CHAPITRE PREMIER
Limites. — Divisions naturelles. ■— Caps, golfes et baies. — Montagnes. — Cours
d’eau. — Lacs. — Eaux minérales et thermales. — Climat. — Flore. ---
Faune. — Minéralogie. — Races de l’Algérie : MM. de Casabianca et Charles
Dupin. — Henri Martin. — Jules Gérard. — Berbers ou Kabyles. — Arabes.
— Mœurs. — Mariage musulman.
L’Algérie, située au nord du continent africain, est comprise entre le 6® degré de longitude O. et le 7® degré de longitude E. — Le Kis et la Moulouïa la séparent, à l’O., du Maroc, et l’Ouedel-Zaïne la sépare, à TE., de la régence de Tunis. Au N., elle est bornée par la Méditerranée et au S. par le Sahara proprement dit, oii Grand Désert.
Du nord au sud, elle a 600 kilomètres, et, de l’est à l’ouest, elle en compte de 850 à 900. En superficie, elle égale environ les 4/5 de la France : elle n’a pas moins de 390,000 kilomètres carrés.
L’Algérie présente trois grandes divisions naturelles : la région du Tell, la région des plateaux, et le Sahara algérien.
Le Tell commence au littoral de la Méditerranée, et s’étend des frontières de Tunis à celles du Maroc, région fertile où les céréales prospèrent.
Les plateaux sont la région formée par la double chaîne de montagnes dont se compose l’Atlas.
Enfin, le Sahara algérien est la région des oasis, sorte de tran-^ sition entre le sol des plateaux et du Tell, et le sol désolé du Grand-Sahara.
VEtat actuel de VAlgériêy publié en 1864, n’admet que deux
grandes divisions territoriales pour l’Algérie. On peut, en effet, rattacher la région des plateaux soit au Sahara algérien, soit surtout à la région du Tell.
L’Algérie, au point de vue territorial, peut aussi se répartir en deux grandes divisions : au N., le Tell, et au S., le Sahara.
Le Tell, qui commence au littoral de la Méditerranée, s’étend des frontières de Tunis à celles du Maroc, jusqu’au Sahara.
Il embrasse toute la Kabylie.
La population musulmane se composait, au dernier recensement quinquennal (1861), de :
Kabyles 700,000
Arabes 1,391,812
(ceux-ci divisés en 1,200 tribus fractionnées en 10,000 douars).
Le Sahara comprend d’immenses pâturages, quelques cultures voisines du Tell, et quelques rares oasis dans les plaines sablonneuses qui le terminent au sud. En 1861, sa population était évaluée à 600,000 Arabes formant 200 tribus.
Les principaux caps de l’Algérie sont ceux de Sidi-Ferrucb, Tenez, Colombi, Ivi, Carbon, Falcon, Figalo, Matifou, Fer, Rosa; les principaux golfes sont ceux de Bône, de Stora, d’Alger, d’Arzew, d’Oran ; Bougie possède une magnifique baie : c’est le port naturel le plus vaste et le plus sûr de l’Algérie {Moniteur, 10 juin 1865).
L’Algérie est sillonnée, de FO. à l’E., par une immense chaîne de montagnes, V Atlas, divisé en deux chaînes secondaires : le Grand et le Petit Atlas.
Celui-ci longe la Méditerranée ; celui-là sépare les États barbaresques (berbéresques) du Sahara.
Le plus haut sommet de l’Atlas est le Miltsin (3,473 mètres). Ses branches les plus remarquables sont le Djurjura (2,400 mètres), au S.-E. d’Alger, le Moiizaïa, l’Ouanseris, le Djebel-Amour, le Djébel-Aurès, etc.
La plupart des cours d’eau algériens se jettent dans la Méditerranée. On distingue : la Moulouïa ou Molocath ou Mulucha (autrefois Malva), la Tafna (autrefois Siga), le Chéliff, l’Oued-el- Rébir ouRummel,la Seibouse, leGoadilbarbar, leMedjerdah,elc. L’Oued-el-Djeddi est du nombre des cours d’eau qui vont se rendre aux lacs salés ou aux sables du désert.
Les trois provinces de l’Algérie possèdent des lacs (sebkas),
que la saison pluvieuse remplit d’eau, mais qui se dessèchent pendant l’été. Les principaux de ces lacs sont le Zagris (prov. d’Alger), le Chott, le Fezara, le Sebka (prov. de Constantine), le Melah, le Chergui, le Gharbi, le Sebka (prov. d’Oran).
Les sources d’eaux minérales et thermales sont nombreuses. Quelques-unes ont 96° G.
