CHAPITRE II
Résumé historique de l’Algérie.
La partie de l’Afrique occupée aujourd’hui par la France comprenait, sous la domination romaine, savoir : A TE., la province de Numidie; àl’O., celles de Mauritanie Césarienne et Sitifienne, entre la Mauritanie Tingitane (Maroc) et la province d’Afrique proprement dite (Tunis) où se trouvait Carthage. Trente-trois co-' lonies, romaines y propagèrent l’agriculture.
Au cinquième siècle, les Vandales s’en emparèrent; au sixième, ce fut le tour des Grecs. Les Arabes s’y établirent vers la fin du septième, et se mêlèrent aux anciennes populations du pays. Numides, Maures, Berbères.
Alger (Al-Djezaïr, ou les Ilôts) fut fondée par eux, en 935, sur les ruines d’Icosium. Les Arabes Zéïrites, puis les Almohades (1269), puis une foule de dynasties ou de tribus indépendantes dominèrent successivement en Algérie.
Chassés d’Espagne, les Maures s’y réfugient (1492), et dès lors Alger devient la capitale de tous ces pirates qui, pendant si longtemps, devaient infester les mers.
En 1506, Ferdinand le Catholique prend Oran et Bougie. En 1509, il s’empare d’Alger.
Arroudj-Barberousse, appelé par les émirs d’Afrique, fonde, en 1516, la domination ottomane et se fait sultan d’Alger, de Ténès et de Tlemcen.
Des prisonniers chrétiens construisent, en 1518, la digue qui réunit Alger à l’île située vis-à-vis.
En 1535, Charles-Quint, dont les possessions d’Italie étaient menacées par les pirates, débarque près des ruines de Carthage avec une armée de 27,000 hommes. Le 14 juillet, la Goulette, la flotte et l’arsenal sont pris par les Espagnols, qui, six jours après, marchent sur Tunis. Cette ville, qui renfermait 10,000 esclaves chrétiens, ne put tenir contre les assiégeants et fut mise au pillage.
Les corsaires n’en montrèrent que plus d’audace. Leurs vaisseaux parurent plus nombreux dans la Méditerranée. Le pape Paulin se vit obligé de publier contre eux une croisade. Charles- Quint en eut le commandement. Mais le puissant empereur et
roi d’Espagne, malgré le courage personnel qu’il déploya dans la bataille’ livrée sous les murs d’Alger, malgré Théroïsme des chevaliers de Rhodes, fut contraint à une retraite précipitée. 6,000 prisonniers, un matériel immense, durent être abandonnés à l’ennemi.
La France ne fut pas plus heureuse dans son entreprise contre les pirates algériens en 1664. Mais, l’année suivante, elle prit une revanche éclatante. A la hauteur de Tunis, où le duc de Beaufort, qui commandait les navires français, rencontra les pirates, ceux-ci furent complètement battus; devant Alger où le duc se rendit aussitôt après, la flotte algérienne fut presque anéantie. Le dey demanda la paix.
Elle dura peu. A peine remis de leur défaite, les corsaires reprirent le cours de leurs déprédations. Ils osèrent venir pirater jusque sur les côtes de Provence. Duquesne et Tourville, pendant les années 1682, 1683, 1685, le maréchal d’Estrées en 1688, dirigèrent, par ordre de Louis XIV, plusieurs expéditions contre les villes barbaresques du littoral, firent subir aux pirates des pertes immenses, mais ne purent les anéantir.
Les expéditions entreprises par les Espagnols en 1774 et années suivantes contre Alger n’aboutirent pas, et, jusqu’à l’intervention de la France en 1827, Thistoire de la régence n’offre guère qu’une série d’aflronts subis par les diverses puissances européennes de la part des Barbaresques.
La France devait enfin mettre un terme à cet état de choses. Voici, en quelques mots, l’origine de l’intervention française.
De 1793 à 1798, des fournitures de céréales avaient été faites à la France par la régence d’Alger. Les premières livraisons avaient été soldées en monnaie métallique ; les autres ne le furent qu’en assignats. Réclamation des fournisseurs, les juifs Busnach et Bacri; ils demandèrent avec raison une indemnité. Mais, dans les mémoires qu’ils produisirent, ils ajoutèrent des intérêts usuraires, et les négociateurs français, chargés de la liquidation, demandèrent une réduction importante, en se fondant principalement sur ce que les dernières fournitures se composaient entièrement de blés avariés.
