‹ Les colonies anglaises de 1574 à 1660, d'après les State papers, et épisode de l'émigration belge en VirginieChapitre 2 sur 3 · LES VENDRE · texte numérisé non relu

LES VENDRE

Ces tristes exemples prouvent que, quel que soit le régime politique ou religieux, il n'y a de salut, sur cette terre, pour les hommes, que sous les ailes de la pondération des pouvoirs et de la tolérance. Plus tard, à la révolution française, ces exemples s'accumulent pour ainsi dire par monceaux depuis le pied de l'échafaud ruisselant de sang jusqu'à l'assassinat du duc d'Enghien.

petits (i); il se dit informé par Slany, Nicolas Crispe, William Clobery et d'autres membres de la Guinea Company, à laquelle le roi a octroyé des lettres patentes pour l'exploitation exclusive de la Guinée, de Binney et d'Angola; il se dit informé que John Crispe et ses coassociés ont équipé le Talbot pour faire le commerce, contrairement à la concession royale, sur les côtes de la Guinée et d'y prendre des noirs pour les transporter sous des climats étrangers. Le Conseil ordonne que le départ du Talbot soit retardé jusqu'à nouvel ordre. Ce n'est donc qu'une infraction aux statuts de la Compagnie et non la revendication des droits imprescriptibles (2) que le Conseil privé avait en vue! Il était réservé à notre époque de l'essayer.

(1) Colonial Papers, p. 259, The Privy Council lo Sir John Penninglon.

(2) Voy. Colonial Papers, p. 135, une proclamation de Charles Ier, qui confirme ce qui est établi plus haut. Elle interdit le commerce de la Guinée, de Binney et d'Angola à quiconque, à l'exception de sir Rich. Young, sir Ken. Degby, G. Kirke, Slany, Nicolas Crispe et W. Clobery, auxquels le roi a octroyé le privilège exclusif de faire le commerce dans ces parages pendant quarante-un ans. Celte proclamation est du 22 novembre 1631.

Sommaire : De rechef les Bermudes ou les Somers Islands. — Naufrage et famine. — Lord de la Warret Somers. — Plaintes de la Chambre des Communes. — La Jamaïque. — Penn et Venables. — Projet de réorganisation coloniale soumis au roi par Jacques comte de Marlborough. — Soins tendres et minutieux.

Les Bermudes ou les Somers Islands ont déjà passé sous nos yeux dans ce vaste panorama colonial. Les State Papers leur consacrent d'intéressantes pages. Un des documents les plus remarquables est la lettre de Somers lui-même, ce bon vieux gentlemen, comme lord de la Warr se plait à l'appeler. Elle est adressée de James-Town, en Virginie, le 15 juin 1609, à Salisbury, et dissipe toute incertitude à l'égard des Somers Islands dont nous avons, du reste, déjà parlé plus haut. Dans la traversée pour aller en Virginie, dit Somers (i), une violente tempête se déchaîna à cent lieues des Bermudes, et dispersa toute la flotte. Le vaisseau qui le portait fit une voie d'eau. Dès lors les aventuriers coururent les plus grands dangers. Du 23 au 28 juillet 1610, cent hommes furent employés aux pompes, jour et nuit. Le 28 juillet, qui fut un vendredi, on eut en vue l'île de Bermude. Le navire de Somers échoua à un quart de mille de la côte. Personne ne périt. On sauva même une partie des biens, mais l'approvisionnement en pain fut perdu. Dans l'intervalle du 28 juillet au 10 mai 1610, les naufragés, redoublant d'activité et d'énergie, construisirent deux petites embarcations, qui leur permirent de quitter les Bermudes le 13 mai et de faire voile pour la Virginie, où ils débarquèrent le 23 de ce mois, au nombre de cent quarante personnes, hommes et femmes. Au cap Henri on leur parla d'une affreuse famine qui désolait James-Town. Ils for-