Le climat du littoral est à peu près celui de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Provence, de la Grèce. Gelui du Sahara est presque tropical.
Sur les plateaux du Tell, on subit quatre saisons, comme au centre de l’Europe; mais, sur le littoral et dans les plaines du sud, l’automne et le printemps n’existent pas à proprement parler. Le thermomètre, en général, ne descend pas au-dessous de -|- 8° cent. La période des chaleurs commence en juin et finit en octobre; la période tempérée embrasse novembre à mai.
Le climat d’Alger est recommandé par la plupart des médecins aux phthisiques (D” Pietra-Santa, Moreau, G. Broussais, Baudin, etc.). On le considère comme plus propice que celui môme de Nice. La température, à Alger, demeure, au minimum, à -f- 4® cent.
Les maladies les plus communes, en 1863, ont été, dans les hôpitaux civils de l’Algérie : les fièvres, les rhumatismes et les ophthalmies purulentes.
Partout où le sol algérien peut être arrosé, la fertilité est, pour ainsi dire, prodigieuse. Un triple épi était jadis l’emblème de la Mauritanie.
La Flore algérienne est riche et pourrait s’enrichir de la plupart des végétaux qui croissent ailleurs. Signalons ici les céréales (le blé dur, entre autres, qui manque à la France), le maïs, le millet, le riz, l’olivier, le chêne-vert, le chêne-liége, le palmier nain, le dattier, le coton, le tabac, la canne à sucre, le mûrier, l’amandier, le grenadier, Foranger, la vigne, le cyprès, le lentisque, tous les arbres, toutes les plantes potagères du midi de l’Europe.
La Faune ne le cède pas à la Flore. Si, à l’état sauvage, on remarque, parmi les animaux de l’Algérie, le lion, la panthère, le chacal, l’hyène, etc., on trouve, parmi les animaux domestiques, le cheval, le mulet, le chameau, le dromadaire, le bœuf, le mouton, fa chèvre, etc.
Le règne minéral présente d’abondantes mines de fer, de
mines de plomb, de cuivre, de cinabre, peut-être même des mines argenti-aurifères assez riches pour être exploitées.
La population non européenne de TAlgérie ne forme point un ensemble homogène.
(( Il existe des différences essentielles, au point de vue de l’organisation sociale, entre les Arabes et les Kabyles. Ces derniers ont d’autres lois, d’autres mœurs, et leuï* culte même n’est pas identique. Les Kabyles sont les anciens chrétiens réfugiés dans les montagnes pour y défendre leur liberté. Ils ont sauvé leur indépendance; ils ont gardé les anciennes lois municipales de l’Afrique romaine, lois auxquelles ils ont conservé le nom gréco-latin de canons. Au point de vue civil, leur organisation se rapproche de nos municipalités. Leur mahométisme est mitigé; le Coran n’est point pour eux la loi civile ; ils n’ont pas accepté la polygamie, et, par conséquent, leurs familles sont restées semblables à nos famfflles d’Europe : tout s’y rapproche de nous.» (Sénat, 24 mars et 8 avril 1863. Discours de MM. Casabianca et baron Dupin.)
« Il n’y a pas, dit Henri Martin, quinze millions d’Arabes en Afrique; il n’y a pas trois millions d’Arabes en Algérie. La trèsgrande majorité des indigènes du nord de l’Afrique en général, et de l’Algérie en particulier, ne sont point Arabes. Il y a ici un grand et dangereux malentendu. On a confondu l’unité de religion avec l’imité de race, et, partout où l’on voyait des musulmans, on a cru voir des Arabes, ou tout au moins des populations fondues, absorbées dans l’élément arabe. Il n’en est rien pourtant. Les Arabes ne sont en Afrique que des étrangers, une minorité conquérante qui n’a jamais légitimé sa conquête, car elle n’a jamais rebâti les villes ni replanté les forêts qu’elle a brûlées, jamais rendu à la fertilité les sillons qu’elle a stérilisés, jamais remplacé, en un mot, la civilisation qu’elle a détruite.... »
Les vrais indigènes de l’Algérie et de l’Afrique septentrionale paraissent être les Berbères, qui occupent toute la grande région de l’Atlas. On appelle Kabyles (mot qui signifie tribus ou communes), les Berbères algériens qui occupent le massif du Djurjura. C’est une race très-mêlée, mais elle possède un fonds commun de mœurs, de traditions, de tendances, et une langue différente de l’arabe.
D’après le docteur Warnier, les Berbères purs, ceux du moins qui ont conservé leur organisation et leur langue, le tamachek.
