‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 14 sur 36 · HD · texte numérisé non relu

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maîtres contre lesquels elle accumule toutesles pénalités! Ne semblerait-il pas que les planteurs, dont la commission vante l'humanité, la sollicitude, chaque jour croissante, pour leurs esclaves, aient encouru le reproche contraire? Si les lois sont des remèdes, du moins faut-il que le mal qui les rend nécessaires ne puisse pas être mis en question , et il me semble qu'ici le remède vient après qu'on a prouvé que le mal tendait naturellement à s’affaiblir. Croyezvous que l'esprit de patronage des maîtres n’en sera pas altéré? En résultat, ne sera-ce pas pour les maîtres une cause d'attiédissement, de mécontentement, et pour les esclaves une raison de se montrer plus exigeants, plus disposés à se plaindre ? Ainsi ces derniers deviendront plus difficiles à conduire au moment précis où vous aurez tout fait pour hâter leur libération. Ce n’est pas là ce que vous recherchez.

Il est encore temps, Messieurs, de conjurer le danger que je vous signale. Renoncez à trop faire à la fois pour l'amélioration civile des esclaves, et ne menacez pas les maitres de pénalités que , dans l'intérêt même que nous poursuivons , nous devons adoucir. À ces conditions, nous aurons une loi sage, politique, et ce ne sera pas moins une loi de progrès. Je ne formule pas d’amendements ; j'attendrai les lumières que m’apportera la discussion , et, dans tous les cas, mieux vaudra que la commission les coordonne, si les modifications dont j'ai établi le principe trouvent faveur par- . mi vous. (Marques nombreuses d'approbation.)

A M. Ferrier succède M. le marquis d'Audiffret, secrétaire de la Chambre des pairs, homme d’un profond savoir et d’une grande considération.

- Je voudrais que tous les colons eussent pu l'entendre :

c'eùt été pour eux une compensation des reproches injustes, amères, que d’autres orateurs ne leur ont pas épargnés.

M. le marquis d'Audiffret déclare qu'il est impossible de se défendre contre un sentiment de défiance de soi-même, et contre

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une inquiétude patriotique, en abordant un sujet aussi vaste et aussi difficile que celui de la rénovation du régime de nos colonies.

Lorsqu'it s’agit d'introduire la réforme dans la constitution d’une société organisée, on craint même de céder à la passion du bien, et de se laisser entraîner par les innovations spécieuses de l’esprit révolutionnaire, qui renversent le présent sans fonder l'avenir. On tremble de porter une main téméraire sur l'édifice dé ces établissements élevés par le génie de Colbert, et qui ont si glorieusement contribué à la puissance et à la richesse de la mère-patrie ; on hésite surtout à devancer l’œuvre du temps devant la déplorable expérience d'une nation, notre émule en progrès et en perfectionnements, qui vient d'immoler une partie de ses colonies et de ses forces nationales aux impatientes illusions d’une philosophie présomptueuse.

Cette grande déception de l'Angleterre n'a pas seulement remplacé par toutes les misères d’une oisiveté anti-sociale les biens féconds d’un travail civilisateur, mais elle a trahi dans sa marche rétrograde les plus chères espérances de la religion et de l'humanité.

Cependant les ressources d’une continuelle abondance coloniale, les sacrifices du trésor d'une métropole opulente et généreuse, les secours des missions évangéliques les plus actives, avaient dès long-temps préparé, par les besoins de l’aisance et par une instruction progressive , les populations récemment affranchies , aux mœurs et aux devoirs d’un nouvel état social.

Nos colons, au contraire, soutenant avec peine le fardeau d’une: existence difficile à travers les vicissitudes politiques et les rigueurs fiscales qui ont si souvent menacé leur fortune et leur destinée, ont été presque constamment dépourvus de l’appui du gouvernement et des douceurs du bien-être matériel; enfin les noirs de nos plantations , toujours asservis aux instincts de leur nature primitive bien plus qu’au joug du travail et du devoir, ont à peine obtenu l'assistance de quelques vicaires apostoliques.

Je ne sais quel aveuglement et quelle influence funeste semblent pous dérober aujourd'hui le tableau vivant de tant de détresse et

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d’ignorance , et précipiter nos pas vers une Catastrophe fatale que n’ont pu conjurer tout à l'heure ni les efforts d’une politique habile, ni les prodigalités de la fortune britannique, ni le zèle infatigable des plus ardents missionnaires.

Entraînés dans toutes les fautes commises sous nos yeux, nous recommencons en serviles imitateurs la dangereuse épreuve du pécule légal, du rachat forcé , des ordres en conseil ou des ordonnanées royales, et nous marchons avec la même imprévoyance à la désorganisation partielle qui nous condamnerait , bien plus irrévocablement que l'Angleterre, aux calamités et aux remords d’une émancipation prématurée.

J'ai dès long-temps acquis la certitude que nos nouvelles tentatives seront dangereuses ou impuissantes pour le bien, sans l’assistance expérimentée, Sans l'appui tutélaire de nos compatriotes des îles françaises, qui feront sagement triompher avec nous leur propre cause et celle de la mère-patrie en accomplissant par degré l'éducation de leurs esclaves et la constitution du travail libre. |

N'ont-ils pas eux-mêmes déjà grandement facilité l'exécution de la tâche laborieuse de l'émancipation en inspirant à leurs ateliers ces sentiments de dévoment et de reconnaissance qui enchaînent aujourd’hui les passions turbulentes dont on à vainement menacé le repos de-leurs habitations. Les conditions actuelles de l'existence des esclaves se sont tellement adoucies par l’incontestable mansuétude des maîtres et satisfont si généreusement au bienêtre matériel des noirs, à la faiblesse de leur nature inculte et aux dispositions de leur caractère insouciant et paisible, que la tran-

-quillité publique a providentiellement triomphé des affranchisse-

ments inconsidérés, des investigations journalières du patronage , des déclamations de la presse, des intrigues des abolitionistes et des séductions de l’embauchage. |

On ne trouverait peut-être pas aujourd’hui, s’il faut en croire le témoignage des fonctionnaires de la métropole , au sein de la civilisation la plus avancée , une société plus calme, plus satisfaite du présent, plus patiente de l'avenir et mieux disposée à supporter

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