(1) Il y a malheureusement des lacunes à la fin de sa lellre,

cèrent de voiles. Bientôt ils virent de leurs yeux qu'on n'avait pas exagéré les horreurs de cette calamité. Toutes les denrées avaient été consommées. On en était réduit à faire festin de reptiles effrayants. Grâce au dévouement éclairé du gouverneur, sir Th. Gates, le fléau fut enfin dompté. Les compagnons de Somers purent descendre la rivière dans quatre pinasses. Ils firent la rencontre de lord de la Warr. Peu de sauvages dans leur excursion. Au reste, ils ne trafiquaient que de mûriers. Le plus grand espoir les anime. Somers s'en ira aux Bermudes s'approvisionner en poissons et porcs. C'est l'endroit le plus riche qu'il connaisse en approvisionnements de ce genre; la volaille n'y est pas moins abondante. II a envoyé une lettre de l'ile de Bermude, où il est décédé le 9 novembre 1611. Lord de la Warr, dans une lettre à Salisbury (i), paraît avoir près senti la fin de ce marin intrépide. Il dit lui-même qu'il avait envoyé pour la seconde fois Somers aux Bermudes pour y faire des approvisionnements. Le bon vieux gentleman, ajoute-t-il, à bout de dévouement et de zèle, sans qu'il proférât des murmures ou fit des objections, entreprit de grand cœur de mener à bonne fin une si dangereuse expédition.

Un autre document jette une lumière plus vive encore sur la situation de cette colonie. Le 19 juin 1628, la Chambre des Communes se plaint avec amertume dans une pétition au roi du sort fait aux Somers Islands. Elle proteste contre les droits énormes qui frappent les articles importés par les planteurs, contrairement aux lois et aux patentes accordées à ces aventuriers (2). L'île, à celle époque, comptait une population d'à peu près deux mille habitants. Dans l'espace de moins de trente ans, elle s'est

(1) Colonial Papcrs, p. 10

(2) Ibidem, p. 92.

élevée au chiffre de trois mille âmes, dont 150 en état de porter les armes. Les dépenses du gouvernement colonial ont atteint annuellement la somme de 500 liv. et la taxe sur le tabac en a rapporté environ 800 dans le même temps (î). Au nom de Cromwell s'attache une expédition dans les Indes Occidentales. On sait que celte entreprise, dont le but fut de s'emparer d' Hispaniola (2), ne fut pas couronnée par le succès; mais elle eut pour conséquence de mettre l'Angleterre en possession de la Jamaïque (3), et on ne doit pas traiter à la légère l'empressement du Protecteur à fortifier cette île de manière qu'elle pût résister à toute attaque. Les Anglais y ayant mis le pied, le 10 mai 1655, les insulaires, au nombre de quatorze cents, ont cherché un refuge dans les montagnes, à l'exception de quelques Indiens et Portugais, qui se sont rendus aux vainqueurs. L'Angleterre, pour garantir sa nouvelle possession contre toute surprise, expédia dans ces parages, en quatre mois, plus de huit mille soldats bien armés et bien équipés. Ce chiffre est énorme pour l'époque et prouve l'importance de cette colonie (4). De plus, afin d'engager les émigranls à venir s'établir dans ce pays, le gouvernement anglais fit des proclamations dans lesquelles il sollicita les planteurs de la

(•J) Colonial Papcrs, p. 44-9. Rapport du Comité pour l'Amérique au Conseil d'État, en date du 7 octobre 1656.

(2) Déjà en i 585, sous Elisabeth, l'Angleterre avait eu connaissance des richesses de cette île; voy. Col. Pap., p. 3. — V. Ibidem, p. 419, un ordre du Conseil d'État.

(3) La Jamaïque est située dans la mer des Caraïbes, au sud de Cuba et à l'ouest d'Haïti. Les manufactures de celle île sont celles du sucre et du rhum, qui composent les principaux articles d'exportation. Le siège du gouvernement est à Saint-Iago, mais la ville la plus importante est Kingstown.

Cette île a été découverte, en 14-94, par Christophe Colomb et colonisée en 1505. Elle resta au pouvoir de l'Espagne jusqu'à la date ci-haut indiquée. La Jamaïque comprend dans sa circonscription administrative et religieuse les colonies anglaises de Bahama et de Honduras.

(4) Voy. Colonial Papcrs, p. 429.

Nouvelle-Angleterre à émigrer dans la Jamaïque, pays d'abondance, où les avantages matériels les récompenseraient amplement de longues souffrances.

