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SÉNÉGAL ET SOUDAN

L'histoire intérieure du Sénégal n'offre pas de faits importants au point de vue de l'expansion pendant cette période, sauf la campagne du colonel Dodds contre Abdoul-Boubakar dans le Fouta sénégalais en 1891, des négociations avec les Maures et l'envoi vers l'Adrar dos missions Fabert et Donnet en 1894.

Au Soudan, la marche en avant continua. La convention francoanglaise de 1890 n'avait pas arrêté le mouvement qui portait la

France vers l'expansion africaine et que l'acte de Berlin n'avait fait qu'accentuer.

La campagne 1890-1891 fut de nouveau dirigée par le colonel Archinard. Ce fut d'abord contre Ahmadou qu'il tourna ses armes et la colonne expéditionnaire après une série de combats à Niogoméra, Korriga, etc., entra le 1er janvier 1891 à Nioro d'où Ahmadou s'était enfui : poursuivi par les cavaliers du lieutenant Marcha td, il se réfugia dans le Macina, auprès de Mounirou, successeur de Tidiani. L'empire musulman d'El Hadj Omar était détruit et le pouvoir fut rendu aux héritiers des anciens chefs autochtones : à Sansanding, Mademba, employé des postes et télégraphes, fut proclamé fama.

Les agissements de Samorv décidèrent le colonel à se retourner contre lui. En mars 1891, une nouvelle colonne se mit en marche, entra dans lesétats de l'almamy, chassa ses troupes devant elle, occupa Kankan (7 avril) et Bissandougou deux jours après. Kankan devint le chef-lieu d'une nouvelle province.

La campagne 1891-1892, sous le commandement du colonel Hnnibert, fut encore consacrée àla poursuite de Samorv qui avait attaqué Kankan. L'almamy fut défait le 9 et le 11 janvier Bissandougou retombait entre nos mains : Sanankoro et Kerouané furent également occupées. Mais Samorv échappa encore à la poursuite qui lui fut donnée sur les bords du Milo où il éprouva de nouvelles défaites. Après la rentrée de la colonne il tenta d'inquiéter nos postes de Sanankoro et de Kerouané. mais faillit être surpris à Kabiadiambara le 30 mars : il réussit encore à s'enfuir.

La campagne 1892-1893 fut dirigée à la fois contre Ahmadou, réfugié dans le Macina, et contre Samorv, chassé des bords du Milo. Contre le premier, le colonel Archinard dirigea lui-même les opérations, tandis que le colonel Combes était envoyé contre Samorv. Parti de Kayes le 23 janvier 1893, le colonel Archinard se rendit d'abord à Nioro, où il régla diverses questions politiques, traversa le Bélédougou, en lui faisant accepter l'impôt et arriva le 14 mars à Ségou. Le fama Bodian y avait été installé en 1891 ; mais il ne pouvait remplir ces importantes fonctions : l'administration directe fut substituée à Ségou au protectorat. Le 22 mars, la colonne, à l'effectif d'un millier de combattants, quitta Ségou et s'enfonça dans le Minianka où Ahmadou avait trouvé de nombreux partisans. Les deux principaux villages hostiles étaient Kentieri et Mpesoba :

l'c premier céda à un bombardement et le second fit sa soumission à la suite de L'envoi à 6000 mètres d'un seul obus qui avait éclaté près de là sans que les gens de Mpesoba eussent vu la colonne. Les soumissions arrivèrent de tous côtés et l'âlmamy de San fit à la colonne un accueil enthousiaste. Il n'en fut malheureusement pas de même à Dienné : cette ville de commerçants, terrorisée par Ahmaclou, refusa d'accueillir la colonne et fut prise d'assaut le 12 avril. Cinq jours après, on arrivait à Mopti, où Agriibou, dont le colonel avait décidé de faire le fama du Macina, fut présenté aux Peulhs. Pour mettre fin à la résistance d'Ahmadou, il en repartit le 20 avril pour Bandiagara où il parvint le 28 malgré l'hostilité des Touareg1 et des montagnards Habès, et où il proclama Agriibou roi. Ahmadou avait fui dans la boucle du Niger. Le colonel laissa au capitaine Blachère, installé comme résident à Bandiagara, des instructions dont nous reproduisons un extrait pour bien montrer le caractère général de la politique si habile du colonel Archinard :

Votre mission à Bandiagara n'est pas de donner votre concours à Ag-uibou pour faire de nouvelles conquêtes, je le lui ai signifié moimême dans la lettre d'investiture que je lui ai remise, que vous avez lue et dont vous avez pris copie.

