ardebs
coton constitue actuelle-
secondaire considérable de la culture du coton.
L'Angleterre est le pays qui en reçoit le plus, mais les huileries égyptiennes ont pris une importance croissante qui en vingt ans à décuplé la quantité de graines de coton traitées par elle.
L'association cotonnière, dont nous étudierons plus loin l’activité n’a pas eu à s'occuper directement de la culture du coton en Egypte, le gouvernement local et les Egyptiens ayant assez de ressources pour développer d’euxmêmes cette culture dans ce pays ; cependant, dans les rapports soumis aux assemblées de la « British cotton growing association», il est fait mention des progrès réalisés, il y est reconnu notamment que le plus grand obstacle à un développement plus considérable est le manque de main-d'œuvre et le défaut de moyens de transport. Pour ce second inconvénient la construction du chemin de fer Suakim-Berber pourra y remédier, quant au manque de main-d'œuvre, le temps seul ou une immigration de l’Inde pourrait y remédier.
En 1904, un nouveau territoire a été exploité dans les environs de Tokar sur la mer Rouge, et on pouvait espérer que le pays était capable de fournir une récolte aussi abondante que toute la récolte actuelle de l'Egypte. Ceci permettrait de suffire aux demandes de plus en plus nombreuses de coton égyptien, demandes qu’on peut attribuer à ce fait que les cotons égyptiens sont plus aptes que tous autres provenant d'Amérique ou d’autres centres de production à être mercerisés.
D'après les rapports de 1905 et 1906 de la B. C. G. Asso-
ciation, le développement de la culture du coton au Soudan égyptien n’a pas crû malgré l'ouverture à l’exploitation de la ligne Suakim-Berber, dans les proportions espérées et cela, notamment, parce que le manque d’eau s’est fait sentir. En effet pendant la période du Bas-Nil qui se trouve au moment où le besoin d’eau se fait le plus sentir, l'Egypte propre absorbe toute l’eau réservée etil est impossible d’en distraire une part pour permettre les irrigations dans le Soudan égyptien. Voici les chiffres
d'exportation du Soudan :
191 pe. be S00 kantars.
D DÉS DA TE 7:000 > — OO Eu an ADO REE
B) Tuni-ic-Algérie-Maroc.
Si le bassin du Nil se trouve dans sa grande partie favorable à la culture du cotonnier, il faut reconnaître que cette culture ne trouverait pas les mêmes raisons de prospérer en Tunisie, en Algérie et au Maroc.
Une différence de latitude de 5° environ entre les côtes nord de l'Egypte et de l'Algérie, provoque. une différence de climat fort appréciable. La température y subit des variations brusques très défavorables à la culture du coton. De plus la moyenne annuelle descend au-dessous
de 20° chiffre qu’elle dépasse toujours en Egypte. Enfin,
ces variations brusques de température ont provoqué
une maladie spéciale du cotonnier.
C’est moins encore le sol et le climat de l'Egypte qui font sa fortune au point de vue de la culture cotonnière que cette merveille d'irrigation qu'est le Nil qui permet de suppléer au manque de pluies. Or, malheureusement, nos possessions de l'Afrique septentrionale n’ont pas de grands fleuves véritables.
Toutefois des essais très sérieux ont été tentés en Algérie. Ils furent entrepris en 1850 et la culture se propagea assez rapidement. En effet, à l'exposition de 1855 on pouvait admirer une collection de 250 échantillons de cotons algériens exposées par 150 planteurs.
C’est surtout dans la province d'Oran, favorisée par une plus grande régularité de climat, que cette culture se développa. Le coton produit était d’ailleurs d’assez bonne qualité.
Le Gouvernement accorda à la culture cotonnière les encouragements les plus marqués. L'empereur fonda des prix spéciaux (décret du 16 oct. 1853) les provinces de leur côté en instituèrent, on promit des primes pour les meilleures machines à égrener, on fournissait aux plan-
teurs les graines des espèces les plus estimées, et le gou-
. vernement achetait directement les récoltes aux prix les
- plus élevés. En effet, il paya jusqu’à onze francs le kilo,
des sortes que le commerce trouvait au Havre à raison
. de 3,25 et 3,50 Le kilo.
À partir de 1861, les encouragements furent les
suivants :
1° 100 francs par hectare cultivé et par an ;
2° 2 fr. 75 par kilo de coton égrené.
