Conseil d'appel
Il se compose de cinq conseillers; l’un d’eux remplit les fonctions de président .
Le procureur impérial remplit les fonctions du ministère public.
Le conseil connaît de l’appel des jugements du tribunal de instance et du tribunal correctionnel.
Il statue, comme chambre d’accusation, sur les instructions en matière criminelle, correctionnelle et de police.
Il prononce le renvoi devant les juges compétents ou déclare qu’il n’y a pas lieu à suivre.
En matière civile et commerciale, il connaît des demandes formées par les parties ou parle procureur impérial, dans l’intérêt de la loi, en annulation des jugements en dernier ressort de la justice de paix et du tribunal de l*"® instance, pour incompétence ou excès de pouvoir.
En matière de police, il connaît des demandes formées par le ministère public dans l’intérêt de la loi, et par les parties, en annulation des jugements en dernier ressort du tribunal de simple police ou du tribunal correctionnel pour incompétence, excès de pouvoir, contravention à la loi.
Il se constitue en tribunal criminel pour juger des crimes de nature à emporter peine afflictive ou infamante. Dans ce cas, il se complète par l’adjonction de quatre membres assesseurs, choisis parmi les habitants notables. — La présence de trois membres, le président compris, suffit pour qu’il y ait arrêt.
En matière civile ou commerciale, tous les arrêts du conseil d’appel peuvent être attaqués en cassation dans les cas prévus.
En matière criminelle, les jugements et arrêts ne sont pas susceptibles du recours en cassation, sauf: 1® le droit du ministère public de dénoncer au gouverneur les jugements et arrêts contraires à la loi; 2® le droit que réservent les art. 441 et 442, Code instr. crim., au gouvernement et au procureur général près la Cour de cassation.
La religion des Néo-Calédoniens est assez difficile à définir. C’est un ensemble de superstitions, ridicules pour la plupart. Toutefois, on remarque que, s’ils n’ont pas l’idée d’un Dieu créateur, ils admettent une sorte de divinité, Neuengut (l’âme du monde), qui gouverne tout, qui produit tous les phénomènes qu’on ne saurait expliquer.
En outre de cette divinité, dit le P. X. Montrouzier, il est une foule de génies attachés à divers lieux et appliqués à diverses fonctions. Ainsi, il en est que Ton prie pour obtenir une pêche abondante; d’autres qui accordent le vent, la pluie, le soleil. Ceux-ci résident dans les bois, ceux-là dans les cimetières. Tous
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ont leurs prêtres, qui exploitent la crédulité du peuple ou vivent à ses dépens. Ces prêtres ou prieurs se divisent en plusieurs . classes : les uns sont chargés de jeter des maléfices, d’autres de découvrir les auteurs des maléfices. Il y en a qui donnent des amulettes pour être invulnérables, réussir dans une entreprise, se rendre invisibles; d’autres enfin qui ont le don de voir et d’entretenir des génies tantôt mâles, tantôt fenaelles, vivant dans les bois, principalement près des sources, ayant un corps invisible aux profanes, d’une ou deux coudées de haut, volant dans les airs et portés au mal.
L’existence d’une vie future est aussi admise par les Néo-Calédoniens, Quel sera le sort des bons et quel sera celui des méchants? Ils supposent que chacun conservera après la mort la position qu’il occupait sur la terre, que les chefs resteront chefs, que les sujets resteront sujets, mais que les uns et les autres seront plus heureux qu’ils n’étaient ici-bas, mangeant des bananes mûres et se plongeant dans le plaisir des sens.
Souvent ils se croient obsédés par les âmes de leurs ancêtres; ils font alors des choses extraordinaires, grimpent sur les cocotiers, gravissent les montagnes avec une agilité extraordinaire, déploient beaucoup de force, battent quelquefois ceux qu’ils rencontrent, et ne reviennent à leur état normal que lorsqu’un prieur a mâché quelques herbes et les leur a crachées à la figure.
La conversion de ces peuples a été d’abord entreprise par les Pères Maristes : Douarre, évêque d’Amata, les RR. PP. Yiard
etRougeyron, avec deux frères de leur congrégation, débarquèrent à Balade en décembre 1843. Après des difficultés sans nombre, manque de vivres, persécutions des indigènes, la mission de Balade fut contrainte à se réfugier à Poébo, où s’était établi le R. P. Rougeyron. La mission de Poébo ne tarda pas à être attaquée par les naturels; il fallut abandonner momentanément la Nouvelle-Calédonie. Les missionnaires se retirèrent à Sydney, puis à Annatom, île du groupe des Nouvelles-Hébrides. En 1848, deux d’entre eux, accompagnés de quatre frères, se rendirent à l’île des Pins,
d’Amata, nommé vicaire apostolique, revint de France en septembre 1849, amenant avec lui lés RR. PP. Bernin, Forestier, Yigouroux, Anliard et un frère. Il laissa à Annatom deux pères et un frère, plaça à l’île des Pins le R. P. Goujon, et partit avec les RR. PP. Roudaire, Rougeyron, Bernin, Anliard
et Forestier, pour visiter la côte est de la Nouvelle-Calédonie.
Ils séjournèrent quelque temps à Yenguène et à Yaté; mais bientôt l’attitude menaçante des indigènes les força de nouveau à quitter l’île. Ils se retirèrent, emmenant avec eux un certain nombre de Néo-Calédoniens convertis, et passèrent à l’île des Pins et à Sydney.
En 1850, d’Amata revint à Balade avec ses missionnaires. Cette fois la mission fut plus heureuse. L’établissement de Poébo put même, comme celui de Balade, être relevé. En février 1853, un nouveau missionnaire, le R. P. Montrcuzier, arriva. Malheureusement,' au mois d’avril suivant, Douarre mourut.
Il fut remplacé par le R. P. Rougeyron en qualité de provicaire. Celui-ci resta à Poébo avec le R. P. Gagnères; le R. P. Montrouzier fut chargé de la mission de Balade, et le R. P. Forestier de celle de Tuo.
Le R. P. Vigoureux, qui n’avait pu s’établir à Yenguène, malgré l’appui du chef, se transporta dans la tribu de Tiwaka.
Telle était la situation lorsque, au mois de septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prit possession de la Nouvelle- Calédonie, et fonda un blockhaus à Balade.
En 1855, une partie de la tribu de Balade montra des intentions hostiles. Le R. P. Montre uzier, qui dirigeait la mission de ce lieu, se vit dans la nécessité de l’abandonner. Il se retira à Port-de-France, à l’instigation du gouverneur, dont il devint premier aumônier. Mais les indigènes chrétiens, restés à Balade, persécutés par les non-convertis, prièrent le R. P. Rougeyron, à Poébo, de leur chercher un asile. On obtint pour eux une concession dans les belles contrées, au sud de Port-de-France, dans la vallée de Boulari. Ils allèrent s’y établir et fonder Conception, aujourd’hui centre de la mission Néo-Calédonienne.
Trois autres stations ont été successivement établies parle provicaire apostolique : aux îles Belep, en 1855; à Uvea (îles Loyalty), en 1856 ; à Lifou, en 1857.
La mission Néo-Calédonienne se compose actuellement de 24 pères et de 10 frères de la société de Marie.
Ils sont répartis dans 17 résidences principales.
Port-de-France a un curé et un vicaire.
Le pénitencier de l’île Nou a un aumônier.
Conception est la résidence du provicaire apostolique, supérieur de la mission.
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Les autres résidences sont : Saint-Louis, près de Conception, dans la baie de Boulari ; l’île Ouen, station centrale d’où un missionnaire visite Touaourou; Yaté et Tije des Pins; Ouagap ou Tiwaka, d’où un missionnaire visite Amoua, Ouindou, etc. ; Touo; Poébo; Arama; Bondé; Art et Poot (îlesBelep) ; Uvea (deux stations) et Lifou, dans les îles Loyalty (deux stations).
En 1864, on comptait que, sur 10,000 chrétiens évangélisés par les missionnaires, le baptême avait été administré à 5,000.
L’instruction est encouragée dans la colonie. Un arrêté du 15 octobre 1863 a réparti les écoles en deux classes : les écoles publiques, où l’instruction est gratuite, et les écoles privées, que des particuliers ou des associations ont fondées.
L’enseignement porte sur l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, la langue française, le calcul, le système légal des poids et mesures.
Un comité de surveillance et d’inspection est chargé de la surveillance des écoles. Il est en permanence.
Les écoles de la colonie étaient au nombre de sept, à la fin de 1864 : 3 à Port-de-France, 1 à Payta, 1 à Napoléonville, 1 à Lifou, 1 à Wagap.
Des trois écoles de Port-de-France, deux sont affectées à la jeunesse européenne, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles. La troisième est réservée aux enfants des indigènes.
L’école européenne des garçons, tenue par un professeur et un moniteur, avait 12 élèves en 1864. — Celle des filles, tenue par un religieux de l’ordre de Saint-Joseph de Cluny, a eu, en 1864, une trentaine d’enfants.
L’école des jeunes indigènes comprend deux sections : dans l’une on forme des ouvriers, dans l’autre des interprètes. Une cinquantaine d’élèves fréquentaient l’école en 1864.
L’école de Payta, fondée par des colons de ce village, donne l’instruction à une douzaine d’enfants.
A Napoléonville, à Wagap et à Lifou, les écoles sont confiées à un militaire choisi dans la garnison. Une cinquantaine d’enfants ont fréquenté ces écoles en 1864.
Une autre institution d’une utilité évidente est l’orphelinat que dirigent à Port-de-France les sœurs de Saint-Joseph. On y envoie de France, jusqu’à leur établissement, les jeunes filles de l’Administration de l’Assistance publique de Paris. En septembre 1863, un premier convoi de dix jeunes filles arriva à Port-de-France ;
avant la fin de l’année, toutes étaient mariées. Surles’trente élèves envoyées en février 1864, douze étaient mariées la même année elles autres occupaient divers emplois. — L’orphelinat tient aussi lieu de salle d’asile.
Les dépenses de l’État, pour assurer les différents services de la colonie, se sont élevées, en 1865, à 1,291,612 francs, non compris Celles portées au compte du service marine. Celles-ci, en 1863, ont atteint le chiffre de 504,810 francs (solde des troupes de la marine, frais de passage, entretien de la station locale).