‹ Les colonies françaises: géographie, histoire, productions, administration et commerce (volume 2)Chapitre 49 sur 163 · O" PENETRATION ET EXPLORATION · texte numérisé non relu

O" PENETRATION ET EXPLORATION

L'exploration fut brillante dans la période de 1848 à 1870 et c'est à Faidherbe encore que nous devons le premier plan précis d'expansion du Sénégal vers le Niger.

C'est vers 1863 qu'il formula ce plan. Les explorations antérieures à cette date furent assez nombreuses.

En 1850, Léopold Panet, l'ancien compagnon de Raffenel, fut encore ch'argé d'aller de Saint-Louis à Alger par le Sahara en se conformant aux instructions suivantes qui furent rédigées par Joard :

u Reconnaître les différentes peuplades qui habitent ou du moins qui parcourent les contrées voisines des bords de la mer; indiquer leurs noms, leurs résidences ou stations, leurs moyens d'existence, leurs relations entre elles et avec l'intérieur du pays; s'assurer s'il n'y ;i pas parmi ces tribus des Européens naufragés qui seraient retenus en esclavage, comme on a de fortes raisons de le craindre ; préparer la délivrance de ces malheureux, s'il en existe, et vérifier la possibilité qu'il y aurait d'établir avec ce pays des rapports quelconques de commerce.

Panet, après un voyage mouvementé au cours duquel il faillit être assassiné, arriva en mai 4851 à Mogador.

En 4851 le sous-lieutenant Hecquarcl fit à la côte d'Ivoire et en haute Casamance des reconnaissances dont nous parlons plus loin.

En 1860 le capitaine d'état-major Vincent fit une reconnaissance très fructueuse dans l'Adrar.

A la fin de cette même année son compagnon de voyage, Bou-el- Les Colonies, vol. I. 2'2

Mog-hdad, noir de Saint-Louis, traversa comme Panet le Sahara occidental et arriva le 5 mars 1861 à Madagascar.

Au mois de juillet 1800, M. Bourrel, enseigne de vaisseau, fit une longue reconnaissance chez les Bracknas au camp de Sidi-Ely. Le lieutenant indigène Alioun-Sal, parti avec lui, visita le Tagant, Oualata ; mais à Bassikounou, il fut reconnu et fait prisonnier ; il put heureusement se cacher à Tiguiguel et, redevenu libre, rentra à Bakel en décembre 1862.

Cette même région de Tagant avait été visitée en 1861 par l'enseigne de vaisseau Mage qui partit de Saint-Louis le 9 décembre 1860, parvint à l'oasis de Tagant après un pénible voyage et rentra au Sénégal à la fin de janvier 1861.

Il faut encore citer le voyage du lieutenant Pascal qui, en 1860, explora le bassin de la Falémé et celui du Bafing et celui du lieutenant Lambert qui partit du Rio-Nunez en février 1860, visita le Fouta-Djallon et arriva en juin à Sénoudébou.

C'est à ce moment que se précisent dans l'esprit du général Faidherbe ses idées sur la pénétration et sur l'expansion du Sénégal vers le Niger. L'expansion de notre domination dans le Sud algérien avait fait surgir en France dès cette époque des projets de jonction de l'Algérie à l'Afrique occidentale. Le traité Mircher de Polignac à Ghadamès (1861) encourageait ces projets et en 1863, un officier, le capitaine Magnan, avait proposé un plan de mission dont les grandes lignes étaient les suivantes : partir pour le Niger avec trois bateaux à vapeur, dont un démonté, assembler ce dernier au-dessus des rapides de Boussa, remonter jusqu'à Bammako en envoyant de Tombouctou en Algérie une caravane escortée par des spahis sénégalais.

C'est à ce propos que Faidherbe précisa ses idées dans une étude intitulée \S Avenir du Sahara et du Soudan que publia la Revue maritime et coloniale en juin 1863.

