LES COLONIES DE PEUPLEMENT
En r6alit(3, les colonies de peuplement sont des colonies d'essaimage qui, au lieu de devenir, initialement, indépendantes et autonomes, restent rattachées à la mère-patrie par le lien de la souveraineté.
Une des conditions essentielles de rétablissement de colonies dépeuplement, c'est qu'elles soient situées sous un climat assez analogue à celui de la mère-patrie, pour que les habitants de celle-ci puissent s'y livrer aux mêmes occupations que dans la métropole sans être exposés h une mortalité excessive.
C'est ce qui fait que, la plupart des colonies de peuplement, ayant été fondées par des nations habitant la zone tempérée, les plus prospères se trouvent également dans
cette même zone, soit dans riiémisphèro nord, soit dans l'hémisphère sud.
Rappelons, d ailleurs, ce que nous avons déjà eu Toccasion de signaler à plusieurs reprises. C'est qu'il est impossible d'enfermer les divers types de colonies dans des classifications absolues et exclusives, et que certaines d'entre elles se rattachent parfois, par l'un ou l'autre de leurs caractères, à plusieurs types différents.
Il en est ainsi, notamment, pour quelquesunes des colonies cspa^'nolcs et portugaises, qui, bien que se rapportant par plus d'un point, les premières, aux colonies d'exploitation, les secondes, aux comptoirs commerciaux ont été cependant aussi, dans une certaine mesure, des colonies de peuplement.
11 est incontestable, en effet, qu'un important élément métropolitain a contribué à la formation des populations actuelles des pays américains qui ont conservé l'usage des langues espagnole et portugaise, — tels ((ue le Mexique, rAméri(|ue centrale, plusieurs dos Antilles, et lottle V Amérique méridionale^ i\ l'exception des trois fluyanes.
Ajoutons qu'aujourd'hui encore, certaines parties de rAmérique du Sud, et notamment la République Argentine, sont le but d'un important courant d'émigration, et que, par cola môme, bien que sous une autre étiquette, elles constituent, dans une certaine mesure, des colonies de peuplement — au môme titre, d'ailleurs, que tous les pays où affluent des émigrants.
Nous avons vu que la France n'eut, primitivement, que des comptoirs commerciaux dus à l'initiative privée.
L'intervention royale ne commença à se manifester que sous François P^
Il appartenait au Roi-Chevalier, protecteur des lettres et des arts, de patronner la première expédition vraiment sérieuse que les Français entreprenaient, expédition pacifique qui fut confiée h un Florentin.
Verazzani reçut l'ordre de parcourir les régions boréales de l'Amérique du Nord et planta l'étendard français sur l'île de Terre- Neuve.
Un marin de Saint-Malo, Jacques Cartier, visita la môme île en 1535, remonta le fleuve
DE LA COLONISATION i05
Saint-Laurent, et, au nom de la France, prit possession de ses deux rives.
Le Canada devint ainsi terre française.
D'ailleurs, tout le xvi" siècle est rempli par des tentatives commerciales de la Fi*ancc, d abord dans les Indes, — puis par la fondation d'établissements importants au Cnp- Breton, (iRio-Janeiro, etc.
Les guerres de religion détournèrent certainement quelque peu l'attention des expéditions lointaines. Toutefois, Coligny, dans le but d'arracher ses corréligionnaires aux persécutions des catholiques, fit visiter par ses agents la Guyane, le Brésil et la Floride.
Mais la noblesse calviniste répugnait à l'exil, et l'amiral dut renoncer à son projet de
créer, au-delà de l'Océan, des colonies protestantes.
La paix et la prospérité que goûtèrent les Français sous le règne de Henri IV, donnèrent une nouvelle impulsion à la navigation lointaine.
Le Brésil est ouvert au^ émigrants, — la Louisiane est découverte, — un trafic actif de pelleteries se fait au Canada, — les îles de
1<j6 PHIUjSiJPHIE
laS4»ii'Jeet Ks Mulu»iues reçoivent la visUe des marcliands qui vonl s'y approvisionner d'épici's.
Des compagnies sont fondées pour le commerce exotique :
En 1509, pour le Canada et l'Acadie.