La liquidation eut lieu en 1819. La dette de la France fut portée à sept millions. Mais des négociants de Marseille, qui avaient fait de fortes avances aux Juifs Busnach et Bacri, mirent opposition au payement de la somme et produisirent contre eux une
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créance de 2,500,000 francs. Il ne fut donc payé aux juifs algériens que 4;500,000 francs. Le reste fut versé à la caisse des dépôts et consignations.
Le dey dépêcha alors un envoyé à Paris. Il se prétendait créancier de Bacri et réclamait les 2,500,000 francs non versés. On lui répondit que les tribunaux étant saisis de l’affaire, le gouvernement ne pouvait intervenir.
Hussein-dey s’emporta, écrivit au roi, au président du conseil, au ministre des affaires étrangères, dans des termes si peu convenables qu’on jugea bon de n’y pas répondre officiellement.
On chargea le consul de France à Alger, M. Deval, d’avoir une explication verbale avec le dey.
La colère de celui-ci n’eut bientôt plus de bornes. Plusieurs fois, M. Deval eut à subir ses emportements et ses injures.
Enfin, à l’époque des fêtes du Beyram, M. Deval, s'étant rendu au palais avec les consuls des autres nations pour complimenter le dey, Hussein l’interpelle et lui demande s’il a une lettre à lui remettre de la part du roi.
— Votre Altesse sait bien, répond M. Deval, que le roi de France ne peut correspondre avec le dey d’Alger.
Hussein, furieux, se lève, injurie le consul et le frappe au visage avec son chasse-mouches.
Tous rapports officiels durent cesser.
En juin 1827, une division navale se présentait devant Alger, notre consul et nos nationaux quittaient la ville, après le refus du dey de réparer l’outrage fait à la France, et un blocus rigoureux était établi.
Le 2 août 1829, une nouvelle insulte rendit la France et le dey ennemis irréconciliables. Un vaisseau parlementaire fut accueilli à coups de canon par rartilleric algérienne et criblé de boulets.
Aussi, le 25 mai 1830, une expédition sous les ordres du comte de Bourmont, après avoir pris passage sur la flotte commandée parle vice-amiral Duperré, se dirigea-t-elle sur Alger. Le débarquement eut lieu le 14 juin, près du cap de Sidi-Ferruch (à 26 kilomètres d'Alger), sans coup férir. Les Arabes s’étaient retirés à 1 kilomètre du littoral derrière deux redoutes.
L’infanterie française se forma en colonnes et se porta en avant. Accueillie par l’artillerie arabe, que servaient d’habiles pointeurs, elle montra un instant d’hésitation. Mais bientôt la première divi-
iO LES COLONIES FRANÇAISES.
sion, SOUS le commandement du général Berthezène, enlève les redoutes, et les Arabes culbutés s’enfuient vers le plateau de Staouéli. On leur prend onze canons et deux mortiers. Nos pertes ne s’élèvent qu’à trente-cinq hommes tués ou blessés.
Le 29 juin, le quartier général de l’armée française était assis sur le plateau qui domine le fort l’Empereur.
(( Après un bombardement de plusieurs jours, dit M. Kleine, dans ses excellents Récits d'histoire contemporaine^ l’assaut va être donné. Les Arabes ne l’attendent pas : ils font saiiler le château et une explosion terrible nous annonce notre victoire. Le dey Hussein demande à capituler, et, le 5 juillet, le drapeau de la France flottait sur les murs d’Alger d’où il ne devait plus être arraché. »
Sans tarder, trois expéditions sont lancées sur Blidah, sur Oran et sur Bone.
Le général Clauzel, nommé commandant en chef, réforme l’administration, crée le corps des zouaves, et jette les bases de la colonisation dans les plaines de la Mitidja.
Le 17 novembre, la seconde expédition de Blidah est commencée. On occupe, dans l’Atlas, le col de Ténia, et le bey de Titterie voit sa capitale, Médéah, subir une garnison française le 22.
Le général Berthezène, nommé commandant en chef, entreprend, en juin 1831, une expédition contre Médéah, où les Arabes et les Kabyles ont réuni leurs forces.
En 1832, Savary, duc de Rovigo, est nommé commandant en chef. — Sous ce commandement, on remarque : la prise de Bone (mars) ; la défense d’Oran (mai), — Des travaux protègent Alger contre les pillages des Arabes (sept.-oct.).
