CHAPITRE PREMIER
Historique.
L’île de Mayotte fait partie du groupe des Comores au milieu du canal de Mozambique, entre la pointe N. -O. de Madagascar et la Mozambique (Afrique).
Située entre les 12° 39' et 12° 59' de latitude sud, et les 42° 46' et 43° 2' de longitude est, Mayotte se trouve à 54 lieues marines à rO., 10° N. de Nossi-Bé, à300 lieues de la Réunion, età 50 lieues de Madagascar.
Presque ignorée des Européens, jusqu’en 1840, disent les iVofices du ministère de la marine et des colonies, l’île Mayotte est cependant habitée depuis six cents ans.
Les premiers habitants connus sont des noirs de la côte d’Afrique, d’une tribu ou d’une partie de côte appelée Mouchambara.
Lorsque les Portugais abordèrent à Gomore, le chef arabe qui y commandait échappa à leur tyrannie avec la plus grande partie des siens. Il arriva sans difficulté à Mayotte, dans la baie de Zambouroii, où il construisit une ville dont les restes existent encore .
A peu près à la même époque, des Sakalaves de Madagascar vinrent demander à s’établir à Mayotte et obtinrent la cession de cette partie de l’île que Bon nomme aujourd’hui Mon’sapéré.
Pendant que ces Arabes et ces Sakalaves s’établissaient à Mayotte, une riche et nombreuse peuplade de Ghiradzy, au nord de Sohély, ayant pour chef Mohammed-ben-Haïssa, s’empara de la Grande-Gomore, puis des îles Anjouan et Mohéli, et leur donna pour chefs ses deux fils.
Le même Baissa, ayant entendu beaucoup vanter Mayotte, vint
visiter cette île; il fut accueilli en ami et épousa la fille du sultan qui y régnait. A la mort de son beau-père, il lui succéda et fit bâtir une ville sur un des plus riches plateaux de l’île. Cette ville fut appelée Chingouni, et l’on voit encore aujourd’hui, comme témoignage de son existence, les restes dégradés d’une mosquée et d’un tombeau que l’on dit être celui de Moina-Singa, fille de ce sultan, et auquel elle avait succédé dans le gouvernement de Mayotte.
Jusqu’en 1830, l’histoire de Mayotte est assez obscure.
Yers cette époque, Andrian-Souli, roi des Sakalaves, venait d’être chassé parles Hovas de la côte N. -O. de Madagascar, lorsque le sultan de Mayotte, nommé Amadi, qui s’était lié d’amitié avec lui dans son enfance et qui avait épousé une de ses parentes, lui fit offrir par son fils Buanacombé de partager avec lui la souveraineté de Mayotte.
Andrian-Souli hésitait, lorsque dans l’intervalle Amadi fut massacré par son frère qui prit sa place. Buanacombé renouvela les offres faites par son père et engagea Andrian-Souli à hâter son arrivée. Ce dernier se décida à accepter ; l’usurpateur fut renversé, et Andrian-Souli fut reçu à Mayotte comme un père.
Une partie de l’île lui fut assignée en toute propriété, et il commença à la cultiver avec les Sakalaves qu’il avait amenés de Madagascar.
Mais bientôt des querelles s’élevèrent entre les gensd’Andrian- Souli et ceux de Buanacombé, et la guerre éclata entre les deux chefs. Buanacombé, chassé de Mayotte, chercha un refuge à Mohéli près de Ramanatéka, à qui il fit cession de son île pour prix de son hospitalité.
En 1836, l’invasion de Mayotte par Ramanatéka, amena l’expulsion d’Andrian-Souli. Mais Abd-Allah, sultan d’Anjouan, chez qui Andrian-Souli s’était réfugié, prêta son assistance à celui-ci, qui bientôt rentra en possession de Mayotte.
Ramanatéka fut bientôt attaqué à Mohéli par Abd-Allah ; mais la tentative échoua. L’escadrille de ce dernier fut jetée à la côte, lui-même fut pris par Ramanatéka qui le laissa mourir de faim dans sa prison.
Andrian-Souli fît alors proclamer sultan d’Anjouan le jeune Allaouy, fils d"Abd-Allah. Salim, oncle d’Allaouy, renversa son neveu et fomenta une révolte à Mayotte contre Andrian-Souli. La révolte fut comprimée par celui-ci.
ILE MAYOTTE.
Telle était la situation quand, en 1841, l’île Mayotte fut visitée parle lieutenant de vaisseau Jehenne. Il en constata les avantages et les signala au gouvernement.
Le capitaine d’infanterie Passot fut envoyé près d’Andrian- Souli par le contre-amiral de Hell-; il conclut avec le souverain de Mayotte un traité qui assura à la France la possession de l’île, moyennant une rente annuelle de 5,000 francs et l’engagement de faire élever à la Réunion deux enfants du sultan (25 avril 1841). Ce traité fut ratifié en 1843, par le gouvernement français, et la prise de possession de Mayotte au nom de la France (13 juin), ne tarda pas à s’ensuivre.
L’administration des îles Mayotte, Nossi-Bé et Sainte-Marie de Madagascar fut réunie entre les mains d’un même commandant, avec le titre de commandant supérieur de Nossi-Bé et dépendances (ordonn. royale, 29 août 1843), sous l’autorité du gouverneur de la Réunion; mais en 1844, le titre de commandant supérieur de Nossi-Bé et dépendances fut changé en celui de commandant de Mayotte et dépendances (ordonn., 10 nov. 1844).
En 1853, l’île Sainte-Marie de Madagascar a été détachée du commandement de Mayotte.
Commandants supérieurs.
1843. Rang (P.-G.-A.-L.), capitaine de corvette.
1844. Lebrun (A. -N.), chef de bataillon d’infanterie de marine,
intérimaire.
1846. Passot (P.), chef de bataillon d’infanterie de marine.
En 1848, il prend le titre de commissaire de la république.
1849. Livet (S. -F.), chef de bataillon du génie, intérimaire,
puis titulaire.
1850. Marguet (A. -J. -F.), sous-commissaire, intérimaire.
1851. Livet (S.-F.).
1851. Bonfils (P.-A.), capitaine de frégate.
1853. Brisset (A.), capitaine d’infanterie de marine.
1855. Vérand(A.-G.), commissaire de la marine.
1857. Morel, chef de bataillon d’infanterie de marine.
1860. Gabrié (G.-L.-B.), commissaire delà marine.