Votre rôle est surtout d'affirmer que c'est nous qui avons pris le Macina et l'avons donné ensuite à qui nous a plu, et que nous sommes prêts à défendre notre élu contre quiconque voudrait lui disputer le pouvoir. Ce rôle est tout passif, je crois ; car je ne vois absolument pas d'où pourrait venir une attaque.

Mais, si vous n'avez pas à donner votre concours à Aguibou, dans le cas où il voudrait agrandir les Etats que nous venons de lui donner, vous pouvez le lui prêter pour faire la police dans ses Etats, si quelque village qui obéissait à Ahmadou ne voulait pas reconnaître son autorité à lui ; je précise en disant à Ahmadou, car il peut se faire, avec tous les changements successifs qui ont eu lieu dans ce pays, que des gens qui peuvent avoir obéi à une époque déterminée à Tidiani aient depuis longtemps reconquis leur indépendance et n'aient jamais obéi à Ahmadou.

Vous ne considéreriez pas des villages qui se trouveraient dans ce cas comme devant forcément reconnaître l'autorité d'Aguibou et vous le laisseriez à ses propres forces s'il voulait les faire rentrer dans l'obéissance, lui donnant seulement votre appui moral, si vous le jugez bon.

De même, j'ai autorisé Aguibou à réclamer à Tombouctou les redevances que cette ville payait aux rois du Macina et payait à Ahmadou,

mais il est bien entendu que vous n'auriez pas à partir en guerre contre Tombouctou s'il s'élevait quelque difficulté entre Aguibou et cette ville.

D'une façon générale, vous devez rester à Bandiagara et, en tout cas, ne pas vous en éloigner beaucoup.

Le nouvel état de choses amènera certainement, et de fort loin, des gens qui voudront se rendre compte par eux-mêmes, et il importe qu'on vous voie et qu'on vous sache en forces.

Vous éviterez même, surtout au début, les excursions dans la direction de Mopti, pour qu'on ne puisse pas prétendre que vous vous en allez ou qu'une partie de la garnison s'en va.

Il est très probable que Bandiagara ne sera pas une garnison permanente pour nous, ou que tout au moins elle sera réduite, pendant le courant de la prochaine campagne, à la seule escorte d'un résident. Vous n'avez donc pas à chercher à substituer votre autorité à celle d'Aguibou et à prendre vous-même la direction des affaires du pays, au moins pour toutes les affaires intérieures.

Ce procédé qui a été essayé à Ségou ne nous a pas réussi : on nous attribue toutes les exactions faites par le chef noir, et un chef noir, se sentant soutenu par nous, hésite peu à en faire.

Il vaut mieux, je crois, ou que nous laissions toute l'autorité au chef indigène ou que nous l'exercions complètement nous-mêmes et en notre nom. A Bandiagara, c'est la première de ces deux solutions que j'ai admise et vous affirmerez, comme je l'ai toujours fait, que la garnison n'est là que pour donner le temps à Aguibou de se reconnaître et d'organiser les forces du pays, et qu'elle sera retirée dès qu'Aguibou me déclarera ne plus en avoir besoin. Cette déclaration peut parfaitement ne jamais se produire; car Aguibou, frappé de l'instabilité de la puissance des chefs indigènes et complètement rallié à nous, m'a paru plutôt désireux de jouer un second rôle à côté de nous et de se lier d'une façon de plus en plusintime aux Français. Il m'a demandé, avant même que j'aie pensé à lui en parler, à me confier un de ses jeunes fils, le plus intelligent, pour que je l'emmène en France etqu'il soit instruit. Il y a peut-être là un peu de jalousie de sa part contre Abdoulaye, un des fils d'Ahmadou, dont je lui ai lu les lettres à mesure que je les recevais, mais il y a, en tout cas, une marque de confiance, de sincérité, et la preuve qu'Aguibou ne cherchera pas à s'isoler de nous une fois qu'il pensera pouvoir se passer de notre concours.