En 1833, Abd-el-Kader, émir de Mascara (au S.-E. d’Oran), commence à se montrer. On le considère comme un libérateur envoyé de Dieu. — Néanmoins, l’armée française prend Arzew, position maritime (5 juin), et s’établit définitivement à Mostaganem (juill.-août).
Lutte, dans la division de Bone, avec le bey de Constantine; prise du port de Bougie (octobre).
Au commencement de 1834, le général Desmichels entame des négociations avec Abd-el-Kader ; on établit une nouvelle organisation de l’Algérie ; désormais elle aura un gouverneur général, un intendant civil, un commandant de la marine.
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Des magistrats indigènes, maures et israélites, sont maintenus .
Parmi les autres événements des années suivantes, nous signalerons : la victoire remportée sur six mille Kabyles par les Français venant de Bougie ; la défaite d’Abd-el Kader par le général Trezel, près de la Sig, entre Mascara et Oran (-26 juin 1835) ; la victoire d’Abd-el- Rader à la Macta (28 juin); l’heureuse expédition du maréchal Clauzel contre Mascara, avec le duc d’Orléans (novembre) ; l’expédition contre Tleracen, province d’Oran (13 janvier 1836) ; la victoire du général Bugeaud sur Abd-el-Kader à la Sickack, petit fleuve voisin de la Tafna (6 juillet). Il ravitaille Tlemcen.
Lutte, dans la province d’Alger, contre les tribus des Hadjoutes et des Mouzaïas, et contre les Kabyles.
Le maréchal Clauzel est repoussé de Gonstantine (novembre) ; l’armée est ramenée à Bone, au milieu de grands dangers; le duc de Nemours faisait partie de cette campagne.
Tarif des douanes remanié, moins prohibitif.
Le 30 mai 1837, intervient le traité de la Tafna entre le général Bugeaud et Abd-el-Kader.
Le général Damrémont, nommé gouverneur général, attaque, avec le duc de Nemours, le bey de Gonstantine, Achmet (P' octobre). Il est tué. Le général Vallée emporte la ville d’assaut (13 octobre).
L’année 1839 se passe en explorations mililaires, en tentatives pour rattacher les Arabes à la domination française. Le général Vallée, nommé maréchal et gouverneur, accompagne le duc d’Orléans à travers la contrée d’entre Alger et Gonstantine. Mais notre bonne volonté vient échouer contre l’hostilité d’Abd-el-Kader. Il écrit au gouverneur généralque tous les musulmans ont délibéré et arrêté de recommencer la guerre sainte. On n’en pouvait douter, puisque, antérieurement à cette déclaration, plusieurs de nos colonnes ou de nos postes avaient déjà subi le choc de l’ennemi. Cette tentative n’eut aucun succès. A la fin de 1839, Abd-el- Kader ne pouvait plus guère compter que sur les fanatiques du Maroc. Toutefois, les trois provinces, d’Alger, d’Oran et de Constantine étaient en fermentation.
On résolut d’en finir. Le gouverneur général soumit au gouvernement un nouveau plan de campagne. En janvier 1840, les hostilités commencent sur tous les points. Mustapha-Ben-Tami, lieutetenant d’Abd-el-Kader, à la tête de 12,000 hommes, attaque
le poste de Mazagran (province d’Oran). Ce poste, occupé par 123 hommes de la 10® compagnie du l®*" bataillon d’infanterie légère, et commandé par l’intrépide capitaine Lelièvre, oppose aux assaillants une résistance si énergique pendant quatre jours entiers, que Mustapha est contraint à donner le signal de la retraite. Les Arabes eurent eaviron six cents tués ou blessés; les Français trois tués et seize blessés. Une colonne monumentale s’élève aujourd’hui sur le petit fort où tant d’intrépidité, tant d’héroïsme fut déployé (2-6 février 1840).
Le passage du col de Mouzaïa, l’occupation par le duc d’Orléans d’un piton élevé qui dominait au loin la position et que défendirent vaillamment les Kabyles, la prise de Médéah, celle de Milianah, etc., sont encore des événements qui se rattachent à l’année 1840. L’année se termine par la nomination du général Bugeaud aux fonctions de gouverneur général. L’iieure est venue d’agir avec énergie et ténacité.
