LA CRISE COTONNIÈRE ET LA « BRITISH COTTON GROWING ASSOCIATION
Dans sa conférence faite en août 1904 à la section économique dela British association à Cambridge, M. Arthur Hutton, vice-président du conseil exécutif dela B. CG. G.A., - étudiant la crise cotonniere en donne pour raison les causes suivantes :
D'abord un grand manque d’élasticité dans la production américaine. Pendant les vingt dernières années, un accroissement continu de la production, arrivant au point culminant en 1897 et 1898 avec plus de 11 millions 1/4 de balles, le prix du coton tombant alors à3 d. par livre. La saison suivante, en considération de ce prix si bas, la surface cultivée en coton est considérablement
réduite et la récolte de 1899 atteint à peine 9 millions
1/2 de balles. Les années suivantes la production se relevait à 10 millions 1/2 de balles. Sans doute il y eût augmentation dans les pays autres que l'Amérique mais insuffisante pour faire face à ce déficit.
En même temps que la production avait diminué en Amérique, la consommation du monde s’accroissait de plus de 400 à 500.000 balles par an, et pour la plus grande part dans les états méridionaux des Etats-Unis ; ceux-ci consomment actuellement 4.000.000 de balles par an alors que dix ans plus tôt ils n’en consommaient que deux millions 4/2. En Allemagne et ailleurs aussi la consommation grandit mais dans des proportions bien moindres.
Ces deux causes produisant une pénurie de coton causèrent à l’industrie du Lancashire un préjudice considérable.
En 1901 et 1902, au commencement de la crise, bien des usines ne purent travailler régulièrement ; en 1903 la position fut encore plus grave, et de juin à septembre la majorité des ‘‘ mills ” ne travailla que quarante heures par semaine au lieu de 55 heures 1/2. Après un intervalle compris d'octobre 1903 à janvier 190% où le travail reprit, de nouveau le travail de 40 heures fut décrété ; en juin 48, en juillet 40: les résultats ne sont pas uniquement dûs à la pénurie du coton, mais sont causés pour une grande part par les opérations de certains spéculateurs profitant de la situation pour agir sur le marché du coton.
Dirigés par un Américain, M. Sully, ils firent monter
le coton de 5 3/4 d. la livre (novembre) jusqu'à 9 d. en
janvier, hausse que dans un article publié dans le Nord
américan review M. Sully prétendait due uniquement la raréfaction du produit ; mais une baisse de 8 3/4 d. à 13/4 d.en mars, suivie par la chute de M. Sully, peut faire juger que cette vive hausse était due pour la plus grande part à la spéculation.
Depuis cette époque le coton fut de nouveau poussé à 8 1/2 puis tomba graduellement jusqu'à 6 d. en juin, juillet 6 1/2, puis fin juillet 6 d.
Il est bien évident, pour l'observateur le moins impartial, que de si violentes fluctuations rendent les affaires régulières impossibles, et cette crise qui frappe si durement l’ouvrier et l'industriel du textile a sa répercussion encore sensible sur les industries connexes telles que fabricants de machines, chimistes, commissionnaires, etc... banques, compagnies d'assurances, armateurs, etc.
On a estimé que, environ 10 millions d'individus en Angleterre, dépendaient plus ou moins du commerce et de l’industrie cotonnière et personne ne pourrait calculer les pertes colossales causées par le ralentissement du travail dans les usines du Lancashire.
Une grande part du mal peut être supprimée si le marché cesse d’être livré aux agissements de la spéculation étrangère ; mais malgré la proposition qu’on en a fait, on ne voit pas bien comment une mesure législative pourrait empêcher cette spéculation, les marchés à terme
étant une nécessité pour le commerce et l’industrie.
On a pensé aussi en Amérique à étendre encore la surface cultivée en coton: les industriels américains qui souffrent autant que le Lancashire dela pénurie de coton ont envisagé cette possibilité et ont fait une enquête à ce sujet. Mais si les conditions climatériques le permettaient, on pense qu’il n’y aurait pas une main-d'œuvre suffisante pour permettre une récolte de plus de 12 millions de balles. D'autant que les diverses industries qui prennent une extension considérable dans les Etats du sud réclament aussi une main-d'œuvre plus abondante et qu'il semble que la population noire ait une tendance à quitter la campagne pour chercher un emploi dans les villes.