En iOOT», pour Sumatra, Java, et les Moluques.
Au xvn* siècle, la France dépassait TAnglcterrc et la Hollande comme puissance coloniale; — mais toutes nos colonies, tous nos établissements d'outre-mer, étaient plutôt alors des comptoirs commerciaux que de véritables colonies agricoles, comme elles le devinrent par la suite, c'est-à-dire lorsque les richesses visibles et d'un accaparement facile furent épuisées.
Si, au lieu de passer comme ils Tout fait sur les terres qu'ils venaient de découvrir, les Français avaient suivi l'exemple de leurs concurrents Anglais et Hollandais, ils n'auraient jamais été supplantés au Canada par les premiers, et repoussés des îles de l'Océanic parles seconds.
On s'étonne quelquefois de ce que nous
ayons choisi, pour butdenoscfforls, des îles glacées, comme Terre-Neuve, ou des contrées malsaines, comme le Sénégal et les côtes de la Guinée.
Mais il ne faut pas oublier que, de par la bulle du pape Alexandre VI, l'Espagne et le Portugal sï'taient partagé la souveraineté do tiiutes les terres nouvelles.
François I" avait beau demander ironiquement à voir larticle du testiiment d'Adam qui léguait le monde 5 ses ** frères les rois d*Espagne et de Portugal, " — l'effet de la bulle était loin d'ôtrc platonique.
Il était dangereux pour les autres puissances de s'aventurer sur l'Océan, jalousement et étroitement surveillé par les vaisseaux espagnols, qui couraient sus à tous les navires ne battant pas pavillon de Sa Majesté très catholique.
Celle entrave à la libre navigation était tellement cruelle que le traité de Vervins contenait, comme un avantage pour la France, un urlicle secret par lequel l'Espagne nous perm(4taitde nous avancer jusqu'à l'île de Fer, l'une des Canaries.
Henri IV, dont le génie, toujours en éveil, devinait tout Tavantoge qu'une puissance peut retirer de ses colonies, voulut, malgré les avis de Sully, avoir sa Compagnie des Indes, pour lutter avec celle qui commençait à faire la fortune de la Hollande.
11 en institua une par lettre-patente du 1" juin 1004, mais elle n'eut pas le succès qu'on en avait espéré.
On fut pi us heureux en Amérique. En 1598, Henri IV nomma le sieur de la Roche lieutenant-général en pays de Canada et autres^ avec mission d'y établir des '' Colons " et d'y porter la religion catholique. Le roi fournissait les vaisseaux, les armes et les vivres.
L'ordre d'établir des colons indique bien le progros accompli par l'Etat dans la voie économique. Ce fut peut-être une concession à Sully, qui ne comprenait que .l'agriculture, — fut-elle entreprise sur un terrain volcanique.
On peut aussi remarquer qu'il est question, dans la lettre-patente, de porter aux indigènes la religion catholique. Il y a dans cette recommandation une intention évidente
de gagner la papauté pour obtenir de sa part une neutralité bienveillante en ce qui concerne le privilège obtenu par l'Espagne de la faiblesse d'Alexandre VI.
Quelques années plus tard, en l(K)'i, le sieur de Monts fonda une i>otite colonie dans nie Sainte-Croix, puis au Port-Royal et sur les côtes d'Acadie.
En 1(508, une nouvelle expédilio:i est organisée et conduite par Cliampluin, gentilhommede la Saintonge,qucron peutappeler le véritable créateur du Canada français.
La mauvaise volonté de Sully paralysait li\s vues de Henri IV. Le ministre disait :
« Je mets au nombre des choses failes contre mon opinion la petite colonie (jui fut envoyée celte année au Canada. Il r)'y a aucune sorte Je richesse à espérer de tous les pays du nouveau-monde qui sont situés audelà du 40^ de latitude. »
L'avenir a donné à cette opinion de Sully le plus éclatant démenti, car c/est justement sous les hautes latitudes (|ue sont fondées les colonies de peuplement les plus prosjîrres.
La mort d'Henri IV marqua un cerUiin
temps d'arrêt dans le développement de nos colonies. Pendant la minorité de Louis XIII, toute activité disparut. Ce furent Richelieu et, plus tard, Colbert, illustres continuateurs delà pensée royale, qui soutinrent l'œuvre commencée et la perfectionnèrent.