L’effectif de l’aémée est porté à 73,500 hommes et 13,500 chevaux (1841). Dans les trois provinces, quelques succès notables inaugurent l’année qui commence. Tagdempt, où Abd-el-Kader a établi son principal dépôt d’armes et de munitions, est prise, ainsi que Mascara (mai). Lamoricière établit son quartier général dans cette dernière ville, c’est-à-dire au centre du pays ennemi. Baraguey-d’Hilliers, pendant ce temps, parcourt tous le bas Chélif et remporte des avantages signalés. Bedeau soumet, sur le haut Habra, l’importante tribu des Bordja. La défection se met parmi les partisans d’Abd*el-Kader.
Au commencement de 1842, l’émir en était réduit à la défensive. Bugeaud, avec 3,000 cavaliers arabes, se rend dans l’Atlas et soumet toute la chaîne depuis Cherchell jusqu’à l’Arrack. Le colonel Korte, au combat d'Aïn-Tlemsil, fait aux Kabyles 3,000 prisonniers, et leur prend 1,300 chameaux, 300 chevaux ou mulets et 15,000 têtes de bétail. Changarnier enlève la Smala du Khalifat Ben- Allah, lui fait 3,000 prisonniers et lui enlève plus de 30,000 têtes de bétail. Abd-el-Kader, réduit à se jeter dans les montagnes de l’Ouarcnserris poury recruter ses troupes régulières, y est suivi par trois colonnes que commandent le duc d’Aumale et les généraux Gentil et Lamoricière. La soumission de toutes les tribus de la chaîne de ces montagnes et de la rive gauche du Chélif ne tarde pas à s’ensuivre.
Vaincu, mais non découragé, Abd-el-Kader reparaît, en jan-
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vier 184-3, au milieu des tribus de la vallée du Chéiif et recrute 3,000 Kabyles. Bientôt l’émir est refoulé par nos colonnes. L’une d’elles, commandée parle duc d’Aumale, s’empare de la Smala, composée de la famille, des principaux lieutenants, des marabouts dévoués et d’une partie des réguliers d’Abd-el-Kader. Ce fait d’armes mérite une mention particulière.
Après une marche de vingt-cinq heures à travers un pays inculte, le jeune duc d’Aumale se trouve, le 14 mai, en présence de la Smala. II n’avait que 500 cavaliers ; les zouaves, l’ambulance et l’artillerie étaient restés en arrière avec le lieutenant-colonel Ghasseloup; ceux-ci ne pouvaient rejoindre le duc que deux heures plus tard. Pendant ce temps, la Smala pouvait disparaître d’un autre côlé, l’ennemi n’avait pas moins de 5,000 combattants ; il eût eu le temps de se reconnaître; le succès devenait douteux.
— Monseigneur, dit au prince le général Yusuf; que faut-il faire ?
— Entrer là dedans, pardieu I
Le brave Yusuf croit avoir mal entendu et répète au prince sa question.
— Entrer là dedans, répète le prince.
— Nous sommes tous flambés, se dit Yusuf. — Et tous s’élancent.
On tua aux Arabes 300 hommes, on leur prit 4 drapeaux, 1 canon, un immense butin et 4,000 prisonniers. — Nous eûmes 9 hommes tués et 12 blessés. «Pour entrer, disait le vaillant colonel Gharras, pour entrer, comme l’a fait le duc d’Aumale, avec 500 hommes au milieu d’une pareille population, il fallait avoir vingt-deux ans, ne pas savoir ce que c’est que le danger, ou bien avoir le diable dans le ventre. Les femmes seules n’avaient qu’à tendre les cordes des tentes sur le chemin des chevaux pour les culbuter, et qu’à jeter leurs pantoufles à la tête des soldats pour les exterminer tous, depuis le premier jusqu’au dernier. »
Le brillant combat du 11 novembre, livré près de l’Oued-Malah parle général Tempoure à Sidi-Embarek, l’un des plus puissants Khalifas d’Abd-el-Kader, combat où périt ce lieutenant de l’émir, les succès obtenus par Bedeau et Tempoure vers laTafna et le Ghott, terminent cette campagne qui réduit Abd-el-Kader à errer avec les débris de sa Smala sur la frontière du Maroc ou dans le désert. Notre colonisation prend des développements sensibles.
i4 LES COLONIES FRANÇAISES.
