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l'élaboration des modifications successives qui devront encore améliorer et surtout ennoblir la destinée des populations coloniales.
Ne nous laissons pas décourager, dans la résolution de rétablir un indispensable concert entre la métropole et les colons, par la résistance que les conseils coloniaux ont souvent opposée à des propositions intempestives qui semblaient précipiter l'œuvre de la destruction avant de constituer une organisation nouvelle, et ne considérer que la fin, sans accepter ses moyens préparatoires ni ses conditions préalables.
N'avaient-ils donc pas le devoir, ces délégués de l'intérêt local , de préserver l’autorité du maître de l’énervante et tracassière inquisition d'un pouvoir supérieur, trop ambitieux des moindres détails , quoique étranger aux hommes et aux choses, et qui tentait d’appliquer ces théories absolues aux plus intimes usages des habitons et des ateliers ? :
Ne seraient-ils pas encore autorisés , s'ils pouvaient être entendus dans nos assemblées législatives, à nous répéter à présent comme à d’autres époques que le pécule des noirs sera bien plus fécond et bien mieux assuré àu bien-être des esclaves par la générosité prévoyante du colon que par le commandement de la loi, qui remplace le bienfait par un droit acquis , le bienfaiteur par un propriétaire
dépossédé , et le serviteur reconnaissant: par un homme indépendant, envieux, et peut-être enclin au vol ?
Ne devraient-ils pas nous avertir aussi que le rachat forcé fonderait encore plus profondément l’antagonisme du chef de la famille de chaque plantation avec tous les membres qui la composent ?
Ne pourraient-ils pas redouter de voir s'écrouler, sous l’ébran-
lement continuel de la lutte et de l’indiscipline, cette société spéciale, protégée dans son ensemble par un gouverneur métropolitain, mais dont chaque partie forme une petite agglomération d’habitants soumise au pouvoir patriarcal d’un maître absolu, veillant à lui seul, comme le représentant de la Providence, depuis leur naissance jusqu’à leur mort, sur chacun des enfants dont! ‘la destinée lui a été confiée tout entière, par la volonté divine et par les lois de sa patrie.
dE": PF Avant de renverser cet ancien édifice social, où Ia prévoyance et la responsabilité de l'autorité publique se trouvent étroitement concentrées dans le sein même de la famille et remises sans réserve entre les mains de son chef, la prudence ne commande-t- elle pas de fonder des hôpitaux pour les infirmités et pour les ‘souffrances de tous les âges ; d'offrir des ateliers de travail à l’oisiveté et au vagabondage; de réprimer les désordres par des prisons publiques ; de répandre de nombreux presbytères autour des habitations ; d’élever les chaires et de propager la parole d'un apostolat spécial; de fortifier les tribunaux et les administrations locales ; de tracer des routes, de creuser des canaux, de compléter et d'améliorer toutes les voies de communication si long-temps négligées ; enfin, d'accélérer par tous les moyens possibles les développements de la civilisation et de la prospérité d’une population placée sous une tutelle patriarcale, et qui ne doit se dégager des chaînes du travail forcé que par les épreuves difficiles et patientes d’une transformation sociale ? Voilà par quelles mesures prérapatoires je voudrais commencer Ja transformation de nos colonies. Mais relâcher davantage et peut-être briser inopinément les liens d’une obéissance passive, sur laquelle reposent encore l’ordre, le travail et le salut de tous, avant d’avoir formé la chaîne d’une société nouvelle habilement reconstruite et régénérée, désorganiser le travail forcé avant d'avoir fortement constitué le travail libre, c’est consommer la ruine de nos possessions par l’agglomération des charges de la fortune des planteurs, par l’affaiblissement progressif de leur influence morale, par des suggestions menaçantes, enfin par le spectacle affligeant des nouvelles manumissions ajoutées aux nombreux affranchis se traînant déjà, sous les yeux de leurs anciens frères, paternellement soutenus d’une incurable fainéantise, à l’intempérance habituelle qui les conduit rapidement à la misère et à la mort. Pouvons-nous sans témérité, dans une aussi grave conjoncture, appeler l’inexpérience de l’esclave à la prévoyance et à la respon-.
Sabilité d’une personne civile qui acquiert, qui conserve et qui
transmet son héritage, avant même que la famille du noir soit régulièrement et légalement constituée ? Pouvons-nous, sans entraf-
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BEN: ER ner un être aussi faible à sa perte, le détacher presque entièrement du soutien providentiel qui étaie toute son existence, pour lui présenter une protection étrangère qui revendiquera sans cesse ses droits incertains, avec une hostilité dangereusement armée contre son maître de rigueurs judiciaires et administratives ?
Je ne Saurais consentir à braver, sans plus attendre, tant et de si graves périls ; à semer des germes de discorde et de haine dans le sein d’une famille patriarcale où tout se maintient et prospère encore par la soumission et par le dévoûment ; à éteindre tout sentiment de la patrie dans les cœurs de populations lointaines exposées aux entreprises jalouses de l'étranger; à sacrifier les deux tiers de notre navigation marchande et l’échange avantageux de 100 millions de nos produits ; à voir s’évanouir les plus belles espéran- ces de notre force navale; enfin à favoriser aux dépens du monde commercial, et surtout de la France, et au profit d’une nation rivale, une grande révolution économique qui transporterait aux Indes anglaises, par le déplacement des produits intertropicaux, tous les . bénéfices et tous les salaires du travail de l’Europe continentale et des peuples de l’Amérique.
