CHAPITRE VII
Industrie. — Pêche. — Constructions navales. — Mines. — Bois. — Commerce.
— Importations et exportations (de 1861 à 1864). — Navigation. — Service
postal.
Les Néo-Calédoniens ne se livrent pas à de nombreuses industries, La pêche, la fabrication des filets, des frondes, de quelques armes en bois et en pierre, d’étoffes et de poteries grossières, sont à peu près les seules qu’ils connaissent.
Ce ne sont pas les hommes exclusivement qui s’occupent de pêche; les femmes s’y adonnent aussi. La pêche en pirogue^ en dedans de la ceinture des récifs de File, est le partage des hommes ; la pêche sur le rivage et les récifs à marée basse, est celui des femmes.
Les pirogues, disent les Notices, consistent en un tronc d’arbre creusé et effilé à ses deux extrémités, de 4 à 7 mètres de Ion-
gueur, et muni d’un balancier qui maintient l’équilibre de la fragile nacelle; c’est une espèce de châssis formé de deux perches liées par une de leurs extrémités à l’un des bordages et unies par l’autre extrémité à un flotteur longitudinal. Les plus grandes pirogues sont doubles, c’est-à-dire que deux nacelles sont accouplées et maintenues par des traverses à une distance de 50 centim. à 1 mètre. Il y a des pirogues pontées d’un bout à l’autre et munies d’un ou deux mâts, avec voile triangulaire en natte de jonc.
On rencontre partout dans l’île des bois propres aux constructions navales, entre autres le Niaouli, qui fournit des bois courbes excellents. Plusieurs bateaux et goélettes ont déjà été construits dans la colonie.
Les eaux de la Nouvelle-Calédonie possèdent peu de baleines, mais elles donnent des épaulards, sorte de cétacés dont les missionnaires de l’île des Pins ont tiré de l’huile, des huîtres perlières de petite dimension, des nautiles aux belles cloisons nacrées, deux espèces de tortues {px-bill-turtle et green turtle)^ la biche de mer ou trépang {Holothuria edulis), qui constitue la branche de commerce la plus importante.
On évalue à 100,000 fr. par an le chiffre des exportations de la biche de mer. Cinq variétés sont admises comme commerciales, savoir :
Variété Brown with teais 750 fr. le tonneau
— Large black 625 —
— Small black 500 —
— Red bellies 375 —
— White 300 —
On les prépare en les faisant cuire 20 minutes dans leur eau ; on les fend ensuite de la tête à l’anus et on procède à la dessiccation, laquelle doit être complète, si l’on veut que la cargaison arrive à destination en bon état. En Chine, la première qualité se vend jusqu’à 2,250 et 2,500 fr.
Parmi les richesses minérales de l’île, on doit citer : la pierre à bâtir qui se trouve partout, la chaux hydratée, le spath, les coraux qui donnent une chaux excellente; de nombreux gisements de schistes ardoisiers ; du fer en abondance ; de l’or, des argiles fines (kaolin, terre anglaise, etc.); des schistes pyriteux fort riches en sulfate d’alumine.
La houille paraît devoir s’y rencontrer aussi. Jusqu’à présent.
NOUVELLE-CALÉDONIE
toutefois, on n’a constaté que des affleurements. En 1865, un ingénieur, M. Garnier, a adressé sur la question au gouvernement de la colonie un rapport où nous lison? que le combustible extrait à Karigou (dans la vallée de la Dumbéa) doit être rangé dans la classe des anthracites, par son aspect d’un brillant métallique, sa dureté, sa pesanteur spécifique, la difficulté qu’on a pour l’enflammer, sa combustion accompagnée d’une légère flamme, quoique développant beaucoup de chaleur. Or, dit ce rapport, la houille que nous recevons ici de la Nouvelle-Hollande est trèsgrasse. Elle a même en excès ce qui manque à notre combustible; aussi reproche-t-on généralement aux charbons australiens de brûler trop vite, ce qui revient à dire que le pouvoir calorifique est faible, conséquence de la grande quantité de matières bitumineuses qu’ils contiennent, et dont la grande partie se volatilise pendant la combustion, produisant cette fumée abondante et noire, qui se dégage des cheminées de nos bateaux à vapeur. Le mélange de ces deux combustibles doit nécessairement en former un troisième donnant de meilleurs résultats que ceux produits par chacun d’eux employé isolément.