Enfin la population si rapidement eroissante des Etats- Unis assurera par ses besoins de plus en plus considérables l’écoulement de toute l’augmentation de la récolte cotonnière. C’est donc ailleurs qu'il faut chercher le remède.
On peut estimer actuellement la consommation à 46 millions de balles de 500 liv., si cette consommation croit chaque année de 400.000 balles comme on l'estime généralement, c’est deux millions de balles de plus qu'il faudra trouver dans deux ans, où les trouver ?
C'est cette question qui est la raison d’être de la B. C. G. À. comme des associations fondées en France, en Alle-
magne, ces dernières années.
4) Création de la British Cotton Growing Association.
Le 18 février 1902, une réunion fut tenue à la Chambre de Commerce de Manchester pour discuter la question et dans une seconde réunion du 42 juin 1902 la B. C. G. A. fut inaugurée etun comité exécutif fut nommé.
Un appel de fonds fut fait qui obtint un résultat satisfaisant; on doit remarquer notamment que diverses associations ouvrières envoyèrent des souscriptions importantes.
Sir Alf Jones (de la maison Elder Dempster and C?, Liverpool) avait entrepris vers la même époque la poursuite du même but que se propose la B. G. G. A. En mai 1901 il envoya dix tonnes de graines américaines dans les colonies de l’Ouest africain et il agit vivement auprès. des: gouvernements. locaux pour prouver la nécessité de nouvelles plantations en coton.
On comprit la nécessité de fusionner ces deux mouvements, l’un (la B. C. G. A.) conduit par M. Newton, l’autre par sir Jones. Une réunion eut lieu à Manchester le 7 mai 1902 qui décida la constitution définitive de la British Cotton Growing Association.
Voici les résolutions votées dans ce congrès :
4° La prospérité de l'industrie cotonnière anglaise dépend de l’augmentation de la récolte en coton, et il
est grandement désirable que les centres de production
soient multipliés.
2 Création pour atteindre ce but d’une association appelée British Cotton Growing Association.
3 Le principal objet de cette association sera l’extension de la culture du coton dans les colonies britanniques, dépendances et protectorats.
4 Création d’un fonds de 50.000 livres à répartir en cinq années.
5° Autorisation pour l'association de former une ou plusieurs compagnies à la condition que les membres de l'association aient la faculté de prendre des actions de l’une ou l’autre de ces compagnies en proportion des souscriptions faites à l'association par chacun d’eux.
6° et 7° Nomination d’un comité général et d’une commission exécutive prise dans son sein.
8° La commission exécutive devra recueillir immédiatement toutes informations utiles et envoyer des experts avec mission d’enquêter sur les meilleures méthodes de culture.
Cette commission devra pouvoir: a) acquérir des terres pour expériences et établissements de plantations; b) distribuer des graines aux indigènes, les encourager et les assister pour la culture du coton sur leurs propres terres, engager des experts pour la poursuite de ce but ; c) établir des stations pour achat et vente du coton et autres approvisionnements nécessaires aux missions ; d) enfin adopter tous autres procédés que l'avenir pourra suggérer pour atteindre l'objectif proposé.
9% Enfin le comité général devra fournir chaque
semestre un rapport sur l’état des travaux.
En novembre 1903 il fut décidé (voir plus loin) de porter les fonds de garantie à 100.000 livres réparti sur cinq ans. Il fut également décidé qu’à la fin de l’association l'argent restant en caisse serait réparti entre les
souscripteurs au prorata de leur versement total,
B) Travaux de la B. C. G. A.
