ETABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L INDE
Depuis la formation de notre empire d'Indo-Chine nous pouvons considérer, sinon avec moins de tristesse, du moins avec le sentiment pacifique d'une revanche prise sur la destinée, les restes de l'Inde française que faillit constituer Dupleix. La Grande-Bretagne, quoique n'ayant rien fait pour encourager l'expansion française en Indo-Chine, doit aussi enregistrer avec plaisir l'attachement de notre pays à ses nouveaux sujets comme une preuve du détachement de ses vieilles et tenaces espérances indiennes. Ce n'est plus de la mer que lui viendront les menaces, et l'histoire des La Bourdonnais et
des Dupleix ne risque plus d'èlre renouvelée, niais bien plutôt celle des conquérants continentaux venus du Nord-Ouest.
Nos établissements indiens vivent de plus en plus étroitement la vie économique de l'arrière pays anglo-hindou et s'y rattachent de mieux en mieux par les liens de l'intérêt. Au reste la Grande-Bretagne, libre-échangiste en principe, a fait, par « l'Indian-act », une telle application de droits protecteurs à nos colonies, que l'industrie et l'armement français n'ont plus aucune chance de profiter de ce qui fit jadis la fortune de Pondichéry et de Mahé ; les mesures légales ont aboli les avantages géographiques. Si le chef-lieu de nos établissements est relié désormais au réseau ferré indien, il n'est pas difficile de prévoir que cet avantage de communications sera tout entier pour la diffusion de l'influence anglo-hindoue.
Il y aurait peut-être lieu de profiter de nos progrès à Madagascar et en Indo-Chine pour intéresser nos sujets indiens au sort de ces colonies dans lesquelles leurs aptitudes peuvent être précieuses et aisément employées : c'est affaire d'éducation spéciale et aussi de mise en relations faciles de nos vieilles et petites colonies avec les nouveaux et grands domaines. Si modestes que soient ces épaves de notre grandeur passée, il serait d'une mauvaise politique de les laisser graduellement perdre leur marque française; ce serait au contraire sagesse et prévoyance que de les agréger aux nouvelles communautés coloniales que nous avons fondées. Serait-il donc si difficile à notre enseignement français de préparer les Hindous à prendre le chemin de Madagascar et de I'Indo-Chine, au lieu de les dresser, comme il arrive, dit-on, à devenir des fonctionnaires anglais? 11 semble que tel n'est point notre rôle : la résignation n'est pas une vertu d'expansion coloniale.