CHAPITRE V
Justice. — Décret du 25 juillet 18G4. — Tribunaux indigènes. — Tribunaux
français. — Statistique judiciaire (1864). — Culte indigène. — Culte catholique.
— - Assistance publique. — Hôpitaux. — Instruction publique.
Le décret organique du 25 juillet 1864 simplifie la procédure au civil et au criminel, crée un tribunal de première instance, un tribunal de commerce et un tribunal supérieur à Saïgon,
Des interprètes assermentés sont attachés à chacun de ces tribunaux.
Ce sont nos Codes qui sont appliqués.
Toutefois on a fait aux indigènes leur part. La loi annamite régit toutes les conventions et contestations civiles et commerciales entre indigènes et Asiatiques, sauf lorsque, dans un acte, il a été déclaré par les indigènes ou Asiatiques qu’ils entendent contracter sous l’empire de la loi française. — La loi annamite
régit aussi les crimes et délits des indigènes ou Asiatiques, sauf dans certains cas prévus par le décret organique susdit. — On a maintenu les tribunaux indigènes institués par le Code annamite.
Les conseils de guerre peuvent, sur un ordre du gouverneur, instruire sur les crimes et délits ayant un caractère politique ou insurrectionnel.
STATISTIQUE JUDICIAIRE (l864).
Tribunaux indigènes.
Jugements .rendus 689
Sur lesquels :
Jugements à mort 34
— à l’exil (6 ans et au-dessus) 365
— à la prison (2 ans et au-dessous) 290
Bureau judiciaire de Saigon.
Liquidation de successions d’Européens H
Actes divers notariés 94
Jugements en matière civile 7
— en matière commerciale 18
Ordonnances sur requêtes 83
La religion de la plus grande partie de la population annamite est une sorte de bouddhisme très-relâché. On adore des génies ou esprits qui, pour la plupart, sont des femmes. Voici quelquesuns de leurs noms : |
Ba-chua-ngoc {ba signifie madame), Ba-chua-dong, Ba-haotinh, Ba-tuy-long; Gô-hong {cô signifie mademoiselle), Cô-hang.
« Cette influence en faveur des femmes est due à ce que, dans le Bat-Quai, et au signe Li, la meilleure place est occupée par le ; principe femelle. Le Bat-Quai n’est autre chose que le Pa-qua | des Chinois, sorte de figure géométrique employée pour la di- j vination. Cette figure comporte huit divisions auxquelles cor- ! respondent des signes particuliers que tous les peuples de la 1 Chine supposent doués de nombreuses influences. Chaque signe i du Bat-Quai est composé de trois lignes horizontales, tantôt | pleines (mâles), tantôt brisées (femelles) ; le signe Li est repré- j senté par une ligne brisée entre deux lignes pleines. i
« Les Annamites vénèrent l’esprit du foyer, et cet esprit est représenté sous la forme de trois personnes, une femme placée i entre deux hommes ; cela n’est autre chose que la représentation de la figure Li.
COGHINGHINE.
« Les pagodes annamites sont construites avec beaucoup de luxe, et sont situées généralement au milieu des bois les plus touffus . Beaucoup de familles ont dans leurs cases un petit autel qui symbolise, la plupart du temps, leur seul culte extérieur; l’on y voit quelques statuettes de Bouddha et de Kouanine, déesse de la miséricorde. » (Notices, etc.)
Depuis le commencement du dix-septième siècle, époque de son introduction, le christianisme a subi bien des vicissitudes en Cochinchine. Les Annales de la propagation de la foi en donneront une idée.
Aujourd’hui, voici la situation :
Les trois provinces comptent environ 22,000 Annamites chrétiens, ainsi répartis: Saïgon, 10,000; Bien-hoa, 7,000; Mitho, 5,000.
Dix-sept missionnaires sont, sous la direction de l’évêque, chargés de l’administration spirituelle de ces chrétiens.
Un séminaire a été établi à Sàïgon.
Les trois provinces ont quatre couvents de religieuses annamites . On compte, en outre, un couvent de religieuses carmélites.
Saïgon possède une belle église. Plusieurs autres ont été relevées ou fondées dans les villages des trois provinces.
Tous les hôpitaux, l’Orphelinat de la Sainte-Enfance, une école de filles sont dirigés par 30 sœurs de Saint-Paul de Chartres.
Les hôpitaux sont au nombre de cinq : l’un (hôpital militaire) à Saïgon; l’autre (hôpital annamite), à Ghoquan ; les autres (hôpitaux militaires) à Mitho, Bien-hoa et Baria.
La plupart des postes ont une infirmerie.
Ces divers établissements hospitaliers sont desservis par 43 chirurgiens et 6 pharmaciens de marine, non compris les chirurgiens embarqués sur les bâtiments delà station navale.
L'instruction publique,, en Cochinchine, n’est pas restée en arrière dans les préoccupations du gouvernement français.
«Le corps des lettrés et des fonctionnaires, comme cela existe en Chine, formait, avant notre arrivée dans le pays, une caste qui devait tout son prestige à sa connaissance de la langue chinoise, la seule qui fût écrite et qui fût employée pour les actes de l’autorité. On sait les difficultés qu’exige l’étude de cette langue, le lettré chinois passe au moins la moitié de sa vie à acquérir, non des connaissances, mais l’instrument même de ces
connaissances, c’est-à-dire les signes idéologiques de la langue chinoise.
a Pour affranchir les indigènes, en même temps que nousmêmes, de ces intermédiaires orgueilleux, il suffisait donc d’enseigner aux Annamites, avec les vingt-quatre lettres de notre alphabet, le moyen de lire et d’écrire leur propre langue. Les missionnaires sont les premiers qui aient tenté cette réforme radicale ; mais avec le peu de ressources dont ils disposaient avant l’expédition française, il n’y a pas lieu de s’étonner que leurs progrès dans cette voie n’aient été qu’insignifiants. Depuis notre établissement dans le pays, tous nos efforts ont eu pour but la diffusion de la langue et de noire alphabet. » [Notices^ etc.)
Pour arriver à cet important résultat, nous avons fondé en Gochinchine : un Collège des interprètes français, un Collège des lettrés, une école dite École de l’évêque d’Adran, des Écoles primaires, l’OEuvre de la Sainte-Enfance ; on ne s’arrêtera pas dans cette grande et belle voie.