‹ Les colonies françaises (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · ET L^EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

ET L^EXPOSITION DE

Je dois ajouter que, si ma responsabilité eHait entière, mon initiative était perpétuellement paralysée. Les règlements constituaient un tel labyrinthe de formalités administratives que je n’en serais jamais sorti si M. le Commissaire g’énéral, M. Alfred Picard, ne m’avait personnellement aidé avec une bonne grâce et une courtoisie dont je suis heureux de le remercier.

Telles sont les principales stations du calvaire que nous avons eu à gravir. Etait-ce une raison pour jeter le manche après la cognée?Nous ne l’avons ^pas pensé, et nous avons au contraire essayé, mes collaborateurs et moi, de tirer le meilleur parti possible d’une situation difficile.

Nous n’avons donc aucun désir de récriminer contre des erreurs reg-rettables sansdoute, maisqui n’ont pas empêché l’exposition coloniale d’offrir au public un spectacle instructif et dont il a paru, somme toute, satisfait.

L’affluence des visiteurs, le g'rand nombre de renseignements qui nous ont été demandés par des personnes appartenant à toutes les classes de la société, — la quantité considérable denoticesqui ont été distribuées et vendues, — la faveur dont ont joui nos conférences faites soit dans les divers pavillons, soit dans notre salle des conférences ; — le succès du Congrès de la Ramie dû à l’initiative de notre collaborateur M. Milhe-Poutingon, — la bonne humeur du public à nos retraites coloniales du mercredi soir, auxquelles prenaient part pins de trois cents de nos indigènes, — nous prouvent ({lie nos efforts n’ont pas été inutiles.

NOS COLONIES

On était du reste très gai, au Trocadéro : on y pratiquait cette douce philosophie qu’inspirent aux coloniaux l’habitude des long-ues étapes dans la brousse, les difficultés et le manque de confort inhérents à leur existence, et le dévouement sans borne à l’œuvre qu’ils ont entreprise.

La g-rande fête que les commissaires des colonies françaises ont offerte à MM. les commissaires g-énéraux des nations et des colonies étrangères, dans la salle souterraine du pnom cambodg’ien, répondait, me semble-t-il, au programme tracé par M. de Vogüé. Il y avait de fort beaux échantillons de tous nos sitjets et même de nos sujettes. On y a chanté tous les chants, dansé toutes les danses de nos diverses colonies, aux sons des orchestres locaux, dans le cadre des merveilleuses ruines d’Angkor Thom, d’Angkor Val, de Prea Rnp, de Prea Khane, ingénieusement assemblées et reconstituées par un artiste adroit et un architecte de talent, M. Marcel. Puis enfin, quand est venu le moment de la distribution des récompenses, nous avons eu la satisfaction de constater que nos produits coloniaux avaient fièrement soutenu l’honneur du drapeau dans cette première lutte coloniale internationale. Le jury leur a décerné 1700 récompenses, dont 92 grands prix, 273 médailles d’or, 488 médailles d’argent, 481 médailles de bronze et 366 mentions honorables. L’exposition coloniale aura enfin provoqué la publication que j’ai analysée au début de cette introduction, et dont je peux faire l’éloge d’autant plus à mon aise que tout le mérite en revient à mes collaborateurs.

ET l’exposition DE 1900

La presse en g-énéral a été pour nous très bienveillante, et des jug’es les moins prévenus en faveur de l’exposition coloniale y ont vu ce que nous souhaitions qu’ils y vissent : une espérance, le gag-e d’un avenir glorieux et prospère. J’en citerai deux exemples ; j’emprunte le premier au discours prononcé par M. Albert Petit à la distribution des prix du lycée Janson de Sailly :

« Nous sommes, pour ainsi dire, un peuple a de vieille roche », un peuple gentilhomme, et la galerie de nos ancêtres est formée des chefs-d’œuvre immortels qu’ils nous ont légués. Nous goûtons, à plus juste titre que tout autre peuple, le charme de vivre dans un décor historique. On nous accuse même de nous trouver trop bien dans ce cadre aristocratique et de n’être plus assez des hommes d’aujourd’hui, armés pour la concurrence, et résolus à garder notre place à la table où les nations civilisées se disputent les meilleurs morceaux. Cette place, elle est pourtant large encore, quoi qu’on en dise, et plutôt en train de grandir que de diminuer. Ceux qui visiteront nos pavillons coloniaux hésiteront sans doute à rééditer l’aphorisme classique : « Les Français ne sont pas colonisateurs. » La carte du monde porte partout nos couleurs, anciennes ou récentes. Même les colonies que nos malheurs on nos fautes ne nous ont pas permis de conserver ont gardé profondément notre empreinte, comme le Canada, qui s’en réclame ainsi que d’un titre de noblesse. Et que dire de toutes nos annexions d’hier : Congo, Tunisie, Indo-Chine, Dahomey, Soudan, Madagascar, conquises en moins d’un quart de siècle, et avec quels faibles moyens!

Objectera-t-on que nous sommes incapables de rien tirer de cet immense empire? Le grief ne serait pas négligeable, car nous vivons à une époque positive où les considérations de

NOS COLONIES

sentiment et même d’orgueil patriotique ne sauraient répondre à tout, ni suffire à tous. Mais le reproche, quoique banal, n’est pas fondé. Compulsez dans chaque pavillon les statistiques, les plans, les cartes, les photographies : partout vous constaterez que les voies ferrées allongent leurs artères vivifiantes, que les oasis surgissent au milieu du désert, que les gisements miniers entrent en exploitation. Ces signes de prospérité peuvent être trompeurs. L’Inde anglaise, par exemple, meurt de faim, en dépit de ses chemins de fer, de ses manufactures, de ses « cultures riches » — qui n’enrichissent qu’une métropole égoïste. Mais on ne meurt de faim nulle part dans nos colonies. Partout la condition humaine a été améliorée par notre présence et par notre action. L’esclavage a été supprimé, les razzias entre tribus ont disparu, la population a augmenté, le sort de la femme a été adouci. La France a toujours porté dans les plis de son drapeau un peu d’humanité et d’idéal. La paix qu’elle assure à ses sujets n’est pas la paix homicide de Rome ou... de Carthage. »

Le second exemple prouve que l’on nous a fait l’honneur de s’occuper de l’Exposition coloniale dans lapins docte et la plus illustre compagnie du monde, pour lui rendre le témoignage le plus flatteur qu’elle ait osé obtenir : celui d’avoir inspiré confiance dans l’avenir de la France.

« Comment éviter une recrudescence d'orgueil et de foi en la vitalité de la patrie^ a dit M. Paul Hervieu à l’Académie française, — quand on peut^ comme aujourd'hui^ d'un seul regard^ embrasser par exemple tant de petits palais^ symboles d'unimmense et tout jeune domaine^ dont les fils aux teints d'ivoire^ d'ocre ou d'ébène^ Tunisiens^ Tonkinois^ Congolais^ Cambodgiens^

ET l’exposition DE 1900

Malgaches^ Annamites^ Dahoméens ^ font en même temps sonner à nos oreilles leurs premiers bégaiements de cette langue qui vous a, Messieurs^ pour gardiens^ le doux parler de la France^ notre mère et leur tutrice, »

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