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avec Manille, avec la Chine, avec la Cochinchine et beaucoup d’autres pays éloignés que jusqu'à ce jour vous avez négligés ?
Et pourquoi, au lieu de voir toute votre existence subordonnée aux transports des sucres des colonies, nechercheriez-vous pas à ouvrir de nouvelles relations pour rapporter à des conditions plus avantageuses pour la France, les bois, les fruits oléagineux, les peaux brutes, les houilles, les cuivres, les calés , les indigos , les tabacs et les masses de cotons, de soies et de laines dont nous avons besoin , en retour de nos vins, de nos eaux-de-vie, de nos céréales , de nos peaux ouvrées, de nos papiers, de nos tabletteries, de nos verreries, de nos cristaux et de nos Ussus de soie, de laine et de coton ?
Ne rattachez donc pas seulement votré existence au commerce des colonies. Une nation peut fort bien ne pas posséder de colonies et avoir un commercé maritime très respectable et très étendu. Les ‘ats-Unis, dont nous venons de parler, ne sont-ils pas dans ce cas? Et cependant leur commerce maritime est immense et leurs bâtimens sillonnent toutes les mers. Et nous pouvons encore citer pour exemple la Hollande, qui possédait déjà une marine respectable et faisait un commerce considérable avant d'avoir des colonies (1)! |
L{# Nous traiferons cotie quevtion plus à foud au chapitre X VE
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LA MARINE MARCHANDE. 167 Une nation, au contraire, peut posséder des colouiès et cependant n'avoir qu'un commerce maritime très secondaire. Nous dirons plus, et quelque hardie que puisse d'abord paraître cette proposition, nous avancerons que, considérée de très haut et en dehors de toute espèce d'application particulière, la possession coloniale, lorsqu'elle n’est pas d'un rapport commercial considérable, peut quelquefois devenir non seulement mutile, mais encore désastreuse pour la prospérité de la marine de la métropole ; et c'est surtout ce qui a lieu lorsque, les échanges avec l'industrie coloniale étant arrivés à leur maximum possible, la marine commerciale, certaine qu'elle est de trouver chaque année un chargement plus ou moins fort, qui ne peut lui manquer mais qu'elle n’a plus l'espérance d'augmenter, et préférant des transports moins considérables mais sur lesquels elle peut compter aux chances plus favorables mais plus aventureuses que pourraient lui offrir ces grandes expéditions , s'endort tranquillement sur cette assurance, tombe dans une apathie ‘qui lui devient funeste, et perd biéntôt dans sa progressive insouciance toute lénérgie qui lui était nécessaire pour chercher à étendre ses relations commerciales par de grandes et vastés explorations lointaines (1).
Et si nous voulons essaver de faire un rappro-
4) Cette question se trouvera plus développée aù chapitre KIF,
| chement de ces réflexions générales avec la situafon actuelle du commerce maritime de la France, le moment ne serait-il pas malheureusement trop propice, et tous les documens officiels qui ont été récemment publiés ne s’accordent-ils pas à démontrer que les relations commerciales de la France fléchissent de toutes parts, et qu'il serait plus que jamais temps de chercher à les relever lorsque toutes les nations de l'Europe s'occupent à améliorer les leurs ?
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De tout ceci ne devons-nous pas conclure comme MM. les délégués des ports de mer, mais avec des fa convictions différentes, que notre marine marus 5 chande déjà en péril est menacée d’une beaucoup
RE plus grande souffrance? Et de tout ceci encore ne résulte-t-il pas que nous sommes autorisés à dire à ces délégués : « Au lieu de vous arrêter à recon- Hate naître une si petite cause à un si grand mal; au SA EN lieu de voir dans la fabrication du sucre indigène LUE un motif de ruine que vous auriez dû apercevoir Peu dans de plus graves et de plus dangereuses consi- | È dérations, recherchez avec nous quels sont les vé- RES ritables motifs qui contribuent chaque jour à pré- Nr parer ce désastre et quels seraient les véritables k 2 É moyens d'y porter remède? »
On comprend bien que notre intention ne peut
LA MARINE MARCSANDE, 169 être de faire ici un cours de marine commerciale, et nous nous bornerons à adresser à M. le ministre compétent, ainsi qu à MM. les délégués des ports de mer, et cela dans l'intérêt de leurs commettans, quelques interpellations qui pourront servir à éclairer la question.