Jusqu’ici, le charbon de Karigou n’a pas été d’une qualité très- homogène ; dans le milieu d’une couche, il est vitreux et d’une pureté presque absolue ; mais à mesure que l’on approche des schistes auxquels se termine le banc, le combustible s’en imprègne peu à peu lui-même et finit insensiblement par se fondre dans ces roches. — De ces faits il résulterait que la formation carbonique a eu un grand développement dans cette contrée, dit en concluant M. Garnier.
L’or, jusqu’à ce jour, n’a point été trouvé en quantité suffisante pour rémunérer le travail de ceux qui le recherchent. Mais son existence est incontestable. Deux échantillons de gisements aurifères^ adressés à l’Exposition permanente des colonies, à Paris, ont été analysés et ont donné les résultats suivants :
Spécimen l.
Or 80 gr. 50
Argent 16 10
Autres métaux 3 40
100 gr. 00
Spécimen n° 2.
Or 81 g . 11
Argent 15 49
Autres métaux. 3 40
100 gr. 00
D’après leur titre, la valeur commerciale de ces deux spécimens serait pour le kilogramme :
Spécimen 1 .
Or 2,764 fr. 73
Argent 35 24
^99lr. 97~
Spécimen w® 2.
Or 2,785 fr. 33
Argent .33 71
2^819 fr.lir
Les richesses forestières de l’île sont considérables ; mais les arbres de grande dimension sont assez rares. Outre le Niaouli, dont on a déjà parlé, on remarque : le Bancoulier tri-
bola) au bois poreux et très-léger; V Acacia spirorbis, au bois très-dur et facile à travailler; le Blackburnia primata au bois coloré et d’un travail difficile ; le bois de fer {Casuarina nodiflora) ; le bois de rose {Thespesia populnea)^ très-recbercbé et très-rare ; quelques faibles taillis de Sandal.
Le commerce néo-calédonien est libre ; aucun droit de douane, droits de pilotage seulement.
L'exportation embrasse les objets suivants :
Huile de coco^ peaux de bœuf et de mouton, trépangs, écailles de tortue, laines, bois de Sandal.
L’importation comprend :
Bœufs, moutons, chevaux, farines, biscuits, sucre, café, haricots, charbon de terre.
C’est d’Australie que viennent la plupart des objets importés.
Pendant les quatre années 1861 à 1864, l’importation a présenté les résultats suivants :
Importation.
Denrées et marchandises françaises importées
de Fétranger par navires étrangers. 1 ,257,000 fr.
Produit des îles.. 11,500
Total 1,268,500 fr.
NOUVELLE-CALÉDONIE. 61 1
Denrées et marchandises françaises importées
de l’étranger par navires français 1 48,930 fr.
— par navires étrangers 1,079,450
Produits des îles 250
Total... 1,228,630 fr.
Denrées et marchandises importées de France
par navires français 50,000 fr.
Denrées et marchandises françaises importées
de l’étranger par navires français. . . 171,700
— par navires étrangers 1,262,300
Produit des îles »
Total 1,484,000 fr.
Denrées et marchandises importées de France
par navires français 100,000 fr.
Denrées et marchandises importées de l’étranger par navires français 70,000
— par navires étrangers 1,435,000
Total 1,605,000 fr.
Exportation.
Denrées et marchandisës françaises ou étrangères provenant de l’importation 3,500 fr.
Produits de la colonie et des îles exportés pour l’étranger 43,450
Total...., 46,950 fr.
Produits de la colonie et des îles, exportés pour l’étranger 55,443 fr.
Produits de la colonie et des îles, exportés pour l’étranger 46,112 fr.
Produits de la colonie et des îles, exportés pour l’étranger 60,990 fr.
En résumé, le total des importations et des exportations a été comme suit :
Pour 1861, de 1,315,450 fr.
— 1862, de 1,284,093
— 1863, de 1,530,112
— 1864, de 1,665,990
Les marchandises et denrées apportées pour le compte de l’Administration par les bâtiments de guerre et de commerce ne figurent pas dans le tableau ci-dessus.
