CHAPITRE III
Température. — • Hygrométrie. — Pluies. — Saisons. — Vents. —Marées. — Ras de marée. — Ouragans. — Tremblements de terre. — Population. — Blancs et noirs. — Population maritime. — Immigration indienne. — Immigration africaine. — Immigration chinoise.
A la Martinique, le thermomètre marque 35“ et 20“, maximum et minimum de la température à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pendant les plus grandes chaleurs, si l’on monte sur les montagnes, à 1,300 mètres au-dessus du niveau de la mer, on n"a pas à supporter au delà de 19“. — De 5“ à 10“ selon la saison, telle es la variation quotidienne du thermomètre.
L’hygromètre donne pour maximum 100“ et pour minimum 60®. On voit par là combien est grande l’humidité dans la colonie.
La moyenne des pluies qui tombent par an et au niveau de la mer est 217 centimètres. Les années pluvieuses et les années sèôhes présentent entre elles un écart de 33 centimètres.
Deux saisons : une saison pluvieuse (hivernage), du milieu de juillet au milieu d’octobre; une saison sèche et belle, d’octobre à juillet.
Les jours les plus courts sont en décembre; ils durent 11 heures 1/4, ou environ. Les jours les plus longs, au mois de juin, durent 12 heures ] /2. Le jour, aux Antilles, égale donc à peu près la durée de la nuit.
Les vents dominants dans l’archipel des Antilles sont ceux d’E., de N. et de S. Les périodes de domination de ces vents peuvent se réduire à deux.
Pendant la première, qui dure depuis novembre jusqu'en avril, les vents soufflent de l’bémisphère boréal, en passant successivement du N. vers l’E.
Pendant la seconde, qui dure depuis le mois de mai jusqu’en octobre, les vents soufflent de l’hémisphère austral et varient entre l’E. et l’O., en passant vers le S.
Le vent d’O. est le plus rare. Les vents d’E. soufflent pendant les trois quarts de l’année environ. Ils ne régnent toutefois avec constance que durant les mois de mars, avril, mai et juin. Ce sont ces vents qui portent le nom de vents alizés et d’oü dérivent les expressions au vent et sous le vent^ qui servent à désigner dans les Antilles l’orient et l’occident.
La marée, dans son élévation ordinaire, n’excède pas 40 à 50 centimètres. Aux solstices elle ne monte pas meme à ce point. Aux équinoxes, elle atteint au plus O'", 80 àl mètre d’élévation.
De juillet à octobre, les ouragans ne sont pas rares. Souvent des ras de marée, des tremblements de terre les accompagnent et causent parfois d’irréparables dommages. Chaque année, à la Martinique, on ressent quelque secousse de tremblement de terre.
En 1737 et en 1859, les commotions terrestres ont été effroyables. Dans la première de ces années, les cacaoyers ont subi un véritable désastre. C’était alors la principale exploitation agricole de la colonie. Tous, dit-on, furent détruits. En 1859, la ville de Fort-de-France a été presque en totalité renversée, et les plantations environnantes saccagées.
La population de la Martinique, au commencement de 1862, se décomposait ainsi :
Hommes 62,143
Femmes..... 73,848
Total 136,991
On comprend dans ce total :
Fonctionnaires et employés non proprié-
taires, avec leurs familles 6G6 personnes.
Troupes de la garnison 1,509
Immigrants de toute origine. 14,467
Total 16,032 personnes.
En 4848, le chiffre de la population sédentaire était de 420,357 individus; en 18G2, déduction faite du chiffre des fonctionnaires, troupes et immigrants (46,032), ilmestplus que de 449,959. Diminution : 398.
La population sédentaire est donc restée stationnaire pendant 15 ans, c’est-à-dire de 1848 à 1862.
Au point de vue ethnographique, on peut classer ainsi la population entière de la colonie, savoir :
Européens (ou blancs). . .
Noirs et gens de couleur,
Africains (immigrants) . .
Indiens —
Chinois •—
Total. . .
En 1861, la proportion des naissances, décès et mariages a été par rapport à la population sédentaire ainsi qu’il suit :
1 naissance par 28 individus.
1 décès sur 24
1 mariage sur 282
Les naissances ont été de 4,860.
Les décès ont atteint le chiffre de 5,539.
Les mariages ont été de 485.
La population maritime présentait, en 1858, un chiffre de 2,667 individus, savoir :
Maîtres au cabotage 79
Officiers, mariniers et matelots 1,218
Novices et mousses 780
Ouvriers et apprentis 146
Matelots hors de service 440
Mécaniciens et chauffeurs 4
La question de l’immigration a donné lieu dans nos colonies tropicales, à la suite de l’émancipation, à des débats nombreux et approfondis. Les Notices de la marine en donnent un résumé
très-substantiel que nous demandons la permission de reproduire ici.
