‹ Les colonies et la métropoleChapitre 41 sur 77 · EE VS · texte numérisé non relu

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“avant d’arriver à ces considérations générales , sui-

la marine marchande, — Maximnm des échanges coloniaux. — Déplacement momentané dans les relations établies. — Décroissance de notre commerce étranger. — Comparaison avec les autres États. — La France, l'Angleterre et les États-Unis, — Statistique affligeante, — Nouvelles interpellations aux ministres. — Négociations diplomatiques commerciales. — Activité de toutes les puissancés. — Inaction du cabinet français. — Nouveaux traités de commerce. — Réflexions.

Une autre plainte qui a été articulée contre la fabrication du sucre indigène, par les villes maritimes et par quelques négocians de la capitale, tendrait à prouver que la prospérité du commerce a été compromise par l'introduction en France du sucre de betterave, en ce sens que les prétendues entraves apportées aux relations coloniales seront bientôt une cause de ruine et de désastres pour les exportations de nos produits agricoles et manufacturiers. Certes nous n’exagérons pas, en disant que l’accusation a été formulée dans des termes aussi précis. Voyons donc encore à quoi doivent se réduire toutes ces nouvelles déclamations.

Nous pourrions, à cet égard, nous servir de la

‘plus grande partie des argumens que nous avons

présentés dans le chapitre de la marine marchande ; nous y reviendrons plusieurs fois dans celui-ci , mais

LR COMMERCE. 177

vons la marche que nous avons établie pour la réfutation des griefs précédens et entrons dans l'examen des questions de détails.

Et d'abord examinons la nouvelle prétendue perte de vingt millions que le sucre indigène aurait déjà occasionnéeé au commerce d'exportation coloniale : car ses adversaires, on l’a vu, ne sont pas avares de ces pertes qui ne leur coûtent rien. Mais cette tactique qui est fort bonne à employer lorsqu'il s’agit d’une délibération pressée dans laquelle on n'a pas. le loisir de demander ni de fournir des preuves, devient beaucoup plus dangereuse lorsque les années se sont écoulées avant qu'une nouvelle discussion s'engage sur le même terrain, et surtout lorsque le terrible ct irrécusable témoignage des faits vient renverser tout le brillant et ingénieux échafaudage des déclamations.

Nous pourrions déjà, reproduisant un de nos premiers moyens de réfutation, répondre que pour que cette diminution ait eu lieu, il faudrait d’abord prouver que l'importation des sucres coloniaux en France à diminué, tandis que nous avons déjà établi officiellement (1) qu'elle avait augmenté; mais passons à d'autres preuves aussi: convaincantes ; elles seront courtes mais elles seront patentes et irréfutables. | |

" ft) Déclaration du ministre et documens des douanes. ,

Le tableau du commerce de la France avec les colonies, récemment publié par l'administration des douanes , et qui établit que la moyenne décennale de l'exportation des marchandises de la métropole pour les colonies , à été de 49 millions pendant chacune des dix années de 1827 à 1836, établit en même temps qu'en 1836 cette exportation à été de 52,310,138 fr.; voilà la nouvelle prétendue perte de viigt millions; ce prétendu déficit est encore un bénéfice de 3,310,310 fr. sur chacune des années précédentes.

Et si l'on vient dire que c'est depuis 1836 que la diminution d’exportation s’est fait sentir, nous répondrons encore par la mêmé publication officielle qui porte ce chiffre de 52,310,310 fr. de l'année 1836, à celui de 56,752,051 fr. pour l’année 1937: c’est-à-dire, non plus un bénéfice de 3,310 310 fr. mais un bénéfice de 7, 152, 051 fr. e R

De ces résultits pour les années précédentes, nous pourrions de suite tirer des conclusions pour les années Suivantes; imais pour réfuter toutes les.

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autres ässertions, admettons, un momént , qu'il y .

ait dans quelque temps une diminution réelle dai les exportations et que la fabrication indigène a ne en effet quelques changemens dans les. refitions de

notre commerce colonial ; YOyons quels’ seront les à *

résultats de ces changemens. et décomposons. à

cet elfet les 56,752,051 francs de l'exportation de 1837 (1).

Or, en opérant sur l’année 1837 que nous téñôns de démontrer la plus forte des onze dernières années, puisqu'il ne s’agit ici que des colonies sucrières nous devons nécessairement retrancher du chiffre 96,152,051 fr. des exportations totales le chiffre de 7,95%,952 fr. de l'exportation au Sénégal qui nest pas une colonie à sucre; et il restera pour les exportations aux quatre colonies de la Martinique, là Guadeloupe, Bourbon et Cayenne, 48,797,469 francs, savoir, et toujours d'après les états ofliciels, 14,954,496 francs de produits naturels, et 33,842,973 fr. d'objets manufacturés.