C'est des idées générales exprimées dans ce célèbre opuscule que s'inspirèrent les instructions données le 7 août 1863 par Faidherbe au lieutenant de vaisseau Mage. Voici les passages décisifs de ce remarquable document :

ce Cette mission consiste à explorer la ligne qui joint nos établissements du Haut-Sénégal avec le Haut-Niger, et spécialement avec Bamakou, qui parait le point le plus rapproché en aval duquel le Niger ne

présente peut-être plus d'obstacles sérieux à la navigation jusqu'au saut de Boussa.

« Le but serait d'arriver, quand le gouvernement jugera à propos d'en donner l'ordre, à créer une ligne de postes distants d'une trentaine de lieues entre Médine et Bamakou, ou tout autre point voisin sur le Haut-Niger qui paraîtrait plus convenable pour y créer un point commercial sur ce fleuve Si, au moyen des postes dont je vous ai parlé,

et qui serviraient de lieu d'entrepôts pour les marchandises et les produits, et de points de protection pour les caravanes, nous pouvions créer une voie commerciale entre le Sénégal et le Haut-Niger, n'aurions-nous pas lieu de supplanter par là le commerce du Maroc avec le Soudan?

« Le commerce du Maroc avec le Soudan profite surtout à l'Angleterre, il tend à introduire des esclaves au Maroc. Il y aurait donc double avantage à le supprimer à notre profit. Un chef tout-puissant d'un grand empire, tel que l'est aujourd'hui el Hadj Omar, dans le Soudan central, s'entendant avec nous, était nécessaire à la réalisation de ce projet. Ce marabout, qui nous a suscité autrefois tant de difficultés, pourrait donc, dans l'avenir, amener la transformation la plus avantageuse au Soudan et à nous-mêmes, s'il veut entrer dans nos vues.

« Et quant à lui, il pourrait tirer de ce commerce par le Haut-Niger de très grands profits.

« Quelque considérables que fussent les droits qu'il percevrait sur son territoire, il y aurait encore de grandes économies si on pense aux frais énormes de quatre cents lieues à dos de chameaux et aux exigences et aux pillages des nomades du Sahara.

« C'est donc commeambassadeur à el Hadj Omar quejevous envoie... Nous avons appris que vous seriez parfaitement reçu dans les contrées où il domine ; mais comme il est dans le Bakna, c'est-à-dire dans le nord-est de Médine, il est à craindre qu'on ne veuille vous diriger vers lui par Kouniakary (Diombokko), ce qui vous détournerait du but le plus important et peut-être le plus utile de votre voyage, qui est d'étudier la communication du Haut-Niger par Bafoulabé, Bangassi et Bamakou.

« Vous devez donc faire tout votre possible pour suivre cette dernière voie, en mettant en avant les raisons que les circonstances vous suggéreront.

« Pour chaque point de cette ligne où vous croiriez qu'un poste pourrait être établi, donnez-moi : un levé topographique des lieux, des renseignements sur les matériaux de construction, bois, pierres, terre à brique, pierres à chaux, ou à plâtre, qui se trouvent sur la place ou à des distances que vous déterminerez; sur les productions naturelles susceptibles de fournir un aliment au commerce, sur la densité de la population du lieu même et des provinces voisines, sur la nature et l'importance des relations commerciales dont ce lieu pourrait devenir le centre.

3 iO TROISIÈME PARTIE

( Quelles que soienl 1rs circonstances où vous vous trouverez et

le rôle que vous serez obligé de prendre pour vous lirer d'embarras, ne faites lien <jui [misse contrecarrer nos projets d'approvisionner le Soudan occidental, par la ligne du Sénégal, et par l'intermédiaire des noirs, en supplantant les Sahariens et les Marocains, qui sont en possession de ce marché. ■•

Cette lettre indiquait nettement les trois idées essentielles de la politique de pénétration en Afrique occidentale:

1° La jonction du Haut-Sénégal au Haut-Niger par une ligne de postes ;

2o La possibilité de faire passer par ces voies les objets d'importation européenne pour en faire le commerce sur le Niger et retour par la même voie des matières riches ;

3u L'impossibilité de songer à cette même voie pour les marchandises encombrantes. des bords du Niger, et l'importance qu'il y aurait à voir si mi ne pourrait pas utiliser à cet effet l'embouchurede ce fleuve (1).

