‹ Les colonies françaises devant la Chambre des pairsChapitre 5 sur 36 · QE + M · texte numérisé non relu

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de maîtres qui ont cru devoir protester et résister (1). Sans doute il approuve leur résistance ?

Non pas, il la blâme.

Il demande du moins que le gouvernement rapporte l'ordonnance du 5 janvier?

Non pas, il déclare que le gouvernement serait coupable s’il n'avait pas rendu cette ordonnance.

L'argumentation de M. le comte Beugnot prenait une tournure qui embarrassait visiblement M. le ministre de la marine et des colonies, et ila senti qu’il était temps de venir en aide à son allié.

Il lui a demandé la permission de linterrompre pour un instant.

M. le comte Beugnot : Avec grand plaisir.

M. le ministre de la marine : Je craindrais que la chambre s’arrêtàt d’une manière trop absolue sur les exemples que cite, ef avec une parfaite autorité, M. le comte Beugnot. Ces exemples se sont produits dans les premiers moments de la promulgation des ordonnances sur le patronage des esclaves, et au moment où elles trouvaient des maîtres étonnés de voir s'établir un régime pareil, et dans des magistrats, de jeunes magistrats, des personnes qui apportaient à l’accomplissement de leurs obligations plus de zèle que de prudence. :

Mais ce que je veux dire à la chambre, et c'est pour cela que j'ai demandé à l'honorable comte Beugnot la permission de l'interrompre, c’est qu'il ne faudrait pas croire que la société coloniale est dans cet état de bouleversement, de crise, qu'indiqueraient les citations.

(1) M. Huc, membre du Conseil colonial de la Martinique et maire du Précheur, avait tenu précisément le même langage que M. le comte Beugnot, et les amis de M. le comte Beugnot ont dénoncé sa résistance comme un crime. à

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M. le comte Beugnot : C’est une opinion que j’exprime; je crois que la société est dans cet état. Je demande la permission de m’arrêter à cet endroit de mon discours ; si la chambre le trouve bon, je continuerai demain.

La chambre n'ayant pas le droit de le trouver mauvais, M. le comte Beugnot a continué son discours le lendemain.

Séance du 4 avril.

M. le comte Beugnot : Je reprends le cours de mes idées.

Les colons, irrités contre ces lois, ces ordonnances, ces arrêtés ; les colons, menacés dans leurs intérêts par la concurrence toujours plus vive du sucre indigène, se sont trouvés dans là nécessité de tirer tout le parti possible de leurs esclaves; d’où il est résulté des faits facheux, des chdtiments excessifs, des traitements cruels, des sévices toujours croissants (1). |

Je regrette que M. le ministre de la marine et des colonies n'ait pas interrompu à cet endroit M. le comte Beugnot, pour mettre en regard de ce tableau passionné et injuste un tableau fidèle de la société coloniale.

Je regrette qu’il ait laissé à l'honorable rapporteur de

(4) Moniteur du 5 avril.

Dans la séance du 12 avril, M. le marquis de Gabriac, pour démontrer la cruauté des colons français, a raconté qu’il avait vu... au Brésil, des petits blancs qui s’'amusaient à battre des petits noirs...

Cela est sans doute affreux, mais ne voit-on pas quelquefois en France des petits blancs qui s’amusent à battre d’autres petits blancs? Et ce qu’il y a de plus mal encore, c’est que presque toujours ce sont les plus forts qui battent les plus faibles. Lafontaineavait bien raison de dire de nos méchants enfants : Cet âge est sans pitié. j

M. le marquis de Gabriac a oublié cette autre histoire d’un farouche planteur qui, pendant qu’on flagellait son esclave, savourait cet odieux spectacle, nonchalamment couché à l'ombre d’un ananas.

la commission Île mérite de ces paroles aussi bienveillantes que vraies :

Les procédés des maîtres envers ileurs esclaves offrent uri progrès toujours croissant de douceur et de bienveillance, auquel les lois ne sont pas sans doute étrangères, mais dont il faut aussi faire honneur à la générosité de notre caractère national, qui s’est transmis avee le sang chez les Français de nos colonies.

