RÉSUMÉ
de leurs fonctions primitiyes. Le degré de perfection organique n'est donc nullement en rapport avec Tordre d'apparition paléontologique. C'est là un principe qui a été trop souvent méconnu.
En résumé, les Brachiopodes peuvent être considérés comme des Annélides qui se sont fixées après leur période de segmentation, à la façon des Girripëdes, leurs correspondants dans la série des animaux articulés. Les Bryozoaires sont également des Vers fixés, mais ayant commencé à adhérer avant toute segmentation, à l'état de trochosphère, et ayant conservé par conséquent, ce pouvoir de reproduction par voieagame, qui leur a permis de former des colonies irrégulières. De là les ressemblances et les différences qui ont été si souvent signalées entre eux et les Brachiopodes.
Les Mollusques proprement dits sont également des Annélides transformées : ils naissent comme elles à l'état de trochosphère, présentent une chaîne nerveuse composée de trois articles, deux paires d'organes segmentaires dont une seule persiste, un cœur formé de deux ampoules, une armature pharyngienne qui n'est qu'une modification de l'armature œsophagienne des AnnéUdes. Mais la transformation qui les a produits a eu lieu sous l'empire de conditions d'existence toutes spéciales : elle a été dominée par le fait de l'habitation dans un tube clos de toutes parts, sauf à son extrémité antérieure. Les appendices céphaliques se sont alors modifiés de manière à remplir toutes les fonctions de relation, tandis que l'extrémité postérieure du corps se réduisait sous la double influence de l'importance prise par le segment céphalique et de l'emprisonnement dans un tube solide, emprisonnement dont diverses Annélides tubicoles, et surtout les Hermelles, nous ont montré les effets. La disparition de la segmentation ; son absence même dans la période de développement sont des phénomènes que nous ont déjà montrés les animaux articulés et qu'on ne saurait invoquer par conséquent contre la théorie. Les appendices céphaUques du Ver primitif, c'est-à-dire les appendices nés sur la trochosphère qui devait constituer sa tête, ont formé les bras des Céphalopodes dibranchiaux et les expansions membraneuses couvertes de tentacules des Nautiles ; à ces organes correspondent chez les Céphalo-
phores et les Acéphales le voile de la larve, les tentacules, Torgane copiilaleur et le pied de Tanimal adulte (1). On sera moins étonné des modifications qu'a dû subir une antenne pour constituer le large pied des Gastéropodes si Ton se rappelle que, chez le curieux Bryozoaire marin nommé par Sars Balilophus mirabilis. la languette qui recouvre la bouche des Bryozoaires d'eau douce devient un véritable pied servant à la reptation et fort semblable à celui des jeunes Mollusques. L'identité avec le pied des Gastéropodes serait parfaite si cet organe était situé au-dessous de la bouche au lieu d'être au-dessus, ce qui détruit toute homologie.
Quant aux effets de l'existence tubicole, il serait difficile de les contester en les voyant se renouveler avec une remarquable persistance, dans la série des animaux articulés, sur les Crustacés bizarres, bien connus sous les noms de Pagures ou de Bernardl'Ermite. Ces animaux ont prîs^ sans doute durant la période de la mue, la singulière habitude d'enfermer la partie postérieure de leur corps précisément dans des coquilles de Mollusques. La partie du corps des Pagures ainsi emprisonnée demeure molle et ses anneaux disparaissent presque entièrement ; cette partie devient, en outre, dissymétrique comme la partie correspondante du Mollusque ; les appendices du côté concave du corps subissent une atrophie marquée ; le corps lui-même se réduit, tandis que les pinces prennent un grand développement et s'adaptent à l'ouverture de la coquille de manière à la boucher.
Sans doute ces modifications éloignent bien moins le Pagure des autres Crustacés, que le Mollusque ne l'est des Annélides ; mais il faut noter qu'elles ont nécessairement agi durant un temps
(1) Il y a quelques Mollusques nus cependant chez qui le pied pourrait avoir une autre origine. La large expansion céphalique des Téthys par exemple ressemble singulièrement à Tensemble formé par le voile et le pied chez les Vermets. Cette expansion ne correspondrait-elle pas aux bras des Céphalopodes, à l'ensemble des appendices, y compris le pied des Gastéropodes, et dans ce cas ne faudrait-il pas voir dans la sole sur laquelle rampe la Téthys une modification de la région ventrale du corps correspondante à celle qu*offrent le sac branchial et l'entonnoir des Céphalopodes ? Né voit-on pas une partie du corps se modifier de la sorte chez les Holothuries?