‹ Les colonies françaises (volume 3)Chapitre 21 sur 31 · LES COLONIES DE SOUVERAINETÉ · texte numérisé non relu

LES COLONIES DE SOUVERAINETÉ

Sous ce titre nous comprenons les possessions dues à la conquête, à la politique d'expansion, îi toutes les entreprises ayant eu pour effet le partage territorial du globe, et qui avaient pour but essentiel et immédiat d'étendre la souveraineté d'une puissance, — le commerce et la colonisation étant considérés comme des objets accessoires d'une éventualité plus ou moins lointaine.

Notons encore, à ce propos, qu'il ne peut y avoir, pas plus dans cette catégorie que dans les précédentes, d(^ délimiLilinns absolues.

clpal objol le C">:iiîn»,Tce ou i>xpl« !: i: on. i'UûcTii en nirrnc teni[»3 d^*s l'oînr.ies «io s*' •:voraiiiet^'*.

Il en »:tait iJe mènie des colonies de TEi- pagne H du Portîj.iral, et ici, le but p<jl.:l'"{:je était cxwifVd |»lu5 necus»', puisque ces doux pavh avaient déjà procédé, au début de leurs entreprises, /i un véritable partai-'-c du gî«»L»e, sanctionné par deux bulles de s»»uveraîns pontifes.

Les Hollandais, les Français, les Anglais obéissaient nux mêmes suggestions lorsqu'ils cr>nqijéraient et se disputaient des empires, dans l'Inde et en Amérique.

Néanmoins, dans toutes ces entreprises aj>paraît la préoccupation d'une utilisation iriirnédiatr;, au point de vue commercial ou colonial.

Au dix-neuvième siècle nous voyons surgir dans les esprits un tout autre ordre criflées.

Les relations commerciales se sont déveloj>pé(;s dans des iiroportions inconnues jus(|u'alors. Les marines de commerce ont

DK LA COUIMSATION l'io

VU s'accruîlre parallMcment leurs ciïcftifs et leurs tonnages. ElUvs sillonnent toutes les mers du monde, sont deviennes vulnérables partout, et ont besoin de plus en plus, en cas de conflits, de la protection dos marines de guerre.

Or, les marines île ^neire, elles aussi, se sont transformées. IMus puissantes, elles ont, en revanche, plus besoin (pie jamais, de trouver à leur disposition, dans les parages où elles évoluent, des;/o/'/*/s </>/;•;/?</", où elles puissent se réfugier en eus de besoin, procéder aux réparations les plus urgentes et se ravitailler.

Cette (piestion ilu ''puint d'appui de la flotte » devient, au xix« siècle, une véritable obsession chez toutes les i)uissances maritimes.

La France et TAngleterre, par cela mémo que leurs marines occupent le premier rang, en sont aussi les plus préoccupées.

A un mcmient' donné, les hommes d'Etat des deux pays, étudient flévreus(îment la carte du globe, pour y trouver des ''points d'appui de la flotte ,, non encore occupés, et

(îhargé d'aller occuper l'îlol rocheux de P(!'rim qui, coupant en deux le détroit de Bal-el-Mandeb, commande de ce côté, les communications de la mer Rouge avec la mer des Indes.

Notre compatriote, à la veille d'exécuter cet ordre, avait mouillé son navire dans le port Anglais d'Aden.

Invité à dîner et à pjisser la soirée chez le gouverneur britannique, roffleier, en vrai Français qu'il était, eut l'idée, avant de se retirer, sur le coup de minuit, de s'en payer '' une bien bonne ,, et de se délcclcr au spectacle de la tête que fiîrait l'Anglais en apprenant le but de sa mission.

— Bonne nuit ! disait le Gouverneur.

— Oh ! je ne dormirai guère, répondit l'autre railleur, car je dois appareiller dès que paraîtra l'aube.

— Et pourquoi tant de liAle?

— Oh! tout simplement, fît l'officier en éclatant de rire, pour aller planter le drapeau français sur l'îlot de Périm.

L'Anglais se mordit les lèvres et ne répondit rien.

S:- i!'*!i-i. :iL <!ns f'Jf'^tk'b-e Viiabe^ il expédia s»:r rh» i:r*?, ilu port d'Ailen, un navire rip' îo- ot I»? knir^aiain, lorsqin? Tofficier fnvni;t:< .irrivà on vue d»? Périm, le drapoiu brit tnn-'i'îo floltait au sommet du

E.Ie Oiiil, en t'tTet " bien bunne .,!

