I" SÉNÉGAL ET SOUDAN
Jusqu'à l'année 1876, la marche vers l'est ne fut pas reprise. L'histoire de la colonie pendant cette période se résume dans la continuation des opérations de pacification du Sénégal, dans la reconnaissance de Lat-Dior comme damel du Cayor en 1871 et dans la campagne de 1875 contre Ahmadou Cheikhou, marabout du Toro, qui avait envahi le Cayor, mais qui fut battu par le colonel Bégin en février, à Boumdou. et tué.
En 1876, Brière de l'Isle, nommé gouverneur, reprit les projets de Faidherbe et à partir de ce moment, la marche vers le Niger fut engagée avec activité. Mais elle n'interrompit point la pacification du Sénégal où des opérations furent dirigées dans le Fouta contre Abdoul-Boubakar, chef des Bosséyabé, qui fut vaincu parla colonne Pons à N'Dourdabian (mars 1881) et se soumit en juin, et dans le Cayor où Lat-Dior se révolta de nouveau en 1883, mais fut pourchassé par le commandant Dodds et dut se soumettre. Son neveu Samba-Laobé, élu damel, futreconnu par le gouvernement français, approuva, par un traité du 28 août 1883, la construction de la ligne ferrée et s'ene-asreaà interdire l'aceès du Cavor à Lat-Dior. En 1886, Samba-Laobé, battu par Ali-Bouri, roi du Diolof, refusa d'accepter les remontrances du gouverneur et fut tué dans une entrevue avec le capitaine Spitzer, représentant du gouverneur, entrevue qui dégénéra en une lutte à main armée. Lat-Dior, qui avait tenté de rentrer au Cayor, fut également tué. En 1886, Amar-Saloum fut reconnu roi des Trarzas après avoir battu et tué Ahmed Fall qui avait
assassiné Eli Ould .Mohammed cl Habib, fils de la reine Guimbott.
Maisc'esl surtoutparla reprisedela marche vers l'est, sousBrière de l'isle, que cette période est remarquable.
La prise de Sabouciré, village fortifié à 16 kil. en amont de Médine, par la colonne . Reybaud, le 22 septembre 1878, et la fondation d'un poste à Bafoulabé en 1879 en furentles prologues. Le25septembre 1879, l'amiral Jauréguiberry, ministre de la marine et des colonies, proposait au Parlement les voies et moyens propres à opérer la jonction du Haut-Sénégal et du Haut-Niger, et dans un projet déposé le 5 février 1880 il demandait, conformément à l'avis delà Commission instituée au Ministère des Travaux publics pour l'étude des questions relatives à la mise en communication par voie ferrée de l'Algérie et du Sénégal avec l'intérieur du Soudan, l'établissement d'une voie ferrée de Dakar à Saint-Louis, d'un embranchement decette ligneà Mécline, et d'une ligne deMédine au Niger. Le Parlement demanda un complément d'études. Mais le 13 novembre 1880, sur la demande de l'amiral Cloué, ministre de la marine, il vota la construction d'une voie ferrée de Médine à Bafoulabé.
C'était la mise à exécution des idées de Faidherbe et la ratification des projets d'expansion de Brière de l'isle. A partir de cette année 1880, chaque campagne nous fit faire un nouveau pas en avant, pendant que commençaient les études et les travaux du che-r min de fer.
Brière de l'isle voulut, tout d'abord, chercher à éviter toute cause de conflit avec Ahmadou Cheikhou, sultan des Toucouleurs de Ségou, fils et successeur d'El Hadj Omar, et il envoya à cet effet en mission auprès de lui le capitaine d'infanterie de marine Gallieni, les lieutenants Vallière et Pietri et les docteurs Tautain et Bayol avec vingt tirailleurs et dix spahis d'escorte. Partie de Médine le 20 mars 1880, la petite mission passa par Bafoulabé, Badoumbé et Kita en signant des traités avec les chefs, mais, chez les Bambaras du Bélédougou, elle fut attaquée à Dio, le 11 mai 1880, par deux mille indigènes et résista à cette attaque, mais en perdant 15 hommes et son convoi. Un ordre d'Ahmadou arrêta la mission à Nango, à 40 kil. en deçà de Ségou-Sikoro et elle y resta, à demi prisonnière, pendant dix mois, attendant la conclusion du traité dont Ahmadou ajournait sans cesse la signature. Finalement Gallieni put quitter Nang-o le 21 mars 1881 en rapportant un traité dont le texte arabe ne répondait point au texte français.