Faidherbe a expliqué ailleurs (2) quel caractère il avait voulu donner à cette marche vers le Niger :

Il s'agit d'occuper par des postes-comptoirs la ligne de Médine au Niger. Ce n'est pas par la force que nous voulons nous établir dans le pays. Les circonstances sont favorables ; nous resterons neutres entre les belligérants.

Nous pénétrons dans ces pays pour y faire régner la paix et la justice, afin que les habitants puissent jouir de leurs richesses naturelles en faisant avec nous un commerce avantageux aux deux partis.

Persuadons aux populations indigènes que nous ne voulons pas nous mêler à leurs guerres, que nous ne désirons qu'une chose, commercer pacifiquement avec tout le monde.

Le voyage de Mage est « remarquable non pas tant par les découvertes géographiques qui en résultèrent que par l'idée même qui l'avait fait naître : la pénétration au Soudan (3) ». Parti de Médine le 2o novembre 1863 avec le chirurgien Quintin et une dizaine d'indigènes, Mage (4) remonta le Sénégal sur l'aviso la Cou-

(1) La France dans l'Afrique occidentale, ministère de la marine et des colonies, 1884.

(2) Le Sénégal, 1889, 387.

(3) Aneelle, les Explorations au Sénégal, 1887.

(il Le crédit qui lui avait été ouvert s'élevait à 9,000 fr., dont i,000 alloués par le ministère de la marine.

leuvrine, passa à Roundian, prit la direction de l'csl e1 arriva le 18 janvier 186-4 à Kita dont il prédit l'importance future en ces termes :

« C'est un point important par sa situation même et par l'avenir qui l'attendrait, si jamais la civilisation envahit ce coin du globe.

« Sa position sur un plateau élevé, sain, riche en terres végétales, en bois de construction, adossé à une montagne qui forme une défense naturelle; la facilité des cultures dans les plaines du nord, le riz de bambous (?) qu'on récolte en grande quantité, le beurre de Karité, les bois de caïlcédras, sont des richesses naturelles qui ne feraient que croître par suite du double passage des caravanes de sel et de bestiaux qui se rendent de Nioro â Bouré et dont Kita est le lieu de passage obligé; étant le point de départ de toutes les routes, du Sénégal au Niger, il acquerrait une importance considérable comme place de commerce. Si donc jamais la France, réalisant le projet du général Faidherbe, s'avançait vers le Niger pour y prendre pied, Kita serait nue de ses étapes naturelles les mieux indiquées. »

Le 2:2 février, Mage et Quintin atteignirent à Nyanuria le Niger, très bas à cette époque, et le 28 à Ségou où ils furent reçus par Ahmadou, fils d'El Hadj-Omar, qui dirigeait alors dans le Marina la campagne où il devait trouver une mort si tragique (1). Mage devait conclure avec El Hadj-Omar le traité dont Tierno Moussa avait demandé la signature, il pensait quitter Ségou au bout de quelques jours pour aller dans le Macina, la duplicité d'Ahmadou le retint dans cette ville jusqu'au 6 mai 1866, le fils d'El Hadj finit par signer le traité, mais avec des modifications qui ne furent point ratifiées.

Mage et Quintin revinrent par Nyanuria, Nioro. Kouniakary et arrivèrent, le 28 mai 1866, à Médine. Mage a raconté avec une émouvante simplicité son arrivée au poste français le plus avancé :

« Bientôt j'aperçus des montagnes devant nous, et sur la gauche je reconnus la curieuse montagne de Dinguira qu'on voit de Médine. Le docteur, à qui je le disais, ne pouvait croire cette nouvelle; néanmoins nous pressions d'autant plus nos montures, et tout à coup je m'écriai : Voilà le poste! Le docteur parvint à faire prendre le galop à sa jument ;