A la Martinique, comme dans nos autres colonies, les noirs, à la suite de l’émancipation, désertèrent en grand nombre les habitations agricoles, et il fallut songer à les remplacer par des travailleurs étrangers. Quelques personnes étaient disposées, à cette époque, à provoquer une large immigration européenne, et les Administrations des Antilles furent saisies, en 1852, d’un projet par lequel des spéculateurs proposaient d’introduire à la Martinique et à la Guadeloupe plusieurs milliers de cultivateurs qui seraient recrutés dans les départements de l’Alsace et des Pyrénées. Après des discussions approfondies, ce projet ne fut point adopté.
Le conseil privé de la Martinique fit ressortir avec force que le cultivateur européen ne convenait nullement au climat des tropiques. L’opinion générale était alors qu’une immigration trop nombreuse de travailleurs de cette origine serait beaucoup plus nuisible qu’utile. Employés aux travaux accessoires d’une habitation, les Européens bien choisis peuvent rendre, disait-on, de bons services, mais aucun n’a encore réussi aux travaux de la canne qui sont trop durs pour eux dans ce pays. Les blancs ne peuvent être employés à l’agriculture coloniale que comme conducteurs de voitures, pour les soins à donner au bétail, à la fabrication et à la manipulation des denrées, à tous les travaux enfin qui n’exigent pas leur continuelle présence au soleil. Dans ces limites ils peuvent sans doute rendre des services, et encore ce n’est peut-être qu’à la condition d’être parfaitement choisis, très-ménagés, très-bien nourris. Il n’y a pas là l’élément d’une immigration nombreuse.
Il faut aux colonies ou des Asiatiques ou des Africains pour la culture du sol.
On se tourna donc vers les Indiens qui commençaient à être fort appréciés à la Réunion. Par un décret en date du 27 mars 1852, un capitaine au long cours, M. Blanc, fut autorisé à transporter aux Antilles 4,000 Indiens, dans un espace de six années, moyennant une prime de 500 fr. par adulte des deux sexes, et de 300 fr. par immigrant non adulte. Un autre décret de même date établissait avec détail toutes les conditions auxquelles les navires destinés au transport des immigrants dans nos colonies devaient être assujettis.
La dépense devait être couverte, partie par la colonie, partie parles engagistes. Une caisse dite d’immigration fut instituée à cet effet et formée, dès le principe, par les fonds provenant de rindemnité accordée à la colonie pour les noirs émancipés du domaine. L’État contribua de son côté et a continué de participer à l’introduction des travailleurs étrangers par une subvention annuelle versée à la caisse d’immigration et qui a varié de 100,000 à 150,000 francs.
M. Blanc introduisit à la Martinique 1,191 Indiens, puis il renonça à la concession que le décret du 27 mars 1852 lui avait faite. Le département de la marine traita alors avec la Compagnie générale maritime pour le transport de tous les coulis indiens qui pourraient être recrutés, pour le compte des Antilles, par la Société d’immigration de Pondichéry. La prime à l’introduction fut fixée à la somme nette de 415 fr. 55, ainsi répartie ; la Caisse d’immigration payait à la Compagnie maritime 318 fr. 05 par émigrant adulte, et directement à chaque engagé introduit 12 fr. 50. L’engagiste payait de son côté un supplément de 85 fr., à la Compagnie maritime, et il remboursait, en outre, à peu près intégralement, la Caisse d’immigration de ses avances au moyen de trois ou quatre annuités, d’un droit d’enregistrement et d’un autre droit proportionnel aux salaires de ses travailleurs. Dans ces conditions, la Compagnie maritime introduisit à la Martinique, dans l’espace de huit années (de 1855 à la fin de 1862), 9,158 Indiens.
La plupart de ces travailleurs se rengagent dans la colonie à l’expiration de leur premier contrat de travail dont la durée est de cinq ans. Ils touchent alors une prime fixée par le conseil général, et qui est de 40 fr. pour un rengagement d’un an, de 90 fr. pour un rengagement de deux ans, et de' 350 fr. pour un engagement de sept ans. Ceux qui préfèrent retourner dans leur pays sont rapatriés gratuitement. La Compagnie maritime est tenue, par son traité, de disposer à cet effet un de ses navires qui rapatrie, chaque année, les engagés indiens des colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane. Le prix de ces rapatriements, payé par la Caisse d’immigration de chaque colonie, est de 291 fr., si le nombre des rapatriés est inférieur à 50; de 242 fr. 50, s’il est inférieur à 100, et de 194 fr. seulement si le nombre est de 100 et au-dessus. Jusqu’à présent, le nombre des rapatriés s’est élevé, pour la Martinique, à environ 200 par an.
La Martinique ne recevait chaque année qu’un faible contingent de 1,200 à 1,500 Indiens; il ne pouvait suffire aux besoins des colons. Un traité qui fut passé au mois de septembre 1856 avec la maison Arnaud et Touache, de Marseille, pour l’introduction de 600 Chinois à la Martinique, et 600 à la Guadeloupe, n’ayant pas donné de résultats (l’opération avorta et ne recruta pas un seul individu), on se tourna vers la race africaine. Un capitaine au long cours de Nantes, M. Chevalier, avait déjà commencé à introduire à la Guyane quelques centaines de noirs recrutés dans les parties de la côte occidentale où l’esclavage n’existe plus (côte de Krou, Libéria, etc.). L’administration de la Martinique conclut à son tour un traité avec le capitaine pour diriger sur la colonie quelques convois d’Africains.
M. Chevalier introduisit, au mois de juillet 1857, un contingent de 283 individus ; mais les difficultés de recrutement devinrent telles qu’il dut renoncer à poursuivre l’opération.
Le département de la marine prit alors une mesure décisive. Le recrutement n’avait été jusqu’à cette époque autorisé que parmi les populations africaines originairement libres ; on décida de recruter parmi les populations à esclaves. L’esclave devait être racheté à son maître et transporté comme travailleur libre dans nos colonies à des conditions à peu près analogues à celles accordées aux Indiens, et avec la promesse d’être rapatrié gratuitement, à l’expiration de son engagement.
M. Régis, négociant à Marseille, se chargea par un traité du 27 mars 1857, d’effectuer les recrutements moyennant une prime de 485 francs net, pour chaque immigrant adulte introduit. Le noir racheté contractait un engagement de 10 ans et remboursait ultérieurement sur ses salaires, au colon qui en avait fait l’avance, une somme de 200 francs pour son rachat.
De 1857 en août 1862, date de l'arrivée du dernier convoi, M. Régis introduisit à la Martinique 9^090 Africains, exclusivement recrutés au Congo et à Loango. Pendant ce temps, quelques habitants de la colonie faisaient venir directement pour leur compte par l’intermédiaire de la maison Yidal, de Nantes, deux convois recrutés dans notre établissement du Gabon, et comprenant 342 noirs.
Les colons de la Martinique, qui avaient vu d’abord avec une certaine appréhension l’introduction des Africains, s’en sont montrés depuis entièrement satisfaits. On est généralement d’ac-
cord que l’emploi simultané des deux races, asiatique et africaine, produit sur les ateliers d’excellents résultats. A l’Africain sont dévolus les ouvrages les plus rudes, ceux où une plus grande dépense de force physique est nécessaire ; à l’Indien, les travaux qui exigent plus d’intelligence et d’industrie.
Mais comme le prix de l’introduction de l’Africain est, en somme, moins élevé que celui de l’Indien, que le noir est plus facile à nourrir, qu’il s’acclimate plus vite, on peut dire qu’il est aujourd’hui préféré à tout autre.
On a calculé que le prix de revient de la journée de travail d’un Africain ressort pour le propriétaire à 1 fr. 60, le prix de la journée de l’Indien à près de 2 fr. 60, enfin le prix de la journée d’un Chinois à 4 francs.
Le haut prix de ce dernier travailleur, on le conçoit, le met peu en faveur dans nos colonies.
Trois essais seulement ont été faits à cet égard à la Martinique. On y a reçu 754 Chinois apportés par les navires Amiral, Baudin et Galilée, et recrutés à Canton par les soins de la maison Malavois et C‘®. La colonie avait précédemment partagé avec la Guadeloupe un autre convoi apporté par le navire r Indien, appartenant à la Compagnie maritime, et reçu pour sa part 223 Chinois. La prime d’introduction était de 809 fr. 60, indépendamment de 61 fr. 80, payés à rengagé à son départ de Chine et remboursables ultérieurement sur ses salaires. La caisse d’immigration a dû faire l’avance de la totalité de la prime, l’engagé s’obligeant à en rembourser la plus grande partie au moyen d’annuités, dont l’Administration a été obligée déporter le nombre jusqu’à onze. Une pareille mesure indique assez que le Chinois est loin, en général, d’être recherché. Disons cependant que quelques propriétaires ont déclaré être très-satisfaits des travailleurs de cette origine et que des démarches ont été récemment faites par eux pour s’en procurer de nouveaux.
Un nouveau traité récemment conclu avec la compagnie transatlantique fixe la prime d’introduction pour chaque immigrant, adulte ou non adulte, à 415 fr. 55, sur lesquels l’engagiste rembourse 150 francs au moment où il reçoit l’immigrant ; la caisse d’immigration prend à sa charge 265 fr. 55 .
Au janvier 1864, la colonie possédait 15,576 immigrants, savoir :
Indiens..
Africains Chinois. ,
On doit ajouter à ce chiffre de travailleurs, 41,000 noirs indi-. gènes, employés sur les exploitations agricoles, savoir :
Engages à l’anne'e 6,00d
— à la journée 35,000