ANNEXES ."i^l
La première colonne du Haut-Fleuve n'avait pas attendu son retour. Le 9 janvier 1881, le colonel Borgnis-Desbordes, nommé commandant supérieur du Haut-Fleuve, quittait Médine avec 424 combattants, arriva à Kita le 7 février, prit le 12 le village de Goubanko dont la population de pillards menaçait notre nouvel établissement de Kita et rentra à Médine en laissant ce fort inachevé, mais occupé par une garnison et en état de résister à toute attaque : notre puissance était reconnue par les populations entre Bafoulabé et Kita.
La campagne de 1881-1882, engagée malgré l'épidémie de lièvre jaune de Saint-Louis, ramena le colonel Desbordes à Kita et le mil en présence d'un nouvel ennemi, Samorv, chef du Ouassoulou, qui assiégeait Kéniéra, menaçait les populations de Kita et avait voulu garder prisonnier notre envoyé auprès de lui, le lieutenant Alakamessa. Le colonel passa le Niger, surprit Samorv, le battit près de Kéniéra et rentra à Kayes en juin.
La campagne de 1882-1883 nous amena au Niger. 11 s'agissait de devancer Samorv à Bammako et de nous établir solidement sur le fleuve. Parti en novembre 1882 avec 542 combattants, le colonel Desbordes détruisit Mourgoula dont les Toucouleurs nous étaient hostiles et dut aussi prendre le village bambara de Daba dont les guerriers se défendirent avec acharnement (13 janvier 1883). Le 1er février, il arrivait à Bammako et faisait immédiatement commencer les travaux du poste. Il prononçait à cette occasion une allocution dans laquelle il rappelait les difficultés de toutes sortes qui s'étaient opposées à la marche au Niger, montrait l'avenir militaire, commercial et civilisateur du chemin de fer.
Les travaux étaient, en pleine activité quand, en avril, Fabou, frère de Samorv, se mit en mouvement et attaqua la colonne au marigot deOueyako. Il fallut, du 2 au 24 avril, une série de combats dont les premiers furent très graves pour le battre et disperser son année. Fabou fut poursuivi jusqu'à Bankhoumana, à 65 kil. en amont de Bammako et s'enfuit sur la rive droite du Niger. La campagne nous avait amenés à Bammako et on y laissait un poste solidement établi.
Les campagnes du colonel Boilève et du commandant Combes de 1883 à 1885 et du colonel Frey de 1885 à 1886 continuèrent sur le Niger l'œuvre de pacification. Des postes furent établis àKoundou, à Niagassola. Samorv qui s'opposait au ravitaillement de ce poste par la colonne Frey fut battu en janvier 1886 au marigot de Fatako-
Djing-o, signa un traité et nous envoya comme gage de paix son fils Karamoko.
Le colonel Gallieni, qui prit le commandement supérieur à la fin de 1886, trouva devant lui un nouvel ennemi, le marabout sarakollé Mamadou Lamine, qui avait envahi le Boundou au sud du Sénégal et avait osé attaquer Bakel. Une première campagne amena la défaite du prophète en plusieurs rencontres, l'occupation de Diana et la soumission des tribus qu'il avait soulevées. Dans la seconde, chassé du village fortifié de Toubakouta au nord de la Gambie, à la limite des possessions britanniques, il fut pourchassé par notre allié Moussa-Molo, roi du Fouladougou, et tué dans un combat. La conséquence de sa mort fut la soumission des tribus du sud du Sénégal jusqu'à la Gambie anglaise et la jonction de nos possessions du Soudan avec notre Casamance et notre Saloum sénégalais. De plus, le colonel Gallieni imposa à Ahmadou, par le traité de Gouri (12 mai 1887), le protectorat français et la libre navigation du fleuve, et son envoyé, le capitaine Péroz, força Samorv à signer à Bissandougou, le 25 mars 1887, un traité de protectorat cédant aux Français les territoires de la rive gauche du Niger jusqu'au confluent avec le Tankisso.
C'est contre Ahmadou que le colonel Archinard, nommé commandant supérieur en 1888, tourna ses armes. Dans la campagne 1888-1889, il enleva la forteresse toucouleure de Koundian sur la route de Nioro où se trouvait alors Ahmadou, s'appliqua à pacifier les Bambaras du Bélédougouet imposa à Samory un nouveau traité par lequel l'almamy nous reconnaissait la rive gauche du Niger au sud du Tankisso.