Défendons-nous, Messieurs, et défendons le gouvernement luimême contre les prestiges insidieux d’une propagande saintement révolutionnaire en religion et en philanthropie, qui, après avoir entraîné des fanatiques et des dupes, finirait par réaliser de grands désastres et par immoler de nouvelles victimes sur l'autel de la liberté.
M. le comte de Montalembert répond à M. le marquis d’Audiffret.
Il s’étonne qu’en l’an de grâce 1845, il y ait encore l'exploitation de l’homme par l’homme, qu'il y ait des hommes que d’autres hommes peuvent astreindre au travail et flageller à leur gré. |
M. le comte de Montalembert exagère dès son début. Le maître, dans nos colonies, ne peut pas astreindre l'esclave au travail à son gré.
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L'esclave n’est tenu de travailler que le nombre d'heures fixé par la loi; il travaille pour lui-même le samedi, et il n’est pas tenu de travailler le dimanche. Le maître ne peut pas flageller l’esclave à son gré; les châtiments sont déterminés par la loi.
Les châtiments corporels deviennent tous les jours plus rares , dit M. le duc de Broglie dans son rapport. Ils ne sontle plussouventappliqués quedans descasgraves qui, en France, seraient punis de prison ou de réclusion (1).
Les châtiments corporels ! mais ils sont actuellement en usage dans toutes les marines, sur les vaisseaux de toutes les puissances ! ils sont en usage dans les armées allemandes et russes, voire même dans l’armée anglaise! et M. le général Cubières nous apprend que tout dernièrement, en l’an de grâce 1845, une commission composée d'officiers généraux s’est réunie en Angleterre, cette terre classique de la philanthropie , et que les chàtiments corporels, supprimés pour les noirs, ont été maintenus en faveur des soldats anglais!
M. le comte de Montalembert déclare
Qu'il se trouve dans les conditions d’une stricte et sévère impartialité : car sa famille a possédé long-temps de grands biens à Saint-Domingue, et il possède encore des terres dans une des Antilles...... anglaises.
Permettez. Tout le monde sait que les colons anglais, après avoir résisté à l'abolition de l'esclavage chez eux, poursuivent aujourd’hui l’abolition de l’esclavage partout ; et la raison en a été donnée dernièrement encore dans le parlement anglais :
C’est que les colonies libres ne peuvent supporter la concurrence des colonies à esclaves.
(4) Rapport du procureur du roi de Saint-Pierre, de juin 1841, exposé général , page 380.
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C’est que le prix de revient du sucre, dans les Antilles anglaises, est aujourd’hui le double des prix du Brésil et de Cuba (1).
Je crois donc à l’impartialité de M. le comte de Montalembert, parce que je le sais un homme sincère et religieux; je crois à son impartialité, non parce qu’il est, mais quoiqu'il soit propriétaire de terres dans une des Antilles... anglaises. Je crois aussi à sa bienveillance.
Ï1 désire l’inamovibilité des juges dans les colonies ;
I1 désire que les colonies obtiennent toutes les autres garanties politiques et constitutionnelles qui appartiennent à la métropole ;
Ïl; désire qu'on assure à leurs produits un marché stable et certain, que leur dispute une industrie rivale et factice ;
Il désire qu’on leur donne une indemnité qui leur est due.
Mais ce qu'il doit surtout désirer aux colonies, le présent le plus précieux qu'il puisse leur faire, c'est... la vérité.
Sur ce dernier point, les colonies sont parfaitement tranquilles.
Les adversaires des colonies ne ressemblent point à Fontenelle : ils ouvrent les deux mains ; et s’il n’en sort pas de bonnes vérités, si les colons ne les reçoivent pas comme des présents précieux, c’est la faute des colons.
Après cet aveu, je prierai M. le comte de Montalembert de me permettre à mon tour de lui dire ce que je crois la vérité, de lui dire :
Vos vœux sont des vœux stériles. Vos votes sont en désaccord avec vos vœux.
Vous voulez l’inamovibilité de la magistrature coloniale.
Pourquoi ne l’avez-vous pas demandée ?
(4) Séance de la chambre des communes du 25 février dernier, — M. Gladstone; sir G. Clerck, sous-secrétaire d'état du commerce ; M. Cardwell, sous-secrétaire d'état des colonies.
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CURE: 7e
Pourquoi votez-vous un projet de loi qui livre les colonies à une magistrature amovible? |
Vous voulez que les colonies obtiennent toutes les garanties politiques et constitutionnelles qui appartiennent à la métropole. |
Et vous votez un projet de loi qui crée aux colonies des tribunaux d'exception ! |
Vous voulez qu'on donne aux colons une indemnité qui leur est due.
Et vous votez un projet de loi qui enlève au maître une journée de travail, un terrain.., sans indemnité !
Quant à l’industrie rivale et factice, elle est devenue, grâce au privilége dont elle a joui, une réalité; une réalité qui pèse et continuera à peser sur les colonies, maloré vos vœux et les promesses de M. le duc de Broglie.
M. le comte de Montalembert avoue avec quelque répugnance, mais enfin il avoue que l'émancipation des noirs n’a pas réussi au point de vue économique dans les colonies anglaises.
Je vais compléter ses demi-aveux par les aveux beaucoup plus explicites de personnages dont on ne récusera pasil’autorité, des ministres anglais.
Lord J. Russel, alors ministre des colonies, admettait dans la séance de la chambre des communes du 7 mai 1840 que |
La production toujours décroissante du sucre pourrait bien cesser dans les Indes occidentales avant peu d'années (in the
course of years).
Lord Stanley, ministre des colonies, auteur de l'acte d’émancipation des noirs de 1833, s’exprimait ainsi dans la séance du 22 mars 1842 :