Ce ijui a dt»nné le plus grand essor à la politique d'exjKinsion coloniale, e'e>t le parlaire de rAfri«|ue.

Il n'y a pas de dtmle que eest laeonsliiuliiui de l'Etal indépendant du Congo qui a hâté les événeinenls dans la conquête du Continent Noir.

A {>eine reconnu enelîet,cel Etat s'efforça d'êlendre dans la plus large mesure possible SOS frontières primitives au dépens des autres puissances coloniales qui avaient des droits pour le moins aussi valables que les siens sur tout le pourtour du bassin du Congo.

Il est incontestable, notamment, que le Portugal avait, dans Tinlerland de sa colonie d'Angola, des droits historiques, et que d'autre part, les populations indigènes de

cette colonie entretenaient des relations commerciales avec une grande partie du bassin du Congo.

Aussi, sur les cartes d'Afrique, les possessions portugaises étaient-elles teintées d'une manière uniforme jusqu'à une grande profondeur à l'intérieur du continent noir.

L'Etat du Congo, nouveau venu dans la Colonisation de l'Afrique, n'en émit pas moins la prétention d'étendre ses propres frontières aux dépens des possessions portugaises, et comme il était soutenu par l'Angleterre et par l'Allemagne, il triompha des résistances du Portugal et finit par faire ra lifier, par des traités en règle, une véritable spoliation.

Avec l'Angleterre et l'Allemagne, l'Etat du Congo se montra plus coulant et se garda bien d'empiéter. Il fut récompensé de cette attitude conciliante par le concours que lui prêtèrent ces deux nations pour dépouiller les autres.

Avec la France, l'Etat du Congo usa d'un sans-gône que Ton trouverait, à bon droit extraordinaire, si l'on ne savait qu'il se sen-

130 PHILOSOl»lllE

tait soutenu dans ses injustes prétentions par la complicité tacite de l'Allemag-ne et surtout de TAngleterre.

Entre les possessions de l'Etat du Gungro et les régions considérées comme appartenant à la sphère d'influence française, avait été établie une limite provisoire, le cours de rOubanghi-Ouellé.

Que fît l'Etat du Congo? Il ne songea nullement à s'occuper de la mise en valeur des immenses territoires qui lui étaient ainsi octroyés. Son unique préoccupation fut de lancer de coûteuses expéditions armées par delà le cour.s de rOubanghi-Ouellé, sur territoire français, afin d'en prendre possession, d'y fonder des stations, et de pouvoir opposer plus tard, lorsqu'on voudrait négocier, le fait de l'occupation elTecîtive aux prétentions de la France uniquement fondées sur les traités.

Quoi que Ton puisse penser de l'honnôtelé du procédé, ce qu'il a de certain, c'est qu'il était bon, puisqu'il a réussi.

L'Etat du Congo, allant toujours de l'avant, fondait stations sur stations au nord de l'Ou-

banghi, sur le M'Bomou, et môme au nord du M'Bomou, atteignant presque le Pays des Rivières, alors qu'il laissait ses propres territoires presque inoccupés.

Le but de ces empiotemcnts dans la sphère d'influence française était tellement visible, que les autorités coloniales de notre pays finirent par s'en apercevoir et protestèrent diplomatiquement.

Des négociations furent entamées, et l'Etat du Congo s'attacha à les faire traîner en longueur le plus longtemps possible, parce que, pendant que l'on négociait, il continuait à faire occuper d'autres territoires.

Le dossier de ces négociations est le plus bel amoncellement d'odieuses chicanes (ju'ait jamais enregistré l'histoire diplomatique.

La France, comme toujours, apportait en toute cette affaire, une bonne foi et un droit incontestables. Elle excipait, loyalement, mais strictement, du texte des traités.

L'Etat du Congo, lui, déjà en mauvaise posture, discutait la signification des expressions géographiques , telles qu'Oubanghi^ Quelle A\ prétendait qu'au moment où avaient

132 PHlLOSOiMlIli

été signés les traités, on ignorait le véritable cours et la véritable dénomination des affluents de rOubanghi, d'où une confusion possible, — confusion dont il avait, d'ailleurs, tiré parti.

L'argumentation était pitoyable. Elle dissimulait mal le parti-pris d'empiéter sur les droits du voisin.