La campagne 1889-1890 fut décisive, elle amena la prise de Séç^ou-Sikoro, la capitale d' Ahmadou. Ce sultan toucouleur prétendait que les Français n'étaient dans le Soudan que comme commerçants et non comme propriétaires du sol et ses talibés ne cessaient de couper les voies commerciales. La colonne partie de Médine le 15 février 1890, sous le commandement du colonel Archinard, comprenait 742 combattants et des auxiliaires indigènes. Le 6 avril 1890, après un bombardement, elle occupa Ségou, d'où Madani, fils d' Ahmadou, avait pris la fuite. La prise de Ségou amena des soumissions nombreuses, un poste y fut installé. La colonne alla ensuite attaquer Ouossébougou, forteresse avancée d'Ahmadou, à la frontière du Kaarta, qui tomba entre nos mains le 26 avril après
une héroïque résistance ; il fallut prendre les rues maison par maison et le chef des assiégés, Bandiougou-Diara, se fit sauter dans son tata plutôt que de se rendre. L'occupation de Koniakary (16 juin) acheva la défaite d'Ahmadou dont les états étaient ainsi réduits au Kaarta.
Au résumé, en 1890, la série de campag-nes des commandants supérieurs du Haut-Ni^er nous avait amenés sur le fleuve en amont de Bammako (Siguiri et Kouroussa) et en aval (Ségou) et avait rejeté Ahmadou au nord vers Nioro. Samory avait été également battu et refoulé.
En même temps que ces conquêtes augmentaient les limites présentes de notre domaine, l'exploration en reculait les limites futures.
En 1887, le lieutenant de vaisseau Caron parti de Manambougou, en aval de Bammako, sur la canonnière le Niger, avec un commerçant de Tombouctou, El-Hadj-Abd-el-Kader, venu l'année précédente à Paris, descendit le Niger. Il dépassa Ségou et arriva à Diafarabé d'où il se rendit à Bandiag^ara pour essayer de conclure un traité de protectorat avec Tidiani, neveu d'El-Hadj-Omar et roi du Macina. Il trouva auprès de ce chef un accueil peu favorable et, continuant sa route, arriva le 16" août 1887 à Koriumé, en vue de Kabara, le port de Tombouctou. Tombouctou était alors sous la domination des Touareg1 Tadmekket, dont le chef Liouarlish refusa d'entrer en relations avec les Français et qui menaçaient d'attaquer la mission. Le commandant Caron rentra le 6 octobre à Manamboug-ou : pour la première fois le drapeau français avait été amené en vue de Tombouctou où aucun Français n'était venu depuis Bené Caillié.
L'année suivante, les canonnières le Niger et le Mage, commandées par le lieutenant de vaisseau Jayme, allèrent de nouveau mouiller à Koriumé.
Mais le voyag-e le plus important de cette période, aussi utile a la géographie qu'à l'expansion française, fut celui du capitaine Bing-er, qui explora et révéla la boucle du Niger. Parti de Bammako le Ier juillet 1887, le capitaine Bing-er, aecompag-né de deux serviteurs indig-ènes et de quelques porteurs, se rendit auprès de Samory qui assiég-eait alors Sikasso. L'almamy voulait retenir à son camp l'officier français sur la présence duquel il comptait pour rehausser son prestig-e et accroître ses chances. Mais Bing-er s'échappa la nuit et, après avoir traversé un pays dévasté par la g-uerre, il visita le
Niéniédougou, le pays des Karaboko et arriva le 10 février 1888 à Kong", grosse cité commerçante où il fut bien accueilli par le chef, Karamokho-Oulé-Ouattara. Prenant ensuite au Nord, il visita le Mossi, Banenia et le 15 juin 1888, il atteignait Ouagadougou, la capitale du Mossi, dont le roi Sanoum lui refusa le protectorat et l'autorisation de continuer au nord. Bing^er explora alors le Gourounsi. le Mampoursi, le Dagomba, le Gondjia, les Etats du Bondoukou (roi Ardjoumani) et rentrait à Kong- le 5 janvier 1889. Il y retrouva l'explorateur Treich-Laplène, envoyé de Grand-Bassam à sa recherche. Le 10 janvier 1880, il concluait avec Karamokho- Oulé-Ouattara le traité de protectorat suivant :
Art. 1er. — Le chef du pays de Kong déclare placer la ville de Kong et ses Etats sous le protectorat de la France.