Si, autant que possible, vous n'avez pas à vous mêler des affaires intérieures du Macina, cherchez quand même à être au courant de ce qui se passe et ne refusez pas vos conseils. Quant à la politique extérieure d'Aguibou, il faudra vous en préoccuper davantage et tâcher que rien ne se projette sans que vous le sachiez. Vous aurez à apprécier si cette politique est conforme aux instructions que j'ai données à Aguibou dans la lettre d'investiture que je lui ai remise et vous lui feriez des observations dans le cas contraire.

Cherchez à acquérir le plus de connaissances possibles sur le pays, les nniles, le commerce, les pays voisins, leurs frontières, leurs races, leurs familles, etc. Cherchez à connaître toutes les nouvelles, tout ce qui se passe dans la région, faites faire quelques travaux de topographie aux officiers de la garnison : quand vous aurez l'occasion de leur faire faire quelques courses, cherchez à ce que les officiers placés sous vos ordres s'intéressent aux choses du pays, et plus particulièrement le lieutenant Bouverot qui serait appelé à exercer le commandement au cas où vous seriez malade ou empêché.

Vous recevrez tous les envoyés qui viendraient vous trouver, vous les écouterez, mais les renverrez à Aguibou s'il ne s'agit que de choses regardant le Macina et intéressant peu le développement de notre influence en Afrique. Si, au contraire, on venait vous trouver comme étant, non pas l'homme puissant du Macina, mais comme étant le représentant du commandement supérieur, vous traiteriez directement les questions dont il s'agirait et, si vous le jugez bon, vous en référerez au commandant supérieur avant de donner des réponses définitives qui pourraient engager l'avenir.

Le colonel Arehinard rentra par Mopti et Dienné, où un marabout de Tombouctou vint lui exposer la situation de la ville dominée par les Touareg et où il prescrivit au lieutenant de vaisseau Boiteux, commandant de la flottille, de rester au mouillage de Mopti tant que la situation politique du Macina l'exigerait et d'escorter vers Tombouctou les chalands de Dienné, d'accord avec le résident de cette ville. A Sansanding, il détacha quelques cercles du royaume de Mademba, et rentra ô Kayes le 14 juin par le fleuve et Bammako.

Cette brillante campagne avait définitivement détruit l'empire et le pouvoir môme d'Ahmadou, nous avait donné le Macina et nous conduisait à la porte de Tombouctou.

Pendant ce temps, le colonel Combes reprenait dans la région sud la poursuite de Samory. Il avait pour mission de nettoyer la région qui s'étend entre le Milo et le Niger et de couper les communications de Samory avec la colonie anglaise de Sierra-Leone qui fournissait à l'almamy des armes et des munitions. Il envoya le capitaine Briquelot dans le Sankaran et le Komanko : cet officier établit des postes à Erimankono, à Ouassou et à Faranah et livra à Bilali, lieutenant de Samory, une série de combats au cours desquels malheureusement se produisit la malheureuse affaire de Waïma où la reconnaissance française commandée par le lieutenant Maritz et une reconnaissance anglaise commandée par le colonel

Ellis, croyant l'une et l'autre avoir devant elles les sofas de Samorv, s'attaquèrent et se tuèrent plusieurs hommes, parmi lesquels le lieutenant Maritz. Le colonel Combes lui-même, après avoir poussé une pointe sur Konafadié, traversa le Milo et poussa Samory vers l'est : il le défît en plusieurs combats et occupa Guéleba et Odienné, espérant que de Sikasso le roi Tieba obéirait aux suggestions du capitaine Quiquandon, résident auprès de lui, et marcherait contre Samory. Mais la fuite plus rapide de Samorv, l'hostilité des indigènes du Nafana et les difficultés du ravitaillement obligèrent le colonel Combes à décider le retour. Cette dure campagne, menée avec énergie, avait refoulé Samory vers l'est. Le colonel rentra au Soudan à la fin de mars.