Le mouvement maritime pendant les quatre années 1861-1864 a été :
ISGl
Nombre des navires français 2
Tonneaux 745
Nombre des navires étrangers 32
Tonneaux 5,269
Soit, ensemble, 34 navires et 6,014 tonneaux.
Navires français 3
Tonneaux ^ 990
Navires étrangers 16
Tonneaux 2,818
En tout, 19 navires et 3,808 tonneaux.
Navires français 7
Tonneaux 3,107
Navires étrangers 20
Tonneaux 3,117
En tout, 27 navires et 6,224 tonneaux.
Navires français 4
Tonneaux 2,063
Navires étrangers 23
Tonneaux 6,137
En tout, 27 navires, 8,200 tonneaux.
Sorties.
Navires étrangers 2
Tonneaux 745
Navires étrangers 29
Tonneaux 4,953
Total : 31 navires ; 5,698 tonneaux.
Navires français 3
Tonneaux 990
, NOUVELLE-CALÉDONIE. 613
Navires étrangers 19
Tonneaux 3,337
Total : 22 navires ; 4,367 tonneaux.
Navires français. 7
Tonneaux 2,716
Navires étrangers 17
Tonneaux 2,527
Total : 24 navires ; 5,243 tonneaux.
Navires français 7 >
Tonneaux 1,974
Navires étrangers. 24
Tonneaux 6,181
Total : 24 navires; 8,155 tonneaux.
Le commerce d’échange (navigation de cabotage) entre Port' de-France et les côtes de l’île, pendant lesdites années 1861'
1864, a donné les résultats suivants :
Valeur des produits importés à Port-de-France 71 ,100 fr.
Valeur des produits exportés de Port-de-France 64,465
Total des valeurs mises en circulation 135,565
Valeur des produits importés à Port-de-France 66,395 fr.
— — exportés de — 105,587
Total des valeurs mises en circulation 171,982
Valeur des produits importés à Port-de-France 112,300 fr.
— — exportés de — 152,400
Total des valeurs mises en circulation 264,700 fr.
Valeur des produits importés à Port-de-France 128,235 fr.
-- — exportés de — 146,630
Total des valeurs mises en circulation 274,865 fr.
Le service postal est ainsi réglé.
Tous les mois, la Nouvelle-Calédonie peut communiquer avec la France, par l’intermédiaire des paquebots-poste anglais de la compagnie Péninsulaire et Orientale qui desservent l’Australie.
Le 28 de chaque mois, départs de Marseille.
Le 14 du 2® mois qui suit le départ, arrivée à Sydney.
Des bâtiments de la station locale assurent les relations entre Sydney et Port-de-France.
Prix du passage [service anglais).
Cabine commune 120 liv. st. (3,000 fr.)
Cabine réservée 300 — (7,500 fr.)
On paye, en outre, le prix du transit en chemin de fer, entre Alexandrie et Suez, savoir :
classe : 175 fr.
2® classe : 87.
Tarif des lettres, etc. :
Lettres affranchies, par 10 gr 0 fr. 70 c.
— non affranchies, par 10 gr 0 80
— chargées 1 40
Échantillons et imprimés, par 40 gr 1 12
Papiers de commerce et d’affaires, par 200 gr... 0 60
En 1862, le bureau de Port-de-France a expédié ou reçu 10,844 lettres.
En 1863, il en a expédié ou reçu 13,112.
En 1864, le nombre des lettres expédiées ou reçues (bureau de Port-de-France) n’a pas été inférieur à 17,108.
Les navires du commerce, qui doublent le cap de Bonne- Espérance, mettent en moyenne 120 jours de France à la Nouvelle-Calédonie, et 150 jours de la colonie en France. Prix du passage: 2,000 fr. (en moyenne) pour l’aller; 2,500 pour le retour.
Par la voie de ces navires les lettres qu’on expédie payent affranchies, 30 cent, par 10 gr., et non affranchies, 40 cent.
On peut affranchir les correspondances expédiées de la colonie avec les timbres-poste spéciaux aux possessions françaises d’outre-mer. Ces timbres sont de 1 cent, 5 cent., 10, 20,40 et 80 centimes .
Les militaires et marins en garnison, les transportés qui se trouvent dans les établissements pénitentiaires, peuvent seuls recevoir des mandats sur la poste adressés de France.
APPENDICE