‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 2 sur 36 · ENT A EE · texte numérisé non relu

ENT A EE

M. le ministre de la marine : Vous n’en avez jamais douté ; j'espère ?

M. le rapporteur : Je n’en ai jamais douté ; mais cependant je dois dire qu’elle était nécessaire.

M. le ministre : C’est votre appréciation personnelle.

M. le rapporteur : J'exprime mon opinion, et non celle de M. le ministre; puisque j’ai l'honneur de lui répondre, il est évident que je ne suis pas de son avis. Je dis que ces explications étaient nécessaires, parce que la direction qu’a reçue aujourd'hui la discussion a porté beaucoup de monde à croire que l’affranchissement actuel , absolu, des esclaves, était un but recherché avec RAR

M. 1 ministre : Non! non!

Plusieurs voix : N’interrompez pas !

M. le chancelier : Je prie M. le ministre de la marine de ne pas interrompre.

M. le rapporteur : Si M. le ministre de la marine avait été interrompu toutes les fois qu’il a dit des choses que nous n’approuvions pas, véritablement la discussion aurait dégénéré en dialogue.

Je dis que la discussion aujourd’hui a pu autoriser cette opinion que la cessation absolue de toute espèce de lien pour les esclaves était un objet que l’on recherchait avec plus d’ardeur que le maintien du travail et le bonheur des colons (1).

. J'ai eu le triste privilège d'assister à toutes les séances d’une discussion dont les colonies conserveront longtemps un douloureux souvenir.

Fai vu M. le ministre de la marine et des colonies suCcessivement abandonné et combattu par des pairs abolitionistes, mais abolitionistes tempérés (2).

Je lai vu s’allier aux abolitionistes que M. le comte de Montalembert a baptisés du nom d’abolitionistes purs,

(4) Moniteur du 142 avril.

(2) Expression du général Cubières.

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recevant les actions de grâce de M. H. Passy (1); appuyant de toute l'influence gouvernementale les amendements qu'il avait préalablement concertés avec M. le comte Beugnot (2).

Et je me crois en droit de répéter avec M. Ie rapporteur de la commission , M. le comte de Montalivet, et M. Barthe : Que le projet de loi a fait trop bon marché de la race blanche dans les colonies ;

Avec M. le président Boullet, M. le comte Pelet de la Lozère et M. Ferrier : Qu'il a accumulé les pénalités, prodigué l’emprisonnement, institué des tribunaux d'exception, des Cours prévôtales contre les colons;

Avec M. Gay-Lussac: Qu'on veut l'émancipation à tout prix par la désorganisation , dût-elle sortir de ruines.

Ces reproches sont graves. — Le caractère de ceux qui les ont adressés ajoute encore à la gravité des reproches.

La discussion dont je vais donner l’analyse ne les a que trop justifiés.

M. le baron Dupin a remplacé à la tribune M. le baron de Mackau. Son discours ayant été réimprimé et publié, je ne l’analyserai point. Il est d’ailleurs tellement substantiel, qu'il se refuse à l'analyse.

M. le baron Dupin a déclaré voter contre une loi

Qui conduirait à la désorganisation de nos colonies, qui diminuerait de fait le bien-être du noir, et qui rendrait de plus en

(1) Moniteur du 8 avril. « Je rends hommage à M. le ministre de la marine d’avoir eu la sagesse de nous présenter cette loi. »

(2) M. le ministre de la marine avait suggéré à la commission une série d’amendements que la commission avait repoussés. Ils ont été repris par M. le comte Beugnot.

RER NS plus rares les affranchissements de la race qu'à tout prix on veut

précipiter dans Ja liberté par des voies que l'expérience a démontrées téméraires et funestes (1).

Séance du 3 avril.

M. le comte Beugnot, l'atlas du projet ministériel (2), a commencé dans cette séance un discours qu’il a achevé le lendemain.

4° Exorpe. — M. le comte Beugnot annonce que d’un mot il va renverser tous ses adversaires ; ce mot magique. .….

C'est celui qui a servi à renverser, il y aura bientôt quinze ans, le trône le plus ancien et le plus vénéré qui fût au monde; c’est lui qui servira aussi à détruire l'esclavage, ce vieux débris d’une société qui n’est plus. Ce mot le voici : ZT est trop tard.

