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De toutes les plantes textiles, le coton est la plus importante, par la facilité que présente son duvet à se prêter à tous les genres de travaux auxquels on le soumet et à donner une grande variété de tissus. Il peut être combiné avec tous les autres textiles et recevoir facilement les teintures les plus diverses.
Ii fût connu dès la plus haute antiquité. Les Egyptiens n’employaient guère pour leurs vêtements que le lin et le coton. Les momies sont encore recouvertes de bandelettes de coton. La culture de ce textile, facilitée par les irrigations auxquelles se prêtaient les inondations périodiques du Nil, avait acquis chez eux une très grande importance. En Chine aussi, le cotonnier fut connu de bonne heure, néanmoins l’industrie de la soie lui fit longtemps concurrence et ce ne fut que sous la dynastie des Mings quela culture du coton reçut une extension considérable.
Les Perses, les Arabes s’adonnaient également à cette culture. Les Grecs et les Romains ne songèrent pas à l’introduire en Europe, ils préféraient faire venir les tissus
de ce textile des pays d’origine : l’Asie Mineure et l'Egypte.
Les Arabes apportèrent en Espagne leurs procédés de culture du coton, d’où ils passèrent en Sicile.
L'Europe du Moyen Age, si elle connut le coton, s’en servit peu, et jusqu'au xvi° siècle elle lui préféra concurremment la laine, le lin etle chanvre. Cette préférence se maintint même jusqu'au xvine siècle bien que la découverte du Nouveau-Monde en augmentât cependant l’utilisation.
Le coton existait en effet en grande quantité aux Antilles au moment de la découverte de l’Amérique, et Christophe Colomb en fit la base des tributs imposés aux Caraïbes. Partout en ces pays, au Pérou, au Mexique, les indigènes fabriquaient des tissus de coton.
Au xvi° siècle seulement la laine commença à perdre sa situation prépondérante, le Nouveau-Monde produisant chaque année davantage de coton. Il à fallu attendre cependant le grand développement mécanique du x1x° siècle pour voir l'essor définitif de l’industrie cotonnière.
Il n’est pas aujourd’hui de matière première plus importante que le coton, c’est Le textile moderne par excellence, celui dont l'usage se développe le plus rapidement, la base essentielle de la grande industrie textile qui fait vivre dans le monde un nombre immense de personnes. . La consommation s’en accroît sans cesse avec une très
grande rapidité et paraît presque indéfiniment extensible
avec l'augmentation générale de la richesse individuelle et la pénétration croissante des Européens jusque “dans les parages les plus reculés de l’Asie et de l’Afrique.
Partout, dit fort justement à ce sujet le dernier rapport ‘sur l’industrie textile en France de MM. G. Grandgeorge et Louis Guérin, partout des masses de plus en plus nombreuses sont entraînées à désirer et à acquérir les objets qui rendent la condition des hommes plus heureuse et plus relevée. Parmi ces objets il n’en est pas de plus immédiatement recherché que le vêtement, et c’est
l’étoffe à bon marché, celle de coton, qui bénéficie d’abord
de ce mouvement des masses.