Certes, le Canada, avec ses forêts vierges, son sol rude à délriclicr, son climat relativement froid, ne donnait pas satisfaction à tous les tempéraments d'émigrants.
Aussi, vit-on nos nationaux se livrer fréquemment à la contrebande dans les possessions espagnoles, au lieu de se porter dans les pnys où flottait notre pavillon.
D'autres, enfin, préféraient s'adonner au commerce qu'à la colonisation.
Que prouvent tous ces faits?
Ils viennent à l'appui de cette vérité essentielle sur laquelle nous n'avons jamais cessé d'insister depuis le début de ces pages, savoir :
Que la colonisation n'est pas une chose simple. C'est une œuvre extrêmement complexe, dans laquelle interviennent les facteurs les plus divers. Ses différentes formes
correspondent aux difTércnts besoins qui se
manifestent dans le cours des âges, chez les
peuples colonisateurs.
Lors donc qu'on a dit cette ineptie : les
Français ne sonf pas un peuple colonisateur ! on a simplement démontre' qu'on n'avait pas la moindre idùe de ce qu'est on réalité la colonisation, — car, tout au contraire, il n'y a pas de nation au monde chez laquelle se soient développés, d'aussi bonne heure, toutes les qualités vraiment coloniales.
Les Dieppois ont é!é los premiers Européens qui aient fondé dos comptoirs commerciaux sur la côte occidentale d'Afrique.
Le Canada est la plus ancienne des colonies de peuplement.
Quant à ce qui touche au commerce colonial — c'est-fi-dire, à proprement parler, au commerce dos pays lointains, — il suffit do rappeler qu'en 1709, Marellet ne comptait pas moins de TrG Compagnies à monopole.
Car, à celle époque, on ne concevait le commerce que sous cette forme : le monopole î Celui ci semblait écarter toute idée de concurrence et rassurait les actionnaires sur l'avenir de l'exploitation.
Henri IV, dont le génie, toujours en éveil, devinait tout Tavantoge qu'une puissance peut retirer de ses colonies, voulut, malgré les avis de Sully, avoir sa Compagnie des Indes, pour lutter avec celle qui commençait à faire la fortune de la Hollande.
Il en institua une par lettre-patente du i®*" juin 1004, mais elle n'eut pas le succès qu'on en avait espéré.
On fut pi us heureux on Amérique. En 1598, Henri IV nomma le sieur de la Ruche lieutenant-général en pays de Canada et autres^ avec mission d'y établir des *' Colons "et d'y porter la religion catholique. Le roi fournissait les vaisseaux, les armes et les vivres.
L'ordre d'établir des colons indique bien le progrès accompli par l'Etat dans la voie économique. Ce fut peut-être une concession à Sully, qui ne comprenait que .l'agriculture, — fut-elle entreprise sur un terrain volcanique.
On peut aussi remarquer qu'il est question, dans la lettre-patente, de porter aux indigènes la religion catholique. Il y a dans cette recommandation une intention évidente
de gagner la papauté pour obtenir de sa part une neutralité bienveillante en ce qui concerne le privilège obtenu par TEspagne de la faiblesse d'Alexandre VI.
Quelques années plus lard, en 1604, le sieur de Monts fonda une i>otite colonie dans nie Sainte-Croix, puis au Port-Royal et sur les cotes dWcadie.
En 1(508, une nouvelle expéililioiï est organisée et conduite par Cluiniplain, gentilhomme de la Saintonge, que l'on peuta|)pclei' le véritable créateur du Canada français.
La mauvaise volonté de Sully paralysait les vues de Henri IV. Le ministre disait :
« Je mets au nombre des rlioses faites contre mon opinion la petite colonie qui fut envoyée celte année au Canada, Il n'y a aucune soi'le je richesse à espérer de tous les pays du nouveau-monde qui sont situés audelà du 40" de latitude. »
L'avenir a donné à celle opinion île Sidly le plus éclatant démenli, car c'est justement sous les hautes latitudes (|ue sont fondées les colonies de peuplement les plus prospcTCs.