Art. 2. — Le commerce se fera librement dans le pays de Kong et ne sera soumis à aucune taxe. — Le chef de Kong s'engage à favoriser, par tous les moyens dont il dispose, les relations commerciales entre ses Etats et les comptoirs français établis, tant sur la Côte d'Or (Assinie et Grand-Bassam), que clans le Soudan français.
Art. 3. — Les Français seuls pourront venir faire du commerce dans les Etats de Kong.
Art. i. — Les missionnaires, voyageurs et autres sujets français seront libres de venir se fixer et traverser les Etats de Kong, le chef de Kong s'engage à leur accorder protection dans toutes les circonstances.
Art. 5. — L'exercice de tous les cultes religieux sera libre dans les Etats de Kong; les Français, de leur côté, s'engagent à ne pas entraver l'exercice de la religion musulmane.
Art. (i. — Le Gouvernement français sera juge des différends qui pourraient s'élever entre les Etats de Kong et les pays placés sous la protection de la France.
Art. 7. — Le chef de Kong s'engage à ne conclure aucune convention avec d'autres nations sans le consentement de la France.
Art. 8. — En compensation des avantages accordés ci-dessus à la France, un cadeau annuel de trois mille francs, savoir cinquante fusils à silex à un coup du prix de dix-huit francs pièce ; vingt barils de poudre, de dix-huit francs pièce ;
Quarante pièces de calicot de 15 mètres, à six francs pièce.
Trois cents pièces de cinq francs en argent, sera fait à Karamokho Oulé Ouattara, chef de Kong et des Elats de Kong.
Ce cadeau sera payable à nos comptoirs d'Assinie ou de Grand-Bassam, dans les deux premiers mois qui suivront l'hivernage.
Le capitaine Binger établit encore le protectorat sur le Djimini
et sur l'Anno, et, par le Comoé, il rentra à Grand-Bassani en mars 1890.
Cette exploration pacifique, accomplie au milieu de difficultés de toutes sortes par un Européen isolé, ouvrait à l'influence française les immenses contrées de la boucle du Niger. Les résultats scientifiques et politiques étaient également considérables.
2° COTE OCCIDENTALE d'aFRIOUE
Les établissements français à la côte occidentale d'Afrique prirent un important développement pendant la période de 1870 à 1800.
Dans les Rivières du Sud, de nombreux traités furent conclus avec les indigènes, non sans que quelques interventions militaires fussent nécessaires (guerre du Moréah en 1870-1882). Nos efforts se heurtèrent à ceux des Portugais, des Allemands dont le représentant, le Dr Nachtigall, avait pris possession de Corrérah, et des Anglais de Sierra-Leone. Des conventions de délimitation furent conclues avec ces trois puissances, convention franco-portugaise du 12 mai 1880 (1), convention franco-allemande du 24 décembre 1885 (art. 3), par laquelle l'Allemagne renonçait à toutes prétentions en Guinée, et conventions franco-anglaises du 28 juin 1882 et du 10 août 1889. Le décret du 1er août 1880 donna aux Rivières du Sud leur autonomie et un lieutenant-gouverneur spécial.
Nous rattachons à cette action dans les Rivières du Sud, qui deviendront plus tard la colonie de la Guinée française, l'établissement du protectorat au Fouta Diallon. Dès l'année 1880, des missions privées (mission de Sanderval qui obtint la concession d'un chemin de fer de Timbo à la mer et mission Gaboriaud et Ansahlv en juin 1880), obtinrent des résultats qui décidèrent le Gouvernement à envoyer à Timbo une mission officielle. MM. Bayol et Noirot, qui en furent chargés, conclurent le 14 juillet 1881 avec l'almamy de Timbo un traité d'après lequel ce dernier accordait à tous les Français le droit de fonder des factoreries, reconnaissait notre protectorat sur les Rivières du Sud, s'engageait à diriger les caravanes vers nos comptoirs et nous permettait d'avancer nos postes vers l'intérieur pour protéger les convois contre les Sousous.
Le colonel Gallieni, après la défaite d'Ahmadou et de Mamadou
(1) Voirie texte de ces conventions, page 529.
