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CHAPITRE PREMIER

Résumé historique.

Découverte par Cook, le 4 septembre 1774, la Nouvelle-Calédonie est l’une des îles les plus considérables de l’océan Pacifique et de la Mélanésie.

Elle est située entre les 20*^ 10' et 22° 26' de latitude S., et entre les 161° 35' et 164° 40' de longitude E. du méridien de Paris.

Les principaux faits historiques se rattachant à cette île sont les suivants :

La visite qu’y dut faire la Pérouse, en 1788, après avoir quitté Botany-Bay ; — la carte qui fut dressée de l’île par Beautemps- Beaupré, géographe de l’expédition en 1791 à la recherche de la Pérouse; — la découverte du port Saint- Vincent, sur la côte Ouest, par le capitaine Kent (1793 ou 1803),

Jusqu’en 1843, aucun navire de guerre ne visita la Nouvelle- Calédonie ; mais à cette époque, une corvette, le Bucéphale^ commandée par M . Julien de la Ferrière, vint mouiller à Balade, et y déposa Mgr Douarre, évêque d’Amata, les RR. PP. Viard et Rougeyron, et deux frères laïques. Tel fut le premier noyau de la mission dont la Nouvelle-Calédonie est actuellement le centre.

En septembre 1843, M. Bérard, lieutenant de vaisseau, commandant du Rhin, se rendit à Balade ; l’année suivante, la Seine, commandant Le Comte, se perdit sur la côte entre le cap Golnett et Balade. Pendant leur séjour forcé, M. Le Comte et ses officiers explorèrent le pays, qu’ils ne quittèrent que deux mois après leur naufrage.

Au mois d’août 1847, les naturels attaquèrent les missionnaires.

Ceux-ci furent contraints momentanément à se retirer, La Bnl- Imte^ commandant duBouzet, les recueillit.

Le comte d’Harcourt, commandant V Alcmène^ vint mouiller à Balade au commencement de 1851. Pendant le séjour de ce bâtiment, il se passa un fait qui fut en partie le point de départ de notre prise de possession. Une chaloupe, commandée par deux aspirants de marine, MM. Devarenne et de Saint-Phalle, avait été envoyée à dix lieues pour opérer une reconnaissance hydrographique ; les indigènes se ruèrent dessus et massacrèrent l’équipage; trois matelots seulement sur quinze purent regagner le bâtiment ; quant aux deux aspirants, ils avaient péri des premiers.

Après avoir vengé d’une manière éclatante et rapide nos malheureux compatriotes, M. d’Harcourt rendit compte au gouvernement de ce qui avait eu lieu. On résolut de s’emparer de la Nouvelle-Calédonie.

Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes, commandant en chef les forces navales dans le Pacifique, arriva à Balade, et, sans opposition de la part des indigènes, il prit immédiatement possession, au nom de la France, de la Nouvelle- Calédonie et dépendances.

Le 29 du même mois, l’amiral se rendait à l’île des Pins. Les naturels, éclairés par les missionnaires, s’empressaient aussitôt de faire leur soumission à la France, ce qu’ils avaient refusé, quelques semaines auparavant, à l’Angleterre. De retour à Balade, l’amiral fit commencer la construction d’un blockhaus qui fut promptement terminé.

M. Febvrier-Despointes quitta l’île le 31 décembre 1853. Il eut pour successeur M. Tardy de Montravel, capitaine de vaisseau. Celui-ci, pendant un séjour de près d’un an à la Nouvelle-Calédonie, compléta notre prise de possession, fit reconnaître aux principaux chefs notre souveraineté, explora les côtes, et fonda sur la baie de Numea (côte S. -O.) Port-de-France, aujourd’hui chef-lieu de l’établissement français.

Au commencement de 1855, M. du Bouzet, capitaine de vaisseau, vint relever M. Tardy de Montravel, appelé dans les mers de Chine, Après avoir fait construire une caserne et les édifices nécessaires à toute colonie nouvelle, M. du Bouzet visita Balade et Poébo, accompagné de M. Testard, chef de bataillon d’infanterie de marine. Au retour, V Aventure qu’ils montaient se perdit

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sur les récifs de l’île dès Pins dans la nuit du 28 au 29 avril 1855 ; les indigènes convertis vinrent avec le plus louable empressement en aide aux naufragés .

En octobre de la môme année, M. Testard, commandant en l’absence de M. duBouzet, parti pour Taïti, fit quelques concessions de terre à des colons dans le voisinage de Port-de-France. On concéda aussi aux missionnaires 3,400 hectares dans la baie de Morari ou Bulari^ sous la condition d’y établir à leurs frais un village qui servît de poste avancé contre les sauvages. Telle est l’origine de Conception, situé à 10 kilomètres au sud de Port-de- France. Dès le P'’ nov. 1855, le R. P. Rougeyron, chef de la mission, y amenait 150 indigènes chrétiens. Ces indigènes, dont le nombre s’est accru, nous ont, depuis lors et en plus d’une circonstance, rendu d’importants services.

De nouveaux colons, en juin 1856, acquirent d’un chef indigène la belle vallée de Bulari, à quelque distance au sud de Portde-France ; ils en furent chassés par les naturels. Cet insuccès ne découragea point M. Bérard qui, peu après, s’associa à plusieurs Européens, reprit possession de la vallée, y fit de grandes plantations de canne à sucre et y monta un moulin à canne.

C’était prématuré. Les indigènes, sous les ordres du chef Kouinedo, n’avaientpas cessé leurs hostilités. Après avoir successivement massacré trois indigènes de Conception et quatre colons, ils envahirent, le 19 janvier 1857, l’établissement de M. Bérard, qu’ils assassinèrent avec onze autres blancs.

Il fallut intervenir. De fréquentes expéditions furent dirigées contre les indigènes réfugiés dans les montagnes et les vallées voisines de Port-de-France; au commencement de 1848, le chef Kouinedo fut enfin surpris et contraint à livrer des otages.

L’état des choses n'était pas plus satisfaisant sur la côte orientale. En mars 1856, sept colons, qui se dirigeaient de Kanala vers le nord de l’île, avaient été attaqués, et six avaient péri assassinés ; le poste de Balade était menacé; l’église de la mission, à Poébo, était la proie des flammes. Trois expéditions durent être lancées contre les indigènes, et Bouarat, chef d’une tribu révoltée (aujourd’hui devenu notre fidèle allié), fut déporté à Taïti.

M. du Bouzet, revenu dans la colonie en mai 1857, en partit pour France en octobre 1858. Son successeur, M. Saisset, capitaine de vaisseau, arriva à la Nouvelle-Calédonie en mai 1859.

Une reconnaissance à travers File fut immédiatement com-

mencée par lai. De Yaoué ou Pont-des-Français, à 8 kilomètres de Port-de-Prance, il se rendit à Boulari, où furent trouvés presque partout des affleurements de houille^ mais non des couches exploitables. De là, l’expédilion gagna par terre les villages d’Ounia et de Yaté, puis par mer Kanala, où fut assis, au fond de la baie, l’établissement de Napoléonville.

Le 31 août 1859, une colonne de 175 hommes, sous les ordres du commandant Saisset, marcha contre la tribu de Yenguène, une des plus belliqueuses de l’île, qui, quoique privée de son chef Bouarat, persistait à montrer des intentions hostiles, excitée par des Européens qui convoitaient la succession de ce chef exilé à Taïti. En huit jours, la tribu fut dispersée; trois Européens, pris les armes à la main, furent fusillés.

L’expédition nous coûta deux hommes tués (le capitaine Tricot fut de ce nombre), et 25 blessés. On revint ensuite à Kanala, d’où, après avoir traversé l’île dans toute sa largeur pour se rendre à Ouaraye (Uaraï), sur la côte ouest, on gagna par mer Port-de- France.

Les chefs Jack et Kandio, principaux meurtriers de M. Bérard, furent saisis dans le même temps. On les fit passer par les armes.

Au mois de décembre 1859, une amnistie fut accordée aux débris des bandes indigènes des environs de Port-de-France.