Je regrette que M. Jubelin, commissaire du roi, n'ait pas rompu le silence qu'il a gardé durant toute la discussion, pour affirmer à la chambre des pairs, avec une parfaite autorité, que :

Malgré de dangereuses excitations du dehors, malgré quelques imprudentes agitations du dedans, l'ordre le plus profond règne dans les colonies. Cette situation témoigne hautement de la sagesse qui a présidé à l'établissement d’une société qui a pu résister à tous les ébranlements que les circonstances ne cessent de lui imprimer depuis quelques années. Ce fait si remarquable porte avec lui son enseignement. Espérons qu'il ne sera pas perdu (1).

On conviendra que cette réponse à M. le comte Beugnot aurait été d’un admirable à-propos.

Elle aurait produit une impression profonde, et je regrette vivement que M. Jubelin n'ait pas cru devoir Ia faire. Colon de la Martinique, il lui appartenait de défendre les colons.

Enfin, qu'il me soit permis de regretter qu'un autre commissaire du roi, membre de la commission des af-

(1) Discours de M. le gouverneur Jubelin au Conseil colonial de la Guadeloupe, du 48 juin 1840.

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fires coloniales, n’ait pas cru devoir, en l'absence de M. le duc de Broglie, opposer aux accusations de M. le comte Beugnot la défense des colons par M. le duc de Broglie.

La chambre des pairs aurait aimé à entendre M. Galos, directeur des colonies, répéter ces paroles :

Les colons ménagent la population noire, on prend soin des femmes enceintes et des enfants en bas âge ; aussi cette population, qui naguère encore décroissait de 3 pour 100 environ chaque année, se maintient-elle , et est même en voie d'augmenter. Au dire des magistrats chargés par l'ordonnance du 5 janvier 1840 de visiter périodiquement les habitations, en général, et sauf un très petit nombre d’exceptions, le régime des ateliers est satisfaisant; la nourriture des noirs est saine et suffisante; ils sont logés et vêtus conformément aux exigences du climat ; ils sont convenablement soignés dans leurs maladies ; nulle part on n’exige d'eux un travail excessif; les châtiments corporels sont modérés et vont plutôt diminuant (1).

Mes regrets sont superflus, et je reviens à M. le comte Beugnot.

M. le comte Beugnot persiste à croire que les noirs des colonies françaises sont malheureux, et pour le prouver il affirme qu’ils s’évadent par illiers, cherchant un refuge contre la barbarie de leurs maîtres à Antigue, à la Dominique, à Sainte-Lucie. |

Il exagère singulièrement le nombre des évasions.

Veut-il s'en convaincre?

Qu'il s'adresse à M. l'amiral Duval d’Aïlly, ancien gouverneur de la Martinique, aujourd’hui à Paris.

(4) Rapport de M. le duc de Broglie, p. 131.

M. le comte Beugnot a fait au rapport cette légèré variante : Chétiments excessifs et sévices toujours croissants.

M. Duval d’Ailly lui dira que pendant son gouvernement, de 1840 à 1844, il ne s’est évadé de Ja Martinique qu’un très petit nombre de noirs (1).

M. le vice-amiral Halgan, si M. le comte Beugnot se fût donné la peine de l’interroger, lui aurait appris que la plupart des noirs évadés, ayant trouvé dans les colonies anglaises la misère et la déception, au lieu du bonheur qu’on leur promettait, avaient demandé à revenir chez leurs anciens maîtres. |

M. le vice-amiral Halgan lui aurait appris de plus qu’il avait fait lui-même, à ce sujet, auprès du gouverneur anglais, des démarches restées sans résultat.

Pour éviter les évasions, le procédé proposé par M. le comte Beugnot — la panacée universelle, c’est l’émancipation des noirs.

Je demande à M. le comte Beugnot la permission de lui adresser une simple question :

Lorsque les noirs seront émancipés, lorsqu'ils seront conséquemment libres de se rendre à Sainte-Lucie, à Antigue, à la Dominique ;

Lorsque les colons anglais, qui manquent de bras, leur offriront des salaires quatre et cinq fois plus élevés que les salaires qu'ils pourraient recevoir dans nos colonies, vu leur état de souffrance et le bas prix de leurs sucres (2); |

Les évasions ne seront-elles pas remplacées par des

(1) Les évasions ont beaucoup diminué. ( Rapport du procureur général de la Martinique du 23 novembre 1843. — Exposé général , 347.)

(2)11 résulte des délibérations et avis des gouverneurs et administrateurs de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, que, dans l’état actuel des choses, le chiffre du salaire ne pourrait, sans être ruineux pour l’habitant, aller au delà de 60 centimes.

A la Dominique , le taux ordinaire du salaire était de 2 fr. 25 cent. ; à

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