Puis, baissant d’un ton, M. le comte Beugnot demande

Qu'on lui permette d'aller au devant d'un reproche qui lui sera adressé, sinon ici, peut-être au dehors, sans doute au loin. On le désignera comme un abolitioniste fanatique , comme un ennemi des colonies et des colons.

M. le comte Beugnot assure-qu'’il n’en est rien.

Si les colonies veulent s’en convaincre, elles pourront consulter les procès-verbaux de la chambre des pairs, et elles y verront qu'il a formellement demandé qu’on leur permit de raffiner leurs sucres.

(1) Moniteur du 4 avril.

(2) M. le comte Beugnot vient d’être nommé membre de la commission

des Invalides sur la proposition de M. le ministre de la marine et des colonies.

Les colonies en sont très reconnaissantes ; mais elles lui feraient observer, si elles ne craignaient d’être taxées d'ingratitude :

1° Que, dans l’état de l’industrie coloniale, il s *éoulérait bien des années avant que les colonies pussent raffiner leurs sucres, quand même elles y seraient autorisées par la loi;

20 Que, pour raffiner du sucre, il faut d’abord en produire, et que nos colonies n’en produiraient plus si, conformément aux vœux de M. le comte Beugnot, on y opérait immédiatement l CHAnCIEAUQE des noirs.

92e ExXORDE.

Les propriétaires d'esclaves sont des hommes habiles, éclairés ; de plus, ils connaissent parfaitement l'histoire; ils ont vu dans l'histoire romaine que certains rois d'Asie, quand ils savaient que

‘le sénat de Rome nourrissait la secrète intention de les détrôner,

envoyaient dans la ville éternelle une portion de leurs trésors, et par ce moyen persuasif évitaient le coup dont ils étaient menacés ,

et pour un instant consolidaient leur pouvoir. Les colons en ont

fait autant; ils ont envoyé à Paris force doublons qui roulent autour de vous sous la forme de journaux, de livres, d’écrits, de brochures , ete. Cela est peut-être fort habile; mais je crois cependant que les colons auraient beaucoup mieux fait d'employer ces doublons à payer leurs dettes. Etc., etc.

M. le comte Beugnot n’est pas, que je sache, créancier des colons, et il aurait dû s’interdire un persiflage qui siéd mal à la dignité d’un pair de France, à la charité d’un catholique.

M. le comte Beugnot s’indigne que les colons soient défendus dans Les journaux, dans des livres, dans des brochures, et, chemin faisant, il dresse le catalogue des jour-

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naux, des livres, des brochures qui ont attaqué les colons, constate avec satisfaction que l'avantage du nombre est de son côté... sans parler du mérite. (Textuel.)

Il va sans dire qu'outre le mérite du style, les écrivains anti-coloniaux ont encore la vertu du désintéressement;

Que les sociétés abolitionistes.… anglaises n’ont fait aucun sacrifice.

Cependant je prierai M.le comte Beugnot de pousser un peu plus loin son enquête, de se procurer une collection de l'Anti-slavery Reporter, journal officiel de la Société abolitioniste anglaise : il y verra de longues listes de donations et souscriptions ; et s’il doutait quele produit de ces donations et souscriptions ait été consommé en France, totalement ou partiellement, je le prierai encore de se faire représenter le numéro du 29 mai 1844, il y lira ce que je traduis littéralement : « On commence à se préoccuper en France de l'émancipation des noirs ; une pétition a été adressée à cet effet à la chambre des députés par près de 7,000 ouvriers de Paris. Poussé par les abolitionistes, le gouvernement a promis de présenter un projet de loi dans la présente session. Une visite récente du TRÉSORIER de notre société à la capitale de France a produit ces heureux résultats. Les membres de notre comité présents à Paris, MM. William Forster, J. Gurney de Norwich, et Josiah Forster de Tottenham, ont puissamment contribué à les obtenir (1). »

Dans son humeur anecdotique , M. le comte Beugnot a raconté ce mot de Talleyrand : Ce qui importe le plus dans la vie, c’est de savoir bien choisir ses ennemis.

(1) A recent visit of the TREASURER and the secretary of the society to the metropolis of France, has not been without useful results.

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ji a ajouté : Sous ce rapport, nous avons eu la main heureuse.

M. le comte Beugnot nous permettra de lui dire à notre tour : Et nous aussi.

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