Ayant ainsi à satisfaire à des demandes sans cesse croissantes, l’industrie cotonnière a devant elle de brillantes
perspectives, mais pour qu'elle puisse les réaliser pleine-
ment, il faut qu’elle ne se trouve pas exposée à manquer
de matière première. Elle a l'intérêt le plus évident à ce que la production du coton se développe du même pas que la consommation des tissus et aussi à ce que sa base d’approvisionnement soit la plus large possible. Or, actuellement cette base est étroite, les deux tiers environ, en certaines années les trois quarts des cotons du monde sont produits dans le sud des Etats-Unis, que les circonstances météorologiques soient défavorables dans cette région qui est tout entière soumise aux même influences naturelles, que la récolte s’y trouve par suite mauvaise, et le coton manquera; les prix monteront démesurément,
d'autant que ce pays de grande production est aussi le
pays par excellence de la spéculation, l’industrie sera jetée ainsi en un désarroi profond — c'est ce qui vient d'avoir lieu durant la deuxième moitié de 14903 et la première de 1904, où le cours du coton américain (middling upland, type le plus courant) dépassa presque constamment 7 pence la livre (soit À fr.63 le kilo) à Liverpool et atteignit même en février près de 9 pence la livre (2 fr. 10 le kilo), tandis que depuis quinze ans il avait oscillé entre 3 et 5 pence et demi (0 fr. 70 et 1 fr. 28 le kilo), l’énorme récolte des Etats-Unis faisait retomber le cours au début de 1905 à 3 d. 63 la livre (0 fr.85 le kilo). Ces énormes et brusques oscillations désastreuses pour l’industrie proviennent de ce que le coton américain domine le marché. Le jour où il ne jouirait plus de cette prépondérance exclusive, le jour où le coton serait produit dans un grand nombre de pays variés, soumis à des influences météorologiques différentes, il y aurait chance pour que la récolte ne füt pas mauvaise partout à la fois, bien qu’elle doive inévitablement varier d’une année à l’autre dans une certaine mesure, les fluctuations de cours seraient ainsi moins vives et moins énormes ; l’industrie pourrait compter sur un approvisionnement plus constant et des prix de revient plus stables.
D'autre part, l'introduction de la culture du coton dans de nouveaux pays qui ne la pratiquent pas aujourd’hui doterait ces pays d’un article d'exportation des plus précieux. Les produits actuels de l’agriculture coloniale ne
sont pas malheureusement susceptibles de voir leur
Consommation s'étendre très vite; le sucre a donné trop de déboires dans les vieilles colonies pour qu’on puisse recommander la plantation de la canne dans les nouvelles, encore que les conditions de sa production et de son commerce soient modifiées aujourd'hui. Le café, sur lequel on avait fondé en France trop d’espoirs a été l’objet d’une surproduction : on en est aujourd’hui à demander chez nous pour les cafés coloniaux des privilèges et des exemptions de taxes qui seraient parfaitement injustes et provoqueraient des difficultés avec les pays producteurs et creuseraient dans le budget un profond déficit au détriment des industriels, des commerçants et de tous les >contribuables métropolitains, on ne saurait préconiser une culture qui entre dans une voie si fâcheuse.Le cacao, le poivre, sont des articles d’une consommation plus limitée encore que le café.
Les débouchés des substances oléagineuses, arachides, noix de palmes ou autres sont plus extensibles ; mais il serait fâcheux que la prospérité de nos colonies africaines fût uniquement fondée sur leur production. Le coton, au contraire, a des débouchés immenses ; il est d’une culture relativement facile ; il possède une valeur encore assez élevée, 800 à 900 francs environ la tonne à des cours assez bas pour pouvoir supporter certains frais de transport.
C'est parexcellence lagrande culture industrielledes contrées tropicales ou subtropicales.Son extension à des régions
nouvelles sera aussi utile à ces pays qui le produiront qu’à
l'industriequil’emploie.Orles paysquitelsquel’Angleterre, la France et l’Allemagne emploient beaucoup de coton se trouvent être aussi les pays ayant les plus importants empires coloniaux, de là à chercher à employer les immenses régions, encore pour la plupart improductives, ou peu productives à fournir ce précieux coton, c’est ce mouvement qui a donné naissance aux trois associations: Association cotonnière coloniale française, British cotton growing Association, et Kolonial Wirtsch Komittee dont nous verrons plus loin l’activité. La question ainsi posée, je me propose, dans une première partie d'examiner d’abord et la production du coton dans le monde, ce qui nous montrera la prédominance de l'Amérique en cette matière, et le contrecoup des crises et spéculations américaines en Europe.
Et dans une deuxième partie, les efforts tentés dans les trois grands pays (France, Angleterre et Allemagne), la création des associations cotonnières, le fonctionnement
et les résultats obtenus par ces associations.