‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 1 sur 36 · RUE SAINT-HONORÉ · texte numérisé non relu

RUE SAINT-HONORÉ

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M. le baron de Mackau , ministre de la marine et des colonies , a ouvert la discussion par un nouvel exposé de motifs dans lequel il indique le but du projet de loi.

I! constate « que son projet a soulevé une vive Opposition de la part des organes des colonies, qui yontvuen germe la ruine des colons, l'émancipation déguisée, la désorganisation de la société coloniale; qui lui ont reproché de se lancer dans des voies périlleuses , de procéder par surprise , et de subir les pensées hostiles à l’intérêt colonial (1). »

Ilest vrai, tous ces reproches ont été adressés au projet de loi par les organes des colonies , et ils n’en rétractent aucun:

A-t-on procédé par surprise ?

Plusieurs délégués des colonies passaient la soirée chez M. le ministre de la marine le 14 mai; et c’est de

retour chez eux, en lisant le Messager , qu’ils apprirent:

la présentation du projet de loi à la Chambre des pairs. Devaient-ils s’y attendre ?

Peu de jours auparavant M. le ministre de la marine

(1) Moniteur du 4 avril.

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se concerlait avec eux, et notamment avec moi, pour repousser les pétitions abolitionistes des ouvriers de Paris. Le projet est-il dicté par des pensées hostiles à l’intérét colonial? Contient-il en germe une émancipation déguisée , La ruine des colons ?

Je laisserai répondre d'honorables pairs bien connus par la sagesse et la modération de leurs opinions.

M. le comte de Montalivet (1) : J'aurais voulu que le projet de loi fit parvenir aux noirs, par l'intermédiaire de la représentation coloniale, les bienfaits de la civilisation, pour que ces mesures ne parussent pas dirigées dant un but d’hostilité contre les blancs.

Craignez d’être trop sévères envers les colons ; ne les dénoncez pas au monde civilisé, surtout ne les dénoncez pas aux esclaves.

Prenez garde de substituer à une æace de maîtres et d’esclaves une race noire victorieuse et une race blanche abaissée.

Il ne faut pas s’y tromper : on «a fait trop bon marché de la race blanche dans les colonies.

Soyons humains envers les esclaves, mais soyons justes envers les colons, a dit M. Barthe, vice-président de la Chambre des pairs, en appuyant un amendement présenté par M. Laplagne-Barris, combattu par M. le ministre de la marine et par M. le comte Beugnot (2).

M. le président Boullet : Peut-être le projet de loi fait-il trop pencher la balance du côté des noirs. Il institue des tribunaux d'exception, des cours prévôtales contre les colonies (3).

M. le comte Pelet de la Lozère : C’est une mauvaise habitude pour nous, législateurs, de faire pour les colonies des tribunaux exceptionnels, et de donner cet exemple de dispositions que nous repousserions chez nous.

J'ajouterai qu'au moment où nous voulons faire pénétrer des

(1) Moniteur du 10 avril.

(2) 1bid. du 12 avril.

(3) Ibid. du 13 avril.

idées de liberté dans les colonies , il ne faut pas y détruire les idées de justice (1).

M. Ferrier : Bien loin d’affaiblir l'autorité morale des maîtres sur les noirs, nous ñe devrions rien négliger pour l’augmenter.

Que nous offre le projet de loi? D'un côté des esclaves, à qui il accorde le droit de posséder, et qu'il conduit comme par la main à leur rachat; de l’autre des maîtres, contre lesquels il accumule les pénalités, il prodigue l’emprisonnement (2)!

M. Mérilhou, rapporteur de la commission : J'aurai l’honneur de répondre à M. le ministre des affaires étrangères que nous voulons faire üne chose sérieuse, mais que nous ne voulons pas faire une chose subuersive.

Nous voulons donner la liberté aux noirs par voie de rachat, mais nous ne voulons pas dépouiller les propriétaires pour donner la liberté aux noirs.

Nous voulons faire une chose sérieuse, mais nous ne voulons pas détuire le travail aux colonies.

Nous voulons faire une chose sérieuse, mais nous ne voulons pas que chaque propriétaire des colonies ait le droit de nous signaler la métropole comme lui ayant enlevé les moyens de production, de fertiliser ses champs.

Voilà ce que nous ne voulons pas (3).

Dans la même séance , M. le Rapporteur de la commission, après avoir signalé et réprouvé les tendances du projet ministériel, ajoutait :

M. le ministre de la marine nous a dit qu’il était chargé de la défense des colonies, qu’il se regardait comme responsable de la fortune , du bonheur et de la tranquillité des colons,

J'ai entendu cette assurance avec une véritable satisfaction, mai 8 je dois dire qu’elle était nécessaire. ….

(1) Moniteur du 43 avrils (2) Ibid. du 7 avril, (3) Ibid. du 12 avril,

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