A la fin de 1893, le lieutenant-colonel Bonnier, de l'artillerie de marine, était commandant supérieur et il se porta de nouveau contre Samory qui, surpris et harcelé par nos cavaliers, ne dut son salut qu'à la rapidité de son cheval. Les événements obligèrent le colonel Bonnier à changer (''adversaire et à se retourner vers Tombouctou. Le 12 décembre 1893, le commandant Boiteux, commandant de la flottille arrivé à Kabara sur les canonnières, était entré à Tombouctou au prix de quelques combats où l'enseigne de vaisseau Aube avait trouvé la mort. Le colonel Bonnier l'y rejoignit par le fleuve le 10 janvier 1894, pendant qu'une colonne commandée par le chef de bataillon du génie Joffre s'y rendait par terre par la rive gauche du fleuve. Bonnier voulut se rendre au-devant de la colonne Joffre, mais sa petite troupe, surprise le 15 janvier 1894 pendant la nuit à Tacoubao près de Goundam par les Touareg, fut massacrée, à l'exception d'un officier, le capitaine Nigotte, qui put regagner Tombouctou et donner l'alarme. La colonne Joffre arriva quelques jours après, vengea la mort de Bonnier et assura la sécurité de Tombouctou dont on décida de maintenir l'occupation.

Le Soudan avait été placé, à la fin de l'année 1893, sous le rég-ime civil, avec un gouverneur à sa tête.

Plusieurs explorations furent accomplies pendant cette période dans les régions où nous amenait cette incessante marche vers l'est. En septembre 1890, le D1' Crozat se rendit à Ouagadougou, où le Naba conclut avec lui un traité d'amitié. L'année suivante, le capitaine Monteil traversait la boucle du Niger par Bobo-Dioulas.so et Ouagadougou et atteignait, en août 1891, Say, où il fut bien accueilli, et conclut un traité et d'où il partit pour la grande explo-

Ol'ATRIKME PARTIE CHAPITRE III

ration de l'Afrique centrale qui, par Sokoto, le Tchad et le Sahara, le conduisit jusqu'à la Tripolitaine. Dans le sud, le capitaine Ménard tentait de rejoindre la Côte d'Ivoire, mais il fut tué le 4 février 1892 à Séguéla par des sofas de Samory. Le capitaine Marchand, résident auprès de Tieba à Sikasso, étudiait le Bani, le Bagoé et le Haut- Gavallv.

2° COTE OCCIDENTALE D AFRIOUE.

L'histoire de la Guinée française (Rivières du Sud) de 1890 à 1894 se résume dans l'envoi de quelques explorations (missions Paroisse, Brosselard-Faidherbe, Madrolle, etc.), dans des conflits de frontière avec Sierra-Leone et Libéria, résolus et terminés par la convention du 8 décembre 1892, ratifiée en 1894 (1) et surtout dans l'organisation de la colonie à laquelle procéda le lieutenant-gouverneur Ballay. L'importance que prenaient les établissements de la Côte occidentale amena le gouvernement à les séparer complètement du Sénégal par le décret du 17 décembre 1891 et à constituer chacun d'eux, Guinée, Côte d'Ivoire et Dahomey, en colonie indépendante ayant un gouverneur et un budget spéciaux (décret du 10 mars 1893). La colonie delà Guinée française était dès lors constituée par les bassins du Nunez, du Pongo, de la Dubréka et de la Mellacorée ; on lui adjoignit plus tard le cercle de Faranah.

Le gouverneur établi à Konakry exerçait le protectorat du Fouta Diallon. Malgré la convention du 10 août 1889, des émissaires Sierra-Léonais continuaient à entretenir à Timbo un parti hostile aux Français ; les tournées de MM. Alby et de Beckmann montrèrent que l'almamy Ahmadou, pris entre les partisans anglais et les chefs gagnés par les sofas de Samory, n'avait plus qu'une autorité nominale. Il faudra une nouvelle action de la France au Fouta.

La Côte d'Ivoire se constitua aussi en colonie autonome pendant cette période en vertu du même décret du 10 mars 1893. Plusieurs missions furent envoyées de la côte vers l'intérieur (missions Armand et de Tavernost, Quiquerez et Segonzac. Arago en 1891, mission du capitaine Manet qui se noya dans les rapides du Bandama, mission Duatier-Moskowitz, etc..) En 1892, M. Binger, accompa-

(1) Voir le texte, page 549.

