CHAPITRE Vlll
LES MÉTHODES DE COLONISATION
S'il est une'qucstion qui fait répandre des flots de paroles et des flots d'encre, c'est bien celle des méthodes de Colonisation, et cola, pour l'unique motif que nous avons déjà signalé au début de ce livre, savoir : parce ((u'on ne s'était pas mis d'accord, au préalable, sur ce qu'il fallait entendre par Colonisation.
Or, nous avons vu que la Colonisation est un phénomène aussi '* ondoyant et divers " que la nature humaine elle-même.
Et comment pourrait-il en être autrement?
La Colonisation, sous ses diverses formes, est née de besoins qui ont surgi successivement dans l'humanité par suite des circonstances historiques que celle-ci a traversées.
Déjà multiforme par ses origines et par
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parmi lesquels onciterirlande, rAllemagne,
l'Italie, la Russie, la Chine.
Autrefois, alors que toutes les terres n'étaient pas occupées, ou n'étaient pas occupées par des populations suffisamment puissantes pour assujettir de nouveaux venus à leur domination, l'essaimage donnait lieu à des colonies d'essaimage autonomes et indépendantes.
Nous avons vu q^ue les dernières colonies d'essaimage auxquelles on puisse appliquer cette dénomination dans son sens primitif, ce son t les deux républiques boers de l'Orange et du Transvaal.
Ailleurs, l'essaimage donne lieu à des agglomérations d'émigrants de même nationalité, conservant souvent entre eux un lien assez étroit pour constituer des communautés assez bien liées, mais ces communautés se trouvent, dos leur origine, sous la juridiction de lois déjà établies par le gouvernement des pays où elles essaiment.
Telle est la situation des émigranLs irlandais, allemands, italiens, chinois, qui essaiment en dehors de leurs frontières.
Nous avons vu que, chez les Russes qui ùmigrent en si grand nombre en Sibérie, se constitue peu à peu un nouveau type social, le '' type sibérien ", beaucoup plus avancé en civilisation et en idées politiques que le *4ype russe'' originaire, et qui pourrait, dans un temps plus ou moins éloigné, faire de la Sibérie une véritable colonie d'essaimage autonome, — par'un phénomène historique analogue à celui qui s'est accompli pour les Etals-Unis.
11 est non moins incontestable que les progrès du commerce international ont amené les négociants de toutes les nations à créer, hors de leur frontière, de véritables comptoirs commerciaux.
Mais, dans tous les pays civilisés, ces comptoirs sont absolument assimilables aux établissements commerciaux dos nationaux de ces pays, et régis par les mémos lois. Ce n*est guère que chez Ic-^ peuples encore à demi-barbares que Ton trouve encore des factoreries que Ton pourrait comparer, jusqu'à un certain point, aux comptoirs commerciaux des Phéniciens.
Les colonies militaires, nous l'avons vu, n'ont plus du tout .le même caractère que chez les Romains. En réalité, pour remplir le rôle défensif que Rome assignait à ses colonies, les peuples modernes installent des lignes de postes, de blockhaus, de fortins, qui aboutissent au même résultat, sans avoir recours à la Colonisation proprement dite, comme le faisaient les vétérans du Peuple- Roi.
Donc, les trois types de colonies de Tantiquité se sont tellement modifiés, qu'ils ne sont plus reconnaissables sous leur forme actuelle.
11 n'en est pas de même des deux types de colonies qui ont pris surtout naissance du XV® au xvm® siècle, savoir: les colonies d'exploitation et les colonies de peuplement.
Il y a aujourd'hui de superbes colonies d'exploitation, au premier rang desquelles brillent Tlnde anglaise, Tlnsulinde néerlandaise, et rindo-Chine française. Il en est de médiocres , comme l'Etat indépendant du Congo.
Parmi les colonies de peuplement les plus
remarquables de Tépoque actuelle, on peut signaler le Canada, TAfrique Australe, TAustralie, la Nouvelle-Zélande, TAlgérie, la Tunisie, la Nouvelle-Calédonie, la Sibérie.
Mais ce sont surtout les colonies de pure souveraineté, nées de la flèvre de partage prématuré du globe qui s'est emparé des nations modernes, qui occupent aujourd'hui les plus vastes espaces, surtout en. Afrique.
Telles sont les possessions françaises qui s'étendent depuis le Sahara algérien jusqu'au Congo et depuis les rives de l'Atlantique jusqu'au bassin du Nil. Certaines portions restreintes de cette immense étendue peuvent être considérées comme des colonies d'exploitation, en raison des productions qu'y donnent les cultures coloniales, — mais, partout ailleurs, nous n'avons planté que notre drapeau.
Colonies de pure souveraineté encore, les possessions allemandes du Togoland, du Cameroun, du Sud-Ouest Africain et de l'Est Africain. Elles indiquent la place que l'Allemagne s'est réservée en Afrique, pour y coloniser peut-être dans la suite des siècles.
mais, dans tous les cas, pour empêcher les autres puissances de s'y établir.
Parmi les possessions anglaises du continent noir, en dehors de l'Afrique Australe*, qui est une excellente colonie de peuplement, les territoires les plus étendus ne sont également que des colonies de souveraineté.
Nous ne parlons pas des possessions égyptiennes, que TAngleterre occupe contre tout droit, occupation qui n'a rien de définitif, surtout en raison des événements actuels de l'Afrique du Sud.^
Les colonies portugaises sont en partie des colonies d'exploitation, notamment sur le littoral, — mais dans l'hinterland, ce ne sont encore que des colonies de souveraineté, dont seuls les traités ont délimité les frontières sur la carte.
Enfin, l'Italie elle-môme, quelque restreinte que soit sa possession de l'Erythrée, n'a pu encore en faire autre chose qu'une colonie de souveraineté, aussi rebelle a l'exploitation, qu'au peuplement et au commerce.
11 y a aussi, en Océanie, des colonies de
pur^ souveraineté, notamment à Bornéo et en Nouvelle-Guinée.
Rappelons toujours notre principe : il n'y a pas de classification coloniale absolue !
Telle colonie de pure souveraineté peut devenir rapidement, par suite de circonstances favorables, une excellente colonie d'exploitation et môme de peuplement. C'est, d'ailleurs, ce qui se produit, en ce moment, pour un certain nombre de colonies africaines, qui, après avoir longtemps végété, semblent, sous une administration plus entreprenante ou plus habile, à la veille de donner des résultats coloniaux appréciables.
Telles sont la Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey,— l'Ile de San-Thomé, possession portugaise du golfe de Guinée, la colonie portugaise d'Angola, etc.
Tous ces pays, au cours des dernières années, ont vu leurs cultures coloniales et leur commerce extérieur prendre un essor jusqu'alors inconnu et tout à fait inespéré.