OUVTIUKMR PARTIE
CIIAIMTKE III
Lamine, se préoccupa d'assurer notre domination au Fouta, « non pas au hasard des événements ni pour satisfaire des ambitions personnelles, mais en vertu d'une conception très nette, à la fois pour donner aux Rivières du Sud l'importance que la nature leur a préparée comme chemin de sortie du Soudan et pour relier nos deux voies de pénétration vers le Niger par la Gambie et le Bakhoy » (1). Il envoya au Fouta deux missions, celle du capitaine Levasseur qui diii s'arrêter à Labé et celle du capitaine Oberdof qui mourut à Tombé : le lieutenant Plat et le D1' Fras, membres de cette dernière mission, parvinrent à Timbo par le Dinguiré et signèrent avec l'almamv, le 30 mars 1888, un nouveau traité : il confirmait les avantages commerciaux précédemment concédés à la France et plaçait sous le protectorat français les dix provinces (diwals) du Fouta. A la fin de 1888, le capitaine Audéoud, à la tête d'une compagnie, traversa le Fouta. La convention franco-anglaise du 10 août 1889 reconnaissait notre protectorat sur le Fouta que la convention francoportugaise de 1886 nous avait déjà reconnu.
A la Côte d'Ivoire, nos établissements avaient été évacués en 1870. Mais le drapeau fut maintenu et gardé par M. Verdier, armateur de La Rochelle, résident à Grand-Rassam et à Assinie. L'attention publique ne se porta sur la Côte d'Ivoire qu'au retour du capitaine Ringer et de Treich-Laplène, envoyé au-devant de lui par M. Verdier, résident, et qui avait conclu, le 13 novembre 1888, un traité avec Ardjoumani, roi du Rondoukou. Treich-Laplène, nommé résident, mourut le 9 mars 1890. Le décret du Ie1' août 1889 avait confié l'administration des établissements à un résident placé sous l'autorité du lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, avec un budget local spécial.
Au, Dahomey, la période de 1870 à 1890 fut marquée par une action politique importante.
Le 19 avril 1878, le capitaine de frégate Paul Serval concluait à Ouidah, avec les représentants de Glé-Glé, roi du Dahomey, le cabecère Chaudaton et le jévoghan de Ouidah, un traité de protectorat et de cession de Kotonou dont voici les principaux articles :
Art. 1er. — La paix et l'amitié qui régnent et n'ont cessé de régner entre la France et le Dahomey depuis le traité de 1868 sont confirmées
(1) Gallieni, Bull. Soc. 6V0#.,1889.
parla présente convention qui a pour objet d'élargir les bases de l'accord entre les deux pays. -
Art. 2. — Aucun sujet français ne pourra désormais être tenu d'assister à aucune coutume du royaume de Dahomey où seraient faits des sacrifices humains.
Akt. 7. — En confirmation de la cession faite antérieurement. Sa Majesté le roi Glé-Glé abandonne en toute souveraineté à la France le territoire de Cotonou avec tous les droits qui lui appartiennent sans aucune exception ni réserve et suivant les limites déterminées : au sud par la mer, à l'est par la limite actuelle des deux royaumes de Porto- Novo et de Dahomey, à l'ouest à une distance de 6 kilomètres de la factorerie Régis aine, sise à Cotonou, sur le bord de la mer, au nord à une distance de 6 kilomètres de la mer mesurée perpendiculairement à la direction du rivage.
Le 14 avril 1882, à la demande de Toffa, roi de Porto-Novo, le protectorat sur ce royaume fut établi en fait par le décret suivant du Président de la République :
Art. le1'. — - Le Protectorat de la France sur le territoire de Porto- Novo est rétabli en fait à la demande du roi et des chefs de ce pays.
Art. 2. — Le Résident chargé aux termes du décret du A février 1879 de la garde du pavillon de Cotonou exerce le protectorat sur Porto-Novo. Il relève à ce double titre de l'autorité du Gabon avec lequel il correspond directement.
Ce décret fut proclamé à Porto-Novo le 2 avril 1883 et le 25 juillet, un traité définissait le fonctionnement du protectorat et les attributions du résident qui devait s'abstenir de toute intervention directe dans les affaires indigènes.
L'année 1885 fut marquée par une convention conclue avec les Allemands pour la délimitation des possessions respectives des deux puissances et pour la cession de Petit Popo et de Porto-Seguro au Togoland (1). Des négociations diplomatiques amenèrent la renonciation du Portugal à ses prétentions sur Kotonou en 1886 et, pour mettre fin aux fréquents conflits avec les Anglais du Lagos, M. Ballot, commandant des établissements du golfe du Bénin, alla conclure à Lagos, le 2 janvier 1888, un moclus vivendi pour la frontière, arrangement provisoire qui fut suivi de la conclusion de la convention franco-anglaise du 10 août 1889 (2).