Or, dans ces sommes , il y a certainement une partie assez considérable qui sert à payer les frais de. transport, et certes on ne peut les regarder comme un avantage pour les expéditeurs; ainsi, en raisonnant dans l'hypothèse où le commerce d’exportation retrouverait à l'intérieur, par la fabrication du sucre indigène, les débouchés que lui ferait perdre la cessation de ses relations coloniales, on

) Nous raisonnons sur 56,752,051 francs, quoique nous ayions dit que 49,000,000 était le terme moyen décennal, parce que, d’une part, nous connaissons la décomposition de ce chiffre de l’année 1837, et ensuite parce que l’on concluera à fortiori de nos raisonnemens pour un chiffre plus faible. |

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peut bien admettre qu'une grande partie de ces frais resterait en bénéfices aux négocians sur toutes Les transactions intérieures; mais toutefois, consentons encore à ne parler de ces frais que pour mémoire, et conservons alors l'exportation dans. son entier, savoir , comme nous venons de le dire, 14,954,496 francs de produits agricoles et naturels et 33,842,973 franes de produits industriels et manufacturiers

; La non exportation de 14,954,496 francs de pro- RE duits agricoles, et nous parlons toujours dans fa | supposition du changement des relations coloniales : survenu par la prospérité du sucre indigène, nese- | rait-elle pas bientôt compensée pour les agricul- | | vi teurs expéditeurs, et par toutes les raisons que nous RAS avons déjà données au chapitre de l'amélioration du À HONTE Trésor publie par rapport à l'industrie sucrière indi- | TR gène (1), et par toutes celles que nous donnons dans 74 un autre chapitre sur la révolution remarquable que pr Hs la betterave doit apporter dans notre système de eul-" Four ture (2) ; et par les motifs ci-après plus particulièrement applicables à la question qui nous OCCUpE + ve mais qui ne sont toutefois que des préliminaires de Her: ERATS l'importante question de l'agriculture que nous trai- |: : 14 terons dans le chapitre suivant; c’est-à-dire que ces Épon 14,954,496 francs d'exportations agricoles sont |

|. (1) Voir le chapitre X.

| + CE (2) Cette importante question est traitée d’une manière spéciale RARE au chapitre XI, + Pre

LE COMMERCE. 181 composés en parle de grains, de farines, de vins, d'eaux-de-vie, d'huiles et d’autres substances alimentaires qui seront bientôt consommées et au-delà dans l'intérieur de la France par suite de l’aisance que la nouvelle culture indigène, au dire de tous les économistes et agriculteurs célèbres, est appelée à répandre dans notre pays ; et en partie de chevaux, de mulets, d’usiensiles et de marchandises de tous genres que l’on portait à l’agriculture coloniale et qui seront également facilement compensés par les immenses transactions qui se feront sur tous les animaux et instrumens nécessaires pour la culture et la fabrication de la betterave.

Quant à Ja non exportation des 33,842,973 fr. de produits industriels qui se composent principalement de draps, de toiles, de tissus , de feutres, de poteries , de verreries, d'orfèvreries , de bijouteries, el autres articles de luxe et de première nécessité, ne seront-ils pas également compensés et au-delà par toutes les acquisitions qui seront faites dans l'intérieur , d’abord par les individus qui, jadis privés de toutes ressources, auront obtenu une position plus tolérable , par les.ouvriers qui, ne manquant plus de travail, seront passés de la gêne à l’aisance, et enfin par les cultivateurs qui, ayant adopté un mode de culture plus propice, auront accru leurs bénéfices, augmenté leur aisance € fait un pas de plus vers la fortune,

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La force, la puissance et la prospérité d'une grande nation ne gisent-elles pas d'ailleurs particulièrement dans le développement de la consommation intérieure; et quant aux intérêts des fabricans de la France, d’abord que leurs produits soient achetés et payés, que leur importe qu'ils soient consommés de l’un où de l’autre côté de la mer ; et si cette vente doit toujours avoir lieu, n’estil pas préférable pour eux d'avoir leurs débiteurs sous la main plutôt que d'attendre leurs rentrées des retours des bâtimens qui traversent l'Océan.