Le premier travail de l’association nouvelle consistait nécessairement en enquêtes et expériences, le Gouvernement lui donna à cet effet aide et encouragement. On dut encore aider pécuniairement des planteurs, envoyer des experts dans les diverses régions de l'Empire britannique. Le résultat de ces premiers travaux fut si satisfaisant que le fonds de garantie en octobre 1903 fut porté de 50.000 livres à 100.000 livres pour permettre d'étendre davantage les expériences. Enfin, la situation faite au marché cotonnier par les spéculateurs et à leur tête, M. Sully, était telle qu’on décida de pousser les choses vivement et d’établir des plantations sur des données commerciales partout où on apercevrait des chances suffisantes de succès. De plus on décida de constituer l'association sur une base légale et de demander une charte au conseil privé. Le comité exécutif était d’ailleurs très vivement encouragé dans cette voie par la mention que fit des efforts de l'association le discours du Trône du 2 février 1904.
Unedes premières possessions britanniques dans laquelle G. —7
furent faites des enquêtes est l’Empire Indien qui produit actuellement une grande quantité de coton, mais dont la qualité (voir plus haut Indes Anglaises) ne convient pas aux filatures du Lancashire. Néanmoins l'association a cru qu'il était de l'intérêt de tous de stimuler la production, même en cette qualité, et à ce sujet on doit remarquer que les associations anglaises et continentales poursuivent leur œuvre de concert et qu'il existe entre elles des relations très cordiales.
Comme le dit si justement M. Hutton: «(En ces temps troublés, l'Angleterre et le reste de l'Europe sont sur le même vaisseau et doivent se prêter une mutuelle assistance. »
On ne peut trop exagérer l’importance internationale de ce mouvement pourle développement de la production cotonnière et la recherche de nouveaux champs de culture.
Nous avons vu plus haut les résultats obtenus dans les îles des Indes occidentales, et aussi les résultats obtenus en Egypte, qui ne nécessitent pas le concours de l’association anglaise.
Nous allons maintenant passer en revue les colonies anglaises ou la B. C. G. À. a fait sentir son action en nous aidant des rapports publiés par ses soins pendant ces dernières années et nous verrons ainsi les résultats qu'elle a obtenus jusqu'à présent et ceux qu’elle peut
attendre dans l’avenir.
À frique orientale.
Ouganda. — WU n'ya pas eu jusqu’à présent de grandes expériences faites dans cette région, toutefois on a le meilleur espoir que le coton égyptien y prospérera facilement. Le Foreign Office y envoya un expert en 1903 et le haut commissaire, Sir Charles Eliot informait la B. C. G. A. qu'il y avait quantités de terres où la culture du coton serait possible et une main-d'œuvre suffisante.
De plus, fait à remarquer, le coton égyptien qui n’a pu s’acclimater en Amérique, dans les Indes ou ailleurs, qu en perdant ses qualités de finesse, paraît devoir très bien réussir dans l’est africain anglais, comme le prouve un échantillon de coton récolté dans le Protectorat allemand voisin, et vendu à Liverpool comme la meilleure sorte égyptienne.
D’après Sir Charles Eliot, qui depuis lors à cessé d’être haut commissaire de cette région et qui avait examiné avec attention les chances de succès de la culture cotonnière dans l’Ouganda, les meilleurs terrains de culture seraient le long de la côte et aussi dans le voisinage du lac Victoria.
Dans les territoires élevés près de Nairobi, où les Européens peuvent séjourner d’une manière durable, le climat ne convient pas à la culture du coton.
Quoique la B. CG. G. A., à cause du manque de fonds, n'ait pu prendre une part très active dans le développe-
ment du mouvement cotonnier dans cette colonie, elle
s’est efforcée d'aider la compagnie de l'Ouganda qui a déjà pu mettre sur pied une exploitation et installation d'égrenage et mise en balle importante et a obtenu déjà des quantités importantes d'excellent coton longue soie.
Une des principales difficultés est la question du transport, l'Ouganda Railway suffira au transport dans l'intérieur du pays, mais il n’existe pas de service direct entre Mombassa et l'Angleterre, et actuellement il faut envoyer les marchandises à Aden ou à Bombay d'où on les transborde, ou bien encore par la ligne Allemande ils peuvent gagner Hambourg et de là être expédiés en Angle-
terre.
Quantité de coton exporté et valeur.
Balles de 400 livres :
1904 1905 British East … : 72 285 £ 249 1597 ATICAL RAT EEE Uganda. . D4 236 240 1.039
Années finissant le 314 mars.
(D'après les chiffres du Département Commercial du Board of Trade).