(1) Voir le texte de cette convention, plus loin, page o±K
(2) Voir le texte de celte convention, plus loin, page 532.
OIJATRIKMK l'.YRTIE CHAPITRE III
Mais l'hostilité de Glé-Glé allait amener la guerre. Dès la fin de t.SST le roi du Dahomey fit savoir qu'il ne reconnaissait pas le traité conclu le 19 avril 1878 avec ses représentants et sommait les Français d'évacuer Porto-Novo. En 1889 des bandes dahoméennes passèrent l'Ouémé et dévastèrent le pays. Le gouvernement français décida d'envoyer auprès de Glé-Glé, M. Jean Bayol, lieutenant gouverneur des Rivières du Sud, avec la mission de l'amener à reconnaître lejraité. Arrivé à Abomey le 21 novembre 1889, M. Bavol en repartit le 28 décembre sans avoir pu faire revenir Glé-Glé sur son hostilité. De retour à Kotonou il demanda d'urgence des renforts. Deux jours après son départ Glé-Glé, décédé, fut remplacé par le prince Kondo, Béhanzin, le « roi requin ».
La guerre dura jusqu'au 3 octobre 1890. Le commandant Terrillon, commandant supérieur des troupes, occupa Kotonou le 21 février et livra jusqu'au 28 mars une série de combats victorieux. Pendant qu'on délibérait, à Paris, sur la solution de l'incident, l'armée dahoméenne reparut le 21 avril à Bedji, au nord-est de Porto-Novo, et livra à nos troupes à Atchoupa un sanglant combat. Béhanzin menaçait Porto-Novo malgré les obus de la petite escadre du commandant Fournier. Le contre-amiral Cavelier de Cuverville qui arriva à la fin de mai 1890 sur la Naïade avec des instructions lui prescrivant de tendre tous ses efforts vers « la clôture par voie transactionnelle de l'incident du Dahomey » envoya àOuidah le P. Dorijère avec la mission d'obtenir la restitution des négociateurs envoyés par le commandant Fournier. Le P. Dorgère obtint cette restitution, mais comme les négociations traînaient en longueur, l'amiral de Cuverville reparut devant Ouidah et menaça de bombarder la ville si les Dahoméens ne se soumettaient point. Le 3 octobre 1890 les messagers et cabecères de Béhanzin signèrent avec le commandant de Montesquiou-Fezensac et le capitaine Decœur le traité suivant :
1. Le roi du Dahomey s'engage à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie du protectorat.
11 reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Kotonou.
i'. La France exercera son action auprès du roi de Porto-Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne suit donnée à l'avenir au roi de Dahomey.
A titre de compensation pour l'occupation de Kotonou il sera versé
annuellement par la France une somme qui ne pourra en aucun cas dépasser vingt mille francs (or ou argent).
Le 23 décembre 1890 l'amiral de Cuvcrville quittait la rade de Kotonou en laissant à M. Ballot, résident, les fonctions de gouverneur.
Pendant la fin de 1889 et les débuts de 1890, M. Ballot, en conformité du décret du 1er août 1889 qui réglait l'organisation politique et administrative des établissements de la Côte occidentale d'Afrique et instituait au Bénin un résident, organisait le protectorat en créant le budget local» un comité du commerce, un conseil d'hygiène, une milice, une commission des mercuriales et en faisant déterminer le régime de concessions territoriales et le régime douanier.
Tel fut le développement des Rivières du Sud, de la Côte-d'Jvoire et du Dahomey de 1870 à 1890. Un décret du 12 octobre 1882 les avait placés sous l'autorité du lieutenant-gouverneur du Sénégal sans définir d'une façon précise les attributions de ce haut fonctionnaire qui, en dehors de missions spéciales, était demeuré un simple intermédiaire entre les services installés dans ces établissements et le gouverneur du Sénégal. Un nouveau décret, rendu le 1er août 1889, modifia cette organisation pour les trois établissements. Il décida que le lieutenant-gouverneur du Sénégal était spécialement chargé de l'administration des Rivières du Sud et y exerçait les pouvoirs politiques, financiers, et administratifs dévolus au gouverneur du Sénégal ; il avait aussi l'exercice du protectorat du Fouta. Les établissements de la Côte-d'Or et ceux du golfe de Bénin étaient confiés à deux résidents placés sous l'autorité du lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud.