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CHAPITRE IV

Gouvernement. — Administration indigène. — Personnel europe'en et indigène.

— Forces militaires. — Station locale. — Population indigène. — Mœurs des

Annamites. — Chinois. — • Européens.

Le gouvernement de la colonie se compose du gouverneur et d’un conseil consultatif.

Le gouverneur est dépositaire de l’autorité impériale. Ses arrêtés sont, eti général^ soumis à l’approbation du ministre de la marine et des colonies, mais sont exécutoires par provision.

Le conseil consultatif, composé du commandant militaire, du chef du service administratif et du directeur de l’intérieur, assiste le gouverneur dans les actes de son administration.

La direction de l’intérieur, créée par un arrêté du 9 novembre 4864, comprend trois bureaux principaux. Le directeur a les mêmes pouvoirs que ceux des Antilles et de la Béunion. Il relève du gouverneur.

Un commissaire de marine est chargé de l’ordonnancement des dépenses, de la direction des services administratifs de la marine, etc.

L’organisation communale des indigènes a été conservée.

Voici ce qu’elle est, d’après les Notices delà marine.

Sous le gouvernement annamite, les provinces étaient administrées par un gouverneur, tong-doc,, au-dessous duquel venait, en première ligne, le mandarin appelé quan-bo^ ayant la haute direction des impôts, des registres de la population, des levées de troupes, de la surveillance de l’agriculture, etc.

Après le quan-bo venait le mandarin appelé quan-an,, qui, en sa qualité de chef de la justice, collationnait, révisait, approuvait, légalisait toutes les plaintes judiciaires de la province.

Les provinces étaient toutes divisées en un certain nombre de phus et de huyens (préfectures et sous-préfectures), administrées par des fonctionnaires qui, à un degré de hiérarchie différent, étaient chargés de l’administration de leurs circonscriptions respectives, en tant que surveillance générale, impôts, agriculture, justice, etc.

COGHINGHINE.

Ici s’arrêtait dans la province, en fait d’administration, la délégation de lautorité souveraine. Toutes ces hautes fonctions étaient données à des mandarins lettrés dont les actes étaient rédigés en chinois et écrits en caractères chinois, que ne connaissent pas les populations annamites, et qui, d’ailleurs, ne peuvent s’appliquer à leur langue.

Au-dessous des phus et des huyens se trouvaient le canton, puis la commune, unité administrative du royaume, qui partait de l’homme du peuple pour s’élever jusqu’au chef de canton.

Le huyen était donc divisé en cantons, et le canton en com^ munes ou villages.

La commune était administrée par un Xâ (maire) et par un conseil de notables. — Le maire était nommé à l’élection et recevait son cachet ou commission du gouvernement des mandarins. Le cai-tong (chef du canton) était choisi, parmi les maires, présenté par les conseils des notables, et nommé par l’autorité supérieure...

Aujourd’hui le maire est nommé par le gouverneur, mais présenté par le conseil du village. On a maintenu l’organisation ancienne pour le reste.

L’administration supérieure a subi certaines modifications, dont voici les principales :

Dans la province de Gia-dinh, l’arrondissement de Saigon (ou Binh-duong-huyen), à l’exclusion de la ville européenne, est administré par deux inspecteurs des affaires indigènes qui, en qualité de quan-bo et de quan-an sont chargés des impôts et de la justice indigène.

L’arrondissement de Bing-long a gardé son huyen annamite.

Le reste de la province est divisé en cinq inspections, régies par des inspecteurs indigènes.

Dans la province de Bien-hoa, les quatre inspections sont, comme dans la province de Gia-dinh, régies par des inspecteurs des affaires indigènes.

Dans la province de Mitho, l’ancienne hiérarchie annamite est demeurée intacte, sauf en ce qui regarde le Tong-doc, gouverneur ou commandant supérieur, le quan-bo et le quan-an^ qui sont des officiers français. Les quatre huyens sont des fonctionnaires indigènes.

Le personnel européen et indigène se compose ainsi :

Administration de la marine (30 fonctionnaires et employés).

1 commissaire de la marine, chef du service admmistratif, ordonnateur ;

1 commissaire-adjoint; 4 sous-commissaires; 9 aides-commissaires, 15 commis de marine.

Direction de Vintérieur (23 fonctionnaires et employés).

1 directeur; 1 secrétaire général; 2 chefs de bureau; Isouschef; 18 employés ;

Affaires indigènes.

1'^ Personnel européen. — 27 inspecteurs; 6 stagiaires; 42 secrétaires, commis et employés divers. Total : 69.

2® Personnel indigène. — 2 phus (préfets) ; 12 huyens (souspréfets) ; 36 secrétaires des phus et des huyens, 45 interprètes annamites ; 39 lettrés annamites ; 3 graveurs annamites et chinois; 1,700 miliciens indigènes ; 46 (chefs), 100 (sousofüciers) ; 40 tholaïs (fourriers), 20 trams, 3 dois chefs de partisans, 50 partisans de Go-cong. Total : 2,095 .

Justice européenne et mixte (10 fonctionnaires).

1 procureur impérial, chef du service judiciaire;

1 substitut; 5 juges; 2 greffiers; 2 interprètes; 2 huissiers.

Culte.

1 évêque;

2 grands vicaires ; 1 secrétaire de l’évêché ; 4 curés; 12 desservants et vicaires ; divers desservants et catéchistes annamites.

Instruction publique mixte (75 fonct.).

1 Gia-tho (professeur d’enseignement supérieur) ; 4 Huan-dao (surveillants de l’enseignement) ; 6 hoc-shanh (élèves ayant subi l’examen); 1 directeur du collège des interprètes français; 6 élèves du collège ; 1 supérieur et 10 frères de la Doctrine chrétienne ; 1 supérieure et 4 sœurs de Saint-Paul de Chartres ; Pas de maîtres d’école primaire.