Ainsi, quant à ce qui regarde la participation de l'administration publique, nous pourrions demander si ce ne sont pas autant de causes qui arrêtent la prospérité de la marine marchande, que :
La législation incertaine qui la régit, qui est
{tantôt du ressort civil, tantôt du ressort de la marine, et qui souvent lui impose les charges des
deux juridictions sans lui en accorder les bénéfices :
L'intervention de l'administration dans la formation de ses équipages, intervention qui apporte presque toujours des entraves à ses expéditions, lui occasionne souvent des retards qui finissent tou-
jours par lui causer des pertes ;
Les lenteurs apportées dans toutes les vérifications fiscales par les employés des octrois, des
douanes et des droits réunis ;
La facilité laissée à l'État de prendre au commerce maritime ses meilleurs matelots dans l'intérêt de l'armement de ses flottes ;
L'obligation qu'il lui impose, pour former ses
élèves de marine , d’avoir toujours à bord un grand
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1 nombre de mousses et de novices qui sont à chargé D | à l'armateur sans lui être utiles ; 1. Et le maintien de la perception de beaucoup de | ; droits onéreux qui, de temps immémorialet'sans fi qu'il y ait jamais été fait aucune amélioration en ' ET rapport avec les progrès de l'époque, grèvent Ses L navires de frais qui viennent arbitrairement préle- « DE ver le plus clair de son bénéfice, tels que : : D Les frais de quarantaine qui sont toujours très M 7 % onéreux et si souvent inutiles ; | 4 Les visites d'experts qui coûtent également des «
sommes très fortes et qu'il faut renouveler trois ou quatre fois dans un même voyage ;
Les frais d’hôpitaux qui sont certainement très nécessaires inmais qui pourraient être établis sur des tarifs moins chers ;
CS Les frais d'ancrage que l'on pourrait également ke ii réduire à dés tarifs plus raisonnables ;
| RSR EN Les prétendus frais de quais et de feux qui sont | , TE toujours perçus même R où l'on ne PE ni qua ; ve div ni feux ; n dû
Le À ue Enfin les droits judiciaires qui sont accidentelle rie ment, il est vrai, mais injustement et trop fré-
tes quemment perçus sur les chargemens des navires Le AE naufragés, lorsque des contestations amènent les … | intéressés devant les tribunaux. |
ANT Nous pourrions ensuite demander, quant à ce PERL su regarde plus spécialement les expéditèurs eux à
mêines, s'ils ne trouvent pas quelque obstacle aux progrès de la marine marchande dans :
- Le système de construction des bâtimens dont ils se Servént, qui, généralement, sacrifie {a distributiôn intérieure à la forme extérieure , et, étant plutôt convenable aux chargemens lourds et compacts qu'aux chargemens commodes et légers, ne sont pas aussi propres que les bâtimens de l'étranger aux expéditions lointaines (1);
La perte que fait éprouver €e genre de constructioh qui à oécasionné pendant long-temps, d’après l'ancien système de jaugeage, un droit de tonnage beaucoup plus fort que le tonnage réel du bâtiment ;
L'achat des matériaux employés à la éonstruction qui viennent souvent de l'étranger et dont les droits de douane augmentent le prix d’acquisition ;
Le prix dé notre navigation qui est généralement plus cher que celui des autres pays ;
Et le salaire de nos marins qui est plus faible que celui des marins étrangers, quoique toutefois la solde totale de l'équipage coûte plus à l'armateur ; cé qui tient à ée qué les étrangers n’emploient à
(1) Ce serait peut-être encore une demande à adresser à l’ad- Ministration, si le peu de profondeur de plusieurs de nos ports de commerce permet d’y introduire des navires d’une cengtruction légère, lorsqu'étant entièrement chargés ils demandent un firaht d'eau Avez tonvidérable, |
leurs armemens que des matelots faits et exercés , tandis qu'en France, pour armer les bâlimens qui ont un tonnage égal à ceux de l'étranger, on emploie un nombre plus faible de matelots exercés, auxquels, d’après ce que nous venons de dire, l'État fait ajouter des mousses et des novices qui comptent en nombre et non pas en force, et sont plutôt un encombrement qu’une utilité réelle.
Que MM. les délégués des ports de mer engagent donc le gouvernement et leurs commettans à tàcher de remédier à tous les graves inconvéniens que nous venons de signaler ;
Que le gouvernement ait le courage de porter la hache de réforme sur tous les vieux abus:
Qu'il supprime cette exubérance de frais qui pesent sur les nationaux, toutes les charges onéreuses que les marins se résignent à supporter en silence , lassés qu'ils sont d’avoir toujours fait entendre des réclamations infructueuses ;
Que d’un autre côté, en levant les obstacles qui ne nous lient pas essentiellement à d’autres États, on permette enfin à notre marine marchande de s'ouvrir elle-même des débouchés et d'aller prendre ses chargemens partout où elle le jugera convenable. beta |
Qu'on interdise, le plus possible, aux nations étrangères la facuité de nous apporter leurs produits avec d'autres bâtimens que les nôtres , ou que
du moins on procure à ces nations des avantages pour qu'elles leur donnent la préférence ;
Qu'on encourage encore plus qu'on ne le fait la pêche de la morue, qui est avantageuse aux colonies , la pêche de la baleine, et même la petite pêche , si cela est nécessaire.
Et alors la marine marchande ne manquera plus
d'emploi et d'occasions pour commercer avec avantage et s'exercer à l’art de la navigation.
Mais que, de son côté, notre marine marchande sorte de ses fausses habitudes et de ses vieilles routines, qu'elle secoue son indolence , qu'elle relève son énergie, qu'elle prenne enfin elle-même soin des intérêts qui la touchent de si près. Alors, nous en sommes persuadés, appelée à de hautes destinées, elle saura bientôt les réaliser, et l'on ne verra plus publier que notre marine de commerce le cède en tous points à sa rivale de la Tamise! Et l'on ne pourra plus proclamer que la marine commerciale de l’ancienne France est de beaucoup surpassée par la marine commerciale du Nouveau- Monde! Mais pour arriver à ces résultats, qu'elle ne pense plus, comme elle le dit maintenant! Que ses délégués ne répètent plus, comme ils le disent aujourd’hui, que son existence est toute dans les colonies, et rien que dans les colonies, car on croirait à sa honte qu’elle a encore peur du sucre indigène !
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