Un nouvel ennemi se présente au commencement de 1844: C’est Muley-Abd-er-Rhaman, empereur du Maroc. La prise d’Ouchda, à l’entrée de cet empire, le bombardement de Tanger par le prince de Joinville, enfin la brillante victoire d’Isly (14 août), O il 8^500 soldats français dispersent une armée innombrable, contraignent l’allié d’Abd-el-Kader à signer la convention de Tanger et à répudier pour toujours l’alliance de l’émir.
Celui-ci appelle les Kabyles à l’insurrection (1845), et sa voix est entendue. 11 trouve un allié ou plutôt un rival dans le fanatique Bou-Maza. L’année s’écoule dans une alternative de succès importants et de revers sans grande portée. Rien de définitif.
Les années 1846 à 1848 sont remplies par les événements qui suivent :
Réapparition d’Abd-el-Kader en Algérie; sa déira, qui contient toutes les réserves de l’émir en argent, en provisions et ses prisonniers, est poursuivie par le général Cavaignac jusque sur le territoire marocain. Trois cents des prisonniers faits par les Arabes dans l’embuscade de Sidi-Brahim en 1845, sont massacrés; onze officiers et soldats sont épargnés ; quelques-uns parviennent à se sauver et se réfugient dans les douars des Beni-Tenasen, tribu marocaine. Abd-el-Kader, assure-t-on, est demeuré étranger à ce massacre. Bou-Maza, croyant Abd-el-Kader jaloux de son influence, quitte la déira de l’émir avec 40 cavaliers; scission entre les deux chefs. Ordonnance royale, en date du 21 juillet, sur la propriété des colons.
Le schérif Bou-Maza se rend à nous le 12 avril 1847. Abd-el- Kader gagne le Maroc. Le maréchal Bugeaud entreprend une heureuse expédition contre la grande Kabylie. Le duc d’Aumale est nommé gouverneur général de l’Algérie.
L’année 1847 se termine par la reddition d’Abd-el-Kader. Traqué par nos troupes, l’émir avait dû se réfugier au Maroc. Il profite de la division qui y régnait pour intriguer contre l’empereur Muley-Abd-er-Rhaman. L’empereur envoie un corps de cavaliers pour surveiller l’émir ; celui-ci taille en pièces ces cavaliers. La révolte est flagrante. Cerné bientôt par trois colonnes de troupes marocaines, pendant que le général de la Moricière se tient sur notre frontière avec 3,000 hommes et 1,000 chevaux, l’émir n’a plus d’autre ressource que de se rendre aux Français. On le conduit à Djema-Ghazaouat, au duc d’Aumale, gouverneur général, qui vient de débarquer en cet endroit. Introduit près du
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lo
gouverneur, le vaincu dépose ses sandales sur le seuil et attend pour s’asseoir l’invitation du prince. Après un moment de silence, il dit en arabe :
« J’aurais voulu faire plus tôt ce que je fais aujourd’hui ; j’ai attendu l’heure marquée par Dieu. Je demande l’aman du roi des Français pour ma famille et pour moi. »
Abd-el-Kader ne s’était rendu qu’à la condition d’être transporté avec tout son monde, soit en Arabie, soit sur un autre point de l’Asie. On ne lui tint point parole. Embarqué pour Oran le 24 décembre, il fut de là dirigé immédiatement sur Toulon avec sa mère, ses femmes, ses enfants, des membres de sa famille, quelques serviteurs fidèles, en tout 97 personnes.
La révolution de février 1848 donne le gouvernement de l’Algérie au général Gavaignac. Les principaux faits de cette année sont, outre quelques expéditions militaires bien conduites, un décret électoral qui confère à l’Algérie le droit d’élire des représentants et une loi sur la colonisation.
On peut résumer ainsi les faits qui se produisent pendant les années suivantes :
Apparition d’un faux Bou-Maza parmi les tribus du Djurjura ; il est tué le 2 octobre 1849. La prise de Zaatcha le 26 novembre de la même année ; le siège de cette ville a duré 51 jours. — Expédition du général Saint-Arnaud contre la petite Kabylie. — Loi du .17 juin 1851 réglementant les propriétés des indigènes et des Européens. — Bombardement par l’amiral Duboiirdieu de Rabat et de Salé, repaires des pirates marocains. — Mise en liberté d’Abd-el-Kader, retenu prisonnier à Amboise (octobre 1852); on lui assigne Brousse en Asie, pour résidence. — SoumJssion des Zouaouas, dans la grande Kabylie. — Percement de routes dans la Kabylie centrale.