(1) Traqué par ses ennemis, El Hadj-Omar s'enferma dans une grotte près de Hamdallahi.

niais mes coups d'éperons furent vains aussi bien que ceux d'Abdoul, les pauvres bêtes étaient fourbues. Nous arrivâmes au petit trot sur la

berge située en face du poste Dire nos impressions au moment où,

haletants, nous nous penchions sur l'eau claire du Sénégal pour y boire, dire de quels battements notre cœur était agité dans nos poitrines, c'est chose impossible; ce pavillon tricolore surmontant les blanches murailles du poste nous disait que nous étions en France, que désormais nous n'avions plus rien à craindre des hommes; que bientôt nous serions dans les bras de nos compatriotes, dans ceux de nos amis.

« Oh ! c'est un de ces moments terribles dont on peut mourir aussi facilement que d'une balle ennemie, car la joie tue aussi bien que la douleur, mais il était dit que cette fois encore nous ne mourrions pas.

Ce fut le colonel Pinet-Laprade qui reçut à Saint-Louis les deux premiers missionnaires de la pénétration politique du Sénégal vers le Niger.

6° EXPANSION A LA COTE d'aFRIQUE

L'expansion le long- de la côte occidentale d'Afrique fut poussée avec activité.

Rivières du sud. — Dans les rivières du sud, le colonel Pinet- Laprade, qui fut gouverneur après Faidherbe, porta ses efforts sur le développement des premiers comptoirs établis par les commerçants dans les ports de la côte, à Rio-Nunez notamment. Le 28 novembre 1863, il fit conclure avec les Nalous le traité suivant qui servit de modèle au Rio-Pongo, au Cassini, etc.

Art. 1er. — Le roi des Nalous, chef des pays qui s'étendent sur les deux rives du Rio-Nunez depuis son embouchure jusqu'à Boké, déclare placer, lui, son pays et ses sujets, sous la suzeraineté et le protectorat de la France.

Art. 2. — Le gouverneur du Sénégal reconnaît Youra comme seul chef des Nalous et fixe ses appointements à 5000 francs. Ces appointements lui seront payés en argent, par semestre, par les soins du gouverneur du Sénégal.

Art. 3. — Le gouverneur promet à Youra son appui dans les guerres qu'il aura à soutenir pour faire respecter le territoire des Nalous par les peuplades voisines.

Youra, de son côté, s'engage à mettre toutes ses forces à la disposition du gouverneur dans les guerres qu'il aura à soutenir dans l'intérêt du commerce français dans le Rio-Nunez.

Art. i. — Le gouvernement français se réserve de faire sur le terri-

toire des Nalous les établissements qu'il jugera utiles aux intérêts des parties contractantes, sauf à indemniser, s'il y a lieu, les particuliers dont les terrains seraient choisis pour servir d'emplacement à ces établissements.

Aut. 5. — Les traitants ou autres qui voudront créer des établissements commerciaux dans les pays des Nalous ne pourront disposer des terrains qui leur seront nécessaires qu'après en avoir obtenu, par des arrangements avec les propriétaires indigènes, la jouissance ou la propriété.

Art. 6. — Tous les droits d'ancrage, de traité ou autres consentis par des traités antérieurs au profit des chefs indigènes sont et demeurent abolis.

Pinet-Laprade fit établir des postes à Boké et à Benty. Cependant il n'y eut pas de tentative de pénétration : le lieutenant Lambert avait cependant, comme René Caillié, montré la route à suivre.

Côte d'Ivoire. — A la côte d'Ivoire, notre influence subit une extension considérable. Ce fut en 1852 la série de conventions conclues à bord du Marigot entre le lieutenant Martin des Pallières et les chefs de la côte. Voici le modèle de ces conventions :

Art. 1er. — Considérant qu'il est de leur intérêt de se ranger sous la protection de la France, et d'avoir avec elle des relations commerciales utiles, les rois et les habitants des villages ci-dessus mentionnés reconnaissent la souveraineté pleine et entière de la République française sur leur territoire, en échange de sa protection.