Poussé dans ses derniers retranchements, l'Etat du Congo finit par mettre cyniquement en avant son principal et son meilleur argument : l'occupation effective des territoires contestés.

La France, confiante dans les traités, avait négligé d'occuper le pays. L'Etat du Congo,

bien décidé à les violer, s'était empressé de l'envahir.

Et il se croyait tellement fort de son droit abusif de premier occupant, qu'il fallut la menace d'une intervention armée, sous les ordres du colonel Monteil, pour le décider à transiger.

La transaction fut, d'ailleurs, tout entière à son avantage.

La France, toujours bonne princesse, ratifia

une grande partie des usurpations de TEtat du Congo et se contenta de l'évacuation des postes installés sur la rive droite du M'Bomou.

La duplicité des hommes d'Etat congolais avait ou, en grande partie, gain de cause.

Cette manière de procéder des dirigeants de l'Etat indépendant du Congo, pratiquée dès avant la reconnaissance de ce dernier par h^s puissances, lors de la fiimousc course aux annexions (|ui eut lieu entre Stanley et SSavorgnan de Brazza, eut du moins un bon résultat : Celui d'api)elcr l'attention des nations coloniales sur les surprises possibles en Africjue par suite de Iftprclé envahissante de certains Etats.

Et il en résulta, à bref délai, tout un partage du continent africain, délimitant ne varietur les sphères d'influence des diverses puissances jusqu'au fin fond des hinterlands^ de façon à couper court, par des traités bien arrêtés d'avance, à toute velléité d'occupations subreplices, à la manière congolaise.

L'Etiitdu Congo se trouva du coup blcxpié dans des limites infranchissables, où il cuit

dans son jus. Laissons-le cuire, en attendant qu'il lui en cuise !

Après ce vorace dernier-né des Etats modernes, le pays le plus envahissant est certainement l'Angleterre.

Il y a déjà longtemps que les hommes d'Etat britanniques ont conçu la pensée de créer un nouvel empire des Indes africaines s'étendant, sans solution de continuité, depuis les embouchures du Nil jusqu'au Cap de Bonne-Espérance.

La réalisation de ce projet a été poursuivie avec une persévérance et une continuité de vues et d'efïorts que Ton aimerait à trouver chez les gouvernants français.

Il suffit de rappeler les étapes successives accomplies par la domination britannique tant du nord au sud, par l'Egypte, que du sud au nord, par le Cap, vers le centre de TAfrique.

Cela ne s'est pas fait, naturellement, sans rencontrer de très vives résistances de la part des autres puissances.

Le Portugal, notamment, par la position de ses deux colonies d'Angola et de Mozam-

liiquc, pouvait espérer de les relier entre elles de façon à n'en constituer qu*unc seule, en occupant l'hinterland de ces deux pays au centre de TAfrique.

Mais, ce faisant, elle aurait isolé l'Afrique australe anglaise, et empêché sa communication par télégraphe et par voie ferrée avec les possessions britanni(|ues de l'Afritiue du nord.

C'est ce Cl quoi le Cabinet de Londres ne voulut consentir à aucun prix. Au mépris de tous les droits, il obligea le Portugal, par la menace d'une guerre, à abandonner l'hinterland du Mozambique, ce qui permit à l'Anglelcrre de ratUicher, par la Zambézie, ses possessions de l'Afrique australe au Nyassaland.

Avec l'Allemagne, les choses ne se passt»rcnt pas ainsi.

Dès 1884, la Société allemande de l'Afrique orientale, avait commencé h s'établir à Zanguobar. En 188(5, elle en déposséda le sultiin de Zanzibar.

L'Angleterre, craignant de voir l'Allemagne occu|)er tout le pays, lui proposa aussitôt

d'y délimiter les sphères d'influence réciproques des deux pays, et c%3st ainsi que l'Afrique orientale anglaise s'établit au nord de l'Afrique orientale allemande.

Ce n'était, hélas! qu'un demi-succès, car, désormais, cette dernière colonie, limitrophe de l'Etat indépendant du Congo, coupait en deux tronçons l'Afrique anglaise que le gouvernement de Londres avait rêvée continue.

Les hommes d'Etat britanniques, toujours en quête de moyens habiles pour tourner les difficultés... et les traités, crurent en avoir trouvé un.

On sait que le symbole palpable, pratique et immédiat de leur rêve d'empire africain, c'était la construction d'une ligne télégraphique, destinée à relier le Gap à Alexandrie à travers tout le continent africain.

Depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu'à Textrémité sud du lac Tanganyika, pas de difficultés. La ligne traversait, sans solution de continuité, des possessions britanniques. De même, entre Alexandrie et le sud de l'Ouganda, la ligne se trouvait sur des terri-

toires où l'Angleterre, provisoirement du moins, pouvait dicter des lois.

Mais, entre TOuganda anglaise au nord, et le Nyassaland anglais au sud, s'interposaient, sur une distance de 800 à 900 kilomètres, des territoires où venait aboutir la frontière s6parative entre TAfrique orientale allemande et l'Etat indi^pendant du Congo.

Los hommes d'Etiit britanniques ne songèrent pas un instant à s'adresser à l'Allemagne pour obtenir le libre passage de leur télégraphe transcontinental, encore moins pour acquérir, même à simple titre de bail, une cession de territoire leur permettant d'établir leur ligne. Ce n'était môme pas la peine d'essuyer.

En revanche, ils entamèreivt avec l'Etat du Congo, — qui leur devait tout, — des négociations, et parvinrent à lui faire signer un traité qui aurait été Vraiment un coup de maître s'il avait abouti.

L'Etat du Congo cédait à bail à l'Angleterre, tout le long de sa frontière limitropjie de l'Afriiiuc orienbile allemande, une bande de territoire permettant l'établissement en

terre britannique du télégraphe transcontinental africain.

En échange, l'Angleterrç cédait à bail à TEtat du Congo, une enclave comprise à l'ouest du Nil Blanc, entre les frontières de l'Etat Indépendant, la zone d'influence française et le cinquième degré de latitude nord.

Ceci était tout simplement admirable.

En effet, cette enclave du bassin du Nil, l'Angleterre était loin de Tavoir en sa possession, puisque les forces anglo-égyptiennes n'avaient pas encore pénétré, à cette époque, au sud du Wady-Halfa.

Seulement, le cabinet de Londres redoutait de k voir occuper par la France, qui poussait de plus en plus ses avant-postes coloniaux vers le bassin du Nil.

Sous prétexte de donner quelque chose à l'Etat du Congo, en échange de ce qu'elle en obtenait, elle comptait bien faire occuper par les forces congolaises ce qu'elle ne pouvait occuper elle-même et couper ainsi, indirectement, la route du Nil aux Français.

Mais ce n'était pas tout que de traiter avec l'Etat du Congo, complice complaisant de

FAngletcrre. On le fit bien voir au gouvernement britannique.

Tout d abord, rAlIcmagne fit entendre h TEtat du Congo une protestation que celui-ci ne pouvait manquer de prendre en considération, tenant à rester en bons termes avec sa redoutable voisine.

Le gouvernement de Berlin avait délimite sa frontière avec TEtat du Congo, et ne trouvait rien à dire par conséquent à avoir cet Etat pour voisin. Mais il s'opposait absolument à ce qu'une cession du territoire, môme à bail, lui donnAt comme voisinage une possession britannique.

D autre |)art, la France refusa de ratifier toute cession à bail à TEt^'it du Congo d'une portion quelconque du bassin du Nil.

Ainsi tomba à l'eau la grosse malice cousue de fil blanc du gouvernement britannique.

Elle eut, toutefois, pour eiïct, de mettre le cabinet français en éveil sur les tendances de l'Angleterre en Afrique, et fit pousser avec plus d'activité l'exploration et l'occupation du Haut-Oubanghi et du Barh-el-Ghazal.

Nous ôlions sur la roule de Fachoda!

L'Angleterre vit le danger et le prévint avec sa résolution habituelle.

Ces derviches, qui lui servaient d'épouvantail et de prétexte pour prolonger indéfiniment son occupation de TEgypte, elle sut les refouler rapidement devant elle et détruire leur puissance, lorsqu'elle s'aperçut que le moment était venu de gagner au plus vite le confluent du Nil Blanc et du Bahr-el- Ghazal, si Ton voulait y arriver avant les Français.

Lorsqu'elle y arriva, les Français lavaient précédée, mais ils n'avaient qu'une poignée d'hommes a opposer à une armée.

On sait ce qui en résulta.

Une nouvelle délimitation africaine bannit notre influence du bassin du Haut-Nil, et nous nt abandonner à l'Angleterre, d'un trait de plume, toutes les stations conquises et occupées dans le Bahr-el-Ghazal, pied à pied, au prix de mille efTorts.

La guerre sud-africaine entre les Anglais et les Boers a eu pour principal mobile, en dehors des spéculations financières qui ont

DK LA COLONISATION 141

pu contribuera la faire entreprendre, — la réalisation du vaste plan d'empire britannique dont nous avons esquissé les progrès et les diverses étapes.

Mais on remarquera que, dans ce dernier éi)isode de leur marclie à reinpire, les Anglais ont commis une faute d'imprévoyance qui pourrait amener un arrêt sensible dans cette marclie, sinon un recul, comme l'avait pronostiqué le prince de Bismarck.

Les velléités coloniales de Tltalie en Afrique sont également ducs, en grande partie, aux intrigues britanniques.

Si TAngleterre encouragea le jeune royaume à s'étiiblir sur les bords de la mer Rouge et à y développer ses possessions, ce fut daiie un double but.

En premier lieu, il s'agissait de contrebalancer rinHuence que pouvaient donner à la France, en Ethiopie, ses établissements du golfe d'Aden.

En second lieu, on créait ainsi, sans bourse délier, une diversion utile à l'Angbîterre, tant contre les Derviches que contre les

dans son jus. Laissons-le cuire, en attendant qu'il lui en cuise !

Après ce vorace dernier-né des Etats modernes, le pays le plus envahissant est certainement TAngleterre.

Il y a déjà longtemps que les hommes d'Etat britanniques ont conçu la pensée de créer un nouvel empire des Indes africaines s'étendant, sans solution de continuité, depuis les cmi)Ouchures du Nil jusqu'au Cap de Bonne-Espérance.

La réalisation de ce projet a été poursuivie avec une persévérance et une continuité de vues et d'efforts que Ton aimerait à trouver chez les gouvernants français.

Il suffit de rappeler les ét^ipes successives accomplies par la domination britannique tant du nord au sud, par l'Egypte, que du sud au nord, par le Cap, vers le centre de l'Afrique.

Cela ne s'est pas fait, naturellement, sans rencontrer de très vives résistances de la part des autres puissances.

Le Portugal, notamment, par la position de ses deux colonies d'Angola et de Mozam-

bique, pouvait espérer de les relier entre elles de façon à n'en constituer qu'une seule, en occupant Thinterland de ces deux pays au centre de l'Afrique.

Mais, ce faisant, elle aurait isolé l'Afrique australe anglaise, et empoché sa communication par télégraphe et par voie ferrée avec les possessions britannicjues de l'Africiue du nord.

C'est ce h quoi le Cabinet de Londres ne voulut consentir à aucun prix. Au mépris de tous les droits, il obligea le Portugal, par la menace d'une guerre, à abandonner l'hinterland du Mozambicpie, ce qui permit à l'Anglelcrre de rattiicher, par la Zambézie, ses possessions de l'Afrique australe au Nyassaland.

Avec l'Allemagne, les choses ne se passèrent pas ainsi.

Dès 1884, la Société allemande de l'Afrique orientale, avait commencé à s'établir à Zanguebar. En 188(), elle en déposséda le sultan de Zanzibar.

L'Angleterre, craignant de voir l'Allemagne occuper tout le pays, lui proposa aussitôt

d'y délimiter les splî6rcs d'influence réciproques des deux pays, et cV3st ainsi que TAfrique orientale anglaise s'établit au nord de l'Afrique orientale allemande.

Ce n'était, hélas! qu'un demi-succès, car, désormais, cette dernière colonie, limitrophe de l'Etat indépendant du Congo, coupait en deux tronçons l'Afrique anglaise que le gou vernement de Londres avait rêvée continue.

Les hommes d'Etat britanniques, toujours en quête de moyens habiles pour tourner les difficultés... et les traités, crurent en avoir trouvé un.

On sait que le symbole palpable, pratique et immédiat de leur rêve d'empire africain, c'était la construction d'une ligne télégraphique, destinée à relier le Cap à Alexandrie à travers tout le continent africain.

Depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu'à l'extrémité sud du lac Tanganyika, pas de difficultés. La ligne traversait, sans solution de continuité, des possessions britanniques. De môme, entre Alexandiie et le sud de rOuganda, la ligne se trouvait sur des terri-

toires où rAngIcterre, provisoirement du moins, pouvait dicter des luis.

Mais, entre l'Ouganda anglaise au nord, et le Nyassaland anglais au sud, s*interposaien t, sur une distance de 800 à 900 kilomètres, des territoires où venait aboutir la frontière s6parative entre l'Afrique orientale allemande et r?]tat indiH'^endant du Congo.

Los hommes d'Etat britanniques ne song('»rent pas un instant à s'adresser à l'Allemagne pour obtenir le libre passage de leur télégraphe transcontinental, encore moins pour acquérir, môme a simple titre de bail, une cession de territoire leur permettant d'établir leur ligne. Ce n'était môme pas la peine d'essayer.

En revanche, ils entamùrervt avec l'Etat du Congo, — qui leur devait tout, — des négociations, et parvinrent à lui faire signer un traité qui aurait été vraiment un coup de maître s'il avait abouti.

L'Etat du Congo cédait à bail à l'Angleterre, tout le long de sa frontière limitropjie de rAfri(|ue orientsile allemande, une bande de territoire permettant l'établissement en

terre britannique du télégraphe transcontinental africain.

En échange, TAngleterre cédait à bail à TEtat du Congo, une enclave comprise à Touest du Nil Blanc, entre les frontières de TEtat Indépendant, la zone d'influence française et le cinquième degré de latitude nord.

Ceci était tout simplement admirable.

En effet, cette enclave du bassin du Nil, l'Angleterre était loin de l'avoir en sa possession, puisque les forces anglo-égyptiennes n'avaient pas encore pénétré, à cette époque, au sud du Wady-Halfa.

Seulement, le cabinet de Londres redoutait de 1^ voir occuper par la France, qui poussait de plus en plus ses avant-postes coloniaux vers le bassin du Nil.

Sous prétexte de donner quelque chose à l'Etat du Congo, en échange de ce qu'elle en obtenait, elle comptait bien faire occuper par les forces congolaises ce qu'elle ne pouvait occuper elle-même et couper ainsi, indirectement, la route du Nil aux Français.

Mais ce n'était pas tout que de traiter avec l'Etat du Congo, complice complaisant de

rAngletcrrc. On le fit bien voir au gouvernement britannique.

Tout d abord, TAllemagne fit entendre à l'Etat du Congo une protestation que celui-ci ne pouvait manquer de prendre en considération, tenant à rester en bons termes avec sa redoutable voisine.

Le gouvernement de Berlin avait délimite sa frontière avec TEtat du Congo, et ne trouvait rien à dire par conséquent à avoir cet Etat pour voisin. Mais il s'opposait absolument à ce qu'une cession du territoire, même à bail, lui donnât comme voisinage une possession britannique.

D'autre i)art, la France refusa de ratifier toute cession à bail à TEtat du Congo d'une portion quelconque du bassin du Nil.

Ainsi tomba à l'eau la grosse malice cousue de fil blanc du gouvernement britannique.

Elle eut, toutefois, pour effet, de mettre le cabinet français en éveil sur les tendances de l'Angleterre en Afrique, et fit pousser avec plus d'activité l'exploration et Toccupaticm du Haut-Oubanghi et du Barh-el-Ghazal.

Nous étions sur la route de Fachoda !

L'Angleterre vit le danger et le prévint avec sa résolution habituelle.

Ces derviches, qui lui servaient d'épouvantail et de prétexte pour prolonger indéfiniment son occupation de TEgypte, elle sut les refouler rnpidement devant elle et détruire leur puissance, lorsqu'elle s'aperçut que le moment était venu de gagner au plus vite le confluent du Nil Blanc et du Bahr-el- Ghazal, si Ton voulait y arriver avant les Français.

Lorsqu'elle y arriva, les Français l'avaient précédée, mais ils n'avaient qu'une poignée d'hommes à opposer a une armée.

On sait ce qui en résulta.

Une nouvelle délimitation africaine bannit notre influence du bassin du Haut-Nil, et nous fit abandonner à l'Angleterre, d'un trait de plume, toutes les stations conquises et occupées dans le Bahr-el-Ghazal, pied à pied, au prix de mille efforts.

La guerre sud-africaine entre les Anglais et les Boers a eu pour principal mobile, en dehors des spéculations financières qui ont

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pu contribuer à la faire entreprendre, — la réalisation du vaste plan d'empire britannique dont nous avons esquissé les progrès et les diverses étapes.