British Central A frica-Nyassaland. — Le climat de cette colonie est tout à fait favorable à la culture cotonnière, la main-d'œuvre en quantité suffisante, et les planteurs Anglais y sont assez nombreux.
Ceux-ci, ainsi que des missions industrielles et certaines :
Compagnies ont tenté de nombreuses expériences. L’Association a fait des envois de graines, les semences égyptiennes ont donné de bons résultats et on peut espérer avec une presque certitude que cette colonie deviendra un des futurs pays grands producteurs de coton. Une étendue considérable a déjà été plantée en coton et une avance de 1000 liv. a été faite en 1903 à deux planteurs. 2.000 àacres furent plantées en coton et la récolte envoyée à l'Association pour la vente, dont le produit une fois les frais et les avances remboursés doit revenir aux planteurs.
La main-d'œuvre est suffisante, quoiqu'on l’attire très vivement dans l'Afrique du Sud pour les mines d’or.
En 1904 la saison fut des plus défavorables et la récolte qu'on croyait devoir être de plusieurs milliers de balles n’atteignit que 800 balles. Le coton souffrit de certaines maladies que l’on croit causées par le temps froid et une culture défectueuse. Les planteurs n’ont en effet aucune expérience de cette culture et il n’y avait alors personne dans le département d'agriculture du gouvernement local qui put les assister.
L'association dut agir vivement près du Colonial Office pour obtenir l’envoi d’un ‘‘ cotton expert” et ce n’est qu'en mars 1905 que M. Simpson put être envoyé dans l'Afrique centrale. Pour soutenir les planteurs atteints par le désastre de 1904, le Conseil de l’associas tion offrit une avance de 1 liv. par arcre aux planteurs
honorablement connus, mais à la condition que le coton
récolté serait expédié à la B. G.G. A., c’est ainsi que la somme de 9.279 liv. fut versée par ‘‘ The African Lakes Corporation » qui agit comme agent de l’association et fournit pour 1.454 liv. de machines. 18.000 acres furent plantés en 1905 alors qu'il n’y en avait que 5.000 en 1904. Le temps fut de nouveau exceptionnellement froid et le coton ne réussit guère dans les terrains élevés.
Le coton expédié en Angleterre est d’une bonne qualité, type égyptien, il a valu 6 d. 1/2 par livre. Dans les bas pays lecoton réussit fort bien et on en vendit en octobre 1904 à 8 d. par livre.
M. Simpson, l'expert envoyé par le Colonial Office, est d'avis que, malgréle mauvais temps des deux années passées le coton égyptien genre Abassi devra réussir; mais que les planteurs ont à se perfectionner beaucoup et à transformer leur méthode de culture. Son rapportest en général favorable à l'extension de la culture en Nyassaland.
L'association ne se découragea pas par les premiers résultats assez défavorables. Elle estima avec juste raison que les campagnes d'expériences ne pouvaient guère être fructueuses, et malgré les pertes qu’elle subit parce que certains planteurs ne purent rembourser les avances, elle les renouvela en 1905-1906 à certains planteurs bien choisis.
La campagne paraît avoir bien commencé et les planteurs ont l'avantage d’avoir les conseils d’un expert du Gouvernement. Il paraît probable que en certains cas les résultats seront meilleurs en coton américain longue soie
qu’en égyptien.
L'association s’effbrce de décider le Gouvernement à créer dans différents districts des fermes d'essais avec le concours de l'association.
Une autre difficulté provient de la difficulté d’obtenir des travailleurs, le noir refusant de s'éloigner de sa propre ferme, et il est possible qu’on obtienne de meilleurs résultals en laissant cultiver le coton par les indigènes eux-mêmes. Pour les encourager dans cette culture on décida deleur garantir un certain prix de vente et de leur fournir toutes facilités possibles pour l’égrenage et la mise en balles. Un accord satisfaisant fut conclu par la ‘ African Lakes Corporation ” agent de la B. C. G. A.
