PERS), VAE
euté le principe et l’idée théorique : il a révélé Gheel aux ahénistes français.
En 1843, fort intéressé par ce « village de fous », il partit pour Gheel, d’où il adressa à Baillarger plusieurs lettres fort intéressantes.
«Jusqu'ici, écrit-il dans sa première lettre, Gheel est resté à peu près mconnu, c’est à peine si l'on en parle. On n’y attache aucune idée sérieuse : c’est, dit-on, quelque chose de bizarre, d’étrange, ce n’est rien de plus. Que si, après avoir visité la colomie, vous vous en montrez quelque peu partisan, si vous en faites l’éloge, on vous écoute avec surprise, et l’on serait tenté de croire que vous avez laissé une partie de votre bon sens au pays des fous d’où vous venez. »
Puis 1] se prononce ouvertement en faveur de la colonie : « Non pas que tout y soit pour le mieux, que toutes les exigences relatives à l’habitation, au traitement des malades, y soient satisfaites. Mais s’il s’y trouve des imperfections, des vices, 1l faut améliorer et non détruire ».
« Dans une colonie, comme à Gheel, les fous ne sont pas seulement élevés à la dignité de malades, selon la belle expression d’'Esquirol, ils n’ont pas perdu tout à fait leur dignité d’êtres raisonnables ; car ils n’ont point rompu entièrement avec la société, à laquelle ils restent liés par tous les points de leur intelligence que le mal a respectés. Ils trouvent encore dans cette société des jouissances de plus d’une sorte. Leur horizon n’est pas borné par des murs infranchissables. Ils vivent au milieu d'hommes
raisonnables, prennent part à leurs travaux, partagent leurs distractions. Rien ne leur rappelle la triste dégradation qui pèse sur leurs facultés morales et qui, partout ailleurs, les eut fait mettre au ban de la société ».
« Le système de colonisation réalise, et au-delà, les idées théoriques les plus hardies émises par les hommes célèbres dont le nom fait autorité en thérapeutique mentale ».
Moreau de Tours soùhaite de voir un tel système se développer en France, mais « l’établissement d’une pareille colonie ne pourrait s’exécuter qu’à la longue et avec l’aide du temps. Son développement serait nécessairement lent et insensible ».
Après des écrits si favorables et si encourageants, Moreau de Tours suscita la curiosité, et alors commencèrent ce qu’on pourrait appeler volontiers les pèlerinages de Gheel.
En 1846, Brierre de Boismont s’y rendit, mais 1l n’en rapporta pas le bel enthousiasme de Moreau de Tours. Tout en reconnaissant le bien-être de quelques malades, la satisfaction qu’ils éprouvent à vivre en famille, il fait la critique du système sur plusieurs points qui lui semblent essentiels : pas de traitement médical suffisamment intense, pas de bains, évasions fréquentes, contre lesquelles on emploie les moyens de coercition pénibles (chaînes, colliers, entraves), surveillance insuffisante, incompétence des nourriciers pour les malades aigus. « Sans aucun doute, dit-il, l’air libre, le travail et la vie de famille,