CHAPITRE V
Agriculture. — Café, coton, canne à sucre, oranger. — Essences diverses. — Bétail. — Poissons. — Huîtres. — Jardin botanique. — Industrie. — Charpenterie, etc. — Briqueteries. — Régime commercial. — Importations. — Exportations. — Objets d’exportation. — Navigation coloniale. — Mouvement de la navigation. — Service postal.
Le sol de Taïti se prête à toutes les culturfes de l’île de la Réunion. Jusqu’ici, toutefois, l’agriculture n’a pas atteint le degré de développement auquel elle est appelée. Le café, le coton, la canne à sucre, l’oranger, etc., prospéreront certainement bientôt, et donneront d’excellents produits. Deux grandes entreprises agricoles se sont formées, qui semblent devoir mener à bien les projets et plans qu’elles ont conçus.
Un préjugé très-répandu, disent les Notices delà marine, existe sur le peu de terres, que l’île de Taïti offre aux travaux de l’agriculture. L’île de Taïti seule est plus étendue de 6,000 hectares que notre colonie de la Martinique : ses nombreuses dépendances lui donnent des développements considérables.
La vraie difficulté consistait, et consiste encore, pour l’établissement des colons, dans l’achat des terres. Les indigènes, avant l’arrivée des Européens, occupaient le sol, sans se préoccuper
beaucoup des limites de leurs propriétés, et jouissaient en commun de ses produits spontanés.
Ils ont compris quel intérêt il y avait pour eux à ne pas se déposséder aveuglément en faveur des étrangers. Les lois taïtiennes et les arrêtés du commissaire impérial entourent de garanties toutes spéciales la propriété indigène, et veillent à ce qu’elle ne puisse être acquise par des Français ou par des étrangers que suivant des transactions soumises à une procédure régulière.
Dès 1845, la loi taïtienne a inves*ti le commissaire impérial du droit de s’opposer à toute vente de terres des indigènes à des Français et à des étrangers. Nos protégés ont compris que nous saurions mieux qu’eux-mêmes les prémunir contre de funestes entraînements. Mais les terres disponibles ne manquent pas, et l’administration locale, en constituant, le 30 juillet 1863, une caisse agricole, a voulu elle-même acheter les terres offertes par les indigènes, dans des conditions qui ne puissent nuire, ni à l’intérêt particulier des vendeurs, ni à l’intérêt commun de leurs villages.
Sans entourer d’aucune barrière les villages taïtiens, l’administration pensait qu’il importait de placer de préférence les colons sur les terrains situés entre ces villages, afin qu’un mélange trop brusque de gens ayant des idées très-différentes sur l’exercice du droit de propriété n’amenât pas des conflits regrettables.
Parmi les végétaux du pays, on remarque : le tamanu et le miro (bois de rose), très-durs et excellents, le (bâncoulier), le bois de fer, le burao^ le sandal, le maiore (arbre à pain), le cocotier ; l’oranger et le goyavier, l’un et l’autre importés et qui prospèrent.
Dénombré des animaux s’accroît sensiblement. En juillet 1863, les îles Taïti et Moorea avaient :
Chevaux 1,027
Anes..* 40
Mulets 9
Taureaux, bœufs, vaches 4,609
Béliers et moutons 88
Boucs et chèvres. 3,290
Porcs 10,849
Volaille 20,059
Les oiseaux sont rares, mais le poisson abonde. Aux îles Basses, les huîtres perlières sont nombreuses.
Les naturels mangent l’animal contenu dans la coquille. Il est hors de doute que ces huîtres pourraient être exploitées avec des
précautions et une prévoyance qui ont fait défaut jusqu’à ce jour. On augmenterait ainsi une richesse naturelle bien utile pour procurer, par les échanges du commerce, tout ce qui manque au bien-être de nos insulaires. La nacre est vendue d’ordinaire au poids, à 15 francs environ les 100 kilogrammes ; mais si le payement a lieu en étoffes, le bénéfice du négociant va au delà. Il en est de même du cocotier. Ces précieux et magnifiques végétaux, couvrant des îles à fleur d’eau, semblent sortir de la mer ellemême. Ils offrent de grands éléments de commerce. L’huile de coco se vend en moyenne 50 francs les 100 litres.
On doit donc revenir au plus tôt du préjugé qui plane sur la possibilité d’étendre l’agriculture à Taïti et dépendances.
A l’intérieur de l’hôpital militaire de Papeete, il y avait, avant 1864, un petit jardin botanique qui a été transféré en dehors, et plus avantageusement. On espère y acclimater l’arbre à quinquina.
. L’industrie n"est pas très-avancée encore. Cependant, elle est en progrès. On trouve à Taïti des constructeurs de pirogues, des charpentiers, des maçons, des confectionneurs d’étoffes en écorces d’arbres, etc.
Des carrières de pierre sont exploitées à Papeete. Les coraux de la côte donnent une excellente chaux, et le corps des ponts et chaussées fabrique de bonne brique.
Le régime commercial est déterminé, en l’absence de toute loi métropolitaine, par le commissaire impérial.
Il a été ouvert au commerce extérieur et à la navigation au long cours deux ports : celui de Papeete (avec un avant-port, Tanoa), et celui de Papetoai(île Moorea). Le cabotage du pays a la jouissance des autres ports desTles Taïti.
Le port de Taïohae (îles Marquises) est complètement libre.
Le port de Mangareva (îles Gambier) est également libre.
Celui de Papeete, toutefois, peut seul recevoir des liquides.
Un seul impôt: l’impôt des patentes. Les douanes ont été supprimées le U’’ janvier 1865.