La question des transports se pose en Nyassaland d’une façon difficile ; au moment où l’association commença à s'occuper activement de l'Afrique Centrale, on devait encore utiliser les porteurs pour mener le coton récolté dans le haut pays, jusqu'au Zambèze navigable. Malgré le prix assez raisonnable du transport, le prix de revient du coton à Liverpool était de 4 1/2 à 5 d. la livre, mais le plus grave inconvénient était d'enlever par le portage une grande quantité de travailleurs qui auraient été mieux employés à la culture.
Le chemin de fer projeté est maintenant construit(1906) de Port Herald à Chiromi et en voie de construction entre Chiromi et Blantyre et on espère que toute la ligne sera terminée en 1907. Il reste néanmoins plusieurs transbor-
dements nécessaires qui majorent considérablement le
prix du transport.
Malgré les récoltes médiocres des dernières années les
chiffres d'exportation montrent une marche vraiment
croissante.
Livres anglaises Livres sterlings A 1902-1903 : .… 192 3 1903-1904 .... 96.977 PE dd 4 1904-1905 .... 285. 185 0.914 1905-1906 .... 776.621 16.180 BRhodésia. — Il n’est pas douteux que le coton ne
puisse également prospérer dans la Rhodésia, mais on peut craindre que la main-d'œuvre soit insuffisamment nombreuse pour permettre un développement bien considérable de la production cotonnière dans cette région.
De nombreuses demandes de secours avaient été en 1905 adressées par les planteurs à la B. GC. G. À. qui ne put y répondre faute de fonds disponibles. Mais elle fournit à la British South Africa Cy 40 tonnes de semences égypliennes que la Compagnie entreprit de distribuer sur son territoire. Il paraît impossible à la B. C. G. À. d'agir dans ce territoire sans la coopération de la South Africa Cy. Des pourparlers furent engagés qui aboutirent à la formation d'une compagnie subsidiaire où la South Africa s’engagea pour 5.000 livres et la B. C. G. À. pour 7.500, le restant étant fourni par des
particuliers.
Cette société, qui est maintenant en activité, s'efforce
de développer la culture sotonnière parmi les populations indigènes.
Afrique du Sud.
La B.C. G. A. s’estime incapable de prendre une part bien active dans le développement dela culture cotonnière dans l’Afrique du Sud. Néanmoins, elle est restée en relations suivies avec l’agricultural office du Gouvernement et de nombreuses compagnies et planteurs, leur envoyant avis et fournissant des graines. Il est évident que le coton peut prospérer dans ces pays, Transvaal, Natal, etc... mais on ne peut compter sur des récoltes bien considérables. De plus la main-d'œuvre est presque
entièrement accaparée par le travail dans les mines d’or.
Ouest Africain.
L'étendue de ce pays est considérable ; l'Ouest africain anglais représente en effet le tiers de la surface de l’Inde entière.
Sans doute le coton ne peut croître sur toute cette surface, de plus, il n’est pas désirable que le pays vive d’un seul produit. La surface, dit M. Hutton étant de 500.000 mille carrés, s’il est possible de planter 1/10 en coton, cela ferait 30 millions d’acres qui, fournissant en moyenne 1/3 de balle par acre, donneraient 10 millions
de balles. de coton. On voit qu'il. y a là un champ d’acti-
vité immense. De plus, la population noire est nombreuse, on l'estime à 20 millions d'individus, la population noire des Etats-Unis qui cultive le coton ne dépasse pas 10 millions d'individus, on comprend que l'association anglaise ait fait porter son plus grand effort de ce côté, dans un pays où le coton est encore cultivé aujourd'hui et depuis des siècles. La plus grande quantité de coton exporté il y a quelques années était de qualité rude, soie de moyenne longueur, genre péruvien, pour lequel il n’y aura jamais un grand marché ; on l’emploie surtout mélangé avec la laine, mais il y a quelques variétés indigènes excellentes ; un échantillon de Sierra Leone a été reçu qui paraît meilleur que la moyenne du coton américain.
Quiqu’on ait obtenu de bons résultats avec des semences importées d'Amérique on peut penser que le coton indigène ou un mélange d’indigène et d’américain pourra donner de meilleurs résultats : quoiqu'il en soit l'association B. C. G. A. a le meilleur espoir que cette contrée deviendra bientôt grande productrice de coton et sera la sauvegarde de l’industrie du Lancashire.
