‹ Les colonies françaises (volume 3)Chapitre 13 sur 31 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La réunion des ouvrages écrits depuis vin^t ans sur la Colonisation formerait une bibliothèque imposante . riche en nobles 1)3^08, en ardentes idées, en commentaires savants et consciencieux. Voici qu'un nouveau livre vient s'y ajouter, — nouveau par Tintention, par le but, plutôt que par la forme et le sujet. Quels sont donc cette intention et ce but ?

Le livre Taurait bien dit lui-même, et plus clairement sans doute que le ])lus clair des préambules. Mais, par une coquetterie de vul*rarisateur certain de Tuti ♦ lité et de la beauté de sa mission, l'auteur a voulu la fôire exposer, cette mission, les faire entrevoir, cette intention et ce but, par un pvofanum vulyiis:^ par un des

innombrables atomes de cet immense tout qu'on nomme le Public, — éternel élève aux cent millions de têtes, dont Tesprit n'est jamais rassasié de savoir, pourvu que ce savoir ne lui demande pas trop d'efforts. Ainsi, l'auteur estime que défini par nn homme intéressé comme tout le monde à Tidée de Colonisation, mais non point versé dans les détails de cette science encore jeune, son livre trouvera mieux le chemin des lecteurs disposés à l'accueillir et à s'en servir, soit par goût, soit par nécessité. Cet auteur, comme on voit, croit encore aux préfaces. Ne le détrompons pas.

Deux particularités dominent toutes les définitions de l'esprit français : Tintelligence et Timpressionnabilité. De la première, on a dit avec justesse que c'est seulement la faculté de comprendre spirituellement et vite les idées 'd'autrui. Quant à rimpressionnabilité, c'est une manifestation particulière de la sensibilité ner-

veuse, capaljle de descendre jusqu'à la faiblesse aussi bien que de s'élever jusqu'à la force, suivant sa cause et les circonstances oïl elle se produit.

Intelligence, impressionnabilité : voilà donc les bases du caractère national, les deux facultés motrices qui, dans la majorité des cas, servent de guides au jugement d'un peuple de quarante millions d'individus. D'un côté, une propension naturelle à juger superficiellement les hommes et les choses; de l'autre, une promptitude extraordinaire à s'en émouvoir, à les condamner ou à leur dresser des arcs de triomphe. Tel apparaît le Français dans tous les chapitres de l'histoire, tel on le retrouve aujourd'hui, après vingt siècles de haut et de bas, de gloires et de vicissitudes, toujours aussi ardent en son irréflexion généreuse, en face de tous les sujets de controverse.

Car le Français n'est pas seulement impressionnable : il est vnpvpssio/uiislo^ enclin à se laisser diriger ])ar ses impressions. Impressionniste, il l'est de race, de tradition, de tempérament. A son esprit

Page 1