‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 6 sur 36 · SE | EP · texte numérisé non relu

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émigrations cent fois plus nombreuses, et l'émancipation n’aura-t-elle pas pour conséquence la ruine de nos colonies, pour le plus grand bien des colonies anglaises ?

M. le comte Beugnot ne pense pas

Que nos colonies puissent rester dans l’état déplorable où elles se trouvent, à côté des îles anglaises , lorsque chaque matin le soleil, en dissipant les vapeurs de l'horizon, fait apparaître aux yeux des noirs français une terre où ils savent qu’ils seraient libres, et, quoi qu’on en dise, HEUREUX, s'ils pouvaient y mettre le pied (4).

Libres : — ils n’ont pas du moins la liberté de locomotion, puisque les gouverneurs des îles anglaises ne permettent pas aux noirs français qui ÿ ont mis le pied d’en sortir.

Heureux :—les noirs français qui ont goûté de ces Eldorados ne les apprécient pas autant que M. le comte Beugnot, puisqu'ils s'efforcent de les quitter et de reve-

Sainte-Lucie , de 2 fr. 15 cent., indépendamment de la jouissance des cases et des jardins.

Les ouvriers laborieux ont gagné jusqu’à une piastre (5 fr.). (Précis imprimé par ordre du ministre de la marine et des colo- . nies , t. II, p.154 et 206; t. IV, p. 145jet 276.

(1) The independent Press de Sainte-Lucie du 44 mars dernier nous apprend que deux commissaires de Sa Majesté britannique sont arrivés dans Ja colonie pour s'entendre avec le gouverneur sur le choix d’un lieu de déportation pour les condamnés des Antilles anglaises; qu’on s'occupe de construire à Sainte-Lucie une maison pour les fous sur le plan de la maison d'Hartwell, et que le gouverneur, en présence des deux commissaires royaux et d’un auditoire nombreux , à prononcé un discours dans lequel il déplore que l’augmentation des crimes nécessite la construction de prisons nouvelles, et a procédé ensuite à la pose de la première pierre. |

Sainte-Lucie est à 6 lieues de la Martinique; les noirs de la Martinique auront pu voir cette cérémonie si le soleil avait dissipé les vapeurs de l’ho-. rizon , et lancer leur aspiration vers cette terre de liberté et de bonbeur{!

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nir à la Guadeloupe, à la Martinique..., pour reprendre leurs chaînes (vieux style).

Je ferai observer à M. le comte Beugnot que tout n’est pas bonheur dans ces pays de liberté; — et pour preuve , je lui dirai que jusqu'ici leur liberté n’a pas été contagieuse ;

Que la Jamaïque, esclave, a vécu depuis 1791 jusqu’en 1838 à côté de Saint-Domingue, libre ;

Que les états à esclaves de l'Union américaine ne sont séparés des états libres que par une ligne géographique ;

Que Bourbon vit à côté de Maurice;

Les Guyanes françaises et hollandaises à côté de la Guyane anglaise ; |

Les Antilles espagnoles et françaises à côté des Antilles anglaises ;

Quoique la liberté existe dans les colonies anglaises depuis 1838, à Antigues depuis 1834, depuis tantôt 11 ans.

M. le comte Beugnot évoque les souvenirs de Saint- Domingue ; il rappelle que ce fut un mulâtre, Vincent Oger , qui fit jaillir l'étincelle , etc.

Je ne voudrais pas être injuste, même envers M. le comte Beugnot ; je ne l’accuserai point d’avoir voulu offrir Vincent Oger pour modèleaux mulâtres de nos colonies (1), mais je comprends qu’il ait été interrompu par

(1) Les hommes de couleur n’ont rien à désirer, puisqu'ils jouissent des mêmes droits civils et politiques que les blancs ; aussi ont-ils résisté aux excitations de leurs prétendus amis. La dernière révolution de Saint-Domingue, dirigée par les noirs contre les hommes de couleur, leur inspirera des réflexions salutaires, et les maintiendra dans des voies de sagesse et de modération.

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