En dehors des difficultés que cause le climat qui rend nécessaire que la culture cotonnière soit dans ce pays une culture indigène, une autre difficulté était que la culture cotonnière du pays était insuffisante pour l'exportation et que l’association était amenée à mettre sur pied une industrie nouvelle. Si elle avait trouvé un
département d'agriculture agissant comme dans l'Inde ou
les Indes occidentales, ou des planteurs blancs connaissant bien les cultures tropicales comme dans le Nyassaland ou aux Antilles, la tâche de l'Association aurait été grandement facilitée, mais au lieu de cela elle eût tout à reprendre à l’origine. Aussi doit-elle se féliciter grandement du résultat obtenu dès les premières années, le coton de l'Ouest africain arrivant par chaque courrier à Liverpool et se vendant facilement.
Le premier soin de l'association a été de fonder de grandes fermes ou plantations qui doivent servir d’exemples, faire l'éducation des indigènes et leur fournir les meilleures graines possible. Enfin, faire ce que le gouvernement Indien à été prié de faire dans les [Indes britanniques. Dès la première année, trois fermes de ce modèle ont été établies. En plus de ces établissements, l’association a décidé et entrepris l’achat du coton des indigènes de façon à leur assurer une rémunération suffisante. À cet effet, elle à conclu un arrangement avec les autorités coloniales en vertu duquel en échange d'une aide financière de leur part, l'association a assumé toute l'entreprise dans l'Ouest africain anglais et garantit aux indigènes un prix fixé pour trois années.
Les grandes difficultés dans ces colonies proviennent du climat dangereux, du manque derivières navigables et de communications par voies ferrées. Le climat ne paraît pas devoir être si dangeureux qu'on le croyait au premier abord, grâce aux études de l’école de médecine
tropicale de Liverpool, mais les régions centrales qui sont
celles où le coton a les meilleures chances de réussir ne peuvent être ouvertes au commerce que par la création de chemins de fer suffisants. C’est d’ailleurs le seul moyen de rendre ces colonies productives pour la métropole, et cela faciliterait non seulement le développement cotonnier mais encore toutes sortes d’autres commerces actuellement impossibles avec ces pays dont l’accès est presque aussi difficile, dit M. Hutton, que s'ils étaient situés dans une autre planète.
- Dans les rapports de la B. C. G. A. nous voyons que le travail des fermes modèles est vivement poussé. Des
essais ont été faits tant avec les cotons indigènes qu'avec
-les cotons importés pour déterminer l'espèce la meilleure
dont l'emploi serait à généraliser. Une demi-douzaine de variétés ont été ainsi expérimentées. En 1904-1905 les pluies dans la Sierra Leone et au Lagos ont été irrégulières et ce n’est qu’à la Nigeria du Sud que les conditions ont été vraiment favorables. Néanmoins les rapports sont en général favorables.
Il ne fallait pas s'attendre d’ailleurs que, dès la première campagne, les résultats soient suffisants pour couvrir les frais des premières expériences, aussi l’Association a-t-elle décidé de mettre de côté une réserve de 25 °/, des frais d'établissement des plantations.
En somme l'association a entrepris là une œuvre qui paraissait devoir incomber à l'administration des colonies, aussi celle-ci l'a-t-elle reconnu en lui allouant une somme
de 1.500 liv. pour Sierra Léone ; 2.000 pour le Lagos et
LA CRISE CÔTONNIÈRE 109
3.000 pour la Nigeria du Sud ; de plus surles chemins de fer à vapeur du gouvernement, le coton est transporté sans frais et les fonctionnaires sont à la disposition dela B.C. G. A.
Ces subsides des gouvernements coloniaux doivent expirer en 1907, maïs des pourparlers sont en train pour les prolonger à nouveau pendant trois ans dans les proportions suivantes et pour reconnaître les dépenses faites par la B. G. G. A. en plantations d'expériences, distri-
butions de grains, envois d'experts, éducation des indi-
gènes, etc...
Sierra Leone... 2.000 livres COR FORTS, 1.500 — Lagos et Nigeria sud . 9.000 — Nigeria nDF Er 1.900 —