Art. 2. — Les rois et les habitants des villages sus-mentionnés adoptent les couleurs françaises, à l'exclusion de toute autre, et s'engagent à expulser de chez eux quiconque s'y présenterait avec un autre pavillon ou des intentions hostiles aux intérêts de la France.

Art. 3. — Les rois et habitants des villages cèdent en toute propriété aux Français les terrains qui leur sont nécessaires pour bâtir telle fortification ou établissement commercial qu'ils jugeront nécessaires, moyennant payement d'après estimation de la valeur desdits terrains.

Art. 4. — En cas de naufrage d'un bâtiment de quelque nation qu'il soit, ils prêteront la main au sauvetage ; le tiers de la cargaison sera concédée aux sauveteurs.

Art. 5. — Si quelques difficultés survenaient entre les habitants desdits villages et les traitants français de Grand-Bassam, ou les sujets de l'Ebrié, il en serait statué par le commandant français de Grand-Bassam lequel ferait prompte justice des coupables, de quelque côté qu'ils fussent.

Art. 6. — Les rois et habitants desdits villages s'engagent à toujours bien recevoir les Français qui viendront chez eux pour traiter ou pour tout autre motif, et à leur prêter aide et assistance au besoin.

Art. 7. — En échange de ces concessions, il sera accordé aux rois et habitants desdits villages protection des comptoirs et des bâtiments de guerre français.

De semblables conventions (1) furent conclues par Martin des Pallières le 24 février 1852 avec Peter et Gadji, rois de Bassani, le 20 avril les chefs de Jacqueville et de Grand-Jack, le 22 avril avec les chefs de Morphy, d'Adjoé et d'Adjaeouti, le 24 avril avec les chefs de l'Ebrié, le 25 avril avec Aclan dit Jack Lahou, le 20 avec Taboutou, le 7 mai avec les chefs de Tiakha, dépendance des Boubou rys, le 10 avec Abréby et Afagou (grand Ivory Town), le 17 avec les chefs d'Audoin et le 19 avec les chefs de Cornasse.

En 1853, Faidherbe, alors capitaine, alla à Dabou diriger la construction d'un fort destiné à surveiller les agissements des Jaeks- Jacks et conclut avec les indigènes de Dabou le traité suivant (10 octobre) :

Les chefs d'Ebremou, capitale du pays de Dabou, voulant donner à la France une preuve de leur désir d'établir entre les deux peuples de bonnes et amicales relations, voulant, en même temps, encourager les traitants français à venir commercer dans leur pays, ont concédé à la France, en toute propriété, les terres nécessaires à l'établissement d'un comptoir fortifié et des emplacements pour les factoreries qu'on voudrait créer autour du poste.

En échange de ce bon procédé, le commandant en chef du corps expéditionnaire de Grand-Bassam, commandant la station des eûtes occidentales d'Afrique, inspecteur général des comptoirs du golfe de Guinée, assisté de MM. le chef de bataillon Colomb, commandant la colonne d'infanterie ; Lefer de la Motle, commandant la colonne des marins; Potestas, chef d'état-major de l'expédition ; Faidherbe, capitaine du génie ; Le Beurriée, commissaire d'armée, s'est engagé, au nom du Gouvernement français, à faire, en toutes circonstances, respecter les propriétés des habitants du pays, faire rendre à tous bonne justice, en cas de conflits, et à protéger à l'occasion tous ceux qui viendraient à être obligés de chercher un refuge dans les environs du fort français en cas de guerre, avec les pays voisins.

En même temps, Baudin, à bord du Grand-Ba&èam, signait de

(1) Dues à une obligeante communication de M. Binger, directeur au ministère des colonies.

nouvelles conventions avec les Jacks-Jacks et avec les chefs de Pelit- Bassam.

En 1855, nouvelle campagne. Le commandant Mouléon obtint que le village de Grand Jack- Jack s'abstiendrait de faire cause commune avec les Boubourgs.