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atteindraient, en Algérie, le chiffre d’un million. Il y aurait environ 1,200,000 Berbères plus ou moins arabisés, c’est-à-dire dont la langue serait un mélange d’arabe et de berber, mais qui auraient gardé, malgré l’influence de leurs conquérants, les tendances et même les habitudes de leur race. Les premiers sont concentrés dans les massifs des montagnes. Les autres sont mêlés aux Arabes des plaines, des landes et des plateaux; leur vie est à peu près pastorale, tajidis que celle des Berbères purs est agricole.
Le nombre des Arabes purs n’excéderait pas 500,000.
Le principal noyau des Berbères purs, les Kabyles du Djurjura, comprend 435,000 âmes. Ils n’ont été conquis par la France qu’en 1857.
Ils sont organisés en communes ikahyla]. Une sorte de maire {amin) et un conseil municipal {djemaa), élus au sufl*rage universel, administrent chaque commune. Il est rendu compte tous les ans de l’administration à l’assemblée générale.
En 1862, un traité de commerce a été conclu avec les Touaregs, grande tribu berbère du Sahara. MM. de Polignac et Henri Duveyrier ont montré tout le parti qu’on peut tirer de cette tribu, dont l’influence est grande dans le Soudan.
Dans un article du ü/omYewr (21 février 1853), Jules Gérard, dont la fin tragique et prématurée vient d’attrister ses nombreux amis de France et d’Algérie, répartissait la population algérienne en trois races distinctes :
1" Les Kabyles, établis dans les montagnes situées sur le littoral, et dont les demeures sont fixes ;
2“ Les Ghaonia (anciens Numides), qui forment plus de la moitié de la population dans la province de Constantine, et dont les tentes et les troupeaux occupent tout le pays compris entre la Kabylie et le désert ;
3° Enfin, les Arabes proprement dits, qui sont maîtres des oasis, qui passent la saison d’été sur les hauts plateaux et celle d’hiver dans le Sahara ou sur ses limites.
On voit, parce qui précède, combien différentes sont les opinions relatives à la composition des populations indigènes du sol algérien. Il est, en effet, bien difficile de discerner, au milieu du mélange que les siècles ont opéré, quels sont les éléments appartenant à telle race et quels sont ceux appartenant à telle autre. Peut-être la seule distinction à laquelle on devrait s’arrêter.
serait-elle celle qui répartirait les indigènes en partisans de la polygamie et en partisans de la monogamie. Les Arabes ont plusieurs femmes ; les Berbères ou Kabyles, en général, quoique musulmans, n’en ont qu’une.
Les mœurs des Kabyles et des Arabes ont été tant de fois décrites que nous considérons comme inutile d’en présenter ici tout le détail. Nous nous contenterons de reproduire ce qui a été dit au Sénat par MM. Charles Dupin et de la Rue sur le mariage musulman.
« Je me suis enquis, dit le général comte de la Rue, dans un des pays ou le mahométisme est resté le plus fervent, au Maroc, de la façon dont les chefs musulmans pratiquaient la polygamie dans l’intérieur de leur ménage, et voici ce que j’ai appris :
« Ils ont le droit d’avoir quatre femmes, quatre femmes légitimes, indépendamment des esclaves, bien entendu. Eh bien ! et c’est là que se trouve la distinction, les chefs ne prennent pas leurs quatre femmes à la fois.
« C’est ainsi, je pense, qu’on a pu remarquer à Constantinople un certain affaiblissement de la polygamie. Les chefs mulsumans épousent d’abord une jeune ülle de douze à treize ans; quand quelques années se sont écoulées, qu’elle a atteint vingt-sept ou vingt huit ans, ils n’y ont plus goût, et ils la mettent au cadre de réserve.
(( Ils prennent alors une nouvelle femme; et c"est peut-être parce qu’il n’y a qu’une épouse en exercice, qu’on a vu là un affaiblissement de la polygamie.
« Du reste, il n’y a que les gens riches qui puissent pratiquer la polygamie; car on doit assurer l’existence de la femme qui a été mise de côté.
« Je crois que nos chefs musulmans, en Algérie, agissent comme je viens de l’indiquer... » [Sénat, 5 juillet 1865.)
«La durée, dit M. le baron Charles Dupin, d’un mariage musulman à Alger ne dépasse pas deux ans. Remarquez qu’il ne s’agit pas ici de concubines, mais de mariages régulièrement contractés devant le cadi.
« Quand on peut avoir quatre femmes, et que l’on ne supporte le mariage que deux ans, on fait certainement preuve d’un singulier amour de la variété. (Sénat, 5 juillet 1865.)
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