‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 46 sur 163 · GUERRE AVEC EL HADJ-OMAR · texte numérisé non relu

GUERRE AVEC EL HADJ-OMAR

La guerre avec El-Hadj-Omar fut conduite avec la même résolution. Ce marabout toucouleur auquel un assez long séjour à la Mecque avait valu une grande réputation de savoir et de sainteté était « naturellement désigné par l'opinion publique pour proclamer et commander, au moment venu, une de ces guerres saintes qui, depuis plusieurs siècles, se succèdent dans le Soudan et le transforment successivement en états musulmans. » C'est vers la lin de 1854 qu'il quitta le Dinguiray et envahit le Bambouk. Fai-

(1) Le Sénégal, p. 137.

dherbe avait fortifié le poste de Bakcl dès ce moment. Il résolut de porter plus loin la première ligne de défense et en août 1855, il se rendit jusqu'à Kayes et fit commencer les travaux d'un fort à Médine. Le 5 octobre, il laissait le fort achevé entre les mains d'un vieux traitant mulâtre, Paul Holl, de sept soldats européens et de cinquante tirailleurs. Omar vint attaquer le fort au mois de mai 1857 et après avoir subi deux échecs se livra à un siège en règle : Holl et ses valeureux compagnons résistèrent pendant près de cent jours et allaient succomber faute de vivres et de munitions quand la colonne de secours, commandée par Faidherbe en personne, vint les débloquer. Un retour offensif d'Omar avec les contingents du Fouta n'eut pas un plus grand succès.

El Hadj reprit l'offensive en avril 1858 et tenta d'empêcher Faidherbe d'occuper les ruines du Bambouk. Puis il se retira sur Nioro, mais Faidherbe fit enlever par le commandant Faron la garnison qu'il avait laissée à Gueinou. El Hadj tint encore la campagne pendant plus d'une année, mais dut se reconnaître vaincu et au mois d'août 1860, il fit faire par son envoyé, Tierno-Moussa, des ouvertures qui aboutirent à la conclusion de l'accord suivant :

lo La frontière entre les Etats d'Al Hadj et les pays sous la protection de la France est le Bafîng, depuis Bafoulabé jusqu'à Médine. Nos pays sontNatiaga, Logo, Médine, Niagala, Farabana, Tambaoura, Kamanan, Konkodougou, Dentilia, Diabela, tout le cours de la Falémé, Guidimakha, Kaméra, Guoy, Boudou..., etc.

Les pays d'Al Hadj sont : Diombokho, Kaarta, la partie du Khasso sur

la rive droite du Bafing, Bakhounou, Fouladougou, Bélédougou et

tout ce qu'il pourra prendre de ce côté.

2o Al Hadj ne bâtira pas de tata et n'établira pas de villages guerriers dans le pays de Khoulon, ni de Kanamakhounou.

3o Al Hadj rendra les marchandises qu'il a prises à Médine (impossible dans l'exécution).

4° Tout pillage, toute expédition de guerre cessera d'un côté comme de l'autre. Les sujets de l'un des pays n'iront pas en armes dans l'autre pays.

5° Le commerce se fera librement entre les deux pays. Nous vendrons à Al Hadj tout ce qu'il nous demandera.

(j(> Chaque pays gardera ses sujets et ses captifs comme il l'entendra. On ne rendra ni sujets ni captifs qui se sauveraient d'un pays dans l'autre. Cette condition est nécessaire, parce que, sans cela, on aurait continuellement des difficultés au sujet des fugitifs.

El-Hadj Omar se retourna contre les tribus de la boucle du Niger qu'il soumit à sa domination. Dès 1859, Faidherbe écrivait (1) :

L'Etat du Macina... doit exciter notre attention car si nous parvenons un jour à mettre le pied dans le Haut-Niger, c'est probablement à lui que nous aurons surtout affaire, soit que, n'obéissant qu'à son fanatisme, il nous fasse une guerre à outrance, soit qu'au moyen de concessions réciproques, il consente à entretenir avec nous des relations pacifiques et commerciales.

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