Prise de Laghouat, sur le Schérif d’Ouargla, à 120 lieues S. d’Alger (4 décembre 1852).
Culture du coton encouragée (1853).
Le général Randon, gouverneur général, et les généraux Mac- Mahon et Bosquet frappent les Kabyles des monts Babors, entre Sétif, Bougie et Djidjelli.
Exécution de nouvelles routes.
Excursions militaires aux oasis d’Ouargla, de Metlili et chez les Beni-Mzab. Le khalifat Si-Hamza prête son concours (janvier-février 1854).
On travaille à la route carrossable de Bogbarà Laghouat, par Djalfa.
Expédition contre les Kabyles Zouaouas du haut Djurjura, et surtout contre les Beni-Hidjer, qu’excite le faux Schérif Bou-Bargla (juin -juillet).
. Prise de Tuggurt, où s’était réfugié l’ancien Schérif d’Ouargla (2 décembre).
Bou-Bargla tué par un caïd qu’il avait attaqué (26 décembre).
Exposition universelle à Paris (15 mai au 15 novembre 1855). L’Algérie y envoie ses produits.
Tremblement de terre en Algérie, ressenti surtout à Philippeville (21 août 1856).
Les divisions Renault et Yusuf opèrent contre les Kabyles Guetchoulas, du Djurjura (sept.). Le maréchal Randon se joint à l’expédition (oct.).
Tente des terres, à titre définitif. Jusque-là, le système des concessions temporaires et conditionnelles avait prévalu.
Décret du 4 janvier 1857, étendant les attributions du gouverneur général, des préfets et des chefs militaires.
Décret du 14 mars, établissant un collège arabe-français à Alger.
La culture du coton encouragée. Prix impérial de 20,000 fr. proposé.
Lignes de chemins de fer décrétées (8 avril).
Campagnes du gouverneur général, des généraux Renault, Yusuf et Mac-Mahon, contre les Zouaouas, dans la grande Kabylie du Djurjura (mai-juillel). — Route de 25 kilomètres ouverte en dix-sept jours au milieu des montagnes; elle relie Tizi-Ouzou à Souk-el-Arbâ, point culminant ; fort Napoléon.
Décret du 4 août, établissant à Alger une école préparatoire de médecine et de pharmacie.
Population européenne de l’Algérie : 167,670 âmes.
Ministère de l’Algérie et des colonies créé.
Le prix de 20,000 fr. institué pour la campagne cotonnière de j857, attribué à M. Colonna de Cinarca (prov. d'Oran).
Décret du 31 août 1858, supprimant les fonctions de gouverneur général de l’Algérie, etc.
Décret du 31 août, nommant le général de Mac-Mahon commandant supérieur des forces de terre et de mer employées en Algérie.
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Sur le rapport du prince chargé du ministère de l’Algérie, décret du 21 nov.-5 déc. créant un conseil supérieur de l’Algérie et des colonies.
Expédition du général Desvaux dans l’Oued-Souf et l’Oued-Rif (février-mars).
Forages artésiens dans le Sahara.
Travaux du chemin de fer d’Alger à Blidah.
Caravane de Laghouat revenue de Chat.
Culture prospère de la vigne, du coton, du sorgho, du tabac, du henné.
On remarquera parmi les événements plus rapprochés de nous ; les relations nouées par le gouvernement de l’Algérie avec les principaux chefs des Touaregs ; un traité de commerce a été signé à Ghadamès par leurs représentants et ceux de la France (1862).
Pour conserver leur indépendance contre les Arabes envahisseurs, les Touaregs se sont créé une existence exceptionnelle. Ils forment, d’après le tableau de la situation 1862, une race unique dans le monde. L’aridité de leur pays (du Sahara au Soudan), ne leur permettant de devenir ni pasleurs, ni agriculteurs, ni industriels, ils se sont faits les convoyeurs du désert; ils se chargent de protéger et de conduire, à travers l’océan de sable, les caravanes qui, des marchés du Sahara, se rendent dans le Soudan. Les coutumes ou redevances qu’on leur paye constituent leur seule richesse.
Yoyage du CheickTargni Si-Othman et de deux de ses neveux à Paris. Leur lettre enthousiaste à l’Empereur (juin 1862). Leurs rapports aux Touaregs.
Mission de Ghadamès, et rapport par le commandant Mircher (oct.-nov. 1862).
Letlre de l’Empereur au duc de Malakoff, gouverneur général, (6 février 1863; Tableau de la situation^ Paris, Impr. impér., 1863, p. 3), sur la conduite à tenir vis-à-vis des Arabes.
On lit dans cette lettre :
« La terre d’Afrique est assez vaste, les ressources à y développer sont assez nombreuses pour que chacun puisse y trouver place et donner un libre essor à son activité, suivant sa nature, ses mœurs et scs besoins^
(( Aux indigènes, l’élevage des chevaux et du bétail, les cultures naturelles au sol.
(( A l’activité et à l’intelligence européennes, l’exploitation des
forêts et des mines, les dessèchements, les irrigations, l’introduction des cultures perfectionnées, Timportation de ces industries qui précèdent ou accompagnent toujours les progrès de l’agriculture.
« Au gouvernement local, le soin des intérêts généraux, le développement du bien-être moral par l’éducation, du bien-être matériel par les travaux publics. A lui le devoir de supprimer les réglementations inutiles et de laisser aux transactions la plus entière liberté. En outre, il favorisera les grandes associations de capitaux européens, en évitant désormais de se faire entrepreneur d’émigration et de colonisation, comme de soutenir péniblement des individus sans ressources, attirés par des concessions gratuites.
(( Voilà, Monsieur le Maréchal, la voie à suivre résolûment; car, je le répète, l’Algérie n’est pas une colonie proprement dite, mais un royaume arabe.... »
Rapport deM. le comte de Casablanca sur le sénatus-consulte relatif à la constitution de la propriété algérienne dans les territoires occupés parles Arabes {Sénat avril). Sénatus-consulte y relatif (13-22 avril).
Rapport à l’Empereur, parle maréchal Randon, ministre de la guerre, sur le régime administratif de l’Algérie (7 juillet). Décret impérial y relatif (7 juillet 1864).
Les terres domaniales vendues à prix fixe et à bureau ouvert (décret, 10 déc.).
Défection de Si-Seliman-ben-Hamza, bacli-aghades Ouled-Sidi- Cheikh (fin février). Massacre du colonel Beauprêtre et de son détachement (8 avril).
Combat de Saïn-Legta (général Martineau).
Combat de Cbaab-el-Ameur (général Deligny).
; Soulèvement des Flittas (mai).
Mort du gouverneur général, le maréchal Pélissier, duc de Malakoff (22 mai).
Combat du général Rose à Dar-ben-Abdallab et mort du marabout insurgé Si-Lazereg (5 juin).
Défection des Larbaas et des Harar, avec Si-Lala à leur tête août).
Le maréchal de Mac-Mahon, gouverneur général (décret, 1®” sept.), et le général Desvaux, sous-gouverneur.
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Combats de Teniet-el-Rihti, d’Aïn-Dermel, d’Aïn-Malakolf (sept.-oclob.).
Défection des Ouled-Nayl (octob.).
Combats d’El-Beïda, de Touten-Yaya (sept.-oct.).
Combat de Sahh-Ahmed-Annoual (général Legrand), 29 nov.
La plupart des tribus révoltées sont soumises, sauf les Ouled- Sidi-Cheikh et les Trafis.
Voyage de l’Empereur Napoléon III en Algérie (mai-7 juin 1865).
Sénatus-consulte du 5 juillet ; il détermine l’état des personnes et les conditions de naturalisation en Algérie.
Lettre de l’Empereur au maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta. Datée du 20 juin 1865, ce tte lettre a paru le 4 novembre, et a produit la plus vive sensation. On en trouvera un extrait important dans l’appendice qui termine ce travail sur l’Algérie.
Combat de Ben-Hattab, et défaite de Si-Hamed (15 mars 1866). Mort du général Yusuf, à Cannes.
Le dernier événement, le plus important de tous au point de vue de l’avenir de la colonie, est la constitution définitive de la société Frémy et Talabot.
Elle a émis 100,000 actions de 500 fr. La souscription ouverte le 6 août 1866 a été fermée le 8 août.
Quelles que soient les critiques de détail auxquelles ait pu donner lieu le mode de procéder adopté par la société, il est hors de conteste que l’Algérie retirera de sa constitution, trop longtemps ajournée, des avantages considérables.