‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 2 sur 163 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

L'étude d'histoire générale que nous avons été chargés (récrire, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900, n'est que la préface des œuvres destinées à faire connaître la condition présente de l'empire colonial français. Nous voudrions montrer à travers quelles vicissitudes s'est reconstituée une France d'outre-mer, sinon égale en richesse à celle que nous avons perdue au XVIIIe siècle, du moins comparable à tout autre domaine, celui de la Grande-Bretagne excepté, et capable de nous dédommager, de nous récompenser même des sacrifices consentis.

Pour mener à bien cette lourde tâche, nous avons cru devoir, tout d'abord, rendre justice, par an récit impartial mais non indifférent, aux artisans de la conquête et de ï 'exploration des terres hautaines qui sont ainsi devenues françaises. Reconnaissance scientifique et occupation militaire semblent à quelques esprits des termes opposés et contradictoires ; et nous avons. dans l'intérêt de la clarté du récit, dissocié le plus souvent l'œuvre de la science et celle de la politique. Mais nous ne voudrions pas laisser croire que nous avons obéi à un parti pris doctrinaire. Le plus souvent, les mêmes hommes ont assuré

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à la France par les armes la possession des pays nouveaux et les lui ont révèles par l'exploration géographique, quand ils n'ont pas, du même coup, comme les Arcliinard, les Gallieni, les de Trenlinian,posé les principes d'une mise en valeur prévoyante et humaine. Nous avons fait en sorte que, malgré l'inévitable nécessite de distinguer les divers modes de V expansion coloniale française au XIX siècle, l'unité morale de cette tradition de race et de ses serviteurs apparût aussi nettement que possible.

Si les inspirateurs contemporains de la politique coloniale française ont le droit de se déclarer solidaires, à bien des égards, de quelques traditions constantes qui révèlent, par des faits d'expansion, notre caractère national en ce qu'il a d'original et de fixe, du moins, il faut reconnaître que notre œuvre d'outremer évolua parfois dans ses préceptes et dans ses formes au cours du XIXe siècle.

Tout d'abord, la reprise de l'expansion coloniale de notre pays ne devient vraiment remarquable que dans la seconde moitié de cette période, exception faite de l'entreprise algérienne. Les faits essentiels, acquisition de vastes territoires en Afrique, il la suite d'explorations et de campagnes, constitution il' un domaine indo-chinois, consécration définitive de nos droits séculaires sur Madagascar, se sont accomplis à peu près exclusivement au cours des vingt dernières années. De 1802 à 1$ 70 les soucis de la politique européenne avaient été prédominants dans les délibérations de nos chefs d'Etat et de nos ministres ; de 1810 jusqu'à nos jours l'activité colonisatrice prend le dessus.

Les causes déterminantes de cette activité ne sont plus rigoureusement les mêmes au XIX' siècle que dans les périodes antérieures de notre histoire ; la composition et l'emploi de l'empire colonial diffèrent également. Une révolution s'est accomplie qui a modifié le caractère de la métropole et par hï même la nature de ses desseins coloniaux: la France, jusqu'alors agri-

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cote et commerçante, devient très rapidement un pays de grande industrie, sans se détacher toutefois de l'intérêt agricole, toujours prépondérant, dans la même mesure que lu Grande-Bretagne. Désormais, la préoccupation dont on trouve V indice dans la plupart des ouvrages traitant de la question coloniale, est celle de- trouver à notre industrie dévastes débouchés : la fermeture ou le resserrement restrictif des marchés européens et des marchés d'outre-mer en pays de civilisation avancée, la naissance de nouveaux peuples industriels et maritimes en face des vieilles nations d'Europe, la concurrence très âpre qui en résulte, nous poussent à prendre ces « réserves », à occuper des ((positions privilégiées ». Reste à savoir si V application a répondu au dessein, si nous avons su, par des traités appropriés, nous appliquer et appliquer à nous seuls ces privilèges dont la perspective a inspiré notre politique coloniale.

Cette politique a donc été guidée, le plus souvent, par des motifs d'ordre commercial, et, le nombre des pays de peuplement encore libres demeurant très restreint, c'est dans les pays de climat tropical que la France a assis son œuvre nouvelle. La prépondérance des pays de cette nature dans la composition de notre domaine colonial, prépondérance de plus en plus accentuée, est un des traits saillants de l'expansion française de ce siècle. C'est ce qui rend dangereuse et précaire toute comparaison d'ordre général entre la colonisation française et la colonisation britannique, péril leur tout conseil général d'imitation.

Enfin, au cours de ce siècle, notre politique continentale a grandement réagi sur nos desseins coloniaux; lu dépendance et la solidarité des deux ordres de faits deviennent de plus en plus étroites. ■< L'entente cordiale » avec la puissance rivale par excellence en matière de colonisation, la Grande-Bretagne, nous obligea, par définition, à restreindre l'essor de nos entreprises d'outre-mer. Sous Louis-Philippe, ce fut V affaire Prilchard

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tpii consacra ce recul ; et notre timidité, au lendemain de notre victoire de 1844 sur le Maroc, n'eut guère d'autre cause, a" autre creuse, voudrait-on dire. Sous le second empire la même recherche de l'alliance anglaise amena à Madagascar la première dt ces conventions de grande allure et de mince résultat qui, faisant de la reine des Hovas une reine de Madagascar, ont remis en question des droits historiques précieux et une tradition jusque-là fidèlement revendiquée.

Il n'est pas davantage douteux que les variations de notre politique douanière ont réagi sur le caractère de notre politique coloniale. Nous n'avons, dans celte œuvre d'impartialité historique, èi nous prononcer en faveur d'aucun système. Mais c'est seulement considérer la logique même des faits, que de noter combien les politiques du second empire, soucieux d'amener, par la transition de traités de commerce très libéraux, leur solution souhaitée du libre-échange, étaient portés à montrer une grande réserve en matière de politique coloniale ; car l'espoir de faire triompher l'absolue liberté des échanges implique nécessairement celui de voir s'ouvrir tous les marchés, colonies d'autrui ou pays libre, et exclut la h(ite sinon le fait même des prises de possession. En revanche, le régime douanier des tarifs plus ou moins protecteurs, exige, en bonne logique, des mesures visant à réserver aux industriels et aux commerçants nationaux des marchés privilégiés aux colonies. Witons-tious /rajouter que l'application des principes régulateurs de notre politique douanière s'est faite, sous l'un et l'autre régime, avec des tempéraments et des restrictions. Les ministres du second empire, si formelle que fût leur adhésion à la doctrine 'philosophique du libre-échange, furent conduits à atténuer les facilités primitivement données à la concurrence étrangère, en Algérie et ailleurs : et, au cours des dernières années de notre politique coloniale, un a vu les prises de possession territoriales les plus avantageuses contrebalancées par des concessions douanières

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