Mais on remarquera que, dans ce dernier épisode de leur marclic à l'empire, les Anglais ont commis une faute d'imprévoyance qui pourrait amener un arrêt sensible dans cette marcbe, sinon un recul, comme l'avait pronostiqué le prince de Bismarck.

Les velléités coloniales de l'Italie en Afrique sont également ducs, en grande partie, aux intrigues britanniques.

Si rAngletcrrc encouragea le jeune royaume à s'établir sur les bords de la mer Rouge et à y développer ses possessions, ce fut daife un double but.

En premier lieu, il s'agissait de contrebalancer l'inHuence que pouvaient dcmner à la France, en Ethiopie, ses établissements du golfe d'Aden.

En second lieu, on créait ainsi, sans bourse délier, une diversion utile à l'Angleterre, tant contre les Derviches que c<)ntre les

terre britannique du télégraphe transcontinental africain.

En échange, TAngleterrç cédait à bail à TEtat du Congo, une enclave comprise ci Touest du Nil Blanc, entre les frontières de l'Etat Indépendant, la zone d'influence française et le cinquième degré de latitude nord.

Ceci était tout simplement admirable.

En effet, cette enclave du bassin du Nil, l'Angleterre était loin de l'avoir en sa possession, puisque les forces anglo-égyptiennes n'avaient pas encore pénétré, h cette époque, au sud du Wady-Halfa.

Seulement, le cabinet de Londres redoutait de la voir occuper par la France, qui poussait de plus en plus ses avant-postes coloniaux vers le bassin du Nil.

Sous prétexte de donner quelque chose à l'Etat du Congo, en échange de ce qu'elle en obtenait, elle comptait bien faire occuper par les forces congolaises ce qu'elle ne pouvait occuper elle-même et couper ainsi, indirectement, la route du Nil aux Français.

Mais ce n'était pas tout que de traiter avec l'Etat du Congo, complice complaisant de

l'Angleterre. On le fit bien voir au gouvernement britannique.

Tout d'abord, TAllemagne fit entendre h TEtat du Congo une protestation que celui-ci ne pouvait manquer de prendre en considération, tenant à rester en bons termes avec sa redoutable voisine.

Le gouvernement de Berlin avait délimité sa frontière avec TEtat du Congo, et ne trouvait rien h dire par conséquent à avoir cet Etat pour voisin. Mais il s'opposait absolument à ce qu'une cession du territoire, môme à bail, lui donnât comme voisinage une possession britannique.

D'autre part, la France refusa de ratifier toute cession à bail à l'Etat du Congo d'une portion quelconque du bassin du Nil.

Ainsi tomba à l'eau la grosse malice cousue de ni blanc du gouvernement britannicjue.

Elle eut, toutefois, pour effet, de mettre le cabinet français en éveil sur les tendances de TAngloterre en Afrique, et fit pousser avec plus d'activité l'exploration et l'occupation du Haut-Oubanghi et du Barh-el-Ghazal.

Nous étions sur la route de Fachoda !

L'Angleterre vit le danger et le prévint avec sa résolution habituelle.

Ces derviches, qui lui servaient d'épouvantail et de prétexte pour prolonger indéfiniment son occupation de TEgypte, elle sut les refouler rnpidement devant elle et détruire leur puissance, lorsqu'elle s'aperçut que le moment était venu de gagner au plus vite le confluent du Nil Blanc et du Bahr-el- Ghazal, si Ton voulait y arriver avant les Français.

Lorsqu'elle y arriva, les Français l'avaient précédée, mais ils n'avaient qu'une poignée d'hommes h opposer ii une armée.

On sait ce qui en résulta.

Une nouvelle délimitation africaine bannit notre influence du bassin du Haut-Nil, et nous fit abandonner à rAngletcrre, d'un trait de plume, toutes les stations conquises et occupées dans le Bahr-el-Ghazal, pied à pied, au prix de mille elîorts.

La guerre sud-africaine entre les Anglais et les Boers a eu pour principal mobile, en dehors des spéculations financières qui ont

DK LA COLONISATION 141

pu contribuer à la faire entreprendre, — la réalisation du vaste plan d'empire britannique dont nous avons esquissé les progrès et les diverses étapes.

Mais on remarquera que, dans ce dernier éjïisode de leur marclie à loinpire, les Anglais ont commis une faute d'imprévoyance qui pourrait amener un arrêt sensible dans cette marche, sinon un recul, C(»mme l'avait pronostiqué le prince de Bismarck.

