CHAPITRE VII
Agriculture. — Situation agricole. — Genres de culture. — Valeur des produits.
— Habitations rurales. — Statistique des travailleurs. — Bétail et animaux de
trait. — Canne à sucre. — Production annuelle. — Café. — Cacao. — Coton
— Tabac. — Épices. — Casse. — Vivres. — Bois. — Jardin botanique. —
Chambre d’agriculture.
L’industrie agricole de la Martinique est en voie de progrès. La culture de la canne est toujours la principale des cultures de la colonie.
« Les terres destinées à la production de la canne ne reçoivent jamais plus d"un ou deux labours en plein, et après qu’elles ont été sillonnées à la charrue; les autres travaux dont elles sont l’objet s’accomplissent au moyen des bras. Sarclage, fumage, entretien des terres et des plantes, tout se fait par des travailleurs qui reçoivent un salaire quotidien élevé, indépendamment d’une case et d’un jardin. Les cannes sont ordinairement plantées à une distance de 3 pieds 1/2 en moyenne. Sur certaines habitations, cependant, nous devons dire qu’on s’efforce de remplacer autant que possible le travail des bras par celui des instruments aratoires de toute sorte.
c( On cherche aussi à substituer le travail à la tâche au salaire journalier. Depuis 1857, des essais de drainage, encouragés par des primes, ont eu lieu dans la colonie, et ont donné de beaux résultats. » {Notices.)
La surface totale de la Martinique embrasse 98,782 hectares. Voici le nombre d’hectares affecté à chaque genre de culture.
Canne à sucre 19,565 hect.
Café. 515
Coton 24
Cacao 330^
Tabac 6
Vivres du pays. 12,051
Total des cultures 32,491 hect.
Le reste du sol est occupé par :
Savanes 22,532 hect.
Bois et forêts 19,733
Terrains non cultivés 24,026
Voici la quantité des produits et leur valeur (1862) :
Canne a sucre.
Sucre brut 27,079,300 kil 11,644,099 fr.
~ terré 550 — 275
Sirops et mélasses.. 6,119,876 — 1,162,776
Rhuinettafla 4,371,143 — 1,333,199
Café.
130,630 kil.. 300,449 fr.
Coton.
6,650 kil 9,975
Cacao.
127,500 kil 121,125
Tabac.
6,000 kil 14,100
En résumé :
La valeur brute des produits de culture atteint le chiffre de 14,585,998 fr.
Et comme les frais d’exploitation sont évalués à 7,292,999 fr., le produit net serait 7,292,999 fr.
La colonie comptait, à la fin de 1862, 5,612 habitations rurales, savoir :
Sucreries 559
Caféières 120
Cotonnières
Vivrières
Cacaoyères
Poteries
Chaufournerles . . , Moulins à vapeur
Soit : 5,612 habitations, ou plutôt exploitations, car souvent dans la même habitation plusieurs exploitations sont réunies. Nombre des travailleurs : 69,100.
Nombre des animaux de trait et du bétail, savoir :
Chevaux
Anes ^
Mulets
Taureaux et bœufs
Béliers et moutons
Boucs et chèvres
Cochons
Valeur des terres employées aux cultures: à raison de 1,000 fr. (terres à canne et à tabac), de 1,100 fr. (terres à cacao), de 1,200 fr. (terres à coton), de 1,600 fr. (terres à café et à vivres), de
500 fr. à 600 fr. (savanes, bois et friche)
Valeur des bâtiments et du matériel d’exploitation. — animaux de trait et du bétail.
Total du capital engagé dans les cultures..
38,811,800 fr.
78,141,860 fr.
Voici maintenant, d’après les Notices de la marine^ quelques détails sur l’origine des principaux produits cultivés à la Martinique.
i® Canne à sucre.
Les premiers Français, qui se sont établis aux Antilles, y trouvèrent la canne à sucre ; mais on ne commença à la cultiver spécialement pour en faire du sucre qu’en 1644 à la Guadeloupe, et un peu plus tard, en 1650, à la Martinique; cette dernière colonie dut à Benjamin Dacosta l’introduction de la culture de la canne. La canne créole fut remplacée plus tard par la canne jaune de Batavia, qui y fut apportée en 1787 par Guyot Duclos, et parla canne de Taïti, qui fut introduite en 1789 par l’intendant Foullon d’Écotier.
En 1720, on comptait déjà 23B habitants sucriers à la Martinique. — En 1789, il y avait 19,000 hectares plantés en cannes, qui rapportaient 18,500,000 kil. de sucre brut.
La production annuelle, jusqu’en 1832, a varié de 15 à 29 millions de kil.
De 1832 à 1862, elle a été, au plus bas, de 15,842,500 kil. (sucre), de 4,737,028 litres (sirops et mélasses), de 1,316,800 litres (rhum et tafia), et, au plus haut, de 30,988,250 kil. (sucre), de 6,630,000 litres (sirops et mélasses), et de 4,739,210 litres (rhum et tafia).
2'’ Caféier, )
Introduit en 1720 par le capitaine Declieux. En 1789, époque de la plus grande prospérité des caféières, 6,123 hectares étaient plantés en cafés. Mais, à partir de cette époque, cette culture commença à décroître, sous les ravages d’un petit ver blanc, VElachista cofféola, des convulsions terrestres et atmosphériques, et surtout de l’appauvrissement des terres. En 1835, on ne comptait plus que 3,082 hectares plantés en café, que 769 en 1855, et 515 en 1862. Le gouvernement, pour relever cette culture, a accordé dés primes d’encouragement, et, depuis lors on compte dans la colonie 109,142 pieds de caféiers nouvellement plantés.
3° Cacao.
Introduit par Benjamin Dacosta. Sa culture date de 1664. — Depuis 1859, elle se relève de la décadence où elle en était venue à partir du tremblement de terre de 1727.
4° Coton.
Indigène à la Martinique. Depuis 1779, époque de sa plus grande faveur (2,726 hectares étaient alors cultivés), la culture du coton a toujours été en diminuant.
5° Tabac.
Originaire de l’Amérique. Petun était le nom que lui donnaient les Caraïbes. Cette culture, longtemps négligée à partir de 1789, reprend faveur. En 1862, elle a donné 6,000 kilog., tandisque, en 1835, elle n’en avait fourni que 427 kilog.
6° Épices.
Cette culture est peu étendue. La plus grande partie des produits est consommée sur place.
7® Casse.
La culture du cassier (canéficier dans le pays) est fort ancienne
aux Antilles ; mais elle n’y a jamais été trcs-développée. En 1861, pourtant, la casse officinale a produit 445,403 kilog.
8° Vivres du pays.
Les plantations de vivres se composent principalement : de manioc, dont la racine fournit une farine substantielle qui forme la base de la nourriture des noirs ; de bananiers, végétal dont l’excellent fruit peut se consommer avec ou sans préparation; ^.'ignames, dont la racine est très-nourrissante et qui, parfois pèse jusqu’à 15 kilog. ; de patates, de choux caraïbes, des fruits de V arbre à pain, de maïs, etc.
9*^ Bois.
Très-difficilement exploitables à cause des escarpements et du manque de routes, mais ils sont fort riches ; bois de campêche, de construction, de charronnage, etc.
En 1863, il a été exporté 731,556 kilog. de bois de campêche.
On remarque à Saint-Pierre un jardin botanique, fondé en 1803 ; on y naturalise les plantes des Indes orientales et surtout les épices; on y collectionne les plantes indigènes, etc.
Un arrêté du U"* juillet 1859 a réorganisé la chambre d’agriculture. Elle siège à Saint-Pierre et se compose de 12 membres.