La mort d'Henri IV marqua un certiiin
alors les colonies britanniques de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre.
Tout le reste était h nous, c'est-à-dire : le golfe de Saint-Laurent, le Canada, les lacs intérieurs, tout le bassin du Mississipi ; — le nord-ouest, TOrégon, et tous les territoires au nord de la Californie et du Mexique.
Dans les Antilles, nous avions plus de la moitié de Saint-Domingue, Sainte-Lucie, la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, Saint- Barthélémy, la Martinique et la Guadeloupe.
Dans l'Amérique du Sud, nous possédions la Guyane et les îles Malouines (îles Falkland).
En Asie, nous étions tout-puissants dans rinde, et des traités nous assuraient un établissement en Cocliinchine.
Enfin, en Afrique, la France avait le comptoir de la Calle, sur la côte d'Algérie ; — le Sénégal ; — les comptoirs de la côte de Guinée ; Madagascar et les Mascareignes.
Que ces conquêtes, réalisées par la monarchie, depuis François P»" jusqu'à Louis XIV, aient été presque toutes perdues sous
I)K LA COLONISATION llô
le règne de Louis XV, cela n'infirme en rien la puissance colonisatrice de la France.
Toutes les puis -tances coloniales, — par suite des vicissitudes de l'histoire, — ont perdu des colonies.
Le Portugal a perdu Tlnde, Ceylan, les Moluques, les îles de la Sonde, Malacca, le Brésil.
L'Espagne a tout perdu, — sauf les Canaries, les Présides et deux petites îles du golfe de Guinée.
La Hollande a perdu Ci^ylan, New-York, le Cap.
L'Angleterre a penlu la plus belle colonie du monde — les Et<its-Unis, — et elle esta la veille de perdre rAfricjue australe, catastrophe (|ui serait le signal de la désagrégation de tout son immense empire colonial.
Bien loin de soufTrir de la comparaison, la France ne peut qu'y gagner, car, de toutes ces puissances, elle est la seule qui, ayant presque tout perdu, ait su néanmoins reconstituer un ensemble de possessions qui l'a replacée en bon rang parmi les nations colonisatrices.
110 PEÎILOSOPHIE
Parmi CCS possessions, TAlgùric, la Tunisie, la Nouvelle-Calédonie constilucnl autant de colonies de peuplemenl de premier ordre appelées à un développement et à une prospérité indéfinis.
Que le peuplement de ces contrées soit lent, c'est indéniable, mais il y a à ce fait une cause fondamentale généralement méconnue de ceux qui traitent, un peu trop à la légère, les questions coloniales.
Jusqu'au xvni® siècle, la France a été Tune des contrées les plus peuplées de TEurope, et il lui était facile de fournir des émigrants aux terres lointaines.
Il n'en est plus de môme aujourd'hui. La densité de la population française n'a rien d'anormal, et son accroissement est si lent, que les capacités de production du sol augmentent beaucoup plus rapidement que les besoins à satisfaire.
Il en résulte que la plupart des citoyens jouissent, sur la terre française, d'un bienêtre qu'ils ne sont nullement tentés d'échanger contre les aléas de la colonisation. Bien au contraire, c'est un afflux d'étrangers qui
se produit chez nous, par suite de ratlirance qu'exerce sur eux notre pays.
Dans CCS conditions, il n'y a pas lieu de s'étonner que le taux des éléments fourriisà la colonisation par la population française soit extrêmement faible, (it que ce soit surtout des étrangers qui contribuent à accroître le chiffre des habitants en Algérie, en Tunisie, et dans nos autres possessions.
Dans ce sens, — et dans ce sens seulement, — on peut dire que les Français ne sont pas colonisalcnirs, mais on avouera que l'on fait par cela même le plus grand éloge de l'existence des Fi'anrais dans la métropole, puisqu'ils n'éprouvent ni le besoin/ni l'envie de s'expatrier.
La colonisation est, pour beaucoup de peuples, une nécessité sociale. Heureux ceux qui, comme nous, n'y voient qu'une nécessité politique.