Les velléités coloniales de l'Italie en Afrique sont également dues, en grande partie, aux intrigues britanniques.

Si rAngletorrcencouragcji le jeune royaume à s'établir sur les bords de la mer Rouge et à y développer ses possessions, ce fut darie un double but.

En premier lieu, il s'agissait de contrebalancer l'influence que pouvaient ilonner à la France, en Ethiopie, ses établissements du golfe d'Aden.

En second lieu, on créait ainsi, sans boiirse délier, une diversion utile à TAngleterre, tant contre les Derviches que contre les

Ethiopiens, dans ses projets d'envahissement de la vallée du Haut-Nil.

Et, en ciïet, alors que TAngleterre avait autorisé l'Italie à occuper Kassala, si cette puissance le jugeait utile pour la protection de ses frontières de TErythrée, elle poussa les hauts cris lorsque le général Baratieri usa de cette clause du traité.

En toute cette affaire, les Italiens ont joué un rôle de dupes.

J/Angleterre qui se rendait compte de la puissance croissante de Ménélick et qui la redoutait comme pouvant constituer un sérieux obstacle à ses futurs projets, — se garda bien d'en prévenir Tltalie, et laissa celle-ci courir aveuglément à Técrasemcnt de son armée dans la conque d'Adoua.

L'Italie qui avait déjà teinté, sur les cartes d'Afrique, tout l'empire d'Ethiopie aux mômes couleurs que ses possessions d'Erythrée, dut ramener celles-ci h leurs modestes dimensions d'anlan, et s'estimer heureuse de la modération relative de son redoutable voisin.

En somme, à Theure actuelle, en dehors

de quelques régions restées indépendantes, comme la Tripolitaine, le Maroc, rEthiopic, la république de Libéria, et, — nous pouvons encore l'espérer, — les républiques de rOrange et du Transvaal, — toute retendue du continent africain se trouve, de par des traités en règle, partagée en sphères d'influence (jui ne laissent aucune place libre pour de nouvelles annexions.

Seuls des conflits armés, — comme la guerre sjid-africaine, — pourraient apporter aujourd'hui de nouvelles modifications à la carte d'Afrique.

Nous avons vu (pii! en est de mi^me

pour rOcéanie, où, depuis lon^gtemps, toutes

les terres émergées ont été occupées, et où

les changements de domination ne peuvent

plus survenir qu'à la suite des guerres, —

comme cela a eu lieu pour les Philippines,

les Carolines, les Mariannes, etc., — ou par

des modifications à Tamiabie de traités antérieurs, — comme on Ta vu lors du récent

partage des îles Samoa.

En Amérique, il ne peut plus être question

pour l'Europe de l'extension de colonies de

souveraineté. La puissance des Etats-Unis veille jalousement à ce qu^aucune intervention ne vienne empiéter sur son hégémonie, et elle déborde même, aux Philippines et aux îles Hawaï, en dehors du continent

américain.

Reste TAsie, où nous assistons encore à des luttes d'influence et à des partages de territoire, notamment en Chine, où la Russie s'est taillée une large part en occupant la

Mandchourie.

C'est vraisemblablement de ce côté-là que va se porter pendant quelque temps, — à moins d'événements plus graves qui peuvent toujours éclater ailleurs à Timproviste — celte force d'expansion qui anime en ce moment les grandes puissances, et à laquelle on a donné le nom d^ impérialisme.

Celte soif d'extension, de domination, telle est la forme que revêt l'esprit colonial moderne.

Il n'est pas difficile de voir que cet esprit est absolument différent de celui qui crée les colonies d'essoimage, de peuplement, et même, dans une certaine mesure d'exploi-

talion (soit par voie politique, soit par voie commerciale).

Ces divers ordres d'idées passent tout à fait à l'arrière-plan.

La pensée immédiate, c'est de s'assurer la possession incontestée de la plus grande surface territoriale possible, — c'est le partage, non seulement d'un continent, mais du globe tout entier, de façon à ce qu'il ne reste plus un coin de terre qui n'ait un maître, et un maître suffisamment fort, par lui-même ou par ses alliances, pour le faire respecter.

Ce qu'on fera de tous ces territoires, on n'en a cure.

Possédons d'abord ! Ensuite nous verrons le parti que l'on pourra tirer de ces possessions, soit pour le commerce, soit pour la Colonisation, soit comme '' points d'appui de la flotte ".

Voilà tout l'esprit de la Colonisation moderne I

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