Le 4 février 18G8, le lieutenant de vaisseau Crespin signa une convention avec les chefs de Petit-Béribv, de Grand-Bériby et de Basha.

Enfin, en février 1869, le lieutenant de vaisseau Pernet, revêtu du titre de « commandant supérieur des comptoirs de la Côte-d'Or », signa diverses conventions dont voici le modèle :

Art. 1er, — Le roi ou chef du pays compris entre le Dabon et les Jack-Jack, désirant mettre son pays sous la protection de la France, concède la souveraineté pleine et entière de son territoire à Sa Majesté Napoléon III, empereur des Français.

Art. 2. — Le pavillon français sera arboré sur tous les points où l'Amiral, commandant en chef, le jugera nécessaire comme marque île souveraineté.

Art. 3. — Le roi ou chef cède en toute propriété aux Français 1rs terrains (jui leur seront nécessaires pour bâtir telle fortification ou établissement commercial qu'ils jugeront convenable.

Art. 4. — En cas de naufrage d'un bâtiment, de quelque nation qu'il soit, ils devront prêter la main au sauvetage, et le tiers de la cargaison sera concédé aux sauveteurs.

Art. 5. — Lorsque des différends s'élèveront entre les gens du pays compris entre le Lahou et les Jack-Jack et des Français ou des étrangers, si l'affaire ne peut s'arranger à l'amiable, elle sera portée au tribunal du commandant supérieur de Grand-Bassam qui jugera en dernier ressort, sauf approbation de l'amiral commandant en chef.

Art. 0. — Tout bâtiment, à quelque nation qu'il appartienne, pourra traiter avec les villages compris entre le Lahou et les Jack-Jack, en se conformant aux différents arrêtés de l'amiral commandant en chef, et moyennant un droit de douane de 4 0/0 sur les marchandises exportées, fixé par le décret du 12 septembre 1868. Ce droit sera perçu par les agents français à compter du 1er mai 1809.

Art. 7. — En échange de ces concessions, il sera accordé aux roi, chefs et habitants de ce territoire protection du comptoir et des bâtiments de guerre français.

Un décret du 11 septembre 1869 organisa l'administration de Injustice dans les « établissements français de la Côte-d'Or » : il

institua des tribunaux d'arrondissement à Grand-Bassam, Assinié et Dabou et un tribunal supérieur à Grand-Bassam.

Signalons à propos de la Côte d'Ivoire que le contre-amiral Bouët- Willaumez, au cours de sa croisière de surveillance de la traite (1848-1850), avait fait en 1849 une expédition à terre « pour détruire conjointement avec l'Etat naissant des Libériens qui nous avaient appelés à l'aide les foyers de traite d'esclaves établis par les négriers sur le territoire de Libéria même » (1).

Dahomey. — Notre établissement politique au Dahomey fut accompli entre 1848 et 1870. Le fort français établi depuis le xvne siècle avait été toujours maintenu. Le 1er juillet 1851, le lieutenant de vaisseau Bouët concluait à Abomey, avec le roi Guézo, un traité d'amitié et de commerce qui, à côté de stipulations commerciales, contenait les deux articles suivants :

Art. 1er. — Moyennant les droits et coutumes usités jusqu'à ce jour et stipulés dans l'article ci-après, le roi de Dahomey assure toute protection et liberté de commerce aux Français qui voudront s'établir dans son royaume. Les Français de leur côté se conformeront aux usages établis dans le pays.

Aivr. 9. — Pour conserver l'intégrité du territoire appartenant au Fort français, tous les murs ou bâtiments construits en dedans de la distance réservée (treize brasses à partir du revers extérieur des fossés d'enceinte) seront abattus immédiatement et il sera fait défense par le roi d'en construire de nouveaux.

Art. 10. — Le roi prend l'engagement de donner toute sa protection aux missionnaires français qui viendront s'établir dans ses btats, de leur laisser l'entière liberté de leur culte, de favoriser leurs efforts pour l'instruction de ses sujets.