La moyenne était d'environ 160 kilos de coton égrené par hectare. Ges encouragements étaient notoirement exagérés ; les colons s’adonnèrent avec acharnement à cette culture qui devait leur donner de si beaux bénéfices, tout en négligeant d'acquérir les connaissances indispensables pour pouvoir mener à bien une culture aussi délicate que celle du coton.
En 1855, la seule province d'Oran comptait 1.200 hectares de terres cultivées en coton, cette culture était d'autant plus poussée que les troubles d'Amérique menaçant les récoltes avaient provoqué une hausse
sensible des prix qui atteignit son maximum en 1864.
Voici la production pour un certaiu nombre d'années :
ÉD eee 4.301 kil. SOU RES. 149.000 kil.
HSDPA 12.369 . — fSOTESSS 297.000 — HO AN Le 81.890 — ASCRINNEE 376.000 — PRG AA 104.000 — | 1566...... 850.000 —
Mais naturellement les primes furent successivement abaissées et quand les prix de vente reprirent le cours normal la culture du coton en Algérie ne fit plus que
péricliter.
En 1871, là production fut encore de 270.000 kilos, mais en 1876, le nombre des planteurs se réduisit à 5 et la surface cultivée n'était plus que de 36 hectares fournissant 14.500 kilos. Depuis lors la culture du coton paraissait définitivement arrêtée en Algérie ; mais comme nous le verrons en étudiant l'action de l'association cotonnière coloniale, des essais furent repris avec l’aide de cette association dans la province d'Oran durant ces dernières années. D'autre part, M. Malbot, professeur à l’école supérieure de commerce d’Alger, demeure persuadé que malgré le peu de succès qu’auraient eu sans les primes les cultures entreprises pendant la période que nous venons d'étudier, la culture du coton pourrait se faire en grand en Algérie et dans une conférence faite le 27 avril 1905, sous les auspices de l’association cotonnière coloniale, il développait les raisons de cette opinion.
Une des principales objections à la culture du coton en Algérie est le manque de cours d’eau réguliers. Or, M. Malbot est d'avis que sur un grand nombre de cours d'eau algériens, on pourrait par l'établissement de barrages faciliter l'irrigation et donner à de grandes étendues la possibilité de produire du coton. Le bassin du Ghelif en entier réunit (toutes les conditions nécessaires aux plantations de coton, la température y est en été de 40 à 45° et le vent qui y souffle est très chaud. On y a planté avec succès des dattiers et les exigences de cet
arbre sont, on le sait, analogues à celles du cotonnier ; on
peut tirer de ce fait un indice précieux en faveur du succès de la culture dece dernier. Les eaux souterraines Y sont abondantes et facilement utilisables. Elles permettraient en y joignant des barrages judicieusement établis sur le Chélif d’irriguer plus de 400.000 hectares.
D’autres régions encore se prêteraient également bien à la culture du cotonnier, telles les plaines de la Mitidja de Bône, de Hodna. Les terres propices ne manquerM donc pas, et M. Malbot évalue même à 300 fr. par hectare le bénéfice minimum que le cultivateur en tirerait, chiffre qui n'est pas inférieur au rapport de la vigne et supérieur à celui du blé.
Les principaux avantages que présenterait l'Algérie résident dans sa proximité de la France, abondance de la main-d œuvre, bas prix des transports jusqu’à la côte, enfin possibilité d'utiliser les graines à Marseille. IL y aurait là certainement une nouvelle source de richesses pour l'Algérie, aussi les délégations financières l'ont compris et ont voté un crédit de 10.000 francs pour l’encouragement de la culture du coton et de la ramie.
Au Maroc, le cotonnier a été rencontré à l’état sauvage et les conditions de culture seraient sensiblement les mêmes que dans la province d'Oran.
En Tunisie, on a fait aussi des essais de culture à peu près à la même époque qu’en Algérie et en 1855 une société de planteurs s'était même fondée à Tunis, grâce aux soins de la «cotton supply association » de Manchester ;
cette dernière avait fait remettre au consul anglais de G. — 6
Tunis des sacs de graines destinées à être distribuées aux cultivateurs, mais soit par insouciance des arabes ou
méfiance, la culture n’y a jamais pris d'extension.
C) Madagascar.
Le cotonnier existe dans presque toute l’île. Les indigènes savent le cultiver et en tirent un produit qui est de qualité assez inférieure. Avant l'introduction des cotonnades d’origine européenne ils le cultivaient avec soin et en fabriquaient de belles étoffes dont l’usage était limité aux jours de cérémonie.
