CONCLUSION
La science ne saurait condamner de telles espérances ; elle n'est pas armée davantage pour leur apporter un appui décisif : mais en demeurant dans le domaine du présent, elle peut du moins éclairer la conscience humaine d'une lumière qui défie toutes les négations et asseoir sur des bases inébranlables, parce qu'elles sont une émanation directe de la force des choses, une morale sociale, indépendante des pures croyances métaphysiques, capable par conséquent de donner à la loi une autorité qui commande tous les respects. Elle nous montre clairement, en effet, à quelles conditions le succès a été obtenu dans cette lutte pour la vie qui peut paraître un moment leffroyable justification de la bataille des appétits et du triomphe de la force. Le succès a été, en réalité, le privilège d'associations dont nos sociétés humaines ne représentent que le dernier terme, terme dans lequel à des liens matériels ou exclusivement physiologiques et inconscients, sont venus s'ajouter des liens intellectuels dont nous avons chaque jour une plus nette conscience. La légitimité de l'association humaine se trouve ainsi établie, puisque l'association est la loi même; la condition inéluctable de la durée et du progrès chez les êtres vivants.
Les rapports entre nos sociétés humaines et celles des éléments vivants qui constituent les organismes sont d'ailleurs plus profonds qu'on ne le suppose d'ordinaire ; les unes et les autres de ces sociétés doivent satisfaire à une triple condition qui leur est commune et qui établit entre elles des ressemblances nécessaires : celle d'assurer la diirée^ la sécurité et la multiplication des individus qui les composent. Quelques formes qu'elles aient revêtues par la suite, les associations d'abord lâches et restreintes, se sont graduellement fortifiées par les sacrifices réciproques auxquels se sont astreints les individus associés, sans jamais cependant abandonner leur personnalité; un tel abandon ne se rencontre que dans quelques types auxquels il imprime un caractère manifeste de dégradation. La discipline, la constitution d'organes communs^ celle de réserves sociales, accompagnées toujours de réserves personnelles, souvent héréditairement transmises, ont été les facteurs les plus actifs du
Edmond Perrirr. 50
perfectionnement : ainsi apparaissent les conditions de persistance et de puissance des associations, et ces conditions résument justement la pratique de ce que nous avons nommé les vertus sociales.
D autre part, di^^s que rayonne Tintelligence, elle se montre partout supérieure à la force : c'est par l'énorme développement de l'appareil coordinateur des forces physiologiques, par l'exceptionnelle perfection de leur système nerveux que les Vertébrés se sont d'abord caractérisés ; parmi eux, ceux qui n'avaient à leur disposition que la force brutale, comme les singuliers et gigantesques Reptiles de la période secondaire, ont disparu devant des êtres d'une intelligence toujours croissante, .jusqu'à ce que la raison humaine soit arrivée à dominer le monde organique.
Ainsi s'ouvre un vaste champ aux méditations des philosophes et des moralistes; à une époque, où tant de causes de trouble ont envahi les &mes, la science elle-même se fait révélatrice, et sur les frontières du domaine matériel où elle se confine volontairement, elle montre à l'Homme le chemin dont il ne doit pas s'écarter, alors même que lui échapperait le but vers lequel il marche.