gué de M. Marcel Monnier, poussa jusqu'à Kong- au cours d'un voyage de délimitation avec les autorités anglaises de la Côte-d'< h*. Il revint dans la colonie en 1893 en qualité de gouverneur, et iii procéder à l'occupation de la cote jusqu'au Cavally conformément à la convention franco-libérienne du 8 décembre 4892 (1). Malheureusement les nouvelles de l'arrière-pays où le capitaine Marchand venait de faire de brillantes reconnaissances n'étaient point bonnes. Samory, chassé par les troupes du Soudan, menaçait Kong et les gens de Kong nous demandaient de les protéger. En 1894 on décida d'envoyer au secours de Kong unecolonne confiée au lieutenant-colonel Monteil, dont la mission dans le haut Oubangui devenait inutile par suite de la conclusion d'un accord avec l'Etat indépendant du Congo. La colonne qui aurait dû être appuyée par une action militaire de la Région Sud du Soudan rencontra des difficultés de toutes sortes : elle fut arrêtée et disloquée au mois de mars 1895, au moment où elle avait pris le contact des troupes de Samory et leur avait livré de sanglants combats.

Au Dahomey, cette période fut décisive : elle fut marquée par la conquête du Dahomey et la constitution des anciens établissements du Bénin en colonie autonome. Les Dahoméens n'observèrent pas longtemps le traité du 3 octobre 1890. En mars 1892 ils reprirent leurs incursions sur le territoire de Porto Novo, attaquèrent la canonnière Topaze sur l'Ouémé, fermèrent les routes et menacèrent les factoreries de Ouidah. A une demande d'explications Béhanzin répondit le 29 mars par une lettre insolente, disant qu'il « restait dans son pays » et que « chaque fois qu'une nation africaine lui faisait la guerre il était bien en droit de la punir. » Il ajoutait : « Cela ne vous regarde pas du tout. » Et il terminait : « Si vous n'êtes pas content de ce que je vous dis, vous n'avez qu'à faire tout ce que vous voudrez, quant à moi je suis prêt. Vous pouvez venir avec vos troupes ou bien descendre à terre pour me faire une guerre acharnée. » Le 30 avril 1892 le gouvernement décida l'envoi du colonel Dodds avec des troupes. Cet officier supérieur débarqua à Kotonou le 28 mai, et, secondé parle lieutenant-gouverneur Ballot, commença immédiatement ses préparatifs. Comme Béhanzin, malgré plusieurs sommations, ne retirait pas ses troupes la colonne se mit en marche au mois d'août 1892. Après de sanglants com-

(1) Voir le texte, page 340.

bats qui nous coûtèrent des pertes importantes, Dogba où fut tué le commandant Faurax, Poguessa, Akpa, Koto, Vacon, la colonne arriva le 12 novembre à Cana, la ville sainte du Dahomey, et malgré les offres de soumission de Béhanzin, elle occupa Abomey le 17 novembre. Béhanzin s'était enfui chez les Mahis. Le 3 décembre Dodds, promu général, signait à Porto Novo la déchéance de Béhanzin et proclamait le protectorat français sur le royaume du Dahomey, « à l'exception des territoires de Ouidah, Savi, Avrékété, Godomey et Abomey-Calavi qui constituaient les anciens royaumes de Ajuda et de Jacquin lesquels sont annexés aux possessions de la République française. » La pacification suivit de près la conquête. L'année suivante, par le décret du 10 mars 1893, les établissements du Bénin étaient constitués en colonie distincte*. L'art. 3 spécifiait : « L'action du gouverneur du Bénin s'étendra sur les établissements compris entre la colonie anglaise de Lagos et la colonie allemande du Togo et sur tous les territoires de l'intérieur. » La campagne de 1893-1894 acheva la pacification en amenant la prise de Béhanzin. Le général Dodds, revenu dans la colonie en août 1893, donna la chasse par des colonnes volantes à Béhanzin et aux débris de l'armée dahoméenne et sépara le Dahomey en deux royaumes, celui d'Abomey dont le prince Goutchili, fils de Glé-Glé, fut proclamé roi sous le nom d'Agoli-d'Agbo (1) et celui d'Allada, donné à Gi- Gla. Enfin le 2(3 janvier 1894, Dodds reçut la soumission sans conditions de Béhanzin qui fut déporté à la Martinique. Le 22 juin 1894, M. Ballot fut nommé gouverneur de la « colonie du Dahomey et dépendances » et se consacra immédiatement à une œuvre double : l'organisation de la colonie et son extension vers le Niger.

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