En 1864, Glé-Glé, au cours d'une visite que firent à Abomey le capitaine de vaisseau Devaux et M. Daumas, ag-ent consulaire à Porto-Novo, céda verbalement à la France le territoire de Kotonou. La cession fut enregistrée, un traité conclu le 19 mai 1868 entre le lieutenant de vaisseau Arnoux, commandant du Gabès, et le gouverneur de Ouidah :

Art. 1. — Le roi de Dahomey, en confirmation de la cession faite antérieurement, déclare céder gratuitement à S. M. l'Empereur des Fran-

(1) Bouët-\Yillaumez, Campagnes aux côtes occidentales d'Afrique, 1850.

çais le territoire de Kotonou avec les droits qui lui appartiennent sur ce territoire sans aucune exception ni réserve et suivant les limites qui vont être déterminées : au sud, par la mer ; à l'est, par la limite naturelle des deux royaumes de Dahomey et de Porto-Novo; à l'ouest, à une distance de 6 kilom. de la factorerie V. Régis aîné sise à Kotonou sur les bords de la mer, au nord à une distance de 6 kilom. de la mer mesurée perpendiculairement à la direction du rivage.

En 1857 les Minas vendent à la France la plage de Pla ou Grand- Popo, et en 1868, Agoué.

De son côté le roi de Porto-Novo, Mecpon, successeur de Soudji, plaça ses états sous le protectorat delà France en 1863, afin d'éviter une attaque des Anglais qui en décembre 1862 s'étaient emparés de Lagos.

Mais les Anglais de Lagos ne cessèrent de protester contre nos établissements et, l'amiral Lafont de Ladébat ayant abandonné le protectorat en 1865 sans d'ailleurs renoncer aux droits de la France, la station anglaise vint bloquer Kotonou afin de détourner tout le mouvement commercial sur Lagos : les Français établis à Porto- Novo obtinrent par leur résolution la levée du blocus et évitèrent le bombardement dont on les avait menacés. En 1867 les Anglais de Lagos firent une nouvelle tentative : elle échoua encore devant les protestations des blancs.

Gabon. — Enfin, notre établissement du Gabon fut lui-même considérablement développé. En 1849, un des navires français de la station de surveillance de la traite débarquait un chargement de noirs enlevés à un négrier et ces noirs libérés fondèrent Libreville à côté des magasins établis par l'Etat.

L'exploration commença dès cette époque : Paul du Chaillu, au cours des chasses et reconnaissances qu'il fit de 1850 à 1865, faillit arriver à l'Ogooué dont il signala le premier l'existence et dont il prévoyait l'importance. En 1862, le contre-amiral Didelotqui venait d'acquérir par traité les bouches de l'Ogooué chargea plusieurs de ses officiers de missions d'exploration. L'enseigne de vaisseau Braouzec reconnut la Komo; le lieutenant de vaisseau Serval, après une tentative infructueuse faite avec le docteur du Bellay, atteignit le premier l'Ogooué près de Lambaréné. 11 fut bientôt suivi par le lieutenant de vaisseau Genoyer qui avait remonté la Bokoé et par le voyageur anglais Walker. En 1867, le lieutenant de vaisseau Aymès reconnut le Fernan Vaz dans un premier voyage, et dans un

second remonta le cours supérieur du bas Ogooué el cuira en relations avec les principaux chefs, notamment avec Rénoqué, roi des Inengas. L'Ogooué se trouvait ainsi ouvert au commerce européen.

Le décret du 11 septembre 4869 institua un tribunal d'arrondissement et même un tribunal supérieur pour les établissements français du Gabon.

Tous ces établissements de la Guinée actuelle, de la Côte d'Ivoire, du Dahomey et du Gabon formaient en 1870 les « Etablissements français de la Côte d'Or et du Gabon », placés sous le commandement supérieur du contre-amiral commandant en chef la division navale des côtes occidentales d'Afrique : l'amiral avait sous ses ordres les quatre commandants du Gabon, de Grand-Bassam, d'Assinie et de Dabon.

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