Et quand on pense que les 33,842,972 fr. d'exportations industrielles dont nous venons de parler, ne comptent environ qu'un cinquième de provenances du Midi, et quatre cinquièmes de provenances du Nord, et que tous les négocians et fabricans de cette. région septentrionale de la France sont plus que tous autres intéressés à la réussite de la fabrication du sucre indigène qui a déjà répandu tant de ri | chesses dans leurs départemens, on se demande ce que c'était alors que la véracité de cette prétendue” réclamation des industriels du Nord qui, pour ser- ” vir les intérêts coloniaux, a été présentée em 1836 à la Chambre des Députés, pour soutenir le projet de loi de l'impôt, après avoir ramassé une centaine de signatures inconnues, sur une pétition péniblement colportée pendant quelques mois dans les villes de Lille, de Roubaix, de Turcçoing et d'Ar-

LE, COMMERCE. 185 mentières, pétition basée-alors, disait-on, sur la diminution générale des exportations maritimes, en profitant à dessein de la diminution réelle arrivée à cette époque dans les exportations, par la crise de l'Amérique, et en laissant ignorer à la classe très peu instruite des signataires de cette pétition, que la crise de l'Amérique, que l’Amérique elle-même n'avait rien de commun avec les colonies.

Et en admettant même qu'aujourd'hui on voudrait parler des colonies, comment parviendrait-on à fare croire à des fabricans expérimentés, à des négocians instruits , à des hommes intelligens, que des industriels qui possèdent pour principal débouché de leurs produits, et en outre de toutes leurs expéditions étrangères, un principal marché de

33,000,000 d'habitans dans l'intérieur de leur

pays, seraient à ce point dépendans et à la merci des variations d’un marché colonial qui ne compte véritablement que 113,961 consommateurs réels de leurs objets manufacturés et de leurs produits agricoles, et 258,956 esclaves que, nous le répé- “ons, on nourrit avec quelques sous de manioc, qui

. ne portent pour tout vêtement que des pantalons de

toile, et dont tout l'entretien annuel ne peut pas dépasser une vingtaine de francs.

Combien de plaintes n'ont pas été également éle-

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vées sur une prétendue diminution dans les exportations du commerce de Ja ville de Paris ; et cependant n’avons-nous pas vu dans le dernier résumé de la situation de cette ville, présenté au tribunal consulaire par M. le préfet de la Seine , que jamais son commerce d'exportation ne s'est trouvé dans des conditions plus favorables.

Jamais, avant 1830, il n’a été fait plus de 91,000.

déclarations d’exportations , et pour une valeur plus grande que 66,000,000 francs.

En 1832, il a été fait 92,000 déclarations pour une valeur de 66,910,000 francs ; et dans les an-

nées suivantes ces exportations ont toujours été en

augmentant.

En 1837. les déclarations se sont élevées à À

140,358, pour une valeur de 94,065,200 francs.

Les dix premiers mois alors connus de 1838 portaient déjà le nombre des déclarations à 139,530, pour la valeur de 99,624,672 francs, c'est-à-dire pour une valeur déjà plus forte de 5,559,#72 francs que l valeur totale de 1837; et en évaluant les deux derniers mois sur les mêmes bases , M. le préfet estimait que l’année 1838 compterait 167,436 exportations pour une valeur de 119,549,606 fr., c'est-àdire de plus qu'en 1837, un nombre de 27,906 ex-

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portations d'une valeur en plus de 25,48%,406 fr.

Et cependant on ne pourra pas dire que ces exportations étaient principalement dirigées sur les pays étrangers, car on trouve dans les derniers états publiés par la direction des douanes, que notre commerce général d'exportation a de beaucoup, pendant cette année 1837, diminué avec ['étranger.

Et si à ces chiffres si significatifs des exportations de Paris, nous ajoutons avec M. le préfet que dans ces mêmes années 1837 et 1838, l'impulsion donnée à l’industrie a assuré l'existence d’un grand nombre de familles qui étaient, les années précédentes, soutenues par la bienfaisance publique; que le nombre des indigens a diminué de 18,711 individus , quoique la population ait augmenté de 130,000 ames; si nous ajoutons encore que le nombre des faillites a diminué d'un quart, c'est-àdire que de 522 il a été réduit à 396, il nous sera permis de demander de nouveau si c'est là ce quon appelle cette déplorable détresse que le sucre indigène a fait peser sur le commerce d'exportation

de la capitale.

Nous venons donc de prouver que la fabrication du sucre indigène, en admettant même la cessation entière des relations coloniales, fournirait à

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