RÉSUMÉ DES LIVRES I ET II
ne peuvent plus se séparer sans être en danger de mort. Une solidarité de plus en plus grande s'établit entre eux.
Par la simple association de ces individus protoplasmiques que Ton peut désigner sous le nom de plastides (1), il se forme donc déjà des organismes parfois assez complexes et que nous désignerons, pour abréger le discours, sous le nom de mérides (2). Mais ces individus, dont la taille est souvent assez limitée, s'associent également : ce sont leurs associations que les zoologistes ont le plus habituellement désignées sous le nom de colonies. Nous avons étudié successivement des colonies d'Épongés, des colonies d'Hydres, des colonies de Polypes coralliaires, des colonies de Bryozoaires, enfin des colonies d'Ascidies. Malgré les différences profondes qui séparent les individus composant ces colonies, partout nous avons vu apparaître à des degrés divers la même succession de phénomènes ; la colonie d'abord homogène, formée d'individus tous semblables entre eux, est devenue hétérogène ; entre les individus associés actuellement polymorphes, une division du travail physiologique s'est accomplie et la conséquence de ces faits a encore été la transformation de la colonie efi individu.
De même que les plastides associés naissent les uns des autres par voie de division, les mérides qui résultent de leur association et qui s'unissent pour former une colonie, naissent également les uns des autres, soit par division des individus préexistants, soit par une sorte de bourgeonnement qui s'opère à leur surface. Le premier individu de la colonie provient d'un œuf fécondé, mais les autres se forment de toutes pièces, sans qu'il soit nécessaire d'œufs ni de fécondation préalable. Cette espèce particulière de reproduction, la reproduction agame, qu'on appelle d'un seul mot la métagénèse, peut donc être considérée comme la cause première de la formation des colonies et des individus dans lesquels ces colonies se transforment. A mesure que cette transformation de-
(i) De icXaaa», je forme ; les plastides sont, en effet, les éléments formateurs par excellence de tous les organismes.
(2) De |Aipo;, partie; les mérides deviennent les parties constituantes des organismes supérieurs. Heckel a désigné les mérides d'une façon analogue dans les mots métamère et aniimére.
devient plus complète, la reproduction agame devient aussi de plus en plus précoce, de telle façon que par une accélération de plus en plus grande de toutes les phases qui précèdent la constitution de la colonie ou de Vindividu composé^ cet individu tend d'une façon manifeste à se former d'emblée dans Tœuf, fait que nous ne verrons se réaliser complètement que chez les animaux supérieurs.
Toutes les colonies que nous avons étudiées présentent du reste des conditions d'existence communes : elles ^oni flottantes ou fixées. Les colonies fixées peuvent à leur tour se développer librement suivant les trois directions de l'espace, ou suivant deux d'entre elles seulement; nous ne les voyons jamais revêtir de formes à symétrie bien déterminée; mais dans les deux cas, les individus associés se groupent souvent de manière à présenter une disposition rayonnée^ comme nous Font montré les Méduses, les polypes Coralliaires et les Botrylles. Ainsi les formes absolument irrégulières et les formes dont le type est nettement rayonné sont intimement liées à un mode d'existence au moins momentanément sédentaire.
Les colonies fixées ne se transforment jamais en bloc en individus. Toutefois les groupes rayonnes d'individus qui naissent sur certaines d'entre elles peuvent s'individualiser, se détacher et mener une vie indépendante. Les colonies errantes présentent au contraire une tendance manifeste à se transformer totalement en individus : toutes celles que nous connaissons sont même individualisées a des dergés variables ei leur forme tend toujours à devenir régulière : les Siphonophores, les Pennatules, les Cristatelles, les Pyrosomes nous en ont fourni la preuve dans les groupes les plus divers. La vie etrante favorise donc le développement de Fifidividiialité,
11 y a un lien étroit entre le type que revêt chaque forme de colonie et ses conditions d'existence. 11 est de toute évidence que ce type est à peu près complètement indépendant de la nature des individus associés : les hydres, lés ascidies en s'associant ne forment pas toujours des colonies rayonnées; invei^sement, dans les mêmes conditions d'existence, les hydres et les ascidies, quoique de nature bien différente, peuvent former des colonies rayonnées.