‹ Les colonies françaisesChapitre 261 sur 315 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Agriculture. — Igname. — Patate douce. — Taro. — Canne à sucre. -—Banane.

— Coco. — Coton. — Tabac. — Café. — Céréales. — Oléagineuses. — Bestiaux.

— Concessions. — Marchés. — Ferme-modèle. — Société agricole de Yaté. —

Terres domaniales. — Impôt foncier.

La fertilité du sol Néo-Calédonien est incontestable. Mais, comme pour les terres vierges, sa mise en culture exige un travail immense. Les indigènes, peu laborieux, cultivent par des procédés tout primitifs ; pendant que les hommes remuent la terre avec des pieux effilés, les femmes écrasent les mottes avec des masses en bois.

Les principales productions végétales dont les Néo-Calédoniens tirent parti pour leur nourriture, sont l’igname, le taro, la patate douce, la canne à sucre, la banane, la noix de coco.

L’ignaiïie est naturelle au sol. On en cultive les diverses espèces, surtout celle du Dioscorea alata avec le plus grand soin. C’est le blé des indigènes. Elle exige un sol meuble et profond.

On plante en juillet et août.

Les tubercules sont arrachés au bout de sept à huit mois,

NOUVELLE-CALÉDONIE

quand les feuilles sont complètement flétries. On les mange cuits au four, ou grillés sur les charbons.

Le taro, qui vient après l’igname, est le nom sous lequel on désigne les rhizomes féculents et alimentaires de plusieurs aroïdées, entre autres ceux des Colocasia esculenta et des Eucolocasia esculenta Arum,

Il veut une terre basse et humide ou le flanc des montagnes facilement arrosables.

L’accroissement complet des plantes n’a lieu qu’à la fin de la seconde année.

Inférieur à l’igname comme rendement, le taro lui est supérieur en qualité. L’igname cuite peut se conserver plusieurs mois, le taro huit ou dix jours ; mais il pousse et mûrit toute l’année.

La patate douce entre aujourd’hui pour une part notable dans la nourriture des indigènes. Sa culture est facile, ses produits sont abondants et bons. Les femmes emploient son suc laiteux pour le tatouage. Les Européens en mangent les feuilles comme celles d’épinard.

La canne à sucre est abondante et vient fort bien, malgré la mauvaise culture des indigènes. Ils l’utilisent comme plante alimentaire ; presque toujours ils ont un morceau de canne à la main pour se rafraîchir.

Les plants des indigènes mettent environ dix-huit mois pour atteindre tout leur développement ; on les coupe dès le neuvième mois. Quelques colons ont de magnifiques plantations aux environs de Port-de-France.

La canne à sucre de la Nouvelle-Calédonie pourra rivaliser avec les meilleures espèces des autres pays. ,

La banane, crue ou cuite, entre aussi pour beaucoup dans la nourriture des indigènes. On en cultive six espèces.

Le cocotier n’a pas, à la Nouvelle-Calédonie, la végétation luxuriante de celui des îles rapprochées de la ligne. La récolte d’un arbre est par an de 70 à 80 cocos. Le cocotier est vigoureux au nord, mais beaucoup moins au sud ; sur la côte nord-est, il est beaucoup plus abondant que sur la côte nord-ouest. L’île en possède une douzaine de variétés.

Le coton est aussi cultivé à la Nouvelle-Calédonie. On y trouve deux variétés. L’une d’elles semble être indigène, l’autre a été importée.

Des essais tentés par quelques colons, il est résulté :

Qu’un hectare planté en coton longue-soie a produit 1,460 kilogrammes de coton brut, et 267 kilogrammes de coton net, d’une valeur de 2,136 francs ;

Qu’une culture de coton jumelle a donné à l’hectare 1,676 kilogrammes de coton brut, 375 kilogrammes de coton net d’une valeur de 937 francs.

La culture du tabac est très-active et très-étendue. La qualité rivalise avec celle des tabacs de la Réunion. Tout le monde fume dans la Nouvelle-Calédonie, femmes, hommes, enfants même.

La circonscription de Wagap, au commencement de 1865, avait 30,000 pieds qui, en deux coupes, pouvaient fournir 2,000 kilogrammes de tabac.

L’hectare peut contenir 10,000 pieds de tabac et rendre 750 kilogrammes.

La consommation annuelle dans l’île n’est pas inférieure, croiton, à 27,000 kilogrammes de tabac.

Le café a été introduit par les colons d’Europe. A Conception, chez les RR. PP. Maristes, il y a aujourd’hui 2,000 plants de café. On s’occupe activement de sa culture à la ferme-modèle.

Les céréales européennes, les plantes légumineuses et fourragères, ont parfaitement réussi. On voit sur plusieurs points de superbes jardins potagers (île Nou, Conception, Lifou).

La vigne donne deux récoltes (janvier et août).

Le mûrier est toujours vert.

Parmi les oléagineux, qui sont assez nombreux, le ricin et le bancoul se distinguent par l’excellente huile qu’ils donnent.

L’élevage des troupeaux n’est pas en faveur auprès des indigènes. Mais ils prospéreraient très-certainement dans les fertiles pâturages de File. Les essais des missionnaires et des colons ont complètement réussi : bêtes à cornes, moutons, chevaux, ânes, prospèrent â merveille. A l’exposition de Londres (1862), des laines envoyées par les missionnaires ont été mises sur le même rang que celles d’Australie.

Nos volatiles de basse-cour sont très-bien acclimatés.

Le cochon seul est prisé par les indigènes. On laisse cet animal à peu près complètement libre; aussi arrive-t-il souvent qu’il retourne à l’état sauvage.

Pour donner une idée de l’état des cultures à la Nouvelle-Calédonie, disent les Notices du ministère de la marine et des cola-

nouvelle-câlédonîe.

nies, voici quelques renseignements sur les principales exploitations des environs de Port-de-France.

Sur la concession des RR. PP. Maristes, on comptait, au commencement de 1864, trois cents indigènes définitivement fixés dans deux villages : Conception et Saint-Louis. Les missionnaires leur enseignent eux-mêmes à conduire la charrue et à labourer. Les adultes vivent en famille, cultivent pour leur propre compte les terres qui leur ont été distribuées et dont ils sont les fermiers, à titre gratuit jusqu’à présent. En outre, ils font avec la ville un commerce actif de légumes européens, de lait, beurre, œufs, volailles, poissons, etc. Ce commerce, qui leur plaît beaucoup, les met en contact avec les Européens, dont l’exemple, au point de vue du travail, leur est très-utile ; les ressources que ce petit commerce leur procure, leur permettent d’acheter des vêtements, des outils et d’autres objets nécessaires à leur bien-être.

Les jeunes gens et les enfants vivent dans un établissement qui leur est spécialement destiné, à Saint-Louis, et composé d’une école primaire, d’ateliers divers et d’une ferme d’environ 25 hectares, dont tous les travaux sont exécutés par eux d’après un bon système de culture européenne. Les eaux d’une belle rivière qui coule à une distance de 2 kilomètres ont été amenées sur l’établissement et font marcher deux scies, un moulin à farine, un tour, etc., et permettent d’établir un moulin à cannes aussitôt que les cultures seront assez considérables pour qu’on puisse en tirer parti.

Les missionnaires entretiennent, en outre, dans les belles prairies de leur concession des troupeaux considérables de bœufs, de vaches, de moutons et de porcs.

L’établissement de M. Joubert appelle aussi l’attention. En 1858, M. Joubert obtint une concession de 4,400 hectares, s’étendant du Pont-des-Français jusqu’à la rivière de la Dumbéa. Ce colon, qui habitait Sydney depuis de longues années avait amené avec lui une vingtaine de familles. Aujourd’hui la concession est divisée en deux parties, régies chacune par un des fils du propriétaire. On compte déjà sur l’une de ces deux exploitations, 1,700 têtes de bétail. La viande de boucherie pour les rationnaires est fournie, par traité avec l’administration, dans cette exploitation, à raison de 1 franc le kilogramme au lieu de 2 francs payés jusque-là. Sur la seconde exploitation, on cultive la canne à sucre et l’on vient d’y monter le premier moulin à cannes de

la colonie. L’inauguration en a eu lieu en septembre 1865, et le vesou obtenu a fourni du sucre de bonne qualité.

La concession de M. Paddon, à Payta, port Laguerre, n’est pas moins digne d’intérêt. En même temps que M. Joubert, il avait obtenu 4,400 hectares, sur lesquels il amena une yingtaine de familles anglaises et allemandes. Dix familles s’y sont définitivement fixées et ont reçu 20 hectares de terre cultivable, chacune : elles jouissent actuellement d’une grande aisance. Le reste des terres (4,000 hectares environ) est exclusivement employé en pacages et nourrit un troupeau de 500 têtes de gros bétail appartenant aux héritiers de M. Paddon.

La concession de M. Adam (500 hectares), aujourd’hui à son petit-fils, M. Duboisé, de la Réunion, paraît devoir posséder trèsprochainement de fort belles cultures. On y remarque des travailleurs indiens.

La société agricole de Yaté date du mois de janvier 1864. Elle se compose de vingt colons français. Il lui a été fait une concession de 300 hectares (en vertu de l’article 8 de l’arrêté du 5 octobre 1862, qui accorde un bon de 150 francs payable en terres, atout immigrant exerçant une profession utile à la colonie). La plaine de Yaté, située sur la côte sud-est, au pied des montagnes de Goronation, est un territoire très- fertile.

Dès 1862, une ferme-modèle était créée à 10 kilomètres de Port-de-France. Placée sous la direction d’un ingénieur agricole, elle a pour but de former une pépinière d’arbres, d’arbustes et de plantes dont l’acclimatation peut être utile à la colonie. On y remarque des légumes d’Europe, de la volaille, des lapins, des porcs, des bœufs, des vaches, un petit troupeau de moutons à poil ras et à longue queue, importés du Gap.

On a établi deux marchés à Port-de-France ; l’un est pour le poisson, l’autre pour les légumes, la volaille, les fruits, etc. Yoici quelle était, en septembre 1865, la valeur des diverses denrées.

Garottes, 40 c. le kil. ; navets, 25 c.

Radis, 55 c. ; choux, 80 c.

Salade, 30 c.; oignons et ciboules, 45 c.

Poireaux, 1 fr. 50 c. ; aubergines, 75 c.-

Pommes de terre, 60 c. ; beurre, 5 à 8 fr. le kil.

Lait, 50 c. ; fromage, 50 c. l’un ;

Œufs, 2 fr. 50 c. la douzaine.

NOUVELLE-CALÉDONIE

L’arrêté du 5 octobre 1862 règle les aliénations de terres domaniales. Il y a quatre modes d’aliénation : ventes à prix fixe, ventes aux enchères publiques, concessions gratuites, ventes ou locations par contrats de gré à gré.

Les militaires ou marins congédiés qui désirent s’établir dans la colonie peuvent obtenir des concessions gratuites représentées par des bons de 150 fr. payables en terres. Les immigrants français des deux sexes, venus sans engagement, mais capables d’exercer une profession utile^ peuvent participer au même avantage.

Des concessions gratuites représentées par un bon de terre d’une valeur de 500 fr. sont également accordées aux officiers civils et militaires ou assimilés, en retraite, qui veulent se fixer dans la colonie.

L’impôt foncier est de 1 pour 100 par an sur la valeur des propriétés rurales et de 2 pour 100 sur celle des propriétés urbaines.

On prend pour base de l’évaluation le prix moyen de l’hectare dans le même périmètre (pour la propriété rurale) et le prix moyen de l’are (pour la propriété urbaine).

Une décision du gouverneur fixe, chaque année, le prix moyen.

Page 1