On ne trouve plus actuellement que quelques plantations dans l'empire et encore sont-elles peu importantes. IL serait permis d'espérer que l’emploi de variétés améliorées, d’amendements convenables et d’engrais appropriés ne manqueraient pas d'assurer des récoltes plus abondantes et de meilleure qualité.
En tout cas, d’après le rapport du service de l’agriculture, la réussite en paraît possible quoiqu'il soit difficile à l'heure actuelle d'indiquer dans quels districts cette culture pourrait prendre une assez grande extension.
Le cotonnier pousse avec vigueur près de Tamatave et sur toute la côte est, mais le régime météorologique ne paraît pas très favorable à une heureuse maturation des fruits et par suite à une culture profitable.
Sur le versant ouest. dans le nord et dans certaines
parties du sud les conditions climatériques seraient meilleures.
Dans le centre une grande partie des terres est de constitution géologique trop médiocre pour convenir à cette plante.
Le bas prix de la main-d'œuvre aiderait puissamment à créer avec profit des plantations très importantes.
Lors de son retour en France, le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar et dépendances, réunit un rapport très détaillé sur la grande île de 1896 à 1905.
Dans ce rapport, le général Galliéni consacre un important chapitre à la question cotonnière à laquelle il s'était particulièrement intéressé. |
Le Gouvernement général, a pris les plus sérieuses mesures pour développer la culture du coton à Madagascar, vivement engagé dans cette voie par l’Association cotonnière coloniale. Une station d'essai a été créée à Marovoay dans le nord-ouest, dans un territoire où le cotonnier semble devoir trouver des terres et un climat lui convenant bien.
De plus l'Administration a encouragé cette culture en distribuant à des colons et des indigènes de nombreux lots de graines mises à sa disposition par l'Association qui s’est chargée en outre de l’achatet du placement des premières récoltes. Ces distributions ont permis des essais importants aux environs de Majunga et à Fort Dauphin (Station d’essai de Nahimpoana).
En 1905, encouragées par ces tentatives, bien des per-
sonnes ont commencé de nouvelles expériences pratiques particulièrement dans les provinces de Majunga et de Nossi-Bé.
La région du nord-ouest paraît, tant au point de vue climatologique que géologique comme nous le disions plus haut, celle qui se prêterait le mieux à cette culture. Elle est loin de produire actuellement ce qu'on en pourrait attendre. Dès 1899, M. Herscher y avait fait des essais et a pu obtenir des échantillons remarquables. La culture du coton présente pour Madagascar de grands avantages. Le coton produit au bout de quatre à cinq mois, il évite la longue attente et les capitaux que nécessitent les cultures dites riches et qui par là-même ne sont pas à la portée des indigènes ni de beaucoup de colons. La culture est facile et peu coûteuse. Malheureusement, la cueillette offre de grandes difficultés. Si la main-d'œuvre est peu coûteuse, par contre elle est de mauvaise qualité et surtout elle est peu abondante. On peut l’estimer suffisante pour les débuts mais si la culture du coton doit prendre une extension importante, on sera amené à remédier à la pénurie de main-d'œuvre peut-être par une immigration indienne.
Enfin, cette culture serait pour l’indigène en quelque sorte une assurance contre la famine.
L'indigène se livre surtout à la culture du riz dont les champs sont souvent ravagés par les sauterelles, qui au contraire respectent les plantations de coton.
La culture sera facilement entreprise par l'indigène pour
peu qu'il ysoitincité. Il suffirait de distribuer dans chaque village une certaine quantité de graines d’un type choisi, et de laisser les indigènes les cultiver sous la direction du chef du village auquel onaurait d’abord inculqué quelques notions sur le mode de culture du cotonnier.
Ge qui est vrai de Madagascar l’est aussi de ses satellites, telles que : Sainte-Marie, Nossi-Bé, Mayotte, les Comores. À Mayotte les cotons récoltés sont de bonne qualité, se rapprochant de ceux de la Nouvelle-Orléans. Des échantillons en ont été montrés à chacune de nos expositions. Il n'ya eu jusqu'ici que de timides essais de plantation.
La Réunion. — Les cotons de La Réunion ont joui longtemps d’une réputation méritée, mais la canne à sucre comme cela s’est produit aux Antilles a entièrement détrôné cette culture, et depuis 1875,la culture a toujours été en diminuant, les exportations sont actuellement à peu près nulles. On peut cependant récolter à La Réunion des cotons très appréciés, analogues aux meilleures sortes d'Amérique. Le principal obstacle au développement de cette culture est le haut prix de la main-d'œuvre, hausse sensible surtout par le peu de travail fourni par l’indigène. Une fois le salaire payé, il ne reste plus au planteur qu’un bénéfice insuffisant pour couvrir les frais généraux
de son exploitation.