M. Saisset quitta la colonie le 4 avril 1860, et fut remplacé par M. Durand, chef de bataillon d’infanterie de marine, qui luimême eut pour successeur, le 2 juin 1862, M. le capitaine de vaisseau Guillain.

Depuis lors, disent les Notices publiées par ordre du Ministre de la marine et des colonies, notre influence s’est accrue chaque année. Toutefois, des expéditions ont été rendues nécessaires de temps à autre, tant pour faire rentrer dans l’ordre certaines tribus récalcitrantes que pour venger des attaques et des massacres de la part des indigènes. Parmi les plus importantes de ces expéditions, nous citerons celles de Wagap (janv. 1862), de Monéo (28 mars, 4 avril 1864), des Loyalty (juin 1864) et de Gatope (sept. 1865). — A la suite de ces expéditions, deux postes militaires ont été créés, l’un à Wagap, sur la côte est, l’autre à Gatope, sur la côte ouest. La sécurité de nos relations avec le nord de la colonie se trouve ainsi assurée. — Quant à l’occupation militaire des îles Loyalty, où nos missionnaires étaient établis depuis 1859, elle remonte au mois de mai 1864. Un petit poste de 25 hommes.

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SOUS les ordres d’un lieutenant d’infanterie de marine, avait d’abord été installé à Enou, sur la partie nord du littoral de la baie de Sandal (île Lifou). Mais deux des tribus de l’île ayant manifesté des intentions hostiles et cherché à soulever contre nous le reste de la population indigène, le gouverneur, M. le capitaine de vaisseau Guillain, résolut devenir lui-même sur les lieux. Il partit de Port-de-France le 19 juin 1864, emmenant avec lui 200 hommes de troupes. En passant, il s’arrêta à Maré, la plus méridionale des îles Loyalty, pour y faire reconnaître notre autorité, et, le 21 au matin, l’ancre fut jetée dans la baie du Sandal, en face du poste d’Enou. Une partie des troupes fut débarquée pour renforcer ce poste, tandis que le Fulton transportait sur la côte sud de l’île 125 hommes d’infanterie de marine destinés à parcourir l’île du sud au nord et revenir joindre le gouverneur sur la côte ouest. — Le 24, les forces qui étaient restées dans la baie de Sandal occupèrent Ghépénéhé, gros village situé à petite distance au sud d’Enou et qui était devenu le foyer de l’insurrection.

Pendant ce temps, les 125 hommes, sous les ordres du commandant Testard, débarquaient sur la côte sud-est, à Louengani. Le lendemain, ils se mettaient en marche pour la baie du Sandal. Chemin faisant, la petite colonne dut faire usage de ses armes pour repousser les indigènes. L’état de siège fut prononcé. Le 27 juin. Boula, un des trois grands chefs de l’île, fît sa soumission, et, dès le 29, le gouverneur put repartir pour Port-de- France, laissant à M. Testard, commandant supérieur des forces de terre et de mer, le soin de rétablir complètement l’ordre et la paix.

Les indigènes ne tardèrent pas à comprendre nos intentions pacifîques. Leur soumission en fut la conséquence. Aujourd’hui ils s’occupent assez activement de la plantation du coton et surtout de celle des cocotiers.

Le groupe d’Uvea est actuellement divisé en trois districts. Chacun d’eux est administré par un chef indigène qui relève du commandant de Lifou.

Gouverneurs et commandants,

1853. Febvrier-Despointes, contre-amiral.

1854. Tardy de Montravel, capitaine de vaisseau.

1854-1858. Du Bouzet, capitaine de vaisseau.

1838, Testard, chef de bataillon d’infanterie de marine, commandant particulier.

1839-1860. Saisset;, capitaine de vaisseau, gouverneur des établissements français de l’Océanie.

1838-1839. Durand, chef de bataillon d’infanterie de marine, commandant particulier de la Nouvelle-Calédonie.

1860. Un décret du 14 janvier sépare la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances des autres établissements de l’Océanie et les érige en colonie distincte.

1860-1862. Durand, chef de bataillon, puis lieutenant-colonel, commandant de la Nouvelle-Calédonie et dépendances.

1862. Guillain, capitaine de vaisseau, gouverneur.

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