‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 19 sur 36 · QE LE · texte numérisé non relu

QE LE

La commission de la chambre des pairs avait proposé une sorte d'apprentissage :

Elle imposait au noir l'obligation de travailler, pendant cinq ans après son rachat, chez son ancien maître.

M. le comte Beugnot a demandé le rejet de la proposition de la commission , et elle a été rejetée, grâce aux efforts combinés de M. le ministre des affaires étrangères et de M. le ministre de la marine et des colonies, par la chambre des pairs, après une épreuve douteuse.

Si les colonies anglaises ont vu leur production diminuer, parce qu’on à abrégé la durée de l'apprentissage. .……,

M. le comte de Montalembert voudrait-il m'expliquer comment nos colonies maintiendraient leur production, parce qu'on aurait refusé d'établir l’apprentissage?

De Cause de non-succès de l'émancipation des noirs dans les colonies anglaises : La concurrence du sucre de

l'Inde.

M. le comte de Montalembert, je regrette de le lui dire, s’il connaît le côté religieux de la question , n’a pas suffisamment étudié le côté économique.

Tout le monde sait en effet que les 70,000,000 kil. de sucre de l'Inde n’ont pas sufli pour combler le vide causé par la diminution de production du sucre dans les colonies anglaises d'Amérique ; que, la demande ayant continué à rester de beaucoup supérieure à l'offre, les sucres se sont vendus à des prix énormes sur les marchés d'Angleterre. . RARE

C’est cette heureuse circonstance qui, au dire de tous les témoins entendus devant le comité parlementaire

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ENG = institué sur la motion de lord Stanley, du 22 mars 1842, a conjuré ou du moins retardé la ruine des colonies anglaises.

Les colonies françaises rencontrent sur le marché français une concurrence bien autrement redoutable pour elles que le sucre de l’Inde pour les colonies anglaises. : |

La concurrence du sucre indigène, qui les a forcés et les forcerait à vendre les sucres coloniaux au dessous du prix de revient. |

Si les colonies anglaises ont vu leur production diminuer de moitié, quoiqu’elles aient vendu leurs produits à des prix superbes..…,

M. le comte de Montalembert voudrait-il m'expliquer comment les colonies françaises pourraient maintenir leur production lorsqu'elles vendraient leurs produits à des prix ruineux ?

3e Cause du non-succès de l’émancipation dans les colonies anglaises : Le non-emploi des 500 millions dans un but colonial.

L’Angleterre a donné 500 millions pour indemnité de l'émancipation des noirs.

M. le comte de Montalembert affirme que les colons anglais n’ont pas employé ces 500 millions à soutenir la production coloniale.

Son affirmation est beaucoup trop absolue.

Les enquêtes parlementaires ont appris que les colons anglais avaient consacré une grande partie des 500 millions à solder les énormes Ne qu'ont réclamés les noirs éMancCipés ;

Que c’est seulement ainsi qu'ils sont parvenus : à ob-

CON 7 CE tenir quelque travail, et à sauver la moitié de leur production. ( R

L'indemnité, a dit M. le procureur général Vidal de Lingende, a été une chaîne d’or qui a, pendant quelque temps du moins, attaché l’ancien esclave au sol (1).

Mais admettons que les colons anglais n’ont pas.employé un centime des 500 millions de l'indemnité dans la production coloniale... ;

Admettons que, désespérant de l'avenir des colonies , ils ontréalisé les 500 millions pour assurer leur existence dans la métropole :

. Pourquoi les colons français seraient-ils moins prudents, plus aventureux que les colons anglais?

Moins prudents, plus aventureux que M. le comte de Montalembert, qui, en qualité de propriétaire dans une des Antilles anglaises, a dû recevoir sa quote-part de l'indemnité ?

11 n’y a aucun motif de ie penser. M. le comte de Montalembert ne peut donc espérer raisonnablement qu'un meilleur emploi de l'indemnité maintiendrait dans les colonies françaises la production, qui n'a pu se maintenir dans les colonies anglaises.

Je m'aperçois que je raisonne ici sur une pure hypothèse,

Avant de s’enquérir avec M. le comte de Montalembert si les colons français pourraient faire de l'indemnité un meilleur emploi que Îles colons anglais, les colons français attendront que l'indemnité existe ailleurs que dans le rapport de M. le duc de Broglie et le discours de M. le comte de Montalembert; ils attendront qu’elle ait été portée au budget.

(1) Rapport au ministre de la marine. Précis, 4e vol., p. 554.

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%e et dernière cause du non-succès de l’émancipation des noirs dans les colonies anglaises : L'opposition des colons anglais.

Que M. de Montalembert, colon anglais, veuille bien se mettre à la place des colons français.

L’émancipation des noirs dansles colonies anglaises a eu pour résultat la diminution de la moitié de la production.

Les colons anglais n’ont échappé à une ruine totale que par les hauts prix auxquels 1ls ont vendu leurs produits sur les marchés de l'Angleterre.

Ils ont dû ces hauts prix au monopole résultant pour eux des surtaxes prohibitives sur les sucres étrangers, et de l’absence du sucre indigène.

Ils ont recu une indemnité de 500 millions.

Les colons français craignent à tort sans doute, mais enfin ils craignent que les chambres ne leur votent pas une indemnité suffisante.

Les sucres étrangers ne sont frappés en France que d’une surtaxe de 10 fr. par 50 kilos.

Le sucre indigène dispute aux sucres coloniaux le marché français (1).

Les colons n’obtiennent sur ce marché que des prix ruineux (2).

Comment, dans des circonstances d’infériorité qu'il faut bien reconnaître, ies colons français ne craindraientils pas que l'émancipation des noirs n’eût pour eux des

(1) Les derniers tableaux des contributions indirectes établissent que la production du sucre indigène a augmenté cette année de 5,508,054 kilogrammes.

(2) Le prix nécessaire des sucres par 50 kilog., au Havre, à l’acquitté, est, suivant les colons, de 65 fr.; suivant l’administration, de 62 fr. : les sucres sont actuellement à 58 fr. !

A: 7 conséquences plus désastreuses encore que pour lescolons anglais? |

Commentespérez-vous qu’ils lui donnent un concours que dans des circonstances relativement meilleures les colons anglais ne lui ont pas donné?

M. de Montalembert, vous êtes un homme religieux , accoutumé à placer ce que vous considérez comme un devoir au dessus de vos intérêts personnels.

Eh bien ! les colons ne craignent pas de vous adresser cette question :

Si, au lieu d’être propriétaire dans une Antille anglaise, vous aviez vos propriétés, toutes vos propriétés, dans une Antille française ;

Si vous aviez la conviction que l'émancipation des noirs entraînerait votre ruine, la ruine de votre famille ;

Si vous aviez des raisons de craindre que l’état ne vous indemnisât pas ;

Donneriez-vous votre concours, votre concours empressé , à l'émancipation ?

Excusez ma franchise: vous ne le donneriez pas (1).

Si la métropole veut le concours des colons, qu’elle les rende complétement indemnes.

Si elle veut tenter une nouvelle expérience, qu’elle la tente à ses dépens, et non aux dépens des colons.

M. le comte de Montalembert se console des échecs de l'émancipation anglaise au point de vue économique lorsqu'il considère qu’elle a magnifiquement réussi sous Le point de vue moral , sous le point de vue social.

M. le comte de Montalembert invoque deux autorités

(4) L’honorable (M. Ferrier l’a dit : « La crainte que l'émancipation inspire aux colons, nous l’éprouverions tous si nous étions à leur place. »

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