Exportations de la Réunion.
4864........ 18.245 kilogs de coton.
SCO PE TUE 16.795 Æ
Les dernières statistiques ne signalent plus aucune exportation de coton.
Nous laisserons de côté pour l'instant tous les autres pays africains qui constituent les colonies européennes où s’est exercé l’activité des associations fondées en divers pays pour le développement dans leurs colonies de la culture du coton ; nous examinerons la production. d’ailleurs encore peu importante de ces pays en même temps que nous étudierons les travaux de ces diverses associations et l’activité qu’elles ont montré dans la poursuite de leur but. Ce sera là le sujet de notre deuxième partie.
Comment les pays européens qui emploient principalement le coton, qui ont une industrie cotonnière considérable et qui sonten même temps possesseurs de colonies étendues et situées sous toutes les latitudes se trouvent amenés à chercher à développer cette culture du coton par leur propre domaine colonial. C’est ce que montre bien le résumé de la production cotonnière du monde, par quoi
j'ai commencé cette étude.
On peut de toute cette revue de la production cotonnière tirer deux réflexions :
Dans la première moitié du xix° siècle, l'Amérique (Etats-Unis, Antilles, Brésil) et les Indes anglaises ont fourni presque tout le coton nécessaire à l’industrie. Puis peu à peu les Etats-Unis ont étouffé la concurrence des Antilles et du Brésil, la production de l’Amérique du sud est, comme nous l'avons vu, aujourd’hui très restreinte. Aux Etats-Unis même, la zone de culture s'étend de plus en plus, surtout vers l’ouest ; le Texas qui, il y a cinquante ans, ne produisait pas de coton, est aujourd'hui au premier rang.
En 1850, les Etats-Unis et les Indes sont presque les seuls producteurs. Tous les autres pays comptent pour à peine un tiers de la production totale. Après la guerre de Sécession, progrès rapides de la production en Egypte qui aujourd'hui fournit la 12° partie du coton récolté dans le monde entier. Enfin l’Asie centrale à pris rang parmi les importants producteurs et une fois reliée à la Russie et à la Chine par des moyens de transports bon
marché, pourra développer considérablement sa produc-
tion.
D'autre part, l’industrie s’est déplacée en même temps que la culture. Les Etats-Unis, les Indes, le Japon se préparent à lutter contre le commerce étranger. De 1885 à 1898, l’augmentation du nombre de broches à été de 4.50°/, en Angleterre pendant qu’elle était de 28 °/, pour les Etats-Unis et de 99 ,/° pour les Indes anglaises. L'Europe perd lentement sa supériorité industrielle.
Chaque pays cherche à étendre le champ de sa clientèle et veut se réserver le marché de ses colonies notamment; or, pour y trouver plus d’acquéreurs de marchandises fournies par la métropole, ne faut-il pas s’efforcer d'augmenter leurs facilités d’achat et quel meilleur moyen y a-t-il que d’y développer les cultures les mieux appropriées à leur sol et à leur climat; et si ces cultures peuvent fournir à la métropole une matière première qui lui fait défaut ou qu’elle ne peut obtenir ailleurs qu’à de hauts prix peu stables, n'y a-t-il pas là pour les colonies et pour la métropole un double avantage qu’elles doivent l’une et l’autre s’efforcer d'obtenir?
La crise cotonnière qui a sévi dans les premières années du xx° siècle et qui a fait monter les prix du coton de 52 francs les 50 kilogrammes au Havre en novembre 1902 à 80 francs en mars 1903, crise causée tant par des récoltes déficitaires que par la spéculation effrénée de l’Amérique et qui a mis en péril l’industrie textile cotonnière européenne, et notamment l'industrie française qui a dü, faute de matière première, décréter dans
les usines normandes, en 1903, un chômage de deux
jours par semaine; cette crise a donné l'impulsion définitive à ce mouvement déjà ébauché en Russie, comme nous l’avons vu en étudiant la production du Turkestan russe, en Angleterre où se fonde en 1902 la British cotton growing Association; en Allemagne, en 1901, par l’initiative du Kolonial Wirtschaffliches Komittee ; en France, où le monde contonnier est presque unanime pour fonder
l'Association cotonnière coloniale en janvier 1903.