Ports et phares (26 fonctionnaires et employés).

1 capitaine et 1 maître de port à Saïgon ; 1 maître de port à

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Chohen ; 6 matelots ; 10 bateliers et interprètes annamites ; 7 gardiens de phares.

Police (93 fonctionnaires et employés).

2 commissaires de police ; 5 agents européens ; 10 agents de police asiatiques; 4 caporaux et 40 matas (gardes de police); 3 sergents ; 3 caporaux; 20 gardes de la garde urbaine; 2 interprètes; 4 journaliers.

Prisons.

1 aumônier ; 3 concierges ; 6 guichetiers ; 6 autres agents .

Hospice indigène de Choquan (17 employés).

2 sœurs françaises; 2 sœurs indigènes; 6 infirmiers et 6 infirmières asiatiques; 1 concierge; 1 cuisinier.

Services financiers (11 fonctionnaires et employés).

1 trésorier-payeur; 1 inspecteur des finances (mission accidentelle); 1 agent des postes; 1 préposé; 2 vérificateurs du cadastre; 1 conservateur des hypothèques; 1 inspecteur de forêts et 3 gardes.

Service télégraphique.

1 sousrinspecteur, chef de service ; 2 chefs de station; 2 commis principaux; 13 stationnaires; 8 surveillants; 12 plantons; journaliers.

Ponts et chaussées (20 fonctionnaires).

1 ingénieur colonial, chef du service ; 2 sous-ingénieurs coloniaux ; 9 conducteurs ; 8 piqueurs.

Imprimerie (19 fonctionnaires).

1 chef typographe ; un écrivain autographe; 3 compositeurs ; 3 imprimeurs; 2 relieurs ; 7 autres agents.

Agents divers.

1 directeur du jardin botanique ;

93 agents employés à divers services.

lies forces militaires employées en Gochinchine se composent de soldats français et de soldats indigènes.

L’effectif comprend des détachements d’artillerie de marine,

du génie, d’infanterie de marine, de gendarmerie maritime, d’un escadron de spahis, d’une compagnie d’infanterie indigène, et de milices indigènes. — L’effectif normal des troupes européennes n’est pas encore fixé. — La compagnie indigène comprend des soldats qui proviennent du recrutement ou d’engagements volontaires.

Le nombre des navires qui doivent composer la station locale n’est pas encore arrêté.

Un arsenal maritime a été construit à Saigon. Deux bassins recevront l’un des canonnières, l’autre un dock flottant.

La colonie se com.pose aujourd’hui, outre les indigènes, de Chinois et d’Européens.

M. Fallu, dans son Histoire de V expédition de Cochinchine en 1861, s’exprime ainsi sur les Annamites et leurs mœurs :

Ce peuple appartient à la variété de l’espèce humaine que les anthropologistes désignent sous le nom de race mongole. Ils sont petits. Ils ont les membres inférieurs bien constitués, le bassin peu développé, le buste long et maigre, les épaules assez larges, la poitrine en saillie, les muscles du cou de même, la tête d’une grosseur proportionnelle avec le reste du corps, les mains étroites et longues avec les doigts noueux.

Leur teint varie beaucoup, suivant l’éducation, le rang ou les travaux, depuis la couleur de la cire d’église jusqu’à celle de la feuille morte et de l’acajou. Le front est rond , évidé par les tempes ; les pommettes sont très-proéminentes ; les yeux noirs, assez peu bridés, ont une expression douce, chagrine et timide. Le nez est trop large vers le haut et produit l’effet des pièces anatomiques rapportées après coup : c’est le trait .distinctif du visage asiatique.

Les Annamites sont imberbes jusqu’à l’âge de trente ans environ; même alors leur barbe est peu fournie et ne vient que sur les lèvres et au menton. Ils portent les cheveux longs. Les hommes del’Annam rassemblent cet ornement, auquel ils tiennent beaucoup, de façon à laisser les oreilles découvertes.

Les Annamites ont quelque chose d’étrange et d’aisé dans la démarche ; la tête surtout a un port singulier, qui provient sans doute de la mode du chignon et du mouvement particulier dont elle est cause.

Mais, de toutes les coutumes qui peuvent surprendre un Européen dans cette partie de l’Asie, celle de teindre les dents en

GOGHINGHINE.

noir, est la plus déplaisante : à une certaine distance, les plus jeunes visages paraissent édentés. Les Annamites, ainsi que tous les peuples de la Malaisie, mâchent constamment une composition dans laquelle il entre du poivre-bétel, •de la noix d’arec, du cardamome, de la chaux et quelquefois du tabac. Cet aromate a une saveur agréable, quoique mordante, et il exerce l’influence des narcotiques. C’est par erreur qu’on attribue la couleur noire des dents chez les Annamites à l’usage du bétel ; leurs dents sont noircies avec une drogue de composition chinoise. Les femmes européennes, à Macao, mâchent le bétel en cachette, et leurs dents restent blanches.

La population indigène, pour les trois provinces, peut être évaluée à 900,000 âmes.

On rencontre beaucoup de Chinois. L’immigration de ce peuple en Cochinchine date de la fin du dix-septième siècle. Son centre principal est Cbolen, à 7 kilomètres de Saïgon. Chaque année, bon nombre de marins chinois envahissent la Cocbincbine.

Les Européens sont encore peu nombreux. On en comptait 591 en juin 1864 ; tous se distinguent par une grande activité, et le temps n’est pas éloigné où la colonie française de Cochinchine rivalisera avec ses aînées des Antilles et de la Réunion.

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