Viennent ensuite des documents d'une autre catégorie. Par ordre du Conseil d'État, Francis Hodges donne le détail des forces de terre à la Jamaïque, dresse la liste des officiers morts dans diverses expéditions et celle des officiers auxquels il est dû des arriérés de solde (1). Ce sont des pièces à consulter dans l'original par les hommes spéciaux. On ne pourra se dispenser d'examiner les procédés dont des hommes tels que Penn et Venables ont été l'objet. Le 20 septembre 1655, deux mandats d'arrêt furent lancés contre ces deux généraux commandant les forces d'Angleterre en Amérique. Ils étaient accusés d'avoir, contrairement à leur serment, abandonné l'armée sous leurs ordres. Penn fut relâché le 25 octobre et Venables le 30 octobre de l'année suivante (2).

Après la restauration de Charles II, il n'est projet qui ne fût soumis à ce monarque pour l'amélioration des colonies. En première ligne, se présentent les propositions de Jacques comte de Marlborough (3). Il s'agit, selon lui, d'envoyer aux gouverneurs des Caraïbes des dépêches émanées du roi, les invitant à encourager les émigrations vers la Jamaïque. Avant tout, il faudrait consolider les affaires à la Nouvelle-Angleterre; car de cette contrée on peut retirer des approvisionnements et des hommes. Puis, ce serait le moment d'ordonner à la Compagnie royale d'Afrique d'avoir

(1) Colonial Papcrs, p. 469. Voy. aussi Ibidem, pp. 438 et 454, où se trouve la liste des officiers et soldats.

(2) Enlry Book, vol. CXXXIII, p. 223, et vol. CIV, pp. 343, 352, cités dans Col. Pap., p. 429.

(3) Colonial Papers, p. 491, Proposais coneerning Jamaica by James Earl of Marlborough. Ces propositions datent vraisemblablement du mois de novembre 1660.

à faire de la Jamaïque le centre de la traite des noirs. Pour donner un commencement d'exécution à ce projet, le roi ferait transférer vers ce point cent de ces déshérités de la civilisation. Il accordera la liberté de conscience à tous ceux qui désireront en jouir. Du reste, on encouragera tous les serviteurs qui voudraient y aller et ceux qui y expédieraient des valeurs. Les cavaliers préposés à la défense de l'île auront de bonnes armes et de bons approvisionnements. On ne manquera pas de veiller à ce que les planteurs aient des épouses. Toutefois, on épargnerait, à ce sujet, autant que possible, Newgate et Brideivell, et on fera traverser les mers aux pauvres filles dont sont déchargées si peu de paroisses en Angleterre. Ce qu'il y a de consolant dans cette perspective, c'est que le planteur, quand il prend femme, a l'habitude de donner et non de recevoir. En d'autres termes, tout planteur qu'il est, il ne connaît pas encore la chasse aux dots. Un autre rapport, passablement long, puisqu'il prend trente-une pages, n'a pas la même portée sociale. Il développe des éléments économiques d'un ordre plus matériel. La situation, la forme, le climat et les avantages et désavantages de l'île se présentent et passent tour à tour. On y parle des havres, des plantations, des villes et clés ports. 11 y a abondance de bestiaux, de volailles, de poissons et de fruils. On examine les matériaux de construction, la température et le sol, et on ne laisse pas inaperçue la catégorie des choses nuisibles. Quant au chiffre des habitants de l'île, il se décompose comme suit : le nombre des soldats restants s'élève à 2,200, et il y a un pareil nombre de marchands, de planteurs et autres. Puis il établit une espèce de balance des forces entre Espagnols et Anglais; après quoi, l'auteur du rapport conclut à la nécessité de conserver et de renforcer la Jamaïque. Si Sa Majesté, dit-il, en terminant, a l'intention de sauve-garder cette colonie, elle ferait bien d'y en-

voyer un commissaire muni d'instructions précises, de celle façon l'armée remplira ses devoirs avec plus de dévouement, et les marchands ainsi que les planteurs, comptant sur la stabilité des choses, feront renaître leurs établissements de leur ruine (i).

(t) Rapport sans nom d'auteur, écrit en novembre 1660. Voy. Col. Pap. p. 492.

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