terre étrangère. Pendant l'hiver, surtout dans les pays éloignés, quelques-uns d’entre eux restaient pour prendre soin des intérêts que laissait la communauté. Ces stations commerciales acquirent de l'importance et arrivèrent à occuper tout un quartier, comme plus tard les Vénitiens et les Génois à Constantinople. Dans la suite ces marchands étrangers se mélèrent à la population indigène, en partagèrent les charges et les droits; quelquefois même ils paraissent avoir acquis une influence pre-
poudéraute dans le gouvernement". Une petite exc 1rsion géographique est indispensable pour se rendre compte de l’importancede ce commerce international au moyen âge et du rôle que jouaient ces gildes marchandes”.
Dès le 1x° siècle, les Scandinaves, passant en Russie, y avaient fondé des villes. Au milieu du xn° siècle, une station de marchands allemands, venus de différentes villes, était établie à Nowogorcd”*. Au début, ils ne se réunissaient que pour faire la route et se divisaient en voyageurs de terre et voyageurs de mer. Parmi ceux-ciil y avait encore deux catégories : ceux qui naviguaient pendant l'hiver {nautæ hyemales), et ceux qui naviguaient pendant l’été (nautæ æstivi). Les arrivants devaient payer une certaine somme à la silde. L'administration se composait de deux seniores, l'un dit senior curiæ, l'autre de saint Pierre; c’est le premier qui avait la puissance la plus élevée ; il se donnait quatre assesseurs. 1] y avait en outre des seniores pour juger les différends et exercer le droit de juridiction qui appartenait à la gilde*. Cette assoclation occupait une situation mixte entre la communauté urbaine (Stadigemeinde) et la gilde marchande. Elle finit par devenir une ville libre et même un Etat indépendant, une république florissante et puissante.