Donc, en résumé, en France, l'ensemble des conditions de l'existence est devenu tellement agréable que nous répugnons à l'exil, a l'émigration. C'est ce qui fait qu'aprcs avoir, aux siècles précédents, alors que
rémigration était moins ligourcuse, constitué de magnifiques colonies de peuplement, comme le Canada, nous épiouvons beaucoup plus de difficultés îi accroître la population de nos colonies actuelles.
En Angleterre, au contraire, le sol, le climat, les crises agricoles, les réformes agraires, les luttes religieuses, tout conspirait pour pousser les habitants à aller cherclier au loin une nouvelle patrie.
C'est sous le règne d'Elisabeth que furent commencées les expéditions lointaines. Mais ces premières tentatives, préparées timidement, conduites avec mollesse, ne pouvaient permettre aux Anglais de lutter contre les Portugais, les Espagnols et les Hollandais.
Les premières compagnies anglaises privilégiées pour trafiquer avec l'Amérique remontent au xvu® siècle, et le premier établissement permanent fut fondé en 1607, dans la Virginie.
Ce fut seulement en 1026 que l'Amérique du Nord reçut les premiers colons anglais. Les puritains anglais fournirent les pre-
niicrs colons. Ils fuixînt bientôt suivis (\o leui's conipalriotcs [)rotestanls et catholiques qui occupèrent Saint-Christophe, la Barbade, les Bernuules, Névis, Montsorrat et Anligua.
En 1055, ils s'emparèrent de la Jamaïque, pénétrèrent h Surinam, et occupèrent les îles de Bahama et de la Providence.
Enfin, dans les ilernières années du xvn** siècle, ils fondèrent les forts de Saint-James et de Sierra-Leone, en Afrique.
C'est au xvni" siècle cpie furent posées les l)ases du vaste empire des Indes.
II est à remarquer ipie la jilupart des colonies anglaises, et non les moins importante^, n'ont pas été fondées par l'Angleterre, mais arrachées de vive force aux autres puissances coloniales.
A la France, elle a pris l'Inde, le Canada, une partie des Antilles, l'Ile de France et l'île Rodrigue.
A la Hollande, Ceylan, le Cap, New-York.
La Nouvelle-Angleterre, puis les Etals- Unis, même après la proclamation de l'indépendance, ont été la principale colonie de l>euplement de l'Angleterre.
Viennent ensuite, par ordre chronologique, le Canada, l'Afrique australe, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Malgré la séparation des Etats-Unis, c'est encore l'Angleterre qui possède aujourd'hui les plus nombreuses, les plus vastes et les plus importantes colonies de peuplement, — comme aussi laplusconsidérable des colonies d'exploitation, l'Inde britannique.
On peut encore assimiler à des colonies de peuplement, tous les pays où la race dominante est d'origine européenne, où vers lesquels se porte un fort courant d'émigration européenne.
Telles sont, par exemple, les Républiques d'Orange et du Transvaal, véritables colonies de race et de langue néerlandaises, — et les contrées vers lesquelles se portent de préférence les émigrants britanniques, allemands et italiens.
Il faut aussi, dans une certaine mesure, assimiler aux colonies de peuplement, bien qu'elle se trouve dans des conditions spéciales, — la Sibérie, vers laquelle se porte
un flot d'émigrants russes de plus en plus considérable, — surtout depuis que le ciiemin de fer transsibérien a facilité les communications, et constitué par cela môme un puissant instrument de développement agricole, industriel et commercial.
Il se forma là une sorte de nationalité à part, — celle des Sibériens, qui présente de nombreuses analogies avec les Yankees, et notamment des tendances séparatistes oxtraordinairement accentuées.
En effet, pour les Sibériens, les Russes qui habitent à l'occident de TOural sont considérés comme des étrangers, au môme titre que les autres peuples de TEurope.
Comme les Yankees, les Sibériens ont un esprit d'initiative, d'entreprise, de progrès que Ton ne rencontre pas chez les Russes proprement dits. Ils font des sacrifices considérables pour introduire dans leur pays toutes les améliorations de la civilisation moderne, et pour développer, dans la plus large mesure, l'inslruction à tous les degrés.
11 n'y aurait rien d'étonnant, étant données
ces tendances, à voir la Sibérie prendre à bref délai le même essor que les Etats-Unis dans toutes les branches de l'activité humaine.