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hs qu’il reproche à M. le prince de la Moskowa d’avoir omises, lord Stanley et sir R. Peel.
M. le prince de la Moskowa à eu parfaitement raison ; il faut avoir la candeur de M. le comte de Montalembert pour ajouter foi aux ministres anglais préconisant une mesure que, de leur aveu, ils veulent imposer au monde. Nous ne pouvons, dans ce cas, accorder notre confiance qu’à des témoignages français, et je reproche, à mon tour, à M. le comte de Montalembert de n’avoir passinon cité, du moins lu etmédité les rapports adressés à M. le ministre de la marine et des colonies par des officiers de marine chargés officiellement de visiter les colonies anglaises et d’y constater les résultats de l’émancipation, notamment lesrapports de M. le capitaine de vaisseau Layrle et l'ouvrage si remarquable deM. le contre-amiral Laplace.
Ces deux officiers généraux n’offriraient-ils donc pas toutes les conditions désirables d'impartialité, de capacité, de véracité ?
Ils ne sont point colons et ne possèdent de propriétés ni dans les Antilles françaises ni dans les Antilles anglaises. | |
Ils jouissent d’une grande considération dans le corps de la marine, et de la confiance de M. le ministre de la marine et des colonies, M. le baron deMackau , qui vient de les nommer récemment, l’un gouverneur de la Guyane, l’autre commandant de notre station navale dans les Antilles.
M. le capitaine de vaisseau Layrle a visité la Jamaïque, la Barbade, Saint-Vincent, la Grenade, la Trinité , Antigue, de 1838 à 1842.
Voici comment il apprécie les résultats de l’'émancipation dans les colonies au point de vue moral et social :
La Jamaïque.
L’'instruction et la moralisation n’ont pas fait un pas, du moins parmi la génération présente.
Les tribunaux sont vis-à-vis les noirs d’une indulgence extrême ; les délits les plus graves et les crimes n’entraînent que des peines légères. J’ai eu occasion de visiter les prisons; je les ai trouvées pleines de détenus. Ils sont traités de telle sorte, qu’on peut dire que les prisons ne sont plus désormais, grâce à la philanthropie, qu’un lieu de repos où les condamnés viennent méditer de nouveaux délits et de nouveaux crimes (1).
La Barbade.
C’est un crime nouveau dans les colonies que l’infanticide : sous le régime de l'esclavage il était inconnu; le nouvel état de la société, la misère des campagnes, le vice des villes , lui ont donné naissance. Dieu sait quelles seront ses limites, avec la mollesse de la magistrature !
Aussi l’infanticide, qui n’était qu’en doute à Antigue, s’est-ilmontré dans toute sa réalité à la Barbade. Ala Barbade aussi, la prostitution court les rues; mais elle a quelque chose de moins hideux qu’à Antigue , elle est moins jeune. On voit de suite que les écoles n'ont pas encore alimenté la vie licencieuse et désordonnée des villes. |
| Je désire que la Barbade conserve dans toute sa pureté une jeunesse qui est l’objet de tant de soins; mais hélas! que fera-t-elle un jour, cette jeunesse que l’on élève en dehors du travail! Son instruction primaire, ses momeries religieuses, ne la sauveront pas | du précipice qu’un zèle malencontreux aura ouvert devant elle. Les sectes religieuses ont aboli l'esclavage; c’est à elles que l'on doit
(1) Rapport de M. Layrle du 1° juillet 4840, 4° eu a, de la marine, FA LS p. 78. | | ‘ n y HU x Era L É s
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le nouvel état social; mais un jour les classes affranchies leur devront des maux et des vices qu’elles ne connaissaient pas (1).
Sainte-Lucie, Saint-Vincent, la Grenade.
L'instruction et la moralisation des noirs n’a pas fait un pas; les vols sont devenus plus fréquents ; à la Jamaïque, à la Guyane, les incendies font des progrès !
A Saint-Vincent une propriété que j'ai vue a été incendiée.
Il n’est pas douteux que ce sinistre n’ait été l’effet de la malveillance.
Mais, quoique les recherches de la police aient été très actives, quoique de fortes récompenses aient été promises, rien n’a pu faire découvrir la vérité.
Il est très difficile d’amener les noirs à faire des révélations.
L'attitude des noirs vis-à-vis de leurs anciens maîtres est souvent très répréhensible. Cependant ce n’est que dans les cas extrêmes que les planteurs ont recours aux magistrats spéciaux.
L'esprit de ces magistrats, presque toujours défavorable aux colons, la crainte que ceux-ci ont de voir diminuer le nombre des travailleurs sur leurs terres, portent les anciens maîtres à user d’indulgence et à souffrir des grossièretés des affranchis et leurs manquements au devoir (2).
(4) Rapport de M. Layrle du 4er juin 4841 , & publication de la marine, p. 487.
C’est sans doute à l’occasion de ce rapport, déjà cité pat moi dans une de mes publications, que M. le comte de Montalembert a dit , en termes du reste pleins de convenance, que j'avais blâmé les noirs émancipés des îles anglaises de leur goût trop vif pour l'instruction supérieure. M. le comte de Montalembert m'a attribué une opinion que je n’ai jamais émise. Quant à M. le capitaine de vaisseau Layrle , il ne blâme pas les nuirs de leur goût pour l'instruction; il les blâme de ne pas le concilier avec le goût du travail agricole.
(2) Rapport de M. Layrle d’avril 4840 , 4° publication , p. 137, 138, 439.
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La Trinité.
Je dirai de la Trinité ce que j'ai dit des autres colonies : c’est que la génération actuelle n’a pas fait le moindre progrès en civilisation.
Sous l'esclavage et l'apprentissage, le noir à la Trinité avait de l'éloignement pour le mariage et était enclin à l’ivrognerie : chbien: l'état de liberté est venu se prêter à sa position et lui donne la facilité de les satisfaire (1).
Antique (2).
Antigue, tout le monde le sait, n’a point accepté le régime de l'apprentissage, et dès le 1e* avril 1834 la population esclave a été admise à la liberté sans aucune restriction ; la législation . locale s’est empressée non seulement d'adopter la mesure philanthropique de la Grande-Bretagne, mais elle est allée au delà et a demandé que l'ile ne fà soumise à aucune transition, etc.
Plus on s'éloigne du jour où l'acte du parlement britannique a appelé à la liberté les populations à esclaves des possessions anglaises, plus il est important d'observer les résultats de cette transformation sociale. Ce n’était pas le lendemain de l’émancipation, ce n’était pas un ou deux ans après, que les faits pouvaient se dessiner assez nettement pour qu’on püût en tirer quelques enseignements pour l'avenir.
C’est donc à Antigue surtout qu'il faut étudier les panas de l'émancipation.
Ecoles. — Résultat de l'instruction donnée aux noirs.
| Antigue ne le cède à aucune autre colonie pour la multiplicité de ses écoles. L'église anglicane, les sectes religieuses , rivalisent
(4) Rapport de M. Layrle de septembre 1840, 4e publication, pe 269, 271. (2
) 4e Publication , p. 188 et suiv.
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de zèle pour les fonder et les entretenir. Toutes les classes d’affranchis s’empressent de faire donner à leurs enfants les premiers éléments de l'instruction ; c’est un moyen, d’ailleurs , de les soustraire aux travaux des habitations et de les éloigner des champs. Les écoles secondent parfaitement leurs vues, non par les principes qu’on y donne aux enfants, mais par l’habitude que ceux-ci contractent de ne pas travailler, comme le faisaient leurs pères, habitude qui doit avoir une si grande influence sur les colonies émancipées.
Que deviennent ces jeunes gens au sortir de l'école ?
Ils savent lire et écrire; ils connaissent les quatre premières règles de l’arithmétique; ils ont appris les commandements de Dieu et de l'Eglise; ils savent chanter des cantiques à la louange du Seigneur; mais ils ne savent pas se servir du plus simple des instruments aratoires ; ils ont passé leur jeunesse sur les bancs, et les parents les ont entretenus dans l’idée que le travail des champs, qui leur rappelle sans cesse l'esclavage, ne doit pas être pour eux moins humiliant. Que deviendront-ils donc ces jeunes gens, que des soins mal entendus d’un côté, que des préventions injustes de l'autre, ont placés dans un isolement qui ne convient ni à leur point de départ ni à leur fortune ?
Je laisse les habitants d'Antigue répondre à cette question; ils vous diront que ces demi-savants peuplent les villes, qu'ils participent aux désordres et aux vols, devenus fréquents depuis l'émancipation, et que c’est dans cette industrie, à peu près nouvelle dans les colonies, qu'ils trouvent leurs moyens d'existence.
En ma qualité de voyageur et d’étranger, il ne m'a pas été possible de connaître au juste ce qu’il y a de vrai dans cette assertion ; cependant je sais assez ce qui se passe dans le pays pour y ajouter quelque créance. |
Mais si la direction que prennent les jeunes hommes en quittant les blancs échappe aux investigations ordinaires , il n'en est pas de même de celle des filles.
Je n'ai pas pour habitude de sonder trop profondément les plaies de Ja société ; mais quand elles surgissent de toutes parts,
EU | quand elles se présentent d'elles-mêmes, je ne puis en nier l’existence ; d’ailleurs ‘ma qualité d’observateur impartial m'impose le devoir de dénoncer le mal comme de signaler le bien.
Sous l'esclavage , les mœurs étaient loin sans doute d’être régulières ; mais le spectacle dégoûtant du vice ne se montrait pas comme il se montre aujourd'hui.
La ville de Saint-Jean a déployé à mes yeux ce que je n'avais encore rencontré qu'au milieu de la civilisation de la vieille Europe. +
Nulle part, dans des colonies, je n’avais trouvé les rues couvertes de filles, ou, pour mieux dire, d'enfants spéculant sur les avantages physiques que la nature leur a donnés ; je devais voir cela pour la première fois à Antigue, et je suis forcé d’avouer que je l'ai vu sur une grande échelle. « Mais , disais-je aux habitants, d’où proviennent donc ces jeunes prostituées, qui, le soir, remplissent vos rues, couvrent vos quais , assiégent les voyageurs sur les portés de vos hôtels ? » À cela je n'ai jamais obtenu d’autre réponse que celle-ci : Elles sortent des écoles!
Que conclure de tout ceci, sinon qu’il y a quelque chose de vrai dans une assertion que l’on trouve dans toutes les bouches : c’est que la philanthropie s’est trompée en adoptant des moyens de moralisation dont les résultats sont si déplorables !
__ Îl est encore une plaie qui est la conséquence naturelle de ce que je viens de dire : c’est l’infanticide , et la pratique des femmes de la campagne de faire mourir l'enfant dans leur sein.
Sous l’esclavage, une femme enceinte était l’objet d’attentions particulières ; elle n'allait plus aux champs.
Les enfants étaient élevés avec soin, et ne coütaient rien à leurs parents. Le nouvel ordre de choses a détruit tous ces avan tages : la femme enceinte est obligée de prendre la houe pour vivre ; l'enfant qu’elle laisse à la maison est une charge, un embarras. Îl en est de même de celui qu’elle porte dans son sein. Si elle a de la peine à suffire à ses propres besoins, comment fera-t-elle pour pourvoir à ceux d'une famille ? C’est de cette fâcheuse posi-
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