PRÉFACE
la r.-uT.i..n d-s ouvrag-s .Vrits dopuis vi„... an< sur lu Colonisation furmorait „„,. »,il.li..th.-iu.' ii..iH.sante , riche en n.i.l-^ I..>'-'.'s. en ardentes id.Vs, on oomau>ntairos savants et consciencieux. \ oici
nn-un n<.nvean livre vient s'y ajouter, nouveau par rinlenlion. parle but. phtlo
.,„. par la Ion I lo sujet. (Juels sont
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Le livre l'aurait i.ii-n dit lui->uoine, et ,.l„s olaireutent sans doute .pie le plus ,lair d.-s pr.-au.l.ules. Mais, j.ar n.v co-
„.,I..ried..vulî:arisaleurnM-taindelul.- Htè et de la l,..aut.' de sa mission. 1 auteur a voulu la lî.ire exposer, c-tio n.iss,..n. l,.s fair.' cntn'voir, cette inl-ntion et ce hul. par tin j»of„„in,i ruh/f's, ,.ar tiu des
ouvert et sensible, l'impression arrive toute faite, avec la rapidité de Téclair; elle y arrive nette, limpide, copieuse, pas toujours juste. C'est une impression. Cinq minutes plus lard, c'est une opinion.
C'est là un côté de l'état d'âme, de l'état d'esprit, plutôt, des foules. Les élites, plus instruites, donc plus prudentes, apportent moins de fougue dans leurs jugements, — moins de générosité et d'abnégation aussi. Mais ce n'est pas pour les élites que nous écrivons ici, l'auteur et moi. Les grands courants d'opinion viennent-ils des élites 1 Non, ils viennent de la foule. Donc, c/est la foule qu'il faut instruire, et c'est avec des faits, de grandes lignes, des traits profonds, qu'on l'instruit réellement.
Il n'est pas de sujet que la foule connaisse moins nettement que celui qui tient dans ce mot de Colonisation^ — un mot qui a déchaîné les plus grands orages politiques de la fin du xix« siècle. Le prononcer ou l'écrire, c'est surexciter l'enthousiasme admirai if des uns, en môme temps que l'ironie amère des autres.
Parmi la foule, la Colonisation a des iiiillions de partisans et des millions d'adversaires* Sur quoi reposent l'opinion des premiers et celle des seconds ? Sur deux inipressioNs contraires, bien plus que sur deux opinions puisées dans Texamen iml)artial des choses. L'un s'écrie :
— La Colonisation, c'est le salut. C'est la porte ouverte à toutes les énergies, à tous les courages^ C'est la terre qui s'offre à tous ks bras vaillants. C'est l'issue ouverte à toutes les carrières encombrées.
C'est l'avenir et la fortune de la France.
Et l'autre riposte :
— La Colonisation ! c'est le chemin de la faillite et de la ruine, — c'est le chemin de la mort. Depuis vingt ans, vous avez embarqué les millions et les régiments dans vingt entreprises aux espérances plus brillantes les unes que les auties. Qu'en est-il revenu i Des cadavres ! La Colonisation n'est qu'une erreur de votre politique aveugle.
Telles sont les deux opinions de la foule. Dans Tune et dans l'autre, il y a une part de vérité et une part d'exagération. Donc,
entre les deux, il y a la jjlace d'une œuvre de réflexion et de justice, qui se résumera en ces deux points :
La France doit-elle avoir inie jwlitique coloniale?
SommeS'-nous un peuple colonisateur ?
M. Edgard Denancy répondra tout à riieure à ces deux questions par des faits. Avant de lui rendre la plume qu'il m'a prêtée, J3 veux encore tâcher d'y répondre par des observations.
Si Ton examine froidement la situation politique de la France depuis le lendemain de la guerre de 1870-71, si l'on observe ce qu'ont fait tous les grands peuples européens depuis la même époque, si l'on tient compte, sans parti pris, de tous les résultats favorables et défavorables acquis dans les tentatives de Colonisation pendant les vingt dernières années, on aboutira fatalement à cette conclusion bien nette, et irréfutable, que la France devait
adopter une politique coloniale, qu'elle a eu raison de le faire, et qu'elle trouvera certainement, dans une exploitation coloniale méthodique et éclairée, des ressources considérables pour l'accroissement de sa prospérité et de sa force.
A toutes les époques de son histoire, chaque fois que les guerres européennes ou les troubles intérieurs lui en laissaient le loisir, la France a tourné ses efforts vers la création d'un empire colonial.
C'est donc qu'elle y voyait une des garanties de sa fortune, de son prestige et de son avenir. A l'heure où elle sortit anéantie et appauvrie, mais fière toujours, de la crise où elle avait failli sombrer, il était naturel que son espoir et sa volonté se portassent vers le même objectif. Plus que jamais, elle avait besoin d'or, de soldats, de prospérité. Mais plus que jamais sur- . tout elle avait besoin de prestige, plus que jamais elle avait besoin d'affirmer devant les nations rivales la vitalité invincible de ses ressources et de sa puissance. C'est ce que deux ou trois hommes de génie s'appliquèrent à démontrer. Les premiers y
s PHILOSOPHIE
perdirent leur popularité. Ceux qui ont continué leur œuvre ont déjà réussi en partie â justifier les ambitions et les convie-lions de ces «rrands promoteurs de la l)olifique coloniale moderne. Ils n'ont pas encore moissonné les résultats de leurs effurtSj mais, i)eu à peu, la lumière se fait autour de la mission qu'ils poursuivent, autour de sa portée et de ses résultats.
L'attitude prise depuis vingt ans par toutes les grandes nations vis-à-vis des questions coloniales justifie du reste l'initiative prise par la France, ou plutôt par quelques Français. Quelle figure ferait aujourd'hui notre pays s'il n'avait songé â étendre son influence au loin, alors que l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie^ritalie, les Etats-Unis, ont fait tant de sacrifices, plus ou moins heureux, pour la formation ou l'enrichissement de leur fief colonial ? Non, la France ne pouvait pas, ne devait pas laisser se perdre les occasions qu'elle a eues d'étendre et son prestige et son influence.
Après ces considérations politiques, viennent les considérations économiques.
et c'est ici que les adversaires de la Colonisation ont beau jeu.
— Depuis vinj^t ans et plus, observent-ils, le pays s'est imposé les plus lourds sacrifices pour la création de ces colonies auxquelles vous teniez tant. Quel bénéfice en a-t-il tiré? En faisant voter les grandes entreprises coloniales du Tonkin, de Madagascar, etc.. on nous a fait entrevoir autre chose que des avantages politiques. On nous a promis des ressources commerciales et agricoles. Depuis vingt ans, nous les attendons. Où sont-elles?
A cela, il n'y a qu'une chose à répondre : la jjlupart de nos entreprises coloniales n'ont pas donné jusqu'ici les résultats pratiques qu'on avait prévus, parce qu'elles n'ont pas été menées administrativement, dès le début, avec toute la décision nécessaire.
Au lendemain de 1870, que sont les adeptes de l'idée coloniale i Quelques hommes d'Elat qui prévoient, des explorateurs qui ont vu, de rares officiers qui brûlent d'aller voir. Leurs efforts disséminés ne se rattachent à aucun plan d'en-
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!• Des ca]jiiaux;
2' Des hommes instruits à la tète de toutes les exploitations ;
3" Des hommes d'action pour les seconder.
Le rôle des foules ne viendra que plus lard. On ne Fa pas compris. On a embarqué trop de colons à tort et à travers. On a fait des découragés et des pessimistes. Et les esprits chagrins ont trouvé une autre formule pour s'élever contre le principe d'une politique coloniale. Ils ont affirmé :
— Nous ne sommes pas un peuple colonisateur
Ce qui ressort le plus clairement, jusqu'ici, des échecs coloniaux et des contradictions qui s'élèvent autour de l'idée colonisatrice, c'est le défaut d'une éducation coloniale suffisante. Il v a énormément d'adversaires ; il y a trop d'optimistes su-
' -?r:: iris : C l-'v a : as iiss'fz de trens rens-ri-Ti^-^s, ^:r. -r-^ ::.-?::: e: S'iidement convain-'jis. La C 1 n:-a:i a devrait être un s::'-: de rr^-xivn e: d"-:iide: on en a fait jres ^\:'^ ex^lusiveiL^-n: une question de rivâ*.L>s {.■ liijues. — «-u du moins on a îaiss*^ relles-cî y [.rendre une trop grande |Iaoe. Ce::e re:i:ar«ii:e me ramène à l'observaû.n de î«*ut-â-rheure, savoir que la l»Iu^ar: d^s Français sont trop enclins à se ta^ri ^uer des o[.inions avec des impressions superricielles. Un tel défaut peut aller ju5«iifâ l'ignorance, jusqu'au mépris de la vériié: il mène, en tout cas, aux i»ires exauréraiions, aussi bien dans un sens que dans l'autre. C'est contre cet aveuL^lement naturel que l'homme juste et droit doit chercher à réa^rir. C'est contre l'ignorance que le vrai patriote doit lutter, et c'est parmi ceux que l'étude consciencieuse n'a pas instruit qu'il doit propager son effort, avec la foi inébranlable du poète :
^1 qui te chiichi, 6 IVj/, jamais tu n'échappas.
Ici, apparaît déjà le rôle utile d'un livre
de Vérité Coloniale destiné à la masse du public. Mais avant d'en arriver à cette conclusion, qui doit être mon dernier mot, je dois revenir sur cette opinion des adversaires de la Colonisation : — Nous ne sommes pas un peuple colonisateur !
Ceci est un blasphème. Un blasphème contre la vérité et contre Tesprit de la race. La dernière goutte de sang gaulois a-t-elle donc cessé de couler dans nos veines, que nous ayons perdu le goût des expéditions aventureuses et lointaines i Depuis l'antiquité jusqu'à nosjours, chaque siècle, hormis ceux que troublèrent les guerres européennes, a montré des exemples de l'ambition colonisatrice de nos nationaux, de leur ardeur dans les entreprises d'outre-mer. La '' route des Indes, '^ ce chemin fantastique qui devait mener à quelque pays de rêve, d'apothéose et de fortune, n'a-t-elle ])as, depuis le moyen-âge, éveillé la convoitise de tous nos navigateurs et de tous nos grands, ministres i Et n'est-ce pas des Français qui 'peuplèrent les premiers ces colonies admirables et
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prospères entre toutes : le Canada, les Antillrs, la Louisiane?
D'autres peujiles, l'Italie et l'Allemagne surtout, montrent évidemment plus de tendances à rêmiirration en masse. Mais ce qu'ils envoient en si trrand n«'mNre dans les colonies, c'est surtout le relut de leur population, tout un bas peuple de misère et de paresse, incaj^able d'initiative, à peine de persévérance.
Il faut attendre autre chose pour découvrir chez les nations voisines des aptitudes colonisatrices supérieures aux nôtres. Et c'est le moment de répéter encore une fois que notre peuple à nous, nos déclassés, nos pauvres, émigrent déjà trop sans savoir où ils vont. Peupler les colonies avec un excès de cet élément inerte, sans activité personnelle, sans ressources autres que la bonne volonté passive et le désir de faire fortune, c'est en paralyser le développement méthodique et révolution.
Le laboureur et Touvrier doivent attendre que la voie s'ouvre à leur effort en masse, que le sillon et Tatelier requièrent d'eux un labeur analogue à celui qu'ils sont
aptes à fournir dans la métropole. Ceux à qui il incombe de préparer l'avenir, ce sont les ingénieurs, les savants, les grands propriétaires, les fils de bourgeois et de commerçants décidés à aller au loin chercher autre chose que la médiocrité paresseuse des professions dites libérales.
Ceux-là sont les véritables pionniers. Ils ont l'initiative, ils ont la foi, ils ont l'esprit pratique et les capitaux. A côté de la I)rotection gouvernementale, ils trouvent aujourd'hui celle de sociétés privées, à la tête desquelles sont des hommes éclairés, doués d'érudition en toutes les questions coloniales, et aussi de l'expérience pratique des différents modes de Colonisation.
C'est donc surtout aux jeunes hommes de la classe moyenne, à ceux qui n'ont pas encore renié la dignité du travail, à ceux aussi qui veulent s'y régénérer, qu'on peut dire sans crainte, qu'on doit dire sans hésitation : Allez aux colonies ! Allez-y sans optimisme exagéré, avec la notion des difficultés qui vous y attendent, avec le savoir et l'énergie nécessaires pour les vaincre...
Le peuple viendra ensuite, quand les champs et les usines appelleront Tarmée des bras musclés et des mains actives. En attendant, il faut l'instruire, il faut Tèloi- <>'ner des exagérations, lui dire la vérité et répandre dans sa masse, avec impartialité, la connaissance des choses coloniales. Son goût s'éveillera alors, et ce ne sera plus par une excitation passagère de Tesprit, mais par un raisonnement élayé sur des bases solides.
Le livre de M. Edgard Denancy est conçu dans une forme simple, mélhodique et claire. Il laisse parler les faits, sans prétention. Il est destiné au grand public encore ])lus qu'aux hommes versés dans les questions décolonisation, ou S])écialement attirés vers elles. C'estle livre sincère d'un homme droit et juste, qui connaît et qui a vu. C'est, en résumé, un " livre de bonne foy, " comme disait Montaigne, et cela suffît pour que, de tout mon cœur, je lui souhaite bonne chance à travers le monde; car le principe de la Colonisation aura fait un grand pas dans l'esprit et dans Testime de tous, le jour où la vérité
impartiale aura triomphé des exagérations intéressées et du pessimisme ignorant d'aujourd'hui.
Emile SEDEYN,
Rédacteur à V Illustration, à la Renne Illustrée^ à VArt décoratif, etc.