‹ Les colonies françaisesChapitre 198 sur 315 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Climat. Température. — - Saisons. — Pluies. — Vents. — Ouragans, etc. --

Population. — Indigènes. — Nègres. — Immigrants indiens. — Transportés.

— Pénitenciers.

Le climat de la Guyane ne mérite pas la mauvaise réputation qu’on lui a faite. Sans doute, comme tous les climats tropicaux, il exige de tout nouveau-venu des précautions spéciales, mais là s'arrête sa rigueur. Ces précautions prises, — éviter tout excès, ne point s’exposer découvert au soleil, s’éloigner en août, septembre et octobre des endroits sur lesquels souffle le vent des plaines marécageuses, — ces précautions prises, on peut vivre à la Guyane sans beaucoup plus de risques qu’ailleurs. Du reste, les travaux de dessèchement et de défrichement auxquels, depuis plusieurs années déjà, on se livre sans relâche, finiront par enlever à la peur à peu près tout prétexte sérieux.

La température habituelle varie entre 25° et 27°. Le thermomètre ne descend guère au-dessous de 20° et monte parfois à 36° et 38°.

GUYANE

Deux saisons : une saison sèche et une saison pluvieuse.

La première dure de juin ou juillet, jusqu’en novembre ou décembre ; la seconde, de novembre ou décembre jusqu’à juillet.

Année commune, il tombe à Cayenne de 3 m. à 3“,50 d’eau. Il en tombe davantage dans l’intérieur. Janvier, février, avril et mai sont les mois les plus pluvieux.

Les vents dominants sur la côte sont ceux du N.-N.-E. et du S.-E. Pendant la saison sèche, les vents soufflent de l’E. au S. Pendant la saison pluvieuse, de décembre en juin, ils soufflent de l’E. auN.

Pas d’ouragans, mais quelques ras de marée relative rr.cnt peu redoutables. Les tremblements de terre ont été rares jusqu’ici. Ceux de 1794, de 1821 et de 1843 les seuls qu’on ait remarqués, n’ont causé que des dommages insignifiants.

Le baromètre subit peu de variations atmosphériques. Il se tient entre 0“,758 et 0“,763.

Les plus longs jours ont une durée de 12 h. 18 m. et les plus courts, de 11 h. 42 m.

Hauteur maximum delà marée 3“,17

— minimum — 2 17

— moyenne — 2 67

A la fin de 1863, la population de la Guyane se montrait à 24,951 individus, savoir :

Population sédentaire et flottante (y compris la popu-

lation blanche qui forme le 15® de ce total). 18,507

Immigrants Africains, Indiens et Chinois 2,085

Indiens aborigènes 1,500

Réfugiés brésiliens du Para 280

Garnison 1,099

Personnel administratif et médical 151

Surveillants.... 177

Sœurs de Saint-Joseph et de Saint-Paul 77

Frères de PloërmeL 16

Transportés hors pénitenciers 372

Avec les transportés présents sur les pénitenciers, la population totale arrivait à plus de 30,000 individus.

Le nombre des décès, en 1862, a été de 512; celui des mariages, de 72; celui des naissances, de 450,

Il existe, disent les Notices de la marine, sur le territoire de la colonie quelques tribus d’indiens aborigènes qui forment une

LES COLONIES FRANÇMSES.

portion tout à fait distincte de la population coloniale. Ils reconnaissent l’autorité de la France, mais cette reconnaissance ne se manifeste guère qu’au moment où ils élisent un capitaine chef de tribu, dont le grade est soumis à la confirmation du gouverneur.

Leurs mœurs sont paisibles. Ils cultivent un peu de manioc, des ignames, des bananes, mais ils vivent surtout de chasse et de pêche.

Ils sont divisés en plusieurs tribus : les Trios^ sur les bords du haut Tapanahoni; les Oyacoulets, entre les criques Ouanimari et Aloué sur le haut Maroni; les Roucouyennes^ habitant les deux côtés des montagnes Tumuc-Humac; Émérillons, établis entre le Maroni et l’Approuague, à la hauteur de la crique Inini; les Aramichaux^ au delà des Émérillons, dans le haut de la crique Aroua et au milieu de la chaîne de séparation de l’Oyapock, et du Maroni; les Cayécouchiennes^ sur la rive gauche de l’Oyapock, au confluent de ce fleuve et du Camopi; et les Oyampis^ sur la rive droite du haut Oyapock.

Outre ces populations aborigènes, on rencontre, en remontant le Maroni, à partir de la réunion de l’Awa et du Tapanahoni, trois tribus de nègres désignés sous la dénomination générale de nègres-Bosh (nègres des bois); ce sont les Youcas, les Bonis et les Polygoudoux. Ces tribus ne sont pas indigènes; elles sont formées d’anciens esclaves et de soldats noirs qui se sont évadés autrefois de la colonie de Surinam. Ils vivent comme les Indiens, princir paiement de chasse et de pêche, et descendent souvent aux établissements français pour y commercer au moyen d’échanges consistant en bois, gibier e>t poisson. Leur nombre peut être évalué à 1,400 ou 1,500 individus.

L’émancipation des noirs, en 1848, jeta la Guyane, ainsi que nos autres colonies, dans une -perturbation à laquelle on dut au plus tôt chercher à remédier. La population esclave se composait de 13,000 noirs; beaucoup d’entre eux quittèrent le travail.

On recruta successivement des noirs africains, des coulis in-? diens et des Chinois.

Gomme dans nos autres colonies, on a constaté la supériorité de r Africain comme travailleur; il résiste mieux aux durs travaux. La santé de l’Indien est trop délicate pour qu’il puisse marcher longtemps. Le Chinois a donné quelque satisfaction à ses engagistes, mais il coûte trop cher (4 piastres par mois) .

GUYANE

Il est fâcheux que l’immigration africaine ait été interdite et qu’on soit obligé de recourir aujourd’hui à l’Indien exclusivement.

On comptait, à la fin de 1863, 950 Indiens, 960 Africains et 90 Chinois immigrants.

Une caisse d’immigration a été établie. A la fin de 1863, elle avait un actif disponible de 330,000 francs.

La Guyane a été choisie en 1852 par le gouvernement français pour être le siège d’une colonie pénale.

On y transporte les forçats, les repris de justice condamnés pour rupture de ban, les étrangers expulsés qui ne peuvent être rapatriés ou engagés dans la légion étrangère, et les condamnés coloniaux d’origine africaine et asiatique.

L’effectif des transportés était, à la fin de juillet 1864, de 6,425 individus, savoir :

Forçats 4,248

Réclusionnaires coloniaux 101

Repris de justice en rupture de ban 1,116

Libérés astreints à la résidence 813

Étrangers expulsés. 8

Femmes 102

Les pénitenciers sont nombreux; on compte ceux des îles du Salut et îlet la Mère (1,906 transportés); des roches du Kourtou (402 transportés); de la Montagne d’argent (539 transportés); de Saint-Georges (71 transp.); de la Comté (aujourd’hui abandonné pour son insalubrité) ; de Saint-Laurent (1,384 transp.); de Saint- Louis (716 transp.). Trois bâtiments en rade de Cayenne servent, en outre, de pénitenciers flottants (758 condamnés). Enfin, le dépôt de Mont-Joly reçoit les condamnés libérés astreints à la résidence ou ceux qui attendent leur rapatriement (196 individus, en 1864).

Les pénitenciers de Saint-Laurent ont surtout prospéré. La localité est très-salubre, puisque la